2007 – Le désir : vivre au-dessus de ses moyens psychiques (1)- Paris

2007 – Table ronde 1 Paris

Intervenants :

  • Vannina Micheli-Rechtmann (Fondation européenne)
  • Paul-Laurent Assoun (Espace analytique)
  • Christian Flavigny (APF)
  • Luis Izcovich (Forum du champ lacanien)
  • Robert Lévy (Analyse freudienne)

Modératrice :

Françoise Fabre (Analyse freudienne)

Françoise Fabre

 

Commençons à présent cette table ronde d’Analyse freudienne qui porte sur le thème du séminaire de cette année : « le désir : vivre au-dessus de ses moyens psychiques ».

 

Nous avons convié quatre intervenants : Paul-Laurent Assoun, psychanalyste et (…) professeur à l’université Paris VII. Ses derniers livres sont les Leçons psychanalytiques sur le transfert et Leçons psychanalytiques sur le fantasme (Editions Economica) ainsi que la seconde édition de Psychanalyse (PUF) ; Christian Flavigny, psychiatre, en charge du département de psychanalyse dans un service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à la Salpêtrière. Il est également membre de l’APF ; Luis Izcovich, psychiatre et psychanalyste. Son avant-dernier livre s’intitule Les paranoïaques et la psychanalyse. ; Vannina Micheli-Rechtmann, psychiatre et psychanalyste, docteur en philosophie, dirige une consultation sur les troubles du comportement alimentaire et les cyberaddictions dans un centre de la MGEN à Paris. Son dernier livre, dont le sujet est l’anorexie, paraît chez Denoël en septembre 2007.

Chaque intervenant disposera d’environ dix minutes pour présenter son propos liminaire. Vanina Micheli-Rechtmann abordera le sujet de l’anorexie qu’elle considère comme une forme contemporaine de demande d’analyse. Luis Izcovich s’intéressera à l’incidence de la psychanalyse sur le désir. Enfin, Christian Flavigny abordera la question du désir d’enfant. Robert Lévy rejoindra les autres participants de la table ronde dans le cadre d’une discussion plus générale. Paul-Laurent Assoun, vous vouliez aborder le sujet qui nous intéresse par rapport à Freud. Je vous invite à prendre la parole.

 

Paul-Laurent Assoun

 

J’aimerais présenter la problématique de l’interrogation telle que je l’entends en partant de la question : qu’est-ce que vivre au-dessus de ses moyens ? C’est un fait que cette expression revient régulièrement sous la plume de Freud. Sans doute gagnerons-nous, pour ancrer notre débat, à réfléchir au contexte de cette métaphore récurrente chez le créateur de la psychanalyse afin de montrer ce qu’elle éclaire de l’économique inconsciente du désir et de la jouissance.

 

C’est au sens le plus matériel le fait de mener un certain « train de vie » sans disposer des moyens appropriés, c’est, pour le dire d’un trait, mener une vie de riche alors que l’on est pauvre. Il y a là l’idée d’un contraste entre une réalité précaire et un train de vie apparemment prospère. Après tout, il est possible de vivre ainsi plus ou moins au-dessus de ses moyens, en faisant illusion. Cela ne peut se faire qu’au prix d’aménagements, voire de trucage et d’escroquerie et tôt ou tard le sujet se verra rappelé à la dure réalité. Il y a là l’idée d’un sujet qui vit à découvert, au sens bancaire, et qui finit par tirer le diable par la queue. Ce peut être d’ailleurs une façon de vivre, l’une des formes élégantes de la précarité.

 

Transposons l’expression au plan psychique inconscient.

 

Le sujet inconscient – disons d’abord sommairement “névrosé”, tel que nous le représente Freud – est en effet dans une situation de ce genre : il mène une vie pulsionnelle dispendieuse, en ce sens qu’il doit gérer, non un déficit, comme l’avancent les théories de l’asthénie, mais un excès pulsionnel. On va se demander : excès par rapport à quoi ? Il y a d’abord la revendication du « ça » que le sujet a récusé (au nom de la réalité, du père, de la peur de la pulsion, peu importe ici). Le symptôme est précisément la mise en place d’un dispositif pour gérer ce problème économique (dimension tierce de la métapsychologie, on le sait, avec la topique et la dynamique).

 

Nous sommes dans une logique du refoulement qui impose la « formation de compromis ». Homme ou femme de compromis en effet, le sujet névrosé vit dans un état de « luxation du moi », expression avancée par Freud dans L’analyse finie et l’analyse infinie, en ce sens qu’il continue à marcher malgré et au moyen de sa luxation, mais avec un écart plus ou moins patent avec la marche de son désir. Il vit dans son îlot de jouissance fantasmatique et symptomatique, mais dans un état de misère matérielle au plan de son désir. La « vie de plaisir » inconsciente du symptôme dissimule et gère à la fois — tant mal que bien ! — ce rapport de « discrépance »(“discrepancy” : décalage, divergence). C’est cela après tout le névrosé, un « faux riche ». Il vit à la fois dans un palais, un cinq étoiles de fantasme (Yellowstone Park privé) et dans un monde chroniquement appauvri en satisfactions réelles. Voilà le bilan économique de cette « double vie ». C’est de cela qu’il se plaint dans l’analyse…

 

Le névrosé, toujours « à l’heure de l’Autre », est chroniquement surendetté. Que tout cela nous fasse penser déjà à la jouissance est tout sauf fortuit. Mais ne nous installons pas dans quelque amalgame freudolacanien. Prenons la mesure de « l’économique » freudienne, avant de s’aviser qu’elle mène en effet du côté d’une articulation entre jouissance et désir à laquelle Lacan a donné tout son relief. Cette question économique, c’est celle du « principe de plaisir / déplaisir », mais c’est aussi celle de la culture. Dans « La « morale sexuelle civilisée (…) et la nervosité moderne », Freud suggère une économique de la « normalité » à travers le rapport entre dose de renoncement pulsionnel (Verzicht) et aptitude individuelle au « refusement » (Versagung). Cela engage la conception d’une vie digne … d’être vécue (Lebenstzüchtigkeit), autrement dit « décente » et n’entamant pas la « capacité d’agir et de jouir » au-delà de ce qui est supportable par une « constitution » humaine. Le névrosé est donc en déficit d’adaptation non à la réalité, mais à l’étiage requis par la norme pulsionnelle homologuée. Cela commence par un excès, il est recalé à l’épreuve, mais cela se termine par un renoncement par prudence – ce qui explique la logique sacrificielle qui fait le fond de l’opération névrotique, et c’est ce destin que le pervers s’emploie à inverser.

 

C’est aussi ce qui rend compte de ces formules réitérées de Freud que : « l’On (l’instance sociale, l’Autre de la culture) en demande trop » au sujet et que celui-ci se demande régulièrement et légitimement si cela « vaut la peine ». C’est en quelque sorte le « cynisme » légitime prôné par Freud : « En vérité, chacun de nous a eu des heures et des moments où il a adhéré à cette philosophie et reproché à la morale d’exiger (fordern) sans jamais indemniser (entschädigen) ». Refus de se faire flouer par l’Autre : « Je veux bien renoncer à m’engager dans toutes les voies d’opprobre (verpönten Wege) de la société, mais suis-je sûr qu’elle me paiera en retour ce renoncement (Entsagung) en m’ouvrant celle d’une voie licite ? » (Le mot d’esprit dans ses relations à l’inconscient).

 

Mais ce n’est pas le seul discours. On trouve un autre principe économique formulé justement dans son essai de 1915 : Considérations inactuelles sur la guerre et la mort (II. « Notre relation à la mort »). Freud vient d’évoquer le fait que « le rapport à la mort agit fortement sur notre vie ». « La vie s’appauvrit
, elle perd de son intérêt dès l’instant où, dans les jeux de la vie, on n’a pas le droit de risquer la mise suprême, c’est-à-dire la vie elle-même ». Aussi « insipide », dit-il, qu’un « flirt américain dans lequel il est établi d’emblée que rien n’a le droit de se passer », en contraste avec « une relation amoureuse continentale dont les graves conséquences doivent toujours rester présentes à l’esprit des deux partenaires ». C’est aussi la tendance sécuritaire qui fait répugner au danger (essais aériens, expéditions dans des pays lointains, expériences avec substances explosives). Tendance au reste légitime dit Freud, de crainte pour ses proches. La morale bourgeoise est compréhensible, sinon respectable. Mais alors il ne faut pas se plaindre d’éprouver les affres du remords d’avoir cédé sur son désir ! D’où la formule décisive : « Le penchant à exclure la mort des comptes de la vie (Lebensrechnung= littéralement, de la facture) (…) a pour conséquences bien d’autres renoncements (Verzicht) et exclusions (Auschliessungen) ».

 

Il faut rappeler la devise de la Hanse que « Navigare necesse est, vivere non necesse ! ». Il y a là un paradoxe profond : derrière la nécessité vitale se cache la nécessité de “naviguer” dans la vie ce qui suppose à la fois un engagement dans la vie et une inclusion de la mort dans “les comptes de la vie”, soit le risque absolu de mort, sans lequel il n’y a au fond ni vie ni désir réels. Allusion à l’exhortation du général romain Pompée à ses marins, effrayés par les pirates, leur commandant de prendre la mer, de s’embarquer en bravant leur crainte de perdre la vie : ”naviguer” est donc la nécessité supérieure à la (sur)vie. Pompée rappelait ainsi la suprématie du risque de mort sur la nécessité de vivre.

 

Ne pas payer la facture de la mort, c’est tôt ou tard s’exposer à un rappel sur la facture du désir … Ne pas exclure la mort des comptes de la vie, qu’est-ce que cela signifie ? S’il n’est certes pas hégélien, Freud semble là rencontrer la question qui engagera Lacan dans une théorie du désir dans son rapport à l’épreuve de mort. Le « maître absolu », la mort, c’est ce qui aussi, d’être pensé et affronté, confronte au vivant comme pris dans la loi (bref, le « symbolique »). Qui n’engage pas sa vie dans la pensée de la mort n’émarge pas à l’ordre du désir. Je ne peux désirer pour de bon, ne pas reculer devant les échéances de mon désir si je n’inclus pas dans mon être de vivant la pensée de mort. Cela s’avoue dans l’expression : « On n’a qu’une vie ».

 

La vraie formule serait que l’être de désir est « être pour la mort ». Si je pense qu’il y a un rattrapage, je suis prêt à tous les « arrangements », non seulement avec le Ciel mais avec la mauvaise foi et l’Autre. Par exemple, remettre soigneusement au lendemain ce qui risquerait de m’engager ici et maintenant dans le réel de mon désir. On reconnaît la logique de procrastination obsessionnelle. C’est ce qui fait que « l’utopie et l’impuissance » sont « les sinistres marraines penchées sur le berceau du névrosé » (« Les complexes familiaux »).

 

Cela commence donc par un calcul, une sorte d’utilitarisme et cela s’achève par la confrontation avec l’être du désir, avec l’introduction de la « pulsion

de mort » qui montre l’au-delà du principe de plaisir qui éclaire la fonction de l’excès. Nous sommes dans cette “économique” de la castration dont Freud fut le premier économiste et où se déterminent la névrose, le pervers et le psychotique ainsi que les formes caractéristiques de la modernité psychopathologique. Ce n’est pas un rappel à un mode de vie « moyen », auquel cas le livret de Caisse d’épargne serait le seul moyen, justement, de ne pas s’exposer au découvert. Il s’agit d’un rappel de l’être excédentaire de la jouissance et de la responsabilité du sujet face à la « décision » de désirer. Le pervers, lui, fait de la jouissance une loi, tirant les conséquences du « qu’une-vie », mais c’est pour la « bourrer de tous ses péchés » au détriment de l’altérité du désir. Cela éclaire entre autres les formules de Lacan sur la dépression comme « lâcheté morale ».

Antigone, elle, vit (…) au-dessus de ses moyens, mais elle affronte inflexiblement la loi de son désir. Cela éclaire les moments « antigonesques » de quiconque quand il décide de renoncer aux bénéfices du symptôme et aux ancrages de la jouissance pour s’affronter à la loi singulière de son désir. Il ne s’agit plus alors d’équilibrer le crédit et le débit, mais de faire crédit à son désir. Qu’est-ce que la « dépression », sinon ce moment où le sujet se voit brutalement rappelé à lui-même qu’il vit au-dessus de ses désirs ? En quoi ce peut être un moment de vérité. Moment pathétique de l’analyse où le sujet réalise la « petite vie », étriquée qu’il mène eu égard à son désir, quel que soit l’état de son compte en banque…

 

Cela suppose de traverser la jouissance, celle du fantasme, pour le « dépurer ». C’est pourquoi, à la fin de son essai sur « notre rapport à la mort », en 1915, Freud demande de reconnaître qu’ « avec notre attitude culturelle à l’égard de la mort nous avons, une fois encore, vécu psychologiquement au-dessus de notre état » et en appelle, comme à la fin de son essai sur la guerre à la même époque, à l’impératif de vivre plus conformément à sa « véridicité », sauf à traverser l’opacité centrale du désir, en ses échéances de vie et de mort.

 

 

Robert Lévy

 

Je vous propose de commencer la discussion en nous interrogeant sur le terme excès. Il s’agit d’une équivoque qui vient naturellement à l’esprit lorsqu’on parle de désir. Si l’on s’efforce de pousser nos recherches sur le sujet, comme l’a fait Paul-Laurent Assoun, on y retrouve des éléments intéressants de notre clinique de désir, à l’instar du désir d’analyste, des questions adolescentes et suicidaires ou de l’anorexie.

 

Freud bute sur l’aspect particulièrement énigmatique du lien entre plaisir et pulsion de mort. Paul-Laurent Assoun a particulièrement insisté sur ce sujet au cours de son exposé. Cela nous amène à repenser certains cas cliniques à propos desquels nous serions bien embarrassés de considérer le désir au sens habituel. Il s’agit là de quelque chose qui va bien au-delà du retour à l’inanimé.

 

C’est en effet ce que Lacan introduit de plus vif quant à la question du désir : un excès qui n’est plus à entendre comme un « en plus », mais comme un « au-delà » du principe de plaisir. Cela instaure une possibilité tout à fait nouvelle au point de vue clinique : comment peut-on jouir également du déplaisir ? Cela me semble un élément fondamental sans lequel ne peut être perçue avec précision la clinique des excès, du manque de « bouffe », de suicide et de mort (c’est là qu’ils ont leur raison d’être, pris dans leur dimension comportementale et symptomatique).

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

C’est ce que Lacan appelle un drôle de plaisir…

 

 

 

Robert Lévy

 

Quelle est cette étrangeté qui fait que les femmes battues reviennent vers leur mari, que les anorexiques refusent de manger, au mépris de la raison ?

 

 

 

Luis Izcovich

 

Etre bien dans le mal en quelque sorte…

 

 

Robert Lévy

 

En outre, alors que l’actualité juridique prend une place de plus en plus importante, voire excessive, dans les médias, on ne peut comprendre les abus en géné
ral, et en particulier sexuels, que si l’on y introduit cette question fondamentale : comment peut-on jouir du déplaisir ? Introduite par Freud à sa façon, on peut la considérer comme un apport essentiel à notre clinique.

 

Paul-Laurent Assoun

 

C’est le moins qu’on puisse dire. Freud commence par poser la balance du principe des plaisirs et comprend en 1920 que quelque chose subvertit cette économie de manière chronique. D’un point de vue métapsychologique, le principe de plaisir est un « agent double ». D’un côté, il travaille du côté du plaisir – c’est la « tendance » au plaisir ; d’un autre côté, comme « fonction » de la réduction de l’économie au minimum, il est au service de la pulsion de mort. L’au-delà (Jenseits en allemand signifie « de l’autre côté du rivage »)

ne doit pas être entendu comme un au-delà métaphysique : on change plutôt entièrement de rivage. L’excès est une « fuite » permanente de la machine (on pourrait la définir comme entropique). Lacan est reparti de la fin, soit de la pulsion de mort, tout en faisant un usage relativement parcimonieux de cette notion, et rejoint Freud du côté de la jouissance, « pratique » de l’au-delà du principe de plaisir…

 

 

 

 

Robert Lévy

 

C’est cela. Il faut par ailleurs remarquer que c’est dans une clinique de l’excès que Freud est amené à devoir changer son point de vue sur la théorie des pulsions.

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

On peut évoquer le masochisme…

 

 

 

Robert Lévy

 

Certes… tout comme les excès que la première guerre mondiale va lui faire découvrir. Il se rend alors compte qu’on ne rêve pas que de choses plaisantes, bien au contraire. C’est dans le traumatisme de guerre, le syndrome post-traumatique, qu’il s’agit de prendre cette question au sérieux et de s’interroger sur la manière, au demeurant très étrange et particulière, dont on peut jouir du déplaisir.

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

La révision de Freud à la fin de son œuvre sur la théorie des rêves – sur les rêves traumatiques – porte précisément sur ce point-là.

 

 

 

Françoise Fabre

 

Vanina Micheli-Rechtmann, souhaitez-vous intervenir sur l’aspect particulier de l’anorexie ?

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Oui, je vous remercie. Il me paraît intéressant de rebondir sur la question ” comment peut-on jouir du déplaisir”, ainsi que sur celle de l’excès. On peut d’ailleurs avancer que nous sommes confrontés à une clinique de l’excès. Je travaille d’ailleurs sur les sujets de l’anorexie et de la boulimie, ainsi que sur celui des cyberaddictions (la consommation excessive d’images). Sur le plan clinique, nous sommes parfois sidérés par ces excès qui peuvent aller, dans le cas de l’anorexie, jusqu’à l’anéantissement.

 

Il est nécessaire de théoriser le « rien » ; Lacan met ainsi le « rien » comme objet a, ce qui est une clé clinique intéressante. Notons ainsi la manière dont il définit le désir (après Freud) comme « puissance de la pure perte ». En ce qui concerne l’anorexie (particulièrement dans la symptomatologie hystérique), je tente de comprendre comment le sujet s’identifie au rien comme objet a.

 

Pour Lacan, le désir n’est pas seulement la représentation imaginaire et sexuelle de la perte, mais aussi une façon pour le sujet de s’identifier au manque. Le désir naît de l’inversion de la valeur du manque, en « puissance de la pure perte ». La réduction à rien de ce qui manque serait donc inscrite dans le désir. Il y aurait donc un temps du désir, où se substitue à l’énoncé « ce dont je manque, un autre le possède », l’énoncé suivant : « ce dont je manque, ce que je n’aurai jamais, j’y tiens, car c’est là que j’y fonde mon désir ». Si l’on poursuit sur l’idée de Paul-Laurent Assoun, cette idée renvoie à l’aliénation du besoin dans le rapport au grand Autre.

 

Ce que l’on constate dans une cure, cependant, c’est qu’un sujet ne s’affronte pas au lieu théorique de l’Autre sans rencontrer quelques autres. A titre d’exemple, dans le symptôme de l’anorexie, ce qui introduit l’individu au désir, c’est le phallus que la mère n’a pas, et que l’enfant n’est pas pour elle. Dans le rapport aux autres qu’il rencontre, c’est au moment où le sujet désirant les confronte à leurs propres failles que le désir se définit comme « puissance de la pure perte ».

 

La clinique de l’anorexie est toujours passionnante et sidérante. On se dit que l’anorexie devient un symptôme de notre époque. Certes, l’anorexie a toujours existé ; on peut ainsi mentionner le jeûne des mystiques, par exemple. Nous avons tous rencontré dans notre clinique ce symptôme. Je m’interroge cependant sur la qualité contemporaine de l’anorexie. Je crois que l’anorexie ferme le circuit du besoin, dans la mesure où l’on meurt de faim pour ne pas mourir de désir, ce qui rejoint le sujet de cette table ronde : « vivre au dessus de ses moyens psychiques ». Il y a en tout cas quelque chose de vital, qui nous saisit, dans cette articulation désirante.

 

 

 

Françoise Fabre

 

On pourrait presque définir l’anorexie ainsi : « vivre au-dessus de ses moyens physiques » !

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Il faut effectivement resituer le corps dans cet enjeu. L’anorexique ne veut rien dans un univers où tout le monde veut tout, comme si elle rappelait une évidence, celle de la dialectique subtile entre l’être et l’avoir. Elle veut signifier le manque face à un environnement qui poussera à la totalité, à l’Un. C’est pour cette raison que je suis souvent le fil de l’hystérie pour travailler sur ce sujet.

 

Dans le Séminaire sur le transfert en 1961, Lacan propose un mathème très intéressant pour le fantasme de l’hystérique en particulier. Il nous indique que l’hystérique s’identifie à l’objet a de l’autre (a sur – Phi poinçon de grand A).

 

Cela nous éclaire cliniquement. Une des particularités de cette identification à l’objet a de l’autre chez l’hystérique tient à son intensité. Ce sujet-là peut aller jusqu’au point de provoquer une oblitération radicale du sujet. C’est pourquoi on trouve le a à la place du S barré. La formule générale du fantasme, S barré poinçon a, représente le rapport particulier entre le sujet barré, aboli par sa rencontre du langage et du désir de l’autre et l’objet a imaginaire privilégié qu’il va chercher chez l’autre pour faire bouchon à l’objet a réel, qui n’est au fond qu’un vide, un manque, constitutif de cette même rencontre du langage.

 

Ce sont là des hypothèses pour comprendre jusqu’où on peut aller pour expliquer la détermination et l’intensité de l’anorexique. Chez l’anorexique se pose la question très intéressante de l’identification au rien, qui serait une identification hystérique. Se pose également la question du rapport particulier que le sujet entretient avec l’objet a et le phallus.

 

Pour reprendre le mathème présenté plus haut, il n’existe plus chez l’anorexique ni le sujet, ni son fantasme de parlêtre, ni l’objet qui cause son désir. On est dans la problématique de l’anéantissement. C’est donc une question vitale que l’anorexie aborde quand un sujet s’identifie non plus à l’objet a imaginaire de l’autre, mais à son objet ré
el.

 

Pour reprendre le fil de notre discussion au sujet de l’excès, si l’anorexique circonscrit le rien comme objet a, c’est justement pour inscrire quelque chose du côté du désir, face à une demande du grand Autre qui serait omniprésente. Elle se refuse cependant à être le phallus de l’autre. Il semble que le sujet anorexique produise du rien pour parer à la demande de l’autre. Il s’agit alors d’une cure bien difficile, dans la mesure où l’on doit constituer le désir du sujet dans le mouvement de confrontation au désir de l’autre. L’anorexique est toujours sur le fil du rasoir, au bord de l’anéantissement.

 

Pour finir, abordons la question du corps. L’anorexique mange du rien ce qui a des conséquences sur son corps. Mais à quel corps s’adresse-t-elle ? Je pense que l’anorexique ne s’adresse pas à un corps réel mais à un corps idéal voire idéalisé. Comme nous l’entendons souvent, « rien ne doit dépasser ». Il est d’ailleurs étonnant d’entendre la manière dont elle parle de son corps. Il n’y a pas d’« en trop ». Il existe une problématique de l’excès, mais rien ne doit dépasser. On doit être dans le « en moins ».

 

 

 

Françoise Fabre

 

Vous dites « cela dépasse, mais ce n’est pas en trop ». Pour avoir écouté quelques hystériques, je sais qu’elles trouvent tout en trop. Il y a toujours quelque chose en trop, malgré la vision d’horreur qu’elles renvoient.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Effectivement, tout est en trop. Le corps doit se réduire à n’être qu’une apparence. Elles ont souvent une attitude proche de certaines mystiques : elles doivent être pur esprit, et leur corps ne devrait pas exister, selon elles.

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

C’est exactement cela. Elles prônent l’idéal du « pas de corps ». L’anorexique n’existe pas comme structure mais comme figure exemplaire d’une position subjective en impasse. Entre les deux pôles hystérique et mélancolique, mettez-vous l’accent sur la variante hystérique ?

 

On peut soupçonner que beaucoup d’ « hystériques littéraires » font de l’anorexie, se targuant ainsi d’une image de marque, alors que ce sont simplement des hystériques qui manipulent le « look anorexique » ; cela fait partie de leur stratégie, alimentant la fascination sociale pour l’anorexie. Freud considérait l’anorexie proprement dite comme « une forme de mélancolie chez les jeunes filles à sexualité inachevée » ou « non développée » (d’après la dernière traduction). N’est-ce pas un moment inévitablement mélancolique du devenir femme ? Est-ce plutôt une stratégie hystérique en quelque sorte spécialisée dans « le rien » ?

 

Je ne souhaite pas opposer deux familles d’anorexiques mais souligner qu’il existe une dialectique interne de l’anorexie, entre la position mélancolique (cf. le noyau dépressif), et le fait qu’elles « réussissent leur coup » sur le plan de l’hystérie.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Ces deux versants sont souvent envisagés au cours du questionnement clinique. Je prends aujourd’hui le fil de l’hystérie car il nous permet de rejoindre le sujet de l’excès et du désir.

 

Les anorexiques sont de vraies hystériques freudiennes. Elles font preuve de résistance face au monde contemporain, qui pousse à la totalité en faisant de celui-ci leur objet. Elles lancent un défi au monde.

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

Il arrive cependant que les batteries soient à plat. Quelque chose surgit issu de la mélancolie et du vide primitif de l’objet. Il n’est pas toujours aisé de distinguer une vraie structure mélancolique engagée dans l’hystérie, des moments dépressifs de la dialectique hystérique.

 

 

 

Robert Lévy

Il faut relever une différence entre deux figures : l’anorexique qui demande qu’un morceau de son corps disparaisse et celle qui a l’ensemble de son corps comme excès, en trop, ce n’est pas la même chose. Cette différence permet peut-être de préciser la remarque précédente de Paul-Laurent Assoun, dans la mesure où la représentation diffère entre ces deux positions, car la question de l’objet y est différente.

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

On a même l’impression que certains sujets hésitent entre les deux positions.

 

 

 

Luis Izcovich

 

Je trouve que votre explication de la prévalence de l’anorexie aujourd’hui est assez convaincante. Il faut effectivement la corréler à un certain type de discours globalisé qui pousse à la jouissance universelle. Il y aurait donc une logique à situer cette affinité entre l’anorexie et l’hystérie comme une façon de refuser l’universalité de cette jouissance, et à affirmer qu’il existe une jouissance, plus à identifier du côté de l’hystérie, plus unique, visant à sortir de l’anonymat.

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Cette inflation des symptômes, en ce qui concerne l’anorexie et la boulimie, mérite qu’on s’interroge sur le lien avec le monde contemporain. Nous devons nous interroger sur la manière dont l’anorexique souffre d’un décalage entre une vie fantasmatique riche et une vie réelle très pauvre.

 

Robert Lévy

 

S’agit-il des modalités de jouissance contemporaine ou des modalités de représentation idéalisantes de la jouissance contemporaine ? Nous sommes actuellement dans un sens de nouveau mythe de la postmodernité dans lequel il s’agit de réaliser son désir. Toutes les publicités vont dans ce sens : il faut jouir sans contrainte, aller dans le sens d’un désir réalisé dont le consommateur aurait les moyens.

 

Françoise Fabre

 

Les slogans incitant à réaliser son désir me semblent comparables au slogan « jouissons le plus possible, sans contrainte » dans la mesure où ils excluent l’Autre.

 

 

 

Robert Lévy

 

Jouir sans contrainte, c’est effectivement exclure l’Autre, par définition.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

De ce point de vue, l’anorexie est assez paradigmatique. Elle jouit toute seule. Elle n’a besoin de rien et se trouve en circuit fermé. N’oublions cependant pas la question du regard et la pulsionnalité scopique.

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

L’anorexique est en outre fascinée par des modes d’idéalisation d’excellence sociale sur laquelle elle s’étaye, de manière foncièrement narcissique, avec notamment une exaltation de la position du savoir.

 

 

 

Christian Flavigny

 

Elle est également travaillée dans son corps par la mort. Elle renvoie d’ailleurs le spectre d’images cadavériques.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Cliniquement, cette identification au rien me paraît intéressante. Jusqu’où cela peut-il aller et comment peut-on l’articuler théoriquement ?

 

 

 

Christian Flavigny

 

Sans doute, dans une métaphore du rien du sexe anatomique féminin, dans une tentative de faire fonctionner le désir par rapport au désir incestueux. Le premier symptôme de l’anorexie est l’aménorrhée, ce qui évoque la question du refus du risque incestueux au moment de l’adolescence…

 

 

 

Françoise Fabre

 

…surtout dans l’hystérie…

 

 

 

Christian Flavigny

 

… Je crois qu’il s’agit d’une tendance plus générale. On retrouve, dans l’anorexie, l’inceste et l’oralité. Je vous renvoie au dicton : « Manières de table, manières de lit ».

 

 

 

Françoise Fabre

 

Vous parlez de l’anorexie contemporaine en tant que symptôme. Vous avez dû lire dans la presse que certains mannequins sont mortes en raison de leur anorexie. Si certaines étaient anorexiques, d’autres le sont devenues à la demande de l’autre. Elles vont jusqu’au bout pas forcément par goût mais soumises à la demande d’un autre. Ces filles auraient peut-être fait état de leur hystérie d’une autre façon.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Il ne faut pas faire de confusion entre un idéal de minceur et un symptôme clinique. Nous sommes confrontés à une anorexie plus quotidienne qui n’est pas liée à des effets similaires à ceux qui influencent les mannequins. Il est naturellement nécessaire de mettre des limites inférieures au poids des mannequins. Le ministre de la Santé espagnol a d’ailleurs pris des mesures en la matière. Il s’agit cependant d’un autre enjeu, à mon avis.

 

 

 

Françoise Fabre

Tu parles d’anorexie en tant que symptôme contemporain, il est donc normal que j’évoque des figures modernes.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Des études ont été menées par une historienne américaine nommée Caroline Bynum, laquelle a tenté d’établir un lien entre les jeunes mystiques du Moyen-âge, à l’instar de Catherine de Sienne, et les anorexiques contemporaines. Elle considère que les mystiques jeûnaient afin d’obtenir une place dans la hiérarchie ecclésiastique et d’être entendues en tant que mystiques et femmes…

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

…Tout en étant soupçonnées…

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

…Certes. Il est

intéressant de retracer l’histoire de l’anorexie mentale mais il importe de bien séparer les différents champs de réflexion.

 

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

Sur quelle loi se fonde l’anorexie ? Cette énergie extraordinaire et inébranlable évoque l’histoire d’Antigone telle que Lacan l’a décrite. Antigone se tient à la limite de la loi pour imposer la loi à tous. L’anorexique est très différente de la boulimique, qui est plutôt dans l’errance et dans l’égarement. L’anorexique incarne quant à elle une loi.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Il y a en effet quelque chose de tragique dans leur comportement. Elles ne cèdent pas sur leur désir.

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

Avec une misère du désir.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Effectivement.

 

 

 

Françoise Fabre

 

Elles ne cèdent pas sur leur désir de rien.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Lacan, en prenant le rien comme un objet a, nous permet de mieux nous repérer du point de vue théorique.

 

 

 

Luis Izcovich

 

Ne cèdent-elles pas sur le désir ou ne cèdent-elles pas sur la jouissance ?

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

C’est une bonne question.

 

 

 

Françoise Fabre

 

Elles restent sur la frange pouvant basculer de l’un à l’autre assez facilement. C’est là-dessus que peut se jouer l’approche clinique. Il faut ramener l’anorexique du côté du désir.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

D’un point de vue clinique, il est toujours important, de ce fait, de se repérer dans les structures. L’hypothèse mélancolique est toujours présente.

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

On a l’impression qu’il y a quelque chose en l’anorexique qui est déjà mort, déjà effondré, pour des raisons liées à l’histoire familiale. Il existe aussi une impasse du « devenir femme ». On a également l’impression qu’elle dispose d’un dialecte hystérique très particulier lui permettant de rebondir par rapport à cette possibilité mélancolique. Cela met les structures dans un état de précarité ; il ne faut cependant jamais renoncer à la structure, et surtout ne pas multiplier les « personnalités ». On a l’impression qu’il existe une conjoncture mélancolique, mais, en se « battant pour le bout de gras », elle réussit à laisser « entrebâillées » les « portes du désir ». La formule de F. Perrier est à ce titre tout à fait juste. En se battant tous les jours contre les 50 grammes de trop, elle gagne du temps et parodie le manque-à-désirer.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Il s’agit également d’une sorte de jeu avec la structure médicale.

 

 

 

Robert Lévy

 

C’est dans le regard de l’autre que cela se joue.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Le comportement des anorexiques évoque celui des hystériques freudiennes. Elles mettent la médecine en échec en lui lançant un défi : « Jusqu’où vais-je pouvoir aller ? », « jusqu’où vous allez avoir peur ? », etc. On joue à se faire peur.

 

 

 

Robert Lévy

 

La question de la loi, ou des lois, est importante. Céder sur son désir, c’est augmenter le poids du surmoi qui devient plus cruel. L’anorexique, elle, s’en fout, ce n’est pas du tout sa tasse de thé. Elle serait plutôt du côté de cette autre loi dont le surmoi est absent. Il s’agit de pouvoir faire son devoir lequel ne suppose pas la punition.

 

Ces deux impératifs sont à distinguer et sont importants pour envisager la question du rien, et de la Chose. On ne se situe pas de la même façon en terme de structure si l’on est du côté du rien comme chose non représentée … Lacan en fait ce qui est hors signifiant, hors signifié ; à partir du moment où on le représenterait par un signifiant, il ne s’agirait plus de la Chose, mais du corps de la mère, par exemple. Ce qui est intéressant, c’est le « pas de corps », et le rien dont parle Vanina Micheli-Rechtmann.

 

Il est intéressant de fonder le débat d’aujourd’hui sur ces deux entités de loi qui régiraient de façon différente le rapport au désir. C’est un débat de structure qui va au-delà de la structure. Il est différent de situer les choses en termes de surmoi et de culpabilité et de les situer hors de ce champ. Il est beaucoup plus simple de se situer sur le premier de ces deux champs, qu’on peut ramener à un rapport oedipien assez classique et parvenir à se « débrouiller » cliniquement.

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

Quid de la figure mélancolique du surmoi, celle qui crucifie le moi ?

 

 

 

Robert Lévy

 

C’est encore une autre figure du surmoi.

 

Il y a quelque chose à différencier entre ces deux lois qui amène à des paradoxes dans la clinique des trauma
tismes sexuels : certaines patientes s’étonnent de pouvoir jouir de quelque chose dont elles ont été victime. C’est à cela qu’amène la question de la différenciation entre ces deux lois. Dans cette formulation, le surmoi n’est pas suffisant pour pouvoir répondre à la question de savoir comment on peut jouir de ce dont on a été victime.

 

Vous évoquiez la figure de la mort qui renvoie à un élément de notre imagerie contemporaine ; on a l’impression de voir des jeunes femmes sortant des camps. Cette dimension s’inscrit dans notre culture contemporaine mais l’identification au contemporain ne suffit pas. Il faut également prendre en compte l’au-delà du principe de plaisir que le discours analytique est le seul susceptible d’approcher. On voit bien comment nos collègues comportementalistes essayent de…

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

…Freud était d’ailleurs le premier économiste de cet « au-delà »…

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

La perception de l’anorexie par la doctrine comportementaliste est incorrecte. N’ayant pas une lecture de l’anorexie fondée sur le désir, ils font l’inverse de ce dont il s’agit. Ils tâchent de remplir le manque et leurs efforts ratent inévitablement leur cible. Un circuit infernal se met alors en place.

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

Est-ce un hasard si on trouve la seconde figure formulée par Robert Lévy régulièrement du côté du féminin ? Dans le cas de l’anorexie, il y a quelque chose du féminin qui prend la tête d’un surmoi étrange, antigonesque.

 

Lacan appelle l’anorexique la gosse, comme il surnomme également Antigone. Elle incarne la référence à une grande loi, et non à une petite loi surmoïque.

 

 

 

Robert Lévy

 

Peut-on encore parler de surmoi ?

 

 

 

Luis Izcovich

 

Pourquoi pas ? Le surmoi « pousse au jouir » selon Lacan.

 

Prenons le mot de Lacan dans Télévision, la « gourmandise du surmoi ». Vous évoquiez la question de sujets qui ne mangent rien, de fait, n’est-ce pas le surmoi qui mange ?

 

 

 

Robert Lévy

 

Il existe cependant un dilemme au moment de choisir entre le désir et la loi. Si l’on poursuit son désir, on est coupable d’avoir failli au regard de la loi. Si on opte pour la loi, il ne reste plus qu’à faire le deuil de son désir. Il s’agit là d’un dilemme anorexique, pour le coup.

 

Je pose de nouveau la question de savoir s’il s’agit du surmoi. C’est en tout cas une façon de traiter cela en s’en sortant, puisque ni l’un ni l’autre ne vous sauve. Le résultat est équivalent, et c’est à cela que l’anorexique tente d’échapper.

 

 

 

Françoise Fabre

 

Les résultats ne sont pas équivalents ; il y a un empêtrement et des difficultés dans les deux cas. Des compromis sont faits.

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

N’est-ce pas là une hésitation fondamentale : ou bien l’anorexique « fait la folle » sur le versant de l’hystérie – certaines se « déguisent » brusquement en femme, envisageant même d’épouser « le fiancé », avant de redevenir tout aussi brutalement des « gosses » qui refusent le sexuel, s’interrogeant sur ce qu’elles sont, suivant la valse-hésitation du féminin – ou bien elle lâche tout et se précipite dans la mort, allant jusqu’au bout d’une divine et féroce mélancolie.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

On retrouve dans vos propos la question des jouissances. Dans cette oscillation entre la jouissance phallique et la jouissance autre, le corps se phallicise. Il existe une impasse subjective à ce moment de l’adolescence où l’arrivée des caractères féminins est insupportable. Du coup, un choix inconscient est opéré du côté de la jouissance phallique. On retrouve cette dialectique des jouissances propre au féminin (avec le « pas-tout »).

 

 

 

Françoise Fabre

 

Je donne à présent la parole à Christian Flavigny.

 

 

 

Christian Flavigny

 

J’avais pensé partir du désir d’enfant, selon la double perspective de la genèse chez l’enfant, et du désir d’avoir un enfant. J’éclaircirai le point d’articulation entre ces deux propositions.

 

La genèse du désir nous est familière, dans la dimension où le désir naît de l’épreuve de la castration. On trouve d’ailleurs ce sens dans l’étymologie du mot (dé- privatif et sidere) qui renvoie à quelque chose qui fascine mais qui pose le problème de l’absence de ladite chose. La racine du mot insère la question de la loi dans la notion même du désir.

 

S’agissant de l’enfant, il est important pour lui de se sentir incarner le manque qui a suscité l’union de ses parents, l’union des parents appelant sa venue pour incarner cette relation. C’est ce qui lui permet de fonder sa raison d’être. La question du manque pour les parents profilant comme perspective à leur relation la finitude, qui s’organise dans le lien des générations.

 

Cette question est souvent brouillée par d’autres modalités du lien qui fonctionne entre les parents ; par exemple une modalité de dépendance névrotique entre eux. L’enfant tente alors de s’y accrocher, avec éventuellement le fait d’aller jusqu’au symptôme, qui trouve sa fonction de compromis entre la perspective des attentes parentales inconscientes, et, pour l’enfant, sa libido à satisfaire. C’est dans cette tension que je situerais volontiers la question du “vivre au-dessus de ses moyens psychiques”.

 

Prenons l’exemple de l’enfant instable : on donne actuellement à ce symptôme d’autres noms que je critique, hyperkinésie, hyperactivité… Je préfère la notion d’enfant instable, car elle conserve la question du symptôme comme émergence. Je pense que le fonctionnement de l’enfant instable

 

est celui de Don Juan. L’essence du fonctionnement de ce dernier est l’instabilité, tout comme l’enfant instable. Don Juan n’a pas peur de la mort (c’est son combat), ce qui le mène au point de ne pas s’attacher à la femme afin de conserver sa mère comme sa petite reine. C’est tout à fait en écho à la problématique de l’enfant instable. On retrouve le comportement de Don Juan dans le fonctionnement de ces enfants qui essayent de vivre en permanence sous le regard de la mère, en tentant de maintenir la contiguïté de ce contact et surtout de ne pas y échapper afin d’éviter le risque du voeu mortifère de la mère. L’enfant évince entièrement la question paternelle et l’organisation de l’agressivité dans le lien paternel, les enfants instables étant le plus souvent des garçons.

Ce qui m’importe dans ce fonctionnement de l’enfant instable, c’est ce côté donjuanesque, et cette façon d’essayer de garder le contact avec le lien maternel, malgré la difficulté d’élaboration à laquelle l’enfant se trouve confronté.

 

L’enfant instable par exemple vit au-dessus de ses moyens. Il va souvent assez loin et prend certains risques. Mais à quoi échappe-t-il ? On pourrait dire qu’il essaye d’échapper au jeu de cache-cache. Ce qui lui est difficile, et qu’il n’arrive pas à supporter, c’est de se dissimuler au regard de la mère. A ce moment-là, l’angoisse de ne plus exister pour elle deviendrait trop importante.

 

Le jeu de cache-cache
est extrêmement maturatif pour l’enfant, dans la mesure où il lui permet de vivre l’absence, c’est-à-dire de s’absenter. Cela vient dans le fil de ce que Freud a montré avec le jeu de la bobine et son élaboration de l’absence. Je n’y reviens pas.

 

Le jeu de cache-cache permet à l’enfant de reprendre à son compte le fait de l’absence. Ce jeu permet la survenue d’un moment capital dans l’évolution d’un enfant : le fait de jouer à être “l’enfant mort”. C’est le moment où l’enfant accepte de vivre avec sérénité le voeu mortifère à son égard. Il peut alors, en quelque sorte, s’offrir au sacrifice, en disant « Je suis mort, que se passe-t-il ? ». Ce moment ouvre l’enfant à la pensée logique. Le jeu permet à l’enfant de faire fonctionner le paradoxe existentiel ; quand on le cherche, lors du cache-cache, il peut, se drapant dans le rôle imaginaire, dire « non, le petit mouton (ou cochon, etc.) n’est pas là », ce qui est une façon de s’affirmer par le truchement de la négation endossée, une façon de dire : je suis là, si je veux. L’enfant instable ne parvient pas à vivre les modalités maturatives du jeu, notamment le jeu de l’enfant mort. Il ne peut affronter le vœu de mort maternel.

 

Pour prendre un autre exemple clinique, lorsque vous parliez de rejouer la vie, on peut également penser à la tentative de suicide, qui est également liée à cette question du « repêchage ». Il s’agit pour l’absent de « rejouer la donne », d’effacer l’ardoise et de rejouer les cartes.

 

Interrogeons-nous à présent sur ce qui s’organise pour l’enfant dans la transaction avec ses parents autour de la filiation, où l’on retrouve d’ailleurs la question de la subjectivation de la finitude, et de la place que vient prendre l’enfant dans cette organisation. La filiation est le principe organisateur de l’aspiration de l’enfant à combler le manque de ses parents où se profile la finitude.

 

Du côté du parent, la question se pose de déléguer une part de soi à l’enfant. Cette question est déjà présente dans le désir amoureux, qui est l’élection de l’autre comme objet de son amour, c’est-à-dire le moi, mais de l’autre sexe, auquel il a fallu renoncer pour grandir à son identité sexuée.

 

Du côté de la filiation, l’enfant pour le parent devient un représentant de soi, mais à la génération suivante, franchissant la barrière de la mort ; l’enfant devenant dépositaire d’une part de soi manquante par-delà la finitude. Par la filiation, l’enfant devient « mon » enfant pour le parent, ce qui est un signe d’élection (non pas de possession). La filiation « oblige » ; il y a un enjeu narcissique qui permet l’organisation de la filiation.

 

L’enfant, pour sa part, accueille en lui une « greffe » d’inconscient des aspirations de ses parents, fondée sur le don par ceux-ci de leur désir. Ce don devient alors une dette à honorer à l’égard des parents. Je fais naturellement mention de ce que Lacan a apporté du point de vue anthropologique et clinique en ce qui concerne ces notions du don et de la dette. La dette est une notion que j’articule avec la genèse du surmoi de l’enfant. La dette et le devoir sont deux termes corrélés, voire synonymes. C’est ainsi que le surmoi s’inscrit comme sujet-héritier, comme Lacan l’a développé, et J.P. Valabrega après lui.

 

Abordons à présent la question du désir d’avoir un enfant, dont j’aimerais parler depuis une perspective contemporaine. Le désir d’avoir un enfant est toujours chargé d’une contradiction et d’un franchissement à opérer. Il s’agit toujours d’un enjeu de surmonter la finitude, et d’assumer un enjeude haine, qui se trouve alors résorbée par la filiation dès lors que peut se formuler le « J’aurai un fils ou une fille » qui correspond à cette

dimension du don. Cette contradiction se trouve exacerbée dans certaines situations, au point de faire parler d’elles dans le champ social.

On peut mentionner la demande virulente des homosexuels qui demandent d’être rendus parents par voie sociale. Il est intéressant de relever une contradiction entre, d’une part, leur désir d’homosexuel, c’est-à-dire l’entretien en soi d’une

contestation des parents et du rapport sexuel en tant que rapport procréateur – c’est le point de départ psychique de l’homosexualité en fonction de débats assez complexes avec les imagos parentales – et d’autre part, le désir de surmonter cette impasse et d’engager la transmission à l’égard de leurs propres parents dans la mesure où devenir parent est une façon d’honorer et de relayer ses propres parents. Cette contradiction s’externalise dans le champ social, par des biais latéraux, dans une demande de solution en requérant un accès à la parentalité réclamée au titre d’un droit. Se pose ainsi la question de la mise en tension entre la dette psychique et quelque chose d’un dû au sens social. La relation parent-enfant risque de ce fait de s’infléchir sous un mode judiciaire, au nom d’un hypothétique « droit à l’enfant », réclamé au titre d’un dû social, qui n’est pas sans s’accompagner d’une exigence de droit des enfants.

Pour conclure, dans le désir de vivre au-dessus de ses moyens psychiques, je souhaite faire une analogie avec l’économie, au sens social du terme. Vivre au-dessus de ses moyens psychiques, c’est possible à condition de creuser la dette, comme nous le savons dans la vie sociale. La question de la dette est au cœur du débat.

 

Françoise Fabre

 

A propos de votre exemple de la revendication homosexuelle qui est effectivement paradoxale et contradictoire, il existe quelque chose qui passe du côté de la revendication et du droit et qui vient occulter la question du désir. Il est en grande partie refusé au sujet de se « mettre au clair » avec quelque chose du désir. On passe du côté de la revendication et du droit. Vous avez d’ailleurs tracé un parallèle entre le droit d’adoption réclamé par des homosexuels et le droit des enfants. Le juridique s’empare ainsi d’un certain registre, celui de l’intime, dont les analystes avaient jusqu’alors le monopole. Il semble qu’on ferme la question du désir , c’est-à-dire celle de la dette et de la finitude ; on passe alors dans le domaine de la revendication et du droit, et à une vie au-dessus des moyens psychiques de l’individu. Le désir est alors, au sens freudien du terme, bouché.

 

Paul-Laurent Assoun

 

L’exposé de Christian Flavigny m’a fait penser au « jeu du foulard » tristement à la mode. On entend de nombreux discours à ce sujet. L’une des pistes de réflexion est d’examiner le rapport de l’enfant à l’irrespirable maternel. Il s’agit de s’entraîner à mourir pour rester en rapport avec soi. Il s’agit fréquemment d’enfants très attachés à leur mère, qui sont souvent présentés comme heureux, poussant à l’ombre de l’amour maternel, à l’instar de certains enfants asthmatiques. Il s’agit de souffrir des petites morts comme stratégies d’évasion.

 

Je suis également intéressé par l’aspect anthropologique. Je m’attendais à ce que vous parliez du désir d’enfant de la femme pour lequel, selon la lecture freudienne « classique », l’enfant est l’objet (ce que Lacan reprend dans sa « Note sur la psychologie de l’enfant »). L’enfant est dans la position du fétiche : longtemps avant sa naissance, il est déjà, par transposition pulsionnelle, l’héritier de l’objet (l’excrément, le cadeau et le phallus). Une femme qui « circule » entre les hommes, pour utiliser la terminologie de Lévi-Strauss, veut, quant à elle, décrocher, selon Freud, le « cadeau ». Pour la femme, le destin de l’objet se joue dans le rappor
t à l’objet ; quel que soit le cadeau donné, celui qui manque, c’est l’enfant. Cette position n’implique-t-elle pas un rapport à la dette ? Un homme s’endette envers une femme puisqu’il doit l’enfant. Une femme qui circule selon les lois de la parenté porte un désir d’objet éminent. S’il y a bien quelque chose qui montre l’objet réalisé du fantasme (par ailleurs producteur de sa propre satisfaction), c’est l’enfant qui vient d’une femme. Ne pourrions-nous donc pas avoir une lecture anthropologique de cette « fonction d’objet » ?

 

 

 

Christian Flavigny

 

Permettez-moi de faire référence aux propos de Monique Bydlowski qui parle de dette de vie entre mère et fille. Je pense qu’il y a quelque chose de différent dans l’organisation du rapport de dette féminin. Ce rapport passe certainement par l’enfant alors que le rapport de dette masculin fait passer l’enfant par une voie extrêmement détournée, ce qui ne le fait pas revêtir une dimension indispensable et charnelle à la différence de celui qu’il a pour les femmes.

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

Lacan, plus encore que Freud, a noté la tension entre le désir d’enfant et le phallus. Il s’agit de la réponse appropriée à la question de l’objet, mais il y a également quelque chose d’irréductible dans la demande phallique. Ces mères qu’on appelle abusives, dont la seule justification comme femme est d’avoir un enfant, elles « jouent tout », comme un joker, sur cet enfant et le haïssent paradoxalement à cause de la part de féminité abjurée en son nom. Cela explique qu’on trouve des enfants obsessionnels, habituellement des fils chéris, qui ont senti sur leur nuque le souffle de la volonté de mort de leur mère. Lorsque Médée est maltraitée comme femme, elle sacrifie ses enfants. Lacan n’hésite pas à nous dire que c’est elle, la vraie femme, ce qui est un comble ! Il s’agit de pointer ainsi la disjonction critique du « maternel » et du « féminin ».

 

 

 

Christian Flavigny

 

La médiation est au coeur de la question du lien mère/enfant. L’infanticide survient lorsque la haine ne parvient pas à s’organiser entre générations. L’enfant devient vécu comme dépossédant le parent de sa propre place d’enfant. Le parent n’est pas en mesure de donner à l’enfant, en tant que représentant d’une génération qui le précède.

 

 

 

Luis Izcovich

 

Il existe dans les faits de nombreux couples d’homosexuels qui élèvent des enfants. Sommes-nous certains de l’existence d’une incompatibilité entre l’homosexualité et le désir d’enfant ?

 

 

 

Christian Flavigny

 

Je n’ai pas indiqué qu’il existait une incompatibilité, mais une contradiction particulièrement poussée. Il y a une contradiction dans tout désir d’enfant, et c’est heureux ! L’enjeu de la finitude est posé et se radicalise dans le cas de l’homosexualité qui est, pour schématiser, la contestation du rapport sexuel procréateur, face à la difficulté de s’identifier à ce processus. L’homosexuel tente de déjouer cette difficulté en passant par le biais social grâce à l’obtention d’un droit de devenir parent.

 

Si l’on cautionnait le droit à l’enfant pour les homosexuels, on généraliserait le droit à l’enfant quelle que soit la vie psychique ou la façon de faire venir l’enfant. On aboutit alors à une dialectique dans laquelle les enjeux de haine sont gérés par le droit. Cette dérive vers une relation judiciarisée est tout à fait d’actualité ces jours-ci.

 

 

 

Robert Lévy

 

Vos propos introduisent une autre notion importante du désir, celle de la transgression. Vous avancez quelque chose qui ferait transgression du côté de la scène primitive, en la réfutant, et qui amène l’idée que l’homosexualité transgresserait cette dimension relative à la loi qui concerne la scène dans laquelle on est exclu, par définition. Le désir d’enfant, dans ce cas-là, serait-il transgressif ? C’est une chose de dire que tout désir d’enfant est contrarié (heureusement qu’il l’est !), mais c’en est une autre de dire qu’il s’agit d’un désir transgressif.

 

 

 

Christian Flavigny

 

On constate que les parents homosexuels tiennent particulièrement à l’hétérosexualité de leur enfant. Il s’agit d’un enjeu banal : l’aspiration à ce que l’enfant résolve certaines contradictions. Tout parent souhaite dépasser ses propres parents. Il s’agit également de résoudre quelque chose que ses propres parents n’ont pas su assumer, à travers l’enfant.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Je m’intéresse particulièrement, dans la clinique contemporaine, à ce que certains appellent la « stérilité psychique ». Il s’agit du phénomène par lequel certaines femmes ne parviennent pas à avoir d’enfants alors qu’elles y sont biologiquement aptes.

 

Lacan indique que la Femme n’existe pas et suggère un rapport divisé face à la fonction phallique propre à la jouissance. Lacan parle de l’égarement des femmes et de leur sentiment d’insécurité permanente.

 

 

 

Paul-Laurent Assoun

 

Les femmes importantes dans la Bible commencent par être stériles, puis elles accouchent de l’enfant élu qui a de grandes choses à faire dans la vie.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

Il y a une recrudescence de cette tendance.

 

 

 

Françoise Fabre

 

Un obstétricien m’a indiqué que la pratique de la fécondation in vitro était, il y a dix ans, proposée aux couples de plus de deux ans qui n’avaient pas d’enfants, sans toutefois interroger ledit couple sur l’existence de leur vie sexuelle !

 

La question des moyens n’était pas posée.

 

 

 

Christian Flavigny

 

Cette question est posée dans l’adoption, en revanche. Il est également connu qu’un certain nombre de femmes, dont la stérilité psychogène est diagnostiquée, tombent enceintes alors qu’elles viennent de recevoir l’agrément pour une adoption.

 

Robert Lévy

 

C’est également vrai de ces femmes qui tombent enceintes alors qu’on leur accorde la possibilité d’une fivette. C’est étonnant…bien que cela ne nous étonne pas tant que cela, puisqu’il existe une instance de la loi du désir supérieure à la loi sociale.

 

 

 

Christian Flavigny

 

A l’instar de l’interdit de l’inceste.

 

 

 

Vannina Micheli-Rechtmann

 

C’est le rapport divisé sur la fonction phallique.

 

 

 

Robert Lévy

 

C’est cela.

 

 

 

Françoise Fabre

 

J’aimerais demander à Luis Izcovich de nous exposer une autre forme de désir : le passage du désir de l’analyste au désir d’analyste.

 

Luis Izcovich

 

J’ai effectivement voulu aborder le sujet de cette table ronde selon une nouvelle perspective. N’y aurait-il pas, dans la production d’un nouveau désir dans la cure analytique, la possibilité de se tirer vers le haut et d’aller au dessus de ses potentialités d’avant l’analyse. Existe-t-il un changement (la création d’un nouveau désir) qui permet
trait au sujet de se dépasser ?

 

La question est déjà posée par Freud dans l’article « Analyse avec fin et analyse sans fin », dans lequel il pose le problème de la différence entre un sujet qui a fait une analyse

 

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