8-Paris Robert Lévy "L’inconscient entre signifiant et topologie, entre style et structure."(3)

Je voudrais vous parler ce soir de choses un peu compliquées pour moi et donc je peux imaginer que cela doit l’être pour beaucoup d’entre nous et de voies par lesquelles nous sommes obligés de passer si l’on veut tenter de traiter cette question de l’inconscient entre signifiant et topologie, c’est-à-dire entre style et structure.

 

Je vais tenter de vous parler de cela ce soir suite aux derniers séminaires faits par mes collègues et amis et qui m’ont semblé tourner pour un certain nombre autour des questions entre le signifiant et la typologie, entre le style et la structure, il y a une question de la logique et de l’inconscient et de son inactualité qui sont incontournables.
Nous en sommes arrivés cette année au point où il va nous falloir avancer un peu sur la question de l’inconscient et de la logique de son inactualité.En effet, comme nous le faisait remarquer Philippe Julien, dans un article remarquable : si le symbolique, le réel et l’imaginaire sont strictement équivalents, il n’en demeure pas moins que « l’enveloppement de l’imaginaire et du réel par le symbolique n’est pas la structure du nœud borroméen. Donner la préférence en tout à l’inconscient, soit au symbolique, est un passage à une autre structure». Je vais tenter de maintenir le fil et pardonnez-moi pour la complexité de la chose, mais il me semble que c’est incontournable si l’on veut traiter cette question de l’inconscient autrement que dans sa version freudienne habituelle sur laquelle je vais revenir.
Toute la question est en effet la suivante : face à une demande d’analyse, s’agit-il de faire passer à l’extérieur ce qui est à l’intérieur ? Répondre à cette question est une façon de considérer que le passage de l’inconscient du dedans au dehors serait un retournement du symbolique grâce à une coupure, puisque au départ les trois tores du symbolique, de l’imaginaire et du réel sont noués de façon borroméenne. Si l’on opère une coupure ce n’est plus le même nouage.
Autrement dit, « le symbolique à en retourner le tore enveloppera totalement l’imaginaire et le réel. »
Lacan poursuit alors avec cette remarque : « C’est en quoi l’usage de la coupure par rapport à ce qu’il en est du symbolique présente quelque chose qui risque en somme, à la fin d’une analyse, de provoquer quelque chose qui se spécifierait d’une préférence donnée en tout à l’inconscient. Je veux dire que si les choses sont telles que ça s’arrange un peu mieux pour ce qui est de la vie de chacun, à savoir de mettre l’accent sur cette fonction du savoir de l’une bévue, par lequel je traduis l’inconscient, ça peut effectivement s’arranger mieux. Mais, c’est une structure tout de même d’une nature essentiellement différente de celle que j’ai qualifiée du nœud borroméen » . Cela situe les choses assez clairement, si on opère cette coupure du symbolique effectivement les choses s’arrangent puisqu’on a cet enveloppement de l’imaginaire et du réel, mais on change à ce  moment là de structure. Cela signifie-t-il que l’on change l’inconscient, on change de type d’inconscient, on modifie la structure du sujet, voilà les questions que je vais tenter de déplier comme je pourrais.
De quelle opération d’interprétation s’agit-il alors ? Eh bien c’est celle qui concerne : « … l ‘équivoque fondamentale à ce quelque chose dont il s’agit dans le terme de symbolique que toujours vous opérez. L’équivoque ça n’est pas le sens», dit Lacan.
Nous voilà donc bien en difficulté puisque le symptôme peut se modifier grâce à une invention de savoir-faire avec le symbolique seul, coupure dans le symbolique, et en même temps cette opération qui porte essentiellement sur le signifiant inscrit de la lalangue qui constitue l’inconscient et permet ainsi d’élaborer quelque chose d’autre que le symptôme.
Donc, quelque chose d’essentiellement différent du nœud borroméen, une autre structure dans laquelle et c’est cela qui va nous intéresser, le réel et l’imaginaire sont inclus dans le symbolique qui suscite des effets pour ‘ se sentir mieux ‘ comme nous le dit Lacan mais qui n’exclut pas pour autant que cela entraîne une certaine forme, que Lacan nomme « d’abrutissement » … Cela signifie que se sentir mieux ne nous rende plus clairvoyant pour autant. On peut se sentir mieux dans la façon d’opérer sur le symbolique, mais c’est abrutissant.
Mais alors que cela veut-il dire ? Que le symbolique prévaut ou bien qu’il n’y a pas de langue sans symbolique, de symbolique sans langue, puisqu’ interpréter dans l’équivoque, c’est opérer une coupure dans le symbolique ?
Par conséquent pas de langue sans symbolique implique logiquement qu’inversement pas de symbolique sans langue. Les conséquences sont multiples, entre autres, celles qui concernent le signifiant avec qui, si on suit ce que nous indique Lacan, on a donc un accès direct au symbolique. Si opérer une coupure sur le signifiant concerne le symbolique, cela veut dire que le signifiant à un accès direct au symbolique. C’est dire que nous devons nous réinterroger sur les questions de l’inscription d’un sujet parlant dans la métaphore et la métonymie ou, en d’autres termes, que la structure même du sujet est déterminée par le fonctionnement métaphoro-métonymique.
Dès lors, il n’y a plus de raisons de considérer qu’il y aurait à opposer la question du signifiant à celle des nœuds borroméens ; ainsi la structure ne s’entend plus comme structure psychopathologique, névrose, psychose et perversion mais comme structure même de la lalangue. C’est une opération radicale que nous propose Lacan, car dire que la coupure serait l’interprétation sur le symbolique, c’est considérer que la langue en tant que telle, c’est-à-dire le signifiant, est la structure même du sujet. Dès lors, on ne peut plus parler d’une structure en termes psychopathologiques. Une première conséquence est celle qui concerne la question que l’on se pose éternellement sur ce qui différencie un enfant d’un autre d’âge différent quant à sa structuration psychique ; la réponse est donc celle qui concerne ses capacités à user des opérations métaphoro-métonymiques.
Nous aurons l’occasion d’en débattre plus précisément lors de notre prochaine demi-journée de mars à Paris.
Quoi qu’il en soit cela qui implique comme on vient de le remarquer avec Lacan qu’ « il est un fait c’est qu’apparemment et je peux le confirmer réellement, le fait d’avoir franchi une psychanalyse est quelque chose qui ne saurait en aucun cas ramener à l’ état antérieur … sauf, bien entendu à pratiquer une autre coupure , celle qui serait équivalente à une contre-psychanalyse . C’est bien pourquoi Freud insistait pour qu’au moins les psychanalystes fassent ce qu’on appelle couramment deux tranches, c’est-à-dire fassent une seconde fois la coupure que je désigne ici ce qui restaure le nœud borroméen sous sa forme originale». Voilà, vous voyez comment cette idée de plusieurs tranches d’analyse revient comme une opération de restaurer, restituer la première coupure  de telle sorte que l’on puisse en revenir à une structure borroméenne de départ. Mais alors tout ceci, c’est-à-dire ces différentes opérations de coupure du signifiant dans l’équivocité ne sont-elles possibles qu’en raison de ce que j’avais qualifié au cours d’un précédent séminaire de fragilité du symbolique ? S’il y a changement de structure possible, n’est-ce pas en raison de cette fragilité dite du symbolique que la lalangue implique sans cesse ? Ce quelque chose qui ne cesse pas de ne pas s’écrire puisqu’il n’y a pas l’originaire, et il n’y a pas toute la série des « il n’y a pas ». Peut-être pourrait-on prendre ce terme de fragilité en terme de vrai trou du symbolique dans le nœud borroméen, c’est la place il n’y a pas de l’Autre de l’Autre. Qu’est-ce que cela veut dire ? Il n’y a pas de garantie de la vérité et même le symbolique n’offre pas dans sa struct
ure une place où il pourrait garantir la vérité. Donc c’est ce que Lacan nomme le vrai trou du symbolique, et ce que j’évoquais en termes de fragilité, en terme lacanien cela pourrait être le vrai trou du symbolique. S’il n’y a pas l’Autre de l’Autre, s’il n’y a pas de garantie de la vérité, il n’y a pas moyen d’une possible complétude, donc pas de rapport sexuel qui puisse s’écrire, il n’y a pas la femme …. Toute la série des” il n’y a pas” tient à ce trait de l’incomplétude qui marque la structure.
Ainsi les effets de l’interprétation sur le signifiant montrent que le symbolique est touché et que cela change la structure du sujet au sens que nous venons de préciser : la lalangue ………

Pourtant même si il y a une continuité entre signifiant et nœud borroméen comme le dit Lacan : « L’application du signifiant[….] à la surface du tore […] c’est la forme la plus simple de ce qui peut se produire d’une façon infiniment enrichie par suite de contours embobinés , la bobine à proprement parler, celle de la dynamo, pour autant qu’au cours de cette répétition le tour est fait autour du trou central » .
La bobine et le bobinage, c’est ce qui se trace dans le circuit que la demande cerne en se répétant , un vide intérieur qui tout à la fois la soutient comme demande et la constitue tel un tore . Ce même tore se trouve organisé topologiquement selon deux types de circularité irréductibles : le cercle plein ou méridien et le cercle vide de nature orbitale autour d’un trou central. Une série de correspondances règle ainsi la relation entre le tore comme structure trouée et les circuits de la demande .
Ce qui nous intéresse maintenant ce sont quatre modalités qui sont la conséquence de ce circuit de la demande.
I) Au trou central correspond l’objet manquant du désir intégré à la demande;
II) Au vide intérieur du tore correspond le vide de la demande, soit : l’objet métonymique;
III) Aux cercle pleins générateurs du tore qui se répètent en hélice correspondent les tours de la demande;
IV) Aux cercles vides ou orbitaux correspond la course métonymique du désir.
Autant de façons de pouvoir situer demande, désir, besoin à partir de la circulation du sujet autour des différents tores des nœuds borroméens.
La scansion des demandes répétitives du sujet se trouve ici figurée par cet ensemble de tours successifs qui constituent ce que Lacan nomme un bobinage. On parlera ainsi comme nous le dit Lacan de « la demande numérale dans ses tours » , (c’est-à-dire que l’intérêt de pouvoir repérer cette question de bobinage, c’est pas seulement de dire que la demande fait plusieurs tours, mais chaque tour à sa particularité et l’on peut l’énumérer une par une), donc numérale dans ses tours et « sur laquelle on se trompe nécessairement dans son comptage puisque le sujet oublie de compter le tour qu’il fait du trou central » et il poursuit :« Pour autant que le sujet parcourt la succession des tours de sa demande , il s’est nécessairement trompé de un dans son compte , et nous voyons reparaitre le (-1) inconscient dans sa fonction constitutive … Ceci pour la simple raison que le tour qu’il ne peut pas compter, c’est celui qu’il a fait en faisant le tour du tore ». Reportez-vous à ce que nous évoquions auparavant : “je te demande de me refuser ce que je t’offre parce que ce n’est pas ça”. On pourrait reprendre la question du tour de la demande avec cette formulation en sachant que justement dans le comptage que l’on peut faire des tours de la demande, je vous décris là une analyse, on peut compter ces tours sauf qu’à les compter on en oublie toujours au moins un qui est celui du tour autour de ce trou central.
Il n’en demeure pas moins que l’équivocité sur les signifiants ne présente pas vraiment de point d’arrêt et Lacan insiste beaucoup sur ce fait. Avec l’équivocité sur le signifiant, certes, on peut refaire faire le tour de la demande, cela a souvent ce résultat, mais cela n’arrête pas pour autant le processus. Comment peut-on l’arrêter ce tour de la demande avec l’équivocité du signifiant ? Lacan est lui-même horrifié, comme le fait remarquer Philippe Julien, de constater combien ses élèves peuvent user et abuser de cet artifice qui entraîne bien évidemment la question essentielle suivante dans la technique analytique et qu’il pose à juste titre : « L’inconscient par ses formations joue sur l’équivocité de la langue .Il en joue lui-même . Mais l’analyste a-t-il à en rajouter , et par là apprendre à l’analysant à en rajouter à son tour ? Ce n’est plus alors du déchiffrage, mais de l’amusement, et plus précisément : hystérisassions de l’analysant par l’usage poétique du langage. » Je reviendrais sur l’utilisation poétique du langage parce que cet un élément fondamental, là on le reprend pour montrer que si on en reste là il n’y a pas de point d’arrêt et au fond l’analysant et l’analyste se trouvent pris dans une certaine jouissance à faire tourner et retourner les choses car l’équivocité c’est assez plaisant.
Françoise Fabre : et cela rend fou !
Robert Lévy : je suis bien d’accord avec toi.
La question est posée ici de la jouissance de l’analyste et de l’analysant qui ne saurait mettre une butée à cet équivocité.
Mieux dit encore il s’agit ici de la nécessité d’apporter une limite à ce que Freud avec la lalangue a mis en route, c’est-à-dire une pratique qui ne supposerait pas le réel.
C’est avec ces éléments que Lacan va tenter d’apporter une limite, c’est-à-dire avec l’écriture du nœud borroméen qui s’inscrit comme une façon d’écrire quelque chose qui vienne faire limite à l’équivocité du signifiant, puisque la pratique freudienne ne suppose pas forcément ce réel… Et surtout comme le dit Lacan : « …ce que Freud supporte comme l’inconscient suppose toujours un savoir, et un savoir parler. L’inconscient est entièrement réductible à un savoir. C’est le minimum que suppose qu’il puisse être interprété. »
Le nœud borroméen de son côté est ce par quoi est introduit le réel comme limite à l’équivocité du signifiant et qui, comme conséquence permet l’arrêt du symbolique et de l’imaginaire ; par conséquent arrêt de cette jouissance particulière liée au manque de limites donc de l’équivocité. Le nœud borroméen lui-même est dépendant de cette supposition du réel, c’est ainsi que Lacan l’intitule : une ‘supposition’ le nœud borroméen c’est une supposition’. Mais surtout ce réel a une fonction essentielle dans le nœud borroméen c’est «qu’à l’imaginaire et au symbolique, c’est-à-dire à des choses qui sont étrangères l’une à l’autre, le réel apporte l’élément qui peut les faire tenir ensemble ».
Maintenant nous voici au fait de ce que le signifiant nous indique : la structure, et en ce sens il n’y a pas d’autre loi que celle du signifiant, « alors que le réel est, il faut bien le dire, sans loi. Le vrai réel implique l’absence de loi. Le réel n’a pas d’ordre. » . Voyez comment on peut montrer ce point de bascule entre le signifiant d’un côté en tant que structure qui implique qu’il ne peut y avoir d’autre loi que celle du signifiant et de l’autre côté le réel qui se définit comme n’étant pas de cet ordre de la loi, il est au contraire sans loi. Aussi n’intervenir que sur l’équivocité du signifiant en reviendrait à ne donner aucune limite au symbolique qui se doit de l’être si on ne veut pas inlassablement reproduire de la jouissance ; et comment peut-on y parvenir si ce n’est en introduisant le réel.
Introduire le réel signifie une interprétation de l’ordre du réel. Il semble que dans la série des interprétations, il puisse s’introduire notamment grâce aux séances à durée variables ; je n’ai pas dit aux séances courtes. Ce type de coupure de durée variable des séances introduite à partir du réel est d’une tout autre nature que celle sur l’équivocité du signifiant, puisque cette coupure par exemple sur
le temps de séance porte en fait également sur le signifiant, mais d’une toute autre façon que celle qui porte sur son équivocité. Malheureusement cette durée des séances à durée variable se solde souvent par des séances dites courtes qui, pour autant qu’elles se répètent dans l’étroitesse systématique de leur durée n’ont plus aucune portée sur l’objectif de départ à savoir introduire une coupure de réel limitant de la jouissance.
Ainsi le temps de séance se voit utilisé comme coupure réelle dont Lacan soulignait la nécessité de devoir introduire sa réponse symptomatique à Freud : « C’est dans la mesure où Freud a articulé l’inconscient que j’y réagis . J’y réagis par le réel.
Il faut en effet introduire une nouvelle catégorie de coupure puisqu’en d’autres termes, l’instance du savoir que Freud renouvelle, je veux dire rénove sous la forme de l’inconscient, ne suppose pas du tout obligatoirement le réel dont je me sers » .
Alors pourquoi avoir tant insisté sur la chaîne borroméenne, si ce n’est pour ouvrir une autre catégorie de l’inconscient, mais peut-on encore l’appeler inconscient ? N’est-ce pas cette autre catégorie qui permet d’avoir accès à la lettre et au trait dit unaire puisque l’équivocité ne semble pas pouvoir y parvenir ?
En effet « …l’effet de chaîne qu’on obtient par l’écriture ne se pense pas aisément » . Il y a un autre ordre que celui de la pensée donc qui s’introduit avec « ces trois éléments, tels qu’ils sont dits noués, en réalité enchainés, font métaphore. Ce n’est rien de plus, bien sûr, que métaphore de la chaîne » . Lacan va continuer à s’interroger sur les effets de sa découverte : « Comment se peut-il qu’il y ait eu métaphore de quelque chose qui n’est qu’un nombre ? Cette métaphore, on l’appelle à cause de ça le chiffre .Il y a un certain nombre de façons de tracer les chiffres . La façon la plus simple est celle que j’ai appelé le trait unaire .D’ailleurs, faire un certain nombre de traits ou de points suffit à indiquer un nombre. »
A cette occasion je vous rappelle que ce trait unaire est la première identification du sujet, celle que Lacan indiquait comme étant celle que les hommes préhistoriques avaient écrite dans leur caverne pour chiffrer les troupeaux qui passaient, faire un certain nombre de traits et de points suffit à indiquer un nombre, il fait allusion à ce qu’il évoquait du trait unaire comme étant à l’origine dans cette façon de compter les troupeaux qui passent. Je crois qu’ici, ce que Lacan essaie de cerner, et c’est un élément fondamental de ce que nous appelons inconscient dans sa logique à la temporalité, c’est comment on peut, et avec quels outils distinguer la réminiscence de la remémoration.
La remémoration étant , selon Freud du côté de l’impression, des choses qui s’impriment dans le système nerveux pourvues de lettres ( voir l’esquisse c’est un schéma dans lequel feud pose l’impression chiffrée dans une certaine façon de penser à l’époque le système nerveux) et Lacan interroge le rapport qu’il peut y avoir entre une lettre et un symbole phonologique . Ceci est fondamental, comment passe-t-on de cette impression chiffrée, lettrée dans les neurones aux phonèmes, c’est-à-dire aux signifiants ? Vous entendez que nous sommes ici au fait des questions essentielles de la psychanalyse , à savoir l’interprétation sur le signifiant n’apporte aucune information sur l’instance de la lettre dans l’inconscient, alors il nous faut un autre outillage pour y parvenir , outillage qui , avec le réel semble pouvoir grâce à son effet de liaison de chaîne avec le symbolique et l’imaginaire permettre un accès là où l’interprétation sur le signifiant ne le permet pas ; et ce , d’autant plus que la lettre ou l’impression n’est pas de l’ordre du pensable mais de l’écriture . comment fait-on passer d’une inscription impensable c’est-à-dire de quelque chose qui soit de l’ordre de l’écriture à quelque chose qui soit de l’ordre du pensable qui est plus du ressort de ce que l’on peut rencontrer dans le rêve c’est-à-dire de l’image ?
La remémoration, c’est donc faire entrer ces chaines (dont les nœuds borroméens en sont l’écriture) «dans quelque chose qui est déjà là et qui se nomme le savoir ». C’est cette opération que l’analyste produit, à savoir faire entrer ces chaînes, ces impressions inscrites dans quelque chose qui se nomme le savoir. Passage compliqué à comprendre.
C’est ce que Lacan appelle S1 et S2 et sa conséquence que le signifiant indice 1 représente le sujet pour un autre signifiant indice 2 .
Par conséquent nous en revenons à la langue, à la lalangue c’est-à-dire celle que tout un chacun crée à sa mesure car ce n’est pas parce qu’il y a un traité de linguistique que tout un chacun ne crée pas sa propre linguisterie, sa lalangue dans laquelle on peut dès lors repérer un style et, par conséquent une structure propre, ce qui nous indique également qu’il n’y a pas d’inconscient collectif. L’idée qu’il y aurait de la lalangue s’oppose formellement à toute conception de l’inconscient collectif. La lalangue, c’est ce qui se spécifie d’être au un par un, une façon pour le sujet de s’approprier dans la structure et dans le style, la langue.
« Mon hypothèse, c’est que l’individu qui est affecté de l’inconscient est le même qui fait ce que j’appelle le sujet d’un signifiant. »
« Suivre la structure, c’est s’assurer de l’effet du langage », là c’est évident ,la structure c’est lalangue au un par un.
C’est pourquoi il nous reste maintenant à essayer d’approcher le problème des liens qui ne peuvent manquer de se tisser entre la forme conférée à la surface de la parole et de l’écrit.
Pour ce faire, il nous faut revenir un peu en amont sur ce que Jean-Jacques Leconte avait conclu la dernière fois sur la poésie et je voudrais dire à quel point je lui donne raison et à quel point l’enseignement de Lacan nous invite également à faire de la position de l’analysant et de l’analyste quelque chose qui à trait à la poésie. Je cite Lacan « l’analysant parle il fait de la poésie quand il y arrive, c’est peu fréquent ». Il lie poésie, interprétation et écriture « à l’aide de ce qu’on appelle l’écriture poétique, vous pourrez avoir la dimension de ce que pourrait être l’interprétation analytique ».Voilà ce que Jean-Jacques nous rappelait la dernière fois. Enfin l’interprétation et la coupure participent de l’écriture, et Lacan précise « c’est pour ça que je dis que ni dans ce que dit l’analysant ni dans ce que dit l’analyste il n’y a autre chose qu’écriture. Ainsi la pratique analytique c’est aussi de la poésie ce qui signifie que nous sommes au niveau non plus du signifiant mais de l’écriture avec le réel qu’elle chiffre »; revenons en amont au moment où je faisais remarquer que ce n’était pas parce qu’il y avait de la linguistique que chacun n’y allait pas de sa propre linguisterie .On peut d’ailleurs rapprocher l’usage que chaque sujet fait de la langue , c’est-à-dire de la lalangue( terme qui spécifie pour chacun la question de son rapport au langage au un par un contrairement à la langue qui serait du côté de la communication), de ce qu’il en est de la structure comme on vient de le voir , mais aussi de ce trait langagier qui constitue le style .
Ce que Lacan semble-t-il fait remarquer dès le séminaire III :
« La psychanalyse devrait être la science du langage habité par le sujet. Dans la perspective freudienne, l’homme c’est le sujet pris et torturé par le langage » citation que l’on peut rapprocher de celle-ci : « Le style est l’homme même » que l’on trouve dans le texte inaugural des Ecrits auquel il donnera une rallonge, « Le style, c’est l’homme à qui on s’adresse ».
Ainsi le style dont il est question, c’est celui pas tout à fait de l’homme au sens de Buffon ou en tout cas de l’homme au sens du parlêtre qui suppose un sujet de l’inconscient qui est représenté par un signifiant p
our un autre signifiant.
Je ne reviendrai pas sur ce fait que le signifiant lacanien n’est pas le signifiant saussurien bien qu’il garde plusieurs de ses traits fondamentaux comme celui de l’arbitraire et de la linéarité.
Que devient donc le langage pour Lacan qui a de moins en moins de fonction de communication, il nous livre sa définition la plus serrée, me semble-t-il, dans le séminaire XX :
« (…) l’inconscient, d’être structuré comme un langage, c’est-à-dire lalangue qu’il habite, est assujetti à l’équivoque dont chacun se distingue .Une langue entre autre n’est rien de plus que l’intégrale des équivoques que son histoire y a laissé persister. » Très jolie formule qui lie à la fois la question du style de l’histoire au sens personnel et de la structure.
En résumé, la lalangue nous indique la structure du sujet dont on peut déduire le style. C’est pourquoi si nous appliquons , comme le fait Michel Arrivé cette hypothèse à Schreber par exemple, nous voyons que Schreber parlant dans sa Grundsprache , sa langue fondamentale , n’utilise pas la métaphore , aucune métaphore .Il n’y a pas de substitution en effet d’un mot pour un autre , pas de métaphore donc dont on peut dire que c’est son style, mais que c’est aussi ce trait de structure du régime spécifique du signifiant auquel est soumis Schreber depuis son entrée dans la psychose et qui a un rapport direct, une conséquence donc de la Verwerfung du signifiant du nom du père . Forclusion d’un premier signifiant qui aura des conséquences sur l’ensemble des processus métaphoriques. Autrement dit, le signifiant du nom du père qui devait se substituer dans la chaîne des signifiants « à la place première symbolisée par l’opération de la place de la mère » a été absent, soumis à la forclusion et les conséquences sont dans la lalangue elle-même et dans l’écriture de Schreber ; là on peut entendre le lien entre style et structure.
Ici langage, style et structure ont partie liée. Michel Arrivé nous fait remarquer que les spécificités indissolublement linguistiques et stylistiques d’un texte, quelle que soit la méthode utilisée pour les décrire , sont retenues comme immédiatement pertinentes pour la structure de l’inconscient et du point de capiton qui a la même fonction dans le texte de Marguerite Duras et dans la structure d l’inconscient . C’est probablement ce à quoi Lacan a été particulièrement sensible dans l’écriture de Duras dans le style de laquelle il a voulu chercher la spécificité de la structure de lalangue féminine. On peut aussi examiner le style de Lacan et suivre un peu son évolution. Retenons, simplement, qu’au fur et à mesure que se précise la conception de l’inconscient structuré comme un langage le style de Lacan se laisse peu à peu envahir par l’équivoque généralisée. Un exemple remarquable dans Radiophonie, je vous le cite : « je commence par l’homophonie d’où l’orthographe dépend que dans la langue qui est la mienne deux soit équivoque à deux garde trace de ce jeu de l’âme par quoi …… (Impossible à transcrire !)
Lacan va inscrire petit à petit dans son écriture, dans sa langue quelque chose qui est de l’ordre de ce qu’il conçoit peu à peu de l’inconscient. Les homophonies, les hophonymies font rage dans l’écriture même des séminaires. Le père dont les différentes formules peuvent être le pérorant, persévère devient père sévère, perversion –père version, pervers, les noms du père, les non dupes errent avec le mot dit, l’étourdit, l’interdit, la dit- mention et il peut faire aussi apparaitre l’homophonie approximative entre deux langues. Lacan et son écriture cherche de plus en plus à se caler sur la construction même de l’inconscient et plus exactement de l’une bévue.

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