De la pulsion épistémologique au désir de connaissance, la question du savoir reste un des actes majeurs de la théorie analytique. De façon indissociable, une hypothèse toujours centrale montre l’importance de la vie infantile et de l’éducation sur le devenir des enfants dont les adultes ont la charge.
Les grandes figures de la pédagogie moderne ont montré un intérêt pour l’enfant en tant que personne dans sa construction et dans ses choix. Au tournant du XIXe et du XXe siècle, l’enfant « arriéré » devient un enfant « éducable ». La pédagogie justifie la constitution des dispositifs. Une même lignée commence avec le docteur Itard pour être relayée par Edouard Seguin, et enfin repris par Montessori, Decroly et Freinet. Nous constatons que le mouvement part de l’éducation spécialisée jusqu’aux méthodes de l’ « Ecole Nouvelle » et s’adresse à l’école publique.
Bien qu’il s’agisse avant tout d’une praxis, la pédagogie est totalement liée à un courant idéologique (majoritaire ou non) dans la société dans laquelle elle évolue ; ce qu’occulte la définition en revanche, c’est toute la dimension de l’ « Idéal » qui accompagne les méthodes pédagogiques.

Une histoire des origines liées à l’émergence de la notion d’inconscient est à rétablir aujourd’hui. Elle montre comment la psychanalyse ne cesse d’inventer pour agir sur le lien avec l’enfant.
Mélanie Klein séparant le monde des fantasmes de l’enfant (domaine de la cure) des apprentissages scolaires tandis qu’Anna Freud tente de réunir les deux dans une école « parfaite ».
Cette différence de point de vue n’a pas pu empêcher qu’un lien irréversible s’établisse entre ces deux champs, lien qui ne cesse de se développer après-guerre avec la naissance
des sciences de l’éducation (1967). Pourtant l’idée d’une éducation psychanalytique s’est toujours heurtée à deux écueils : celui d’une prévention contre une éventuelle névrose à venir chez l’adulte et celui d’une correction de l’influence pathologique de la famille et de l’environnement (le désir des parents étant considérée comme responsable), cf. discours de Genève de J. Lacan
L’alliance entre pédagogie et psychanalyse s’est particulièrement concrétisée autour de la notion d’échec scolaire. Ce combat ne peut se séparer de la naissance du mouvement des CMPP et CMP dont l’installation du premier en 1946 à Paris (F. Dolto, M. Mannoni,
S.Lebovici…) jusqu’à aujourd’hui (a permis l’accueil des enfants et des adolescents présentant des troubles névrotiques, psychomoteurs et orthophoniques et ce de façon ambulatoire.
Les centres mélangent les personnels médicaux et les personnels de l’Education Nationale. Il était au départ utile de penser l’échec scolaire autrement qu’en termes d’un résultat du manque d’intelligence ou de bonne volonté du côté du mauvais élève. Et c’est ainsi que le psychanalyste était convoqué au chevet de l’enfant en échec pour présomption de troubles psychiques.
Mais peut-on éduquer un enfant à la vie ? Il convient de rétablir un écart entre la pédagogie et la psychanalyse de façon à éviter l’installation d’une philosophie du bien. Les courants psychanalytiques ont toujours refusé de réduire le sujet à sa réussite scolaire (l’échec scolaire n’est pas un échec dans la vie) et à son déterminisme social (Bourdieu).
En effet, pour tout sujet quel qu’il soit, sa construction s’élabore par l’interaction de facteurs divers et ceci dans un mouvement par étapes où la structuration des fonctions cognitives est inséparable du processus plus large d’organisation de la personne.
Eduquer n’est pas conformer l’enfant à l’existant et ce n’est pas lui inculquer tous les savoirs du monde. Eduquer, c’est lui permettre d’ex-ister au sens de le tirer de la soumission d’un monde pulsionnel le faisant souffrir face à un réel sans recours pour entrer sur le chemin de la représentation et du sens de ses expériences subjectives…
Qu’en est-il de l’enfant aujourd’hui, les nouvelles formes de pédagogie éducatives réservent elles encore une place pour le sujet ?
Nous tenterons lors de ces journées de faire le point sur ces différents courants et envisager si nous pensons pouvoir proposer de nouvelles perspectives.

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