6-Lyon-François Christophe" actualité et In-actualité de la logique de l’inconscient dans l’oubli"

Mon projet de départ était de travailler sur l’oubli et le refoulement, en partant de cette idée que j’avais, de manière un peu vague, que l’oubli et le refoulement c’était la même chose…mais je n’en étais pas sûr.
J’ai commencé par travailler cette question sans franchement l’articuler avec le thème de l’année.

 

 

L’oubli était pour moi, au même titre que le rêve, le lapsus, le mot d’esprit  une formation de l’Ics  .
Je me suis donc mis au travail sur l’oubli,  dans son lien avec le refoulement.
En considérant le lien de l’oubli avec le refoulement, je réalisais alors que je limitais ma réflexion à la névrose.
Je me suis intéressé au statut de l’oubli dans le champ des psychoses, comment pouvait-on  articuler l’oubli sans le refoulement ?

J’ai relu l’argument de façon plus serrée et après plusieurs jours de divagation, il m’a semblé que mon travail pouvait s’épingler dans le titre lui même, c’est pour cela que j’ai intitulé mon exposé « actualité et in-actualité de l’Ics dans l’oubli ».
Je vais essayer de dire comment l’Ics s’ actualise dans l’oubli et ce de manière différente, dans le champ de la névrose sous la forme d’un retour du refoulé et celui de la psychose, sous la forme d’un impossible oubli de l’oubli..
Mais commençons par faire un petit détour par l’étymologie :

 

l’oubli:
la racine grecque est Léthé,  signifiant qui s’origine dans la figure mythique du même nom.
Elle est la fille d’Eris qui est la figure de la discorde.
L’oubli est donc la fille de la discorde et elle est souvent représentée par le fleuve Léthé, dit le fleuve de l’oubli, un des 5 fleuves de l’Enfer.
Le mythe raconte :
Après un grand nombre de siècles passés dans l’Hadès, les âmes des justes et celles des méchants qui avaient expié leurs fautes aspiraient à une vie nouvelle, et obtenaient la faveur de revenir sur la terre habiter un corps et s’associer à sa destinée. Mais avant de sortir des demeures infernales, elles devaient perdre le souvenir de leur vie antérieure, et à cet effet boire les eaux du Léthé, qui provoquaient l’amnésie.
Le Léthé séparait les Enfers du coté de la vie.
Avec un « a » privatif, les grecs ont ainsi défini la vérité, « aléthéia »
D’un point de vue étymologique, à la racine de la Vérité il y a l’oubli ou encore

L’oubli ouvre à la vérité sur le chemin de la mort.

1ére partie : «  L’oubli de nom propre »

Dans son article de 1898, repris en 1911 dans « Psychopathologie de la vie quotidienne » Freud s’intéresse à la question de l’oubli, sans doute préoccupé par la question de la réminiscence et des souvenirs, que ce soient les « souvenirs écrans » (texte de 1899), les « souvenirs d’enfance et les souvenirs écrans » (texte de 1901).
Il motive ainsi sa recherche :
« Ce qui m’a amené à m’occuper de plus près du phénomène de l’oubli passager de noms propres, ce fut l’observation de certains détails,…, comme ceux où il s’agit, non seulement d’oubli, mais de faux souvenir.
Celui qui cherche à se rappeler un nom qui lui a échappé retrouve dans sa conscience d’autres noms, des noms de substitution,  qu’il reconnait comme incorrects, mais qui n’en continuent pas moins de s’imposer à lui. On dirait que le processus qui devait aboutir à la reproduction du nom cherché a subi un déplacement, s’est engagé dans une fausse route,… »
Il évoque un souvenir de voyage en voiture de Raguse, en Dalmatie, à une station d’Herzégovine en compagnie d’un étranger.
La conversation tombe sur l’Italie et il demande à son compagnon de route s’il avait été à Orvieto visiter les fresques de …
Freud est « frappé » (sic) par l’oubli du nom du célèbre peintre de la fresque d’Orvieto représentant le jugement dernier.
A la place de Signorelli, ce sont deux autres noms qui lui viennent : Botticelli et Boltraffio.
Freud reprend méticuleusement  le déroulement de la discussion qui a précédée cet oubli, après avoir en bon scientifique écarté d’autres hypothèses.

Il s’était d’abord entretenu des propos que lui avait rapportés un confrère à propos des mœurs des Turcs de Bosnie et d’Herzégovine qui sont « plein de confiance dans le médecin et plein de résignation devant leur sort. »
Quand le médecin doit leur annoncer que l’état d’un de leurs proches est désespéré, ils répondent :
« Seigneur (Herr) n’en parlons pas, je sais que s’il était possible de sauver le malade tu le sauverais. »
Freud mentionne :
« Nous avons là deux noms, Bosnie et Herzégovie, et un mot, Herr (signor) qui se laissent intercaler dans une chaine associative entre Signorelli-Botticelli et Boltraffio. »
Dans la suite des idées, Freud dit avoir eu l’intention de « raconter une anecdote qui reposait dans sa mémoire à coté de la première.
Ces turcs attachent une valeur exceptionnelle aux plaisirs sexuels et lorsqu’ils sont atteints de troubles sexuels, ils sont pris d’un désespoir qui contraste singulièrement avec leur résignation devant la mort. »
Un des malades de son confrère lui dit un jour : tu sais bien Herr (Seigneur) que lorsque cela ne va plus, la vie n’a plus aucune valeur. »
Freud dit s’être abstenu de rapporter ce cas « scabreux » à son voisin de voyage.
Il « fit même davantage : j’ai distrait mon attention de la suite des idées qui auraient pu se rattacher dans mon esprit au sujet : Mort et sexualité. »
Freud poursuit :
« j’étais encore sous l’impression d’un événement » qu’il avait appris alors qu’il était à Traffoi, à savoir le suicide d’un patient « qui lui avait donné beaucoup de mal »…et qui s’était suicidé car il souffrait « d’un trouble sexuel incurable ».
« L’affinité entre Traffoi et Boltraffio m’oblige à admettre que, malgré la distraction intentionnelle de mon attention, je subissais l’influence de cette réminiscence. »
la logique inconsciente est:
-Freud veut refouler le thème sur la sexualité des Turcs, qui lui semble inconvenant d’aborder avec son voisin.
-mais en fait, il voulait oublier autre chose:le suicide de son patient àTraffoi.
-un lien d’association s’est fait entre Turcs (via Bosnie Herzégovie)=Traffoi=Signorelli.
-par le jeu des substitutions, l’oubli a porté sur Signorelli.

Dans cette chaine associative, le Herr est refoulé car censuré par Freud à deux reprises : d’abord avec Her/zégovie  et aussi avec Herr du Herr doctor, qui a son équivalent en italien avec signor.
Herr entraine avec lui un substitut, Signor, qui du coup, provoque l’oubli du nom Signor/elli.
On retrouve dans les noms propres de remplacement qui viennent à Freud, des bouts de mots des éléments refoulés par Freud.(ce que Lacan appelle des déchets métonymiques)
Ainsi elli, tombé dans l’oubli avec Signor/elli revient avec Bottic/elli.
Bo de Bo/snie revient avec Bo/ticelli et avec Bo/ltraffoi.
De la même manière, Traffoi revient de manière déguisé en Boltraffoi.

Freud indique bien ici que le refoulement provoque l’oubli, il en est la condition.

Plus exactement, c’est le retour du refoulé qui vient de manière déguisée provoquer et en même temps conditionner l’oubli.
Je me suis demandé si on pouvait considérer ici l’oubli de nom comme un symptôme névrotique avec ses formations de substituts que sont Botticelli et Boltrafoi.?
Dans le champ de la névrose, l’Ics qui s’actualise dans l’oubli est un Ics considéré comme le lieu des « vorstellungrepresentanz », des représentants
de la représentation refoulés au moment du refoulement originaire.
L’Ics est le lieu d’une mémoire (je préfère dire une /à la mémoire), le lieu des traces mnésiques, celui des souvenirs refoulés.
l’Ics est le lieu de l’oubli.
Dans son texte “le sujet de l’oubli”, P. L Assoun :
“L’oubli, loin d’être une perte sèche, laisse entrevoir, telle une comète, une trace”.
Dans la névrose, l’oubli porte la trace du refoulement, qui en est la condition.
Pour pouvoir oublier, il est nécessaire qu’il y ait du refoulé, et logiquement, pour qu’il y ait du refoulé, il faut au préalable du refoulement qui lui même s’organise à partir de l’opération du refoulement originaire.
On voit bien comment dans son travail sur l’oubli, Freud poursuit son élaboration sur l’Ics, qui aboutira en 1914 à la rédaction de « Remémoration, répétition et perlaboration » et en 1915 des deux textes dans Métapsychologie que sont « le refoulement » et « l’inconscient ».
Freud fera alors de la psychanalyse une technique pour lever le refoulement, lever l’oubli ou encore l’amnésie infantile,grâce à la remémoration.
On pourrait dire que l’oubli a ici conduit Freud sur le chemin de la Vérité de l’Ics, dans le champ de la névrose.

Vignette clinique:
j’ai reçu récemment sur mon répondeur téléphonique du cabinet la demande d’une dame pour prendre rendez vous.
Elle finit son message téléphonique en me laissant son numéro de téléphone pour que je la rappelle, ce que je ne fais pas tout de suite.
Environ 5 min après, elle me laisse un 2ème message, dans lequel elle m’indique s’être trompé dans les deux derniers chiffres de son numéro de téléphone.
Au lieu du 44 elle m’avait indiqué le 49.
Je prend note de ce contre temps sans à vrai dire en faire cas.
Quelque temps après,je reçois donc cette dame qui, dès le début de notre rencontre, revient sur son oubli de nombre.
Elle me dira être née en 42, elle a donc 70 ans, et que depuis son coup de fil, elle s’est demandé d’où venait le 49?(faut dire que cette dame a déjà une bonne pratique de la psychanalyse)
49 c’est l’année de la naissance de son 2ème frère avec qui elle s’entend très mal, c’est aussi l’année où elle a été abusée par un cousin à l’âge donc de 7 ans.
44, c’est aussi l’année de naissance de son 1er petit frère qui décèdera quelque mois plus tard , ce qui laissera sa mère dans un chagrin inconsolable.
Ces nombres 44 et 49 ont ainsi capitonnés sa mémoire à des souvenirs traumatiques, souvenirs qu’elle dira avoir enfoui de telle façon qu’ils ne lui étaient pas revenus au cours de sa 1ère tranche d’analyse qui dura 15 ans et qui s’est arrêtée il y a plus de 20 ans.
C’est seulement au cours d’une 2ème tranche commencée à l’occasion d’un drame familial il y a 3 ans que ce souvenir lui est “revenu en pleine figure”.
Elle poursuit son travail avec moi depuis peu, car sa psy précédente “l’a laissé tomber” pour des raisons de santé.
Je trouve que ce court exemple dit bien, un peu comme Diane Chauvelot avec son livre “le noeud pape” que si l’Ics n’admet pas de temporalité, il y a un temps pour qu’il s’actualise, un moment pour qu’il surgisse, à travers un oubli de nom ou de nombre.

Lacan commentera à plusieurs reprises l’analyse de Freud, j’aborderai ici que ce qu’il en dit en 1953/54 dans son séminaire « les formations de l’Ics ».
Il remarque que l’oubli de nom propre ( sic un signifiant pur?) considéré par Freud concerne tout d’abord l’oubli d’un nom propre qu’ est Signorelli, qui est dans une langue étrangère à celle de Freud (l’allemand).
il ajoute que si c’était vraiment un nom propre, il “n’aurait pas de patrie” et Freud n’y aurait pas attaché plus d’importance que ça.
il poursuit:” ce qui a paru remarquable à Freud c’est que cet oubli de nom propre,…  n’est pas un oubli absolu, un trou, une béance,mais qu’il se présente d’autres noms à la place ….il se produit des substitutions. »p.37
Si l’oubli de Signorelli avait réussi, il n’y aurait pas eu besoin de substituts.
Ces substitutions arrivent donc par défaut car le signifiant Signor, au lieu de tomber dans l’oubli, est refoulé.
On voit là un “deuxième lieu psychique” où peut tomber l’oubli de manière absolue.
l’oubli absolu pourrait dans ce cas s’apparenter à un refoulement réussi???
(on pourra peut être en discuter)

lacan poursuit son raisonnement en reprenant point par point ce qu’il nomme chez Freud « l’une des démonstrations les plus claires qu’il ait jamais donné (lui Lacan) des mécanismes en jeu dans un phénomène de formation et de déformation liés à l’Ics. », autrement dit lié à la structure signifiante.
Il va de manière remarquable, articuler dans la logique de l’Ics, comment le signifiant Herr entraine avec lui son substitut, Signor,ce qui du coup, provoque la disparition du signifiant Signorelli.
Lacan qualifie là l’oubli et le refoulement comme des effets de la structure signifiante, notamment dans ses fonctions métonymique et métaphorique.

Il commence ainsi: (sic;faut un peu s’accrocher!!!!!!!!!!!!!)
p.38 “tout se centre autour de ce que l’on peut appeler une approximation métonymique….parce que ce qui ressurgit d’abord, ce sont des noms de remplacement”.
“Freud situe le phénomène sur le plan métonymique”.
Lacan préfère parler ici de combinaison entre Signorelli, Boltraffio et Botticelli plutôt que de substitution et ces combinaisons sont liés “uniquement à des phénomènes de signifiants.”
“ce sont les ruines métonymiques de l’objet déjà brisé ” que Lacan localise dans le Herr absolu qu’est la mort, qui s’est présentifié par deux fois à Freud pendant le voyage ( cf Herr doctor desTurcs et son patient).”
ce Herr absolu est derrière cette logique de l’Ics, une logique de combinaison de signifiants qui s’organisent sur un plan métonymique.
le signifiant Herr file au niveau métonymique, c’est à dire comme une partie représentant le Herr absolu, il en est l’indice, la trace.
quel est alors le lien entre Herr et Signor dans cette logique inconsciente du signifiant?
Comment Herr entraine avec lui Signor?
Si Freud ne peut pas évoquer Signor, cause de son oubli de Signorelli “c’est qu’il est dans le coup… de façon indirecte , par le Herr”.
il est dans le coup car il est la traduction italienne du Herr allemand, il s’y substitue.
la substitution/traduction de Herr en Signor devient ici ” l’articulation, le moyen signifiant , où va s’instaurer l’acte de la métaphore”,c’est à dire l’acte qui ici attache Signorelli au Herr absolu.
Le signifiant Signorelli représente le peintre qui a peint la fresque du jugement dernier, il a évoqué de manière métaphorique ce que Lacan appelle « les choses dernières » , autrement dit, cette réalité impossible à affronter qu’est la mort, que représente de manière métonymique le signifiant Herr.
Pour résumer, Signorelli représente métaphoriquement le Herr absolu qui est lui représenté de manière métonymique par Herr qui est substitué/traduit par Signor.
Si l’on prend cette chaine logique à l’envers cela donne:
Signor se substitue par traduction à Herr, qui est une métonymie du Herr absolu dont Signorelli en a donné une représentation métaphorique.
Si Signor est attaché « au contexte de Signorelli » il en est « le déchet métaphorique » (de Signorelli) car « il ne réalise pas pleinement l’opération métaphorique du Herr, même s’il en est la traduction littérale ».
Signor signe l’échec de la métaphore , il est donc refoulé et non pas oublié.

Lacan remarque que Freud « joue de façon ambiguë entre deux mots “verdrangung”  et « unterdruck ».
nous allons voir comment chacun d’eux recouvre un oubli différent.
-Signor est ma
intenu par une force spéciale , « une verdrangung »(qui signifie refoulement) qui le maintient donc dans la mémoire ici inconsciente.
Lacan représente la mémoire inconsciente par une machine où les signifiants « tournent en rond jusqu’à ce qu’on en ait besoin ».
il prend exemple sur ces panneaux d’information que l’on trouvait avant dans les gares où l’on voyait se former les noms des destinations à partir des lettres qui défilaient avant de s’arrêter subitement.
On retrouve là dans cet exemple l’instance de la lettre dans l’Ics que Lacan développe dans son séminaire sur la lettre volée.
p.40 ( séminaire la lettre volée) « la singularité de la lettre est …le sujet véritable du conte : puisqu’elle peut subir un détour, c’est qu’elle a un trajet qui lui est propre. Car nous avons appris à concevoir que le signifiant ne se maintient que dans un déplacement comparable à celui de nos bandes annonces lumineuses…ceci en raison de son fonctionnement alternant en son principe, lequel exige qu’il quitte sa place, quitte à y faire retour circulairement. »
Le refoulement devient alors cette opération qui consiste, d’abord de manière primordiale, à mettre des lettres en mémoire, lettres qui tournent en rond jusqu’à ce que l ‘on s’en serve pour former des représentants de la représentation, qui tout en étant refoulées resteront à disposition.

-le Herr absolu est quand à lui « unterdruck », que Lacan traduit par « tombé dans les dessous », ce que je traduirai par tombé dans l’oubli absolu, le trou ou la béance.
« l’unterdruck n’a besoin de se faire qu’une fois pour toute » dira Lacan.
C’est par ce point que nous allons aborder la question de l’oubli dans le champ de la psychose.

2ème partie: l’oubli de l’oubli.

Dans « Les écrits techniques » Lacan évoque p.216 dans une discussion avec Octave Mannoni, « un oubli sans retour du refoulé ».
C’est cet oubli, l’oubli primordial, qu’ Alain Didier Weill évoque dans son livre« Les trois temps de la Loi » en le nommant « l’oubli de sa part maudite (de l’homme)», l’oubli du Troumatisme.
p.280 ADW .Ce néologisme de Lacan désigne l’ expérience originaire d’un trauma qui s’organise selon cette logique:
ADW fait l’hypothèse que ce qui arrache l’infans au « tohu bohu » du Réel primordial,à son déterminisme, c’est , avec l’expérience de la parole, le rythme des aller/venue de l’Autre maternel.
Grâce à la répétition de la présence/absence maternelle, l’infans reconnaît la possibilité d’un « y’a d’ l’Un », à la manière comme le dit Lacan de Robinson sur son ile qui, en découvrant la trace de pas sur le sable, découvre la présence de Vendredi.
Si ce jugement d’attribution (comme le décrit Freud dans la verneinung) confirme chez l’ infans la reconnaissance d’un objet source de plaisir, il le prépare aussi « à cette mauvaise nouvelle traumatique, qui est la découverte de la castration maternelle que nous interprétons comme irruption violente d’un nouveau message traduisible par Y’a pas d’l ‘Un. »
L’ infans fait la découverte simultanée de la présence du corps maternel ( grâce à ses absences) = y’a d’ l’Un = y’a de l’Autre ) et du manque dans le corps maternel , j’ajouterai dans sa parole = y’a d’l ‘Un mais barré par la castration.
C’est la découverte de l’ inconsistance de l’Autre maternel, la découverte du trou dans le Réel (que Robert Lévy appelle sa part d’ irreprésentable) incarné par l’Autre maternel et que l’infans ne pourra donc pas symboliser.
C’est cette expérience originaire de « mortification traumatique » que l’infans devra nécessairement oublier et cet oubli devra resté inoubliable.
C’est là où le refoulement originaire offre la possibilité de sortir de ce traumatisme.
Le refoulement originaire, c’est la garantie psychique de pouvoir oublier de façon inoubliable!
C’est la garantie de pouvoir transférer dans le champ de la signifiance, cette expérience « du manque de signifiant dans l’Autre »  en y substituant « un signifiant du manque », le signifiant du Nom du Père.
Je dirais que le refoulement originaire garantie l’ opérativité de la métaphore. (à discuter?)
la castration est la condition du refoulement.
Dans son livre, “Préalables à toute clinique des psychoses” Jean Oury illustre ainsi le refoulement originaire:
il s’appuie sur la phrase d’une patiente psychotique qui lui apportait toujours « un tas de trucs ».p.118
Elle lui avait raconté que chez elle, dans sa cour, il y avait une dalle sous laquelle il y avait tous les instruments que son père, qui était un ingénieur célèbre, utilisait dans ses recherches sur la force motrice de la houle.
On les avait cachés là au moment de sa mort.
Cette dame avait un jour soulevé cette plaque puis l’avait remise de suite en pensant
“il faut laisser l’oubli, si on soulève la plaque,il y a un oubli de l’oubli et ça crée la pagaille.”
Pour Oury, la plaque représente l’Uverdrangung, le refoulement primordial.
C’est cette opération qui permet de fermer « hermétiquement » les signifiants primordiaux, les signifiants énigmatiques de l’ Autre, les S1, qui n’auront alors comme destin que de devenir des « VorstellungReprésentanz », des représentants de la représentation ou encore des S2.
On peut aussi dire qu’ici, le refoulement primordial (= originaire?) commémore l’oubli et rend possible le souvenir.
On voit là toute la portée symboligène (pour paraphraser Dolto) d’un lieu comme le cimetière par exemple qui est, non seulement le lieu où l’on enterre les morts en fonction du nom propre, mais aussi le lieu par excellence où l’on conserve les souvenirs associés aux personnes disparues.
Pour commémorer, il faut donc un lieu, une plaque et une nomination.
Autrement dit, pour se souvenir, il faut un lieu, l’Ics, une plaque, le refoulement primordial, et une nomination, c’est à dire la possibilité de pouvoir nommer l’expérience de la rencontre avec le Réel. (capacité de jugement et/ou de métaphoriser notamment le manque dans l’Autre grâce au signifiant du manque).
commentaires:Une chose aussi m’est revenu à propos de la commémoration, c’est à propos de cette terrible entreprise dite de « la solution finale » où les nazis ont d’une certaine manière échoué dans leur projet car tout simplement, et de manière finalement très humaine, ils ont tenus des registres de noms, registres qui après coup permettront de commémorer la Shoah (la catastrophe) en édifiant le Mémorial.

Que se passe t-il alors dans la psychose?
ADW suppose une forclusion originaire qui porterait sur la reconnaissance du «  y’a d’ l ‘Un » empêchant l’infans d’accéder au traumatisme et du coup à sa sortie par le refoulement?
Est ce que l’on peut soutenir qu’il n’y a pas de refoulement?
R. Lévy cite J. Bergès p.108 « Sans refoulement, c’est à dire sans castration, il y a forclusion ». (« psychose, autisme et défaillance cognitive chez l’enfant. » 2001 Erès
Ou est ce qu’on pourrait dire qu’il y a eu du refoulement partiel (que l’on pourrait penser à partir des forclusions qui seraient locales) à l’image de cette plaque qui recouvrirait partiellement l’Ics?
J’ai bien aimé lorsque Michel Ferrazi parlait de l’existence d’un Ics dans la psychose, un Ics qu’il faudrait plutôt arriver à « calmer » ou peut être mieux à endiguer au fil des conversations que l’on peut avoir avec le patient psychotique.
En effet, le patient dit psychotique peut raconter de manière bien différente ses souvenirs, autrement dit, on peut me semble t-il lui supposer des manières bien différentes d’oublier et donc de refouler.
C’est le cas avec ce patient schizophrène que
je vois chaque semaine depuis plusieurs mois et qui au détour de notre conversation peut évoquer des souvenirs de son enfance ou de son adolescence de façon tout à fait névrotique, c’est à dire en se montrant affecté par leur évocation.

Mais il peut aussi être débordé par l’ évocation d’un moment de sa vie où ce qui surgit alors , c’est l’angoisse que seules les hallucinations, dans ce cas auditives, peuvent endiguer.
Ainsi, à un moment où je lui demandais « ce qui c’était passé à tel moment de son adolescence » ce patient fut pris d’un mouvement presque de panique, et il fut envahi par « ses voix » qui, telles de vieilles connaissances, l’aideront à sortir de sa torpeur.
Bien sûr, je n’ai pas insisté et j’ai rassuré ce patient sur mes intentions, c’est à dire que je pouvais faire avec son impossibilité de raconter ce souvenir qui venait de surgir.
Qu’est ce que ça nous dit sur ce souvenir?
Est ce que c’est un souvenir traumatique?
Qu’est ce qui a fait trauma?
-L’évènement , qui était tel qu’il n’était pas possible de le nommer pour pouvoir le commémorer ensuite?
-Ou l’impossibilité de nommer l’évènement, (de lui attribuer une qualité au sens freudien du terme c’est à dire de pouvoir s’en faire un jugement ou au sens lacanien de pouvoir en produire une métaphore) qui a fait de cet événement un trauma?
Il me semble que ces deux hypothèses doivent rester ouvertes car peut être que finalement ce qui fait trauma, c’est le défaut de nomination, qu’il soit antérieur ou postérieur à l’évènement.
Pour ceux que la question intéresse, je conseille la lecture du livre de Catherine Kolko « les absents de la mémoire » .
elle pose la question p.64:
« Qu’est ce qui a présidé dans la vie d’un sujet pour que la réalité de ce qui a été vécu ne puisse s’inscrire, altérant la fonction même du jugement?
Point forclusif où la pensée est abolie, défaut de croyance où la perception est déliée de la représentation nécessaire à son inscription pour l’enraciner dans ce que nous appelons souvenirs. »
Elle poursuit p.70:
« Ce que nous appelons l’ Ics serait plus à comprendre comme le réservoir de tous les enregistrements qui n’auraient pu accéder à la fonction symbolique. Réservoir de ce qui est forclos. Tout ce qui est hors chaine signifiante. Serait alors refoulé tout ce qui comporte un défaut signifiant, défaut de symbolisation. Tout ce qui n’a pas pu se penser.
On voit si l’on suit cette piste, que le transfert dans l’analyse comporte un versant peu exploité, celui de rétablir la fonction de jugement nécessaire à son inscription signifiante. »

Que dire encore des souvenirs de cette autre patiente qui récemment me disait:
« Je suis allé chez mon frère et il s’est fâché quand il a appris que j’avais eu une relation incestueuse avec mon autre frère. il veut plus me voir, ça m’embête. »
qu’est ce qui est forclos dans ce cas?
La représentation ou l’affect?

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