Education, psychanalyse et petite enfance

 “Peut-on éduquer un enfants à la vie?” interroge t-on? Je m’arrêterai sur cette question, et centrerai mon propos sur les questions que vient poser le tout petit au psychanalyste et au psychologue clinicien, qui veut bien comme dit Lacan: « Qu’y renonce donc plutôt celui qui ne peut rejoindre à son horizon la subjectivité de son époque.. , et qu’il sache sa fonction d’interprète dans la discorde des langages.» . C’est ce que j’appelle la position de l’analyste hors les murs, à l’écoute de l’enfant dans la vie.

Le propre d’une éducation éclairée par les apports de la psychanalyse est de nous rendre attentif à deux points essentiels. D’une part le petit enfant est, d’emblée dans le langage, dans le symbolique et en celà un sujet qui n’a pas d’âge. Et d’autre part, en même temps, qu’il y a une temporalité spécifique de l’enfance. L’éducation revient donc à concilier les enjeux de naissance à la subjectivité et les opérateurs de subjectivation (séparation, individuation, identité) qui se réarticulent quelquesoit l’âge, et les processus de développement et d’apprentissage spécifiques à l’enfant qui, lui, a un âge.

C’est toute la différence d’avec les approches comportementalistes qui, rabattent les processus de développement sur les programmations (cognitives, développementales et neurobiologiques) et considèrent que la subjectivation s’acquiert . (Ex: méthodes standardisées sur les conduites sociales ou les stimulations de vocabulaire dans les crèches…)

1- A partir de quoi le bébé est-il un sujet?

La psychanalyse affirme avec raison que « tout est langage » chez le tout petit enfant (son corps, ses rythmes…) . Elle soutient que dès sa conception il est baigné dans les signifiants de l’histoire de ses parents. Pourtant, chacun s’entend pour dire que l’accès de l’enfant à la parole articulée et spontanée, la formulation du moi, et du moi-je marque une bascule de symbolisation d’avant des mots chez le petit d’homme.

Par ailleurs, la psychanalyse nous montre que si la parole est la condition et la marque du sujet, c’est aussi « par la langue que le sujet est divisé » . Un sujet qui, en effet « s’est perdu comme être de consistance pour gagner en existence dès lors qu’il a été frappé par l’adresse d’une parole » . Longtemps avant la psychanalyse, DIDEROT pressentait ce hiatus lorsqu’il écrivait : « On ne retient rien sans le secours des mots, et pourtant les mots sont impuissants à dire ce qu’on ressent » . Triste expérience que nul n’ignore. D’être parlant, quelque chose de nous s’échappe du fait même que nous parlons, quelque chose que les poètes, les surréalistes, les vrais artistes ont le génie de saisir.

Question: Le tout petit serait-il, parce qu’il ne parle pas encore, à l’abri de ce décalage avec lui-même, de cette division intérieure, et de cette irréparable séparation d’avec l’autre ? L’infans serait-il dénué d’ambivalence, et de culpabilité? Notre expérence clinique auprès des bébés nous informe que non.
Autre question que le bébé pose à la psychanalyse et à l’éducation: Pourquoi parlons-nous aux enfants ?
Dans le champ de l’éducation la réponse est: pour qu’il comprenne. Qu’il ne faut pas pleurer, pas avoir peur, qu’il faut être sage, rassuré, prudent… là encore l’éducation orientée cognitivo-comportementale porte l’éducation sans penser la subjectivation.
Nous parlons aux bébés (Naissance à 3/4 ans), pour qu’ils se sentent compris, c’est à dire qu’ils sachent par la parole de l’autre qu’ils ont raison de sentir ce qu’ils ne savent pas qu’il savaient. Et pour les aider à lutter contre le chaos de l’indifférencié, des angoisses archaïques, des sensations affectives avec lesquelles ils contactent le monde interne et externe. (le bébé éponge sensorielle et télépathe).
Nous parlons donc aux tout petits pour les aider à construire des représentations, à accéder au symbolique. Certes. Serait-ce alors pour les sortir de leur inconscience, de leur innocence, au sens où un inconscient est déclaré non-coupable ?
Ce qui amène une autre question: « l’INFANS » a-t-il un inconscient ? ou plus encore : serait-il pur inconscient ? FREUD n’écrivait-il pas « Chez l’enfant, cette distinction nous fait à peu près défaut. On est souvent embarrassé pour savoir ce que l’on voudrait qualifier de conscient ou bien d’inconscient… Le conscient n’est pas là car ne possède pas chez l’enfant la capacité de se convertir en représentations verbales ». Alors, en nous adressant à l’enfant, cherchons-nous à le libérer de son « inconscience » ?
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Ce sont les femmes hystériques du docteur Charcot qui ont déclenché la découverte de l’inconscient par Freud. Mais je pense que les bébés auraient pu être à l’origine de l’invention de la psychanalyse. Ils portent la même énigme du passage circulaire entre corps, douleur, parole, images. Le petit d’homme et de femme est somatopsychique, il est transmodal. Poussé par la pulsion épistémophilique, par l’éros comment trouve-t-il le sens de se lever, marcher, parler, penser, partir, revenir? ” C’est la parole qui fait vivre” disait F.Dolto. Une éducation subjectivante, c’est alors une éducation consciente des processus inconscients spécifiques à la petite enfance, et qui étaie le désir de grandir, c’est à dire d’aller au delà, vers ce que le tout petit ne se réprésente même pas.

Illustration clinique (1)
Dans une maternité, la jeune femme qui venait d’accoucher était en grande difficulté et nécessitait la présence d’une personne à ses côtsé. Suite à une césarienne difficile, la sage-femme a placé un transat près de la parturiante et lui a proposé de demeurer près d’elle. La psychologue s’est également installée. C’était la nuit. Sécurisés et entourés, la mère et son nouveau-né se sont endormis. Soudain le bébé se met à pleurer et la mère s’agite. La sage-femme porte l’enfant vers le sein de sa mère dont il se détourne. La psychologue commence à parler au bébé. Du haut de ses quatre heures d’âge, il ouvre grands ses yeux, les dirige vers la voix, puis se niche contre sa mère. « Peut-être a-t-il envie que vous lui parliez ? » La mère répond : « Mais je n’ai pas arrêté pendant neuf mois ! » « Eh bien continuez donc ! » lui répond la psychologue. Alors, émue, la mère confie à son bébé : « Eh bien, dis donc, on a eu chaud tous les deux ! Moi, je suis très contente que tu sois là finalement. J’avais peur de cette grossesse, et pourtant je suis très contente que tu sois là ! Regarde, c’est cool, tu as vu, il y a S. et Mme M. qui font du camping pour rester avec nous… » Et elle a parlé de notre présence.Lui a dit qu’elle ‘avait plus mal. Tout le monde s’est endormi jusqu’au petit matin.
Ce bébé avait-il besoin de parole ? Ce qui est sûr, c’est que de l’écoute a permi des présence quis ont permis de la parole, qui a fait circuler des sentiments, et du plaisir et du lien entre le bébé, sa mère et les professionnels.
Insuffler à ce bébé du sens de sa naissance, et sa naissance au sens. Etais-ce déjà l’éduquer?

 

2- Parler à un bébé, c’est s’adresser à tout son être psycho-corporel

Françoise Dolto a martelé dès les années 1960 : « il faut parler aux bébés ». Les effets de la parole sur leur santé et leur développement sont une évidence aujourd’hui. Elle a théorisé, ce qui se sait moins, l’importance de certaines frustrations pour aider l’enfant à grandir . Dans les premières années de la vie, la relation psychologique s’inscrit dans le corps de l’enfant et inversement. Lorsqu’on s’adresse à un bébé, on ne parle pas à sa tête, mais à tout son être psycho-corporel, à sa
sensorialité. Le corps se forme, développe ses aptitudes, pendant que la psyché se construit et réciproquement. Langage, pensée, imagination, relation. La parole humaine, incarnée par une personne liée à l’enfant, résonne au corps du bébé. L’unifie, ou le morcelle. Et ce que le bébé n’émet pas en sons, en phonèmes signifiants, il le dit à travers les expressions de son corps : les mimiques, les postures, les tensions ou ramollissements, les poumons qui pleurent, les oreilles qui se bouchent, les intestins qui coulent, les muscles qui se tendent.

Mais ces petits anges ont-ils un sexe? Et est-ce que ça s’éduque de se reconnaitre comme fille ou garçon?
Illustration: : ” Au guichet du métro un petit garçon, montrant du doigt l’employé qui renseignait sa mère: “Maman ça c’est quelqu’un avec un petit trou ou un petit bout”?
Silence gêné de la mère!
Se demander comment on fait les bébés? même si on vous l’a expliqué procure à l’enfant le carburant de son intelligence, de sa curiosité à savoir, à comprendre le monde qui l’entoure. Puissance du désir d’expérimenter et de tout savoir, qui doit être canalisé pour limiter l’illusion de toute puissance. C’est la fonction structurante de la limite, au sens de la frustration symboligène pour paraphraser ensembles F.Dolto et C.Eliachef.
L’enfant se demande d’abbord comment on fait les bébés? et ensuite se demande pourquoi ses parents l’on conçu? La découverte freudienne de la sexualité infantile suscite aujourd’hui l’une des plus profonde résistance à l’approche psychanalytique, parcequ’elle met le doigt sur les processus fantasmatiques et la singularité de l’inconscient.

La différence des sexes, les processus de sexuation, ne sauraient se dissoudre dans la biologie et l’anatomie; tant elle est à la fois affaire de mots, arimés à des représentations, elles-mêmes insérées dans un codage social et culturel en un temps donné de l’état d’une société sur ces questions. Et la nôtre, de société, vient de légaliser le mariage homosexuel, et à juste titre commence à prendre conscience de la transmission des stéréotypes de genre dans l’éducation, et donc de la répétition des inégalités. (pas seulement celles-ci)
Entrer dans la vie, se voir nommé et reconnu comme appartenant à un sexe, c’est se voir exclu de l’autre et revient alors à entrer dans la limitation. Or nous savons que la limitation est éducative au sens de structurante du rapport à l’autre et à la réalité, si elle est ce par quoi le désir est relancé. Ici le sens se fraie un passage, émerge de là où souvent on ne l’attendait pas.
Derrière la question d’être un garçon ou être une fille se tisse la question de toutes les distinctions différentielles avec cette particularité qu’elle oblige à renoncer, c’est peut-être en quoi cette différence des sexes est souvent présentée comme le parangon des classification, distinctions, différenciations. Différence des sexes, différence des générations ne sont-ils pas les deux organisateurs spaciaux et temporels de la capacité d’apprendre?

Comment pourrions nous disssocier désir, sens et éducation et apprentissage? Le sentiment de perte de sens est souvent une panne d’énergie du désir , du désir de savoir, tant la recherche du sens est une poussée vers l’avant, sorte d’éros qui défierait thanatos. C’est aussi ça la lutte contre les troubles des apprentissages. Transmettre le goût, le sens du sens, sa subtile saveur.

3- Eduquer, est-ce stimuler? Conditionner?

Depuis qu’on sait les bébés intelligents, on insiste à leur faire apprendre tout et de plus en plus tôt. C’est la course à la précocité. Les directives pédagogiques, les nouveaux programmes, poussent plus précocement les jeunes enfants vers des attitudes de grands élèves. Les coins « jeux libres » sont réduits dans les classes maternelles dans les mêmes proportions que diminuent les activités motrices libres dans les crèches. Cette anticipation et cette pression induisent un mal-être qui n’aurait pas lieu d’être provoqué si tôt. Le jeu libre, l’expérimentation, les manipulations, les arts, le bruit et le mouvement qui caractérisent le mode d’apprendre de l’enfance sont de moins en moins valorisés en collectivité. Une pression précoce se manifeste sur les apprentissages cognitifs (graphisme, chiffrage, déchiffrage). Cependant les petits enfants, pensent par le mouvement, apprennent en bougeant. C’est injuste, que des éducateurs préfèrent toujours autant les enfants sages.
Car en même temps les adultes sont en effet moins tolérants aux différences de rythmes et de styles entre les enfants. Dès la crèche, sont valorisés les enfants qui vont vite à grandir, et capables de se tenir à une activité et de se concentrer, tandis que d’autres sont réputés agités, alors qu’ils peuvent se trouver en réalité très attentifs et centrés sur leur objectif. De même, parmi ces enfants qualifiés de calmes et posés, il en est qui ne se tiennent à rien de précis et passent sans cesse d’une activité à une autre, et d’un centre d’intérêt à un autre. Ils se font moins remarquer que les premiers car quelque chose d’arrondi dans leur motricité fait qu’ils ne dérangent pas.
Toute éducation qui frappe trop tôt et trop fort, est un dressage. Elle bloque les sensations, la découverte des autres par le sentir en soi du corps des autres, des objets des autres. Elle bloque ce qui permet plus tard, année après année, de se représenter mentalement, conscientiser, que son corps n’est pas celui des autres et que le corps de l’autre n’est pas le sien. Que je c’est moi autant que je est un autre. Comme l’a lumineusement formulé Arthur Rimbaud.

4 – Une petite enfance sous le règne de l’illusion pédagogique.

La psychanalyse invite à penser le jeune enfant comme entre le sensible et le social, entre l’impuissance de sa naissance en dépendance qui l’enchaîne, et la tout puissance imaginaire qu’il déchaîne. La construction de l’identité chez le bébé s’inscrit dans une dynamique relationnelle, intergénérationnelle autant qu’institutionnelle et sociale. Entre tous ces niveaux les jeux énigmatiques des projections et des fantasmes sont imbriqués.
Pourquoi le petit enfant n’est-il pas un grand ? S’il est entendu que le bébé est un sujet à part entière, il n’en reste pas moins qu’il est un être en devenir aux prises avec les aléas de la pulsion, des affects et des signifiants.
Or, depuis la fin des années 90, les pratiques en petite enfance régressent, se font de plus en plus exigeantes, opératoires à l’égard des bébés. Ainsi les bébés séparés trop tôt à la maternité pendant la nuit « pour que maman se repose », les enfants sevrés trop tôt parce qu’il faut anticiper en avance la reprise du travail, ceux qu’on ne berce plus pour ne pas leur donner de mauvaises habitudes, ceux dont l’espace vital est saturé de jeux éducatifs poli-sensoriels, de tablettes tactiles, d’écrans qui leur parlent pour les exercer au maniement conditionné des chiffres et les lettres. Les petits pré-élèves qui de 18 à 24 mois se verront calculer leur nombre moyen de mots de vocabulaire en vue d’une prévention d’un supposé retard de langage supposé déterminer un échec scolaire, supposé déterminer une désinsertion… (Programme parler bambin et abécédarian) et ceux qui à 4 ans devront savoir « respecter une consigne écrite » en maternelle pour ne pas se retrouver dans les ateliers de rattrapage.
Normalisation, anticipation prédictive et précipitation, qui se retrouvent tout autant pour les enfants de 3 ans dont le psychanalyste est sommé de régler rapidement les difficultés de nourriture ou de sommeil, ” puisqu’on lui a bien expliqué que le divorce de papa et maman, ne va rien changer à l’amour qu’ils lui portent”. Moins de patience, moins de tolérance, moins de subtilité. U
n enfant ça doit fonctionner.

Complémentairement, nous assitons à une infantilisation de la société qui entraîne une « adultification » des tout petits. Si ce n’était que ce constat, d’une contention des débordements, d’une angoisse devant l’inachevé de l’infantile… Seulement voilà, ces pressions adaptatives, ces exigences de performances précoces, cette demande que l’enfant ne perturbe pas les organisations de pensée conquises par les grands, s’accompagne d’une autre demande tout aussi pressante : On leur demande de demeurer des objets-bébé-câlins, régressoirs rassurants de leurs parents anxieux. Parents doublement anxieux face à la société qu’ils vivent comme incompréhensible, et face au temps qui file et passe autrement, ce temps que la modernité s’obsède à gagner et que les hommes sentent perdu pour toujours. Difficultés auxquelles s’ajoutent une violence sociale depuis que les nouvelles technologies ont contracté leur union libre avec une société malade de la gestion, et une psychologie atteinte du syndrome des sciences non humaines : visibilité-mesurabilité-évidence.

5-Une société en résistance contre l’enfance

La conséquence de cette violence pédagogique est une résistance qui vient se jouer sur le rapport à l’enfant. Dernier bastion d’une humanité sensible, les adultes adulent les tout jeunes pour leurs vertus soignantes du mal de temps. Les repères de temps et d’âge sont dédaignés : nombreux enfants demeurent gloutonnant lait au sein, tétouilles accrochées et doudous entretenus collés le long du lit en période de latence, voire clippés au sac à dos du collège. Les adultes veulent des enfants tototes. L’enfant est leur biberon.
Le doudou devient un mode de vie pour tout le monde. Le besoin de sécurité fabrique l’illusion du risque 0 et le sécuritaire. Progresser et grandir se charge de régression. Les peurs entretenues, on réclame au monde de nous protéger de tout et de nous assurer contre tout. Alors les rêves d’un chef-père sévère et d’un monde sans diversité et sans fragilité nous amènent à toujours plus de prudence et de repli. (La montée de l’extrême droite)
Aussi les enfants se trouvent piégés dans un double mouvement contradictoire: celui de l’infantilisation généralisée de la société et de l’adultification des tout petits.
Pourquoi s’en inquiéter au fond ? Pourquoi vouloir éviter ce rapport aux enfants ?
Pour des questions éthiques, certes, nous avons ailleurs exposé en quoi ce déni de l’enfance participe d’un mouvement plus global, actuel, de forclusion de la détresse, des fragilités humaines . Ce système défensif, transforme le regard sur les enfants, et oriente l’éducation sur la pente des contentions, des pressions, accélération et conditionnements qui leur font violence. Ce renforcement d’une sphère du développement, le cognitif, se fait au détriment d’une autre, le centrage, le noyau interne. Les enfants n’expriment-ils pas de plus en plus souvent leur mal être par des excitations, une dispersion, et des difficultés d’apprentissage quelque soient les milieux ?
C’est pourquoi, les psychanalystes et les éducateurs qui s’y réfèrent doivent faire un travail permanent, analyser l’ambivalence et le déni actuel des spécificités psychiques de la petite enfance.
Il importe de faire sentir, comprendre et reconnaître des spécificités de la petite enfance, et faire ainsi reculer l’inconscience, l’ignorance ou le déni. Le bilan provisoire est qu’on avance de ci tandis que ça recule de là. Nous butons, outre les données anthropologiques évoquées précédemment, sur une résistance qui fait glisser le psychisme du bébé dans un impensable, presque irreprésentable. Résistance à la fois structurelle et conjoncturelle: Structurelle est l’amnésie infantile, et conjoncturelle la modernité des signes qu’elle emprunte. Sur le plan structurel, chacun de nous se construit sur les insondables fondations du « continent noir » de l’amnésie infantile. Ceci induit au moins deux conséquences sur le plan des enjeux de société : une inhibition de l’action et une inhibition de la pensée. Inhibition de l’action avec par exemple le constat de la stagnation, voire l’involution des services petite enfance. Citons ici le problème récurrent des modes de garde, les attaques contre la P.M.I, les dérives à l’école maternelle. L’inhibition de la pensée, elle, se révèle dans la pauvreté des moyens aloués aux recherches en psychologie clinique, sur les relations précoces parents enfants, enfants entre eux et avec les professionnels qui les entourent.
La lame de fond qui s’érige sur les valeurs de rapidité, rationalités et comptabilité vient heurter les réalités du psychisme des jeunes enfants : archaïque, en formation, transformation, mouvement, il ne peut s’approcher que par des lenteurs discontinues, des poussées d’énergie joyeuse, d’indéchiffrables rationalités, et d’innombrables gratuités. C’est à ce prix que la petite enfance peut ouvrir sur la grande espérance.
Ce pourrait être ça les saveurs du grandir!

Sylviane Giampino – Psychanalyste et psychologue clinicienne – Fondatrice et présidente d’honneur de l’A.NA.PSY.p.e – 

Notes:

1- Fonction et champ de la parole et du langage. P.239 des écrits. Seuil. Paris. 
 2- F.DOLTO, Tout est langage
 3- J. LACAN, Ecrits, SEUIL
 4- M.LEVY, Séminaire, 1989
 5- D.DIDEROT, Pensées détachées sur la peinture, GARNIER Frères, 1877
6- S.FREUD, Les cinq psychanalyses, PUF
7- Dolto F., L’Image inconsciente du corps, Le Seuil, 1984.
8- Pasde0deconduite pour les enfants de 3 ans -voir les ouvrages-http://www.pasde0deconduite.org/spip.php?rubrique5
9- Giampino S et Vidal C. “Nos enfants sous haute surveillance: évaluations, dépistages, médicaments…” ed. Albin Michel 2009
 

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