Nous approchons de la conclusion de notre année de travail sur les avatars du sexuel.
Il est temps de nous demander si nous avons pu aboutir à quelque chose , à produire un acte ou encore à faire un rapport de ces travaux qui se sont déroulés un peu partout dans les lieux où notre association propose des enseignements .
Mais au fond quel a été notre approche au cours de cette année ?
Remarquons tout d’abord qu’avec le sexuel, c’est le rapport entre vie privée et vie sexuelle qui s’est trouvé profondément modifié.

En effet nous assistons depuis les années 1950 à une sorte de révolution critique affectant le mode de relations entre hommes et femmes .Cette relation s’est trouvée profondément déstabilisée en raison de brusques changements sociaux comme la montée du féminisme, et la profonde mise en question des définitions traditionnelles du genre .Tout ceci a contribué à une sorte de ‘transformation de l’intimité ‘ dont on peut remarquer les effets dans le déclin de la famille traditionnelle , par l’émergence d’une multiplicité de modes de vies et de nouvelles relations entre les parlêtre. Tous les invariants du passé tels que la morale sur laquelle reposait notre sexualité : religion, famille, hétérosexualité, monogamie sont complètement remis en question .C’est l’idée même que la sexualité soit un facteur de désordre et qu’elle ne puisse être contrôlée que par une moralité bien définie enracinée dans les institutions telles que le mariage, l’hétérosexualité, la vie familiale, la monogamie qui vient aujourd’hui à être réinterrogé. On aurait intérêt à reprendre cette expression de Jeffrey Weeks quand il parle de ‘sécularisation de la sexualité ‘ c’est-à-dire cette séparation progressive des valeurs liées à la sexualité de celles liées à a religion puisque les églises ont cessées d’être les juges privilégiés de la sexualité et ont été remplacées dans cette fonction par les professionnels de la santé mentale, pour la plupart membres du corps médical.
 Du coup on peut remarquer que cette révolution n’a pas aboutie puisque les enjeux moraux et médicaux sont restés indissociables….
Aujourd’hui la sexualité n’est plus nécessaire à la reproduction tandis que la reproduction n’est plus le seul but de la sexualité. Ce contexte politique et culturel du sexuel est évidemment très important et on ne peut pas faire l’impasse concernant Freud lui-même de ce que la Vienne début du siècle a pu produire sur sa théorisation de la sexualité j’en veux pour preuve toutes les questions inhérentes au rapport entre masturbation et refoulement chez les hystériques ou encore ce qui ressort de la différence entre séduction réelle et fantasme qu’on aurait tout intérêt à reprendre via les changements actuels.
 En effet nous vivons dans l’empire de l’image, internet, le cybersexe montrent assez nettement qu’il s’agit bien des images et de leurs avatars c’est pourquoi la pulsion scopique est sans cesse à l’œuvre dans une société où tout semble passer par la démonstration des corps .
Démonstration et non pas monstration car il s’agit bien de montrer les corps ce que les religieux et les politiques ont bien compris. On aurait pu croire que Depuis les années 60, le sexe n’était plus tabou, que l’on pourrait en parler. Les thématiques à connotation sexuelle ont progressivement envahi le petit écran, la presse féminine, les cours de récréation, la famille…
Tout le monde s’est saisi du concept et par le biais des medias, on en a fait une mode. On aurait pu croie que la sexualité avait cessé peu à peu de dépendre du domaine de la morale pour s’inscrire dans celui de l’épanouissement.
En effet notre siècle est pluraliste puisqu’on peut s’affirmer homo, hétéro, bi, Trans ou encore asexuel en pouvant avoir l’impression de passer sans difficulté d’une définition à une autre Que penser de cette diversité ?
Mais au fond ne faut-il pas retenir que le fait que la sexualité et la reproduction ne soient plus liés représente l’avènement aujourd’hui de ce que Freud en son temps avait déjà refusé d’identifier dès 1898 et souhaité comme le ‘plus grand triomphe de l’humanité ‘ ?
« Ce serait théoriquement l’un des plus grand triomphe de l’humanité ,l’une des libérations les plus tangibles à l’égard de la contrainte naturelle à laquelle est soumise notre espèce si l’on parvenait à élever l’acte responsable de la procréation au rang d’une action volontaire et intentionnelle, et à le dégager de son intrication avec la satisfaction nécessaire d’un besoin naturel »
‘Naturel’ que Freud réfute pourtant comme l’existence d’un rapport naturel entre homme et femme puisqu’il réfute qu’il y ait un tel instinct sexuel . En effet il n’y a pas de rapport naturel entre homme et femme du point de vue de l’instinct car l’objet de la pulsion sexuelle est non seulement quelconque mais ne se réduit pas à son objet car ce qui importe c’est sa source, sa poussée et son but.
Par conséquent pas de sexe ni de sexualité sans fantasme et c’est à chacun, non pas de trouver sa chacune, mais de pouvoir introduire l’autre dans son fantasme qui ne saurait être symétrique ou équivalent. …
N’est-ce pas la nature même du ‘Malaise dans la Culture’ ce malaise du désir qui conditionne ‘qu’entre les hommes et les femmes ça ne va pas ‘ depuis toujours ?
Faisons à cette occasion l’hypothèse que le mal entendu de la différence des sexes réside plus dans cette différence quant au fantasme qu’à une quelconque différence anatomique en soulignant que la différence dans le mode de construction du fantasme entraine une différence quant au mode de jouissance. Une jouissance autre donc du côté femme que les hommes ne sont pas prêts à pardonner depuis que le père de la horde primitive a fait si bien la démonstration qu’il pouvait les posséder toutes bien sur mais pas toute leur jouissance.
Le phallus est donc mis en échec à vouloir collectiviser la jouissance féminine.
C’est bien ce point fondamental que Lacan introduit après Freud avec le ‘pas tout’ qu’il qualifie d’emblée comme ‘ discordance ‘ dès le 8 décembre 1971 dans le séminaire ‘ou pire ‘.
Cette ‘discordance ‘ empruntée à Damourette et Pichon qui n’est autre que ce qui introduit du ‘désaccord’ ou de la ‘discorde’ et qui marque cet écart et cette distance qu’introduit en général le mot ‘ne’ .C’est bien pour sortir de ce ‘tronc commun ‘ que Freud introduisit en son temps entre le garçon et la fille à propos de la libido : « Si on savait donner un contenu plus précis aux concepts de ‘masculin’ et ‘ féminin’, il serait alors possible de soutenir l’affirmation que la libido serait, régulièrement et conformément à des lois , de nature masculine , qu’elle se trouve chez l’homme ou chez la femme, et indépendante de son objet , que celui –ci soit l’homme ou la femme »
C’est donc en décrétant que l’objet de la libido est quelconque que Freud nie non seulement l’existence de tout instinct mais de surcroit affirme que l’objet en étant indéterminé, a pour conséquence que l’autre sexe ne peut pas être prédéterminé au titre d’objet sexuel global et génital. C’est bien sur ce point que Lacan radicalise la donne Freudienne en dénonçant la supposée existence d’un quelconque rapport naturel entre homme et femme ……
Tout comme Freud qui ne nie pourtant pas la génitalité, Lacan va montrer que chez le garçon comme chez la fille elle se fabrique.
Ainsi que partagent donc les hommes et les femmes dans un rapport ? La fonction Phallique en précisant bien que le Phallus « ne désigne nullement l’organe dit pénis avec sa physiologie ». La foncti
on du Phallus relie non pas des hommes et des femmes mais des êtres parlants d’un côté et la jouissance de l’autre .Ce que cette fonction Phallique vient nommer ainsi c’est le rapport de chaque être parlant à la jouissance qu’il vient toucher par le langage.
C’est pourquoi le rapprochement sexuel de deux partenaires ne peut témoigner de rien d’autre que de la mise en jeu de la relation de chacun au Phallus et à la jouissance qu’il s’agisse d’une rencontre homo ou hétéro . Ainsi peut-on envisager une sorte de loi sexuelle qui détermine le rapport de chaque sexe à la jouissance et par conséquent de faire de la fonction Phallique ce qui différencie homme et femme.
Notons que ce terme de jouissance recouvre une polyvocité intéressante puisqu’elle désigne à la fois ce qui est attendu de la relation sexuelle et le comble de ce que nomme depuis longtemps la consommation comprise comme l’appropriation des biens et des satisfactions.
Dès lors « cette fonction du Phallus rend désormais intenable cette bipolarité sexuelle, et intenable d’une façon qui littéralement volatilise ce qu’il en est de ce qui peut s’écrire de ce rapport. » Il n’y a donc plus rien à espérer dans l’acte ou le rapport sexuel de ce qui permettrait de fonder la sexuation au point que chaque sujet qui s’y risquerait trouverait le signifiant apte à le représenter comme sexe au près d’un autre signifiant.
Voici donc les éléments dont il sera question dans ce congrès
 

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