Caen – 28 mars 2009

Traversées adolescentes, entre jouissance et désir

Robert Lévy, Sylvain Frérot

  1. Introduction
  2. Corps et subjectivité chez l’enfant et l’adolescent – R. Lévy
  3. Traversées adolescentes – S. Frérot

1- Introduction

L’adolescence est un temps de passage, de traversée, de contradictions, de remaniements des identifications qui ne sont pas sans conséquences…Ce temps est en effet celui d’une rencontre avec le réel du sexuel, rencontre qui appelle de nouvelles métaphorisations tout en revisitant les traces de l’infantile pour accéder à une sexuation. Elle passe par un renoncement à des identifications de l’enfance.

« Chaque individu est engagé dans une expérience, celle de vivre – dans un problème, celui d’exister » nous dit Winnicott. Cette question nous semble particulièrement vive à l’adolescence. Exister, c’est-à-dire « sortir de » (sister hors de), « se manifester » et également « être debout ». Lacan lisant Freud articule cette question autour des différents registres du père et de la fonction paternelle : symbolique, imaginaire et réel.

Que nous enseigne la clinique contemporaine sur les enjeux de cette traversée où il s’agit pour le sujet de se séparer, d’advenir c’est-à-dire de conduire son désir en dehors de la famille, de s’inventer un voyage ? Appel redoublé dans une modernité qui prône les jouissances immédiates, sature les demandes et produit des effets de désubjectivation, d’effacement de la différence, de désarroi.

Ces effets nous obligent à une réinvention, comment à partir de là penser notre pratique ?

2- Corps et subjectivité chez l’enfant et l’adolescent

Robert Lévy

Comment se construit ce que l’on appelle la subjectivité ? Ce titre est presque un paradoxe pour les psychanalystes ; en effet, comment parler de subjectivité sans parler du corps, c’est-à-dire du sujet de l’inconscient, et réciproquement comment parler de subjectivité sans parler de ce qui échappe au sujet, c’est à dire le réel de son corps ? En effet, le corps humain, réel dans son versant organique, est parfaitement impensable et pourtant fondé par le signifiant. Ce corps n’est que l’enveloppe charnelle du sujet, auquel il échappe sans cesse, même s’il trouve sa consistance grâce au regard de l’Autre que lui confère en l’occurrence la mère. C’est très tôt que son regard le couve de caresses et lui apporte la libidinalisation nécessaire pour que ses signifiants ne soient pas pur code de réponse aux besoins, différence qu’elle introduira très vite pour lui en faire don.

 

On peut soutenir à cet égard que l’enfant possède avant tout un corps dans le fantasme de sa mère, fantasme qui lui servira de filtre, de protection face aux bombardements du réel auquel il se trouve aux prises dès son plus jeune âge. La subjectivité de l’enfant se construit donc très tôt sur le modèle qu’il reçoit depuis le fantasme de sa mère ; fantasme nécessaire, le temps suffisant à la construction du sien propre qui, quant à lui, ne se constitue qu’assez tardivement. On ne peut parler de constitution du fantasme chez l’enfant que lorsque ses opérations mentales peuvent s’envisager sur le modèle métaphoro-métonymique, et non pas seulement métonymique, comme c’est le cas précédemment pendant assez longtemps. Je poserai donc que l’adolescence est une période au cours de laquelle le sujet reformule sa subjectivité à travers la nécessité de se déprendre du fantasme de ses parents, et trouver grâce à son propre fantasme une nouvelle subjectivité qui se manifeste toujours par la quête d’idéaux remettant sur le tapis la série complète de ses identifications, raison pour laquelle on confond si souvent la rébellion de cette époque avec son véritable enjeu : permettre à son fantasme de se désubjectiver pour se resubjectiver. En ce sens, j’adhère à la thèse de mon ami J.J.Rassial pour soutenir qu’il s’agit bien d’une véritable opération adolescente. Cette opération rend compte des tribulations de ce qui va advenir de ce nouveau sujet, de cette nouvelle subjectivité mise en branle par la poussée de transformation du corps et l’entrée dans la sexualité génitale. Que l’adolescent y entre ou pas n’a pas d’importance, car de toutes les façons c’est un point qui va compter ; qu’il en fasse l’expérience ou non, il devra s’identifier dans tous les sens que recouvrera alors ce terme. Par conséquent, l’opération adolescente est une véritable traversée du fantasme, au cours de laquelle l’adolescent visitera nécessairement les idéaux parentaux revus et corrigés par son propre désir, d’où la grande fragilité due à cela, et dont il ne pourra pas faire l’économie. La libido fut tout d’abord l’outil avec lequel l’enfant posa les investissements objectaux comme exclusivement sexuels et objectaux, pour que le moi puisse prendre une quelconque consistance. C’est donc le moi qui est désigné de ce fait comme l’instance supposée maintenir la jouissance du corps dans les limites du supportable. Rappelons que cela n’est rendu possible qu’à la condition que le sujet puisse méconnaître et maintenir comme telle sa jouissance.

 

Ce paradoxe pourrait s’exprimer également sous une autre forme par cette question : suis-je mon corps ? La subjectivité ne se palpe pas, elle est pourtant incarnée par le corps et divisée par la jouissance. Corps et subjectivité se font néanmoins entendre de façon exacerbée chez les hystériques par leurs symptômes, et chez les psychotiques dans la façon dont ils ressentent parfois cette impression de voir leur corps partir en morceaux. Mais revenons sur cette idée qu’un sujet ne peut supporter sa jouissance pour autant qu’elle lui est silencieuse, pour évoquer que c’est avec le stade du miroir que l’on peut le mieux souligner la structure qui s’en révèle, et montrer la difficulté que rencontre le sujet dans la détermination d’un corps et d’une parole qu’il reçoit dans la difficulté donc de le faire sien. Son corps n’est pas celui qu’il se représente, il est au mieux celui qui fait parler l’autre ; il le reçoit donc comme un autre et étranger, avec des modalités d’adaptation (c’est-à-dire d’identification) plus ou moins acceptables. C’est ce qui fait que le corps prend parfois une réalité importune et parasitaire, voire dans certaines circonstances, de déchet. Le sujet ne se fait donc que le porte-parole d’une enveloppe obscure et énigmatique dont il ne pourra jamais éprouver de jouissance de propriétaire. On perçoit combien la nécessité de s’identifier devient la condition sine qua non d’entrée dans une forme de subjectivité qui permette de s’approprier ce corps étranger par le truchement de l’image de l’Autre. : je m’identifie à quelqu’un qui m’identifie, principe même du stade du miroir que l’on retrouve chez les adolescents comme problématique très complexifiée, au cours de laquelle on peut dire que l’adolescent est un sujet en quête d’auteur . La jouissance n’est pas le plaisir, et par conséquent n’est pas recherchée pour elle-même, et le recours à l’Autre est non seulement essentiel et montre que dès avant la naissance le sujet est déjà engagé sous les déterminations des parents, mais cette mise en gage dans l’Autre est l’identification première du sujet dans l’Autre qui est tout d’abord celui qui l’a désiré, et qui lui rend par conséquent son corps à lui-même si étranger. En effet, l’étrangeté vient toujours du désir de l’Autre (che voi, que me veut-il ?). On peut évoquer ici sans doute toute cette clinique de l’adolescent qui trouve à se réapproprier ce corps étranger à lui-même, par des inscriptions et autres piercings sur son propre corps en guise de marquage et d’apparte
nance à un groupe, il suppose de cette façon pouvoir introduire une différence d’avec le désir de ses parents. Alors, on peut déjà avancer l’idée que finalement l’idéalisation en commun d’un même objet est représentée comme condition de l’identification réciproque des sujets ; en d’autres termes, les sujets idéalisent en commun pour pouvoir s’identifier, ce qui ne peut que nous amener à la conclusion suivante : l’identification est la finalité de l’idéalisation. C’est cela la quête adolescente.

 

Mais peut-être nous faut-il déjà différencier les deux éléments, dans la mesure où l’identification consiste à s’assimiler une propriété de l’autre, de façon inconsciente et intersubjective, alors que l’idéalisation concerne l’objet (plus exactement l’exaltation psychique de l’objet), à partir de quoi elle peut être impliquée dans une stratégie de l’identification. Mais on s’aperçoit à la lecture de ces signes et inscriptions sur le corps que le sujet ne peut supporter la jouissance que silencieuse, il faut donc qu’elle soit refoulée et méconnue comme telle. C’est très exactement ce refoulement et cette méconnaissance qui conditionnent la mise en place et la consistance de l’image spéculaire dont on peut dire que chez ces jeunes, elle se trouve en difficulté. Ces inscriptions sont autant de marques nécessaires à produire du refoulement, là où il ne trouve pas son efficacité, car la question principale est en effet celle de la maîtrise virtuelle de son propre corps. Cette image va polariser un narcissisme fondamental qui entraîne une charge libidinale tenant à ce que l’image se substitue à l’épreuve d’un corps réel, traversé et morcelé par bon nombre d’excitations endogènes et exogènes, dues à la poussée des hormones. Ce que l’enfant investit donc dans l’image, c’est autre chose que le réel de son corps. C’est cette ‘autre chose ‘ qui va lui permettre de rendre sa jouissance plus ou moins homogène à l’unité et à la nouvelle forme organisée de son corps. Mais cela suppose que la jouissance puisse être tempérée et puisse rencontrer un point d’arrêt, ce qui ne saurait venir du corps réel, puisque de ce côté là le seul arrêt, c’est la mort, ce qui n’est pas exclu chez certains adolescents. Par conséquent, ce qui peut faire point d’arrêt à cette jouissance ne peut être autre que la loi par le truchement de son représentant représentatif, l’interdit. Quelle est l’efficace de cette loi, si ce n’est d’introduire dans le corps même un point de manque que l’on peut facilement représenter par la fonction que le père a pour l’enfant, dans la mesure où il est seul supposé satisfaire la mère : c’est ce qu’on appelle la fonction phallique. Ainsi, ce qui est supposé être en mesure de tempérer la jouissance du corps qui passe par la mise en place de l’image spéculaire, passe aussi forcément ( le terme est important, car il y a une sorte de forçage qui n’a rien de naturel) par une renonciation du sujet à l’intégrité de son corps ; en d’autres termes la castration qui se joue pour la fille comme pour le garçon comme la limitation d’une jouissance qu’elle rend possible oriente cette jouissance vers le sexuel. Ainsi, les modalités de la jouissance s’orientent donc pour le sujet humain dans la dimension du sexuel.

 

Le corps inquiète, car il ne répond pas à notre volonté consciente, et c’est d’une inquiétante étrangeté dont il est toujours question à l’adolescence dans l’érection intempestive, les premières règles, la première éjaculation ou orgasme, et les violents émois amoureux, ou bien encore dans la rougeur qui trahit et la liste est longue. Corps et subjectivité se rencontrent encore pour s’exclure dans la relation au désir, puisque le corps dans sa relation au désir de l’autre se voit morcelé par le regard de l’autre, d’où les questions que cela entraîne pour le sujet : m’aime (même)-t-il seulement pour mon corps, que suis-je pour lui ? On retrouve là à nouveau l’idée que c’est bien en effet par l’érotisation narcissique de son organisme physiologique que le sujet trouve, ou plus exactement rencontre un statut de corps qui n’est en fait que sa surface corporelle.

 

Mais il faut distinguer ce sujet de l’individu, car le sujet dont nous parlons ici est le sujet de l’inconscient, c’est-à-dire sujet au désir, qu’il faut distinguer de l’individu. Ce sujet n’est donc pas l’individu du corps social, même si c’est par sa bouche de « chair de corps social » que le sujet parle. Le sujet est toujours décentré de lui-même, car quelque chose lui échappe sans cesse, et là où il croit penser, il n’est pas, et là où il croit être, ce n’est pas lui qui pense. Le sujet est dans la dépendance de l’Autre et ne se rencontre qu’entre deux signifiants, lesquels sont enregistrés et thésaurisés par l’enfant dont on peut dire qu’il n’en rate pas un. Ces signifiants sont emmagasinés et mémorisés selon des règles qui recouvrent pour une bonne part ce que l’on appelle les lois du langage (syntaxe, règles de substitution d’un signifiant par un autre), et pour une autre part ce que l’on appelle le registre personnel (associations singulières d’un signifiant avec un autre en raison de sa teneur en affect, et avec certaines représentations). Le sujet s’origine donc plus des effets produits par le langage que d’une quelconque identité qui le représenterait objectivement. On peut même dire que du point de vue de l’inconscient, plus on insiste sur le caractère d’identité, plus on fait disparaître le sujet. Lacan nous a apporté une analogie structurale avec la topologie pour nous représenter le corps et la subjectivité dans cette figure de la bande de Möbius qui illustre bien ce sujet par essence même : par naissance étranger à lui-même, parlant sans s’entendre ni savoir ce qu’il dit, et se trouvant simultanément dans le groupe et en dehors, tout en logeant dans son corps sans y être et sans s’y retrouver. Donc le sujet se trouve inlassablement obligé d’aller voir ailleurs s’il y est. La bande de Möbius schématise bien cela, avec à l’endroit la parole d’un sujet conscient qui parle, tandis qu’à l’envers de cette bande, cette même parole qui a d’autres significations, lui échappe ; ce qui instaure de ce fait cette relation d’inquiétante étrangeté que tout parlêtre entretient avec sa propre parole et son corps.

Par conséquent, là où il y a sujet de l’inconscient, il y a division. On ne peut dire « Je » qu’au prix(s) de cette division. Le sujet n’est rien de substantiel dans cette pulsation d’ouverture -fermeture de l’inconscient, ce moment d’éclipse qui se manifeste dans l’Unbewusste. Autrement dit, on pourrait transcrire tout ceci de la façon suivante : le sujet $ appréhende l’objet a, le sein maternel, en tant qu’objet de désir, $ <> a ; en même temps <> qu’il en est privé. C’est sur le fond de cette perte que l’enfant va solliciter le désir de l’autre, ce qui va, dans un troisième temps, permettre aux pulsions leur effectuation et à ce nouveau sujet de faire son apparition ; ‘’ $ <> a’’, formule du fantasme, contemporaine de sa constitution chez l’enfant. Constitution du fantasme qui fait question dans la période infantile, mais également dans ce qui se rejoue à l’adolescence.

 

Le fantasme est ce qui nous permet de nous défendre contre ce réel, c’est à travers lui que nous percevons ce que l’on appelle réalité, qui n’est autre que ce que notre fantasme nous permet de voir, d’entendre et de sentir, c’est-à-dire que nos pulsions ne peuvent s’envisager qu’à travers et sans cesse réinterprétées par notre fantasme : finalement, c’est ce résultat comme produit du fantasme que l’on appelle subjectivité et réalité . Mais alors pour l
’enfant la question se pose de façon cruciale ; en effet qu’en est-il du fantasme, comment se construit- il. ?

Ce qui m’amène à dire qu’il n’y a pas de subjectivité avant le fantasme, mais également qu’il n’y a pas non plus de sujet à proprement parler préconstitué. C’est une notion fondamentale, car la question du corps, de ce que c’est qu’un corps pour un enfant, et qui plus est pour un adolescent, passe nécessairement par cette dimension. L’image du corps résume chez l’adolescent le narcissisme qui détermine le rapport ordinaire du sujet à son corps. Mais ce même narcissisme commande la méconnaissance et le refoulement des effets de l’inconscient, et donc de la jouissance qui mène le sujet. Ces effets sont reçus par l’adolescent comme autant de discordances, menaçant à des degrés divers, l’unité de son image. L’expérience de la castration reformulée à l’adolescence de par les nouveaux refoulements qu’elle permettra de mettre en place ou non, détermine un manque qu’aucun objet ne saurait combler. Il faut bien entendre que l’adolescent doit reformuler sa castration à travers un deuil particulier qui est celui du renoncement à l’image de son corps d’enfant.

 

Mais le point le plus important est que c’est à cette même place que le fantasme doit venir faire relai. A cette place que le fantasme doit permettre d’effectuer de nouveaux processus de métaphorisation. En effet, il n’y a pas d’image du corps accessible, ni de subjectivité sans métaphore. C’est en ce sens que la castration permet l’accès du sujet au désir, et surtout à la trame des métaphores qui, dans sa parole, tenteront d’articuler ce désir.

Par exemple, chez certains enfants le schéma corporel peut être intact, mais l’image du corps gravement perturbée. Le corps peut n’être pas perturbé, alors que sa représentation psychique inconsciente peut être altérée par des troubles psychopathologiques et des fixations pulsionnelles inconscientes. Ou bien encore l’utilisation adéquate du schéma corporel peut être entravée par une libido liée à une image du corps inappropriée, dont nous savons que l’actualité du piercing et des autres marques sur le corps est souvent une tentative de se le réapproprier pour y introduire, marquer, écrire la différence d’avec le désir des parents. Il s’agit avec cette trace d’une revendication identitaire (c’est-à-dire de défaillance du point de vue de l’identification), faisant alors du corps de l’adolescent une écriture à l’adresse des autres (par le regard desquels il pourrait alors s’identifier). Le piercing est un mode d’affiliation à une communauté qui suppose qu’une complicité s’établisse avec ceux qui la partagent. Le regard et son attirance sont donc essentiels dans la signature de soi que toute marque sur le corps représente ; limite symbolique fixée sur la peau, elle fixe une butée dans la recherche de signification et d’identité ; l’adolescent s’affirme donc par une sorte d’identité choisie. De la même façon, le tag constitue cette signature sur le corps projeté cette fois sur autant de surfaces extérieures à lui-même, représentant représentatif de l’affirmation d’une subjectivité, qui trouve son nouage dans un lien social à travers la ‘tribu’ (l’attribue) des tagueurs, qui seuls savent lire ces signatures et s’identifier littéralement au’ trait’ qui fait alors leur(re) comme un, c’est-à-dire communauté. En ce sens, on peut dire que cette réunion d’individus a remplacé par le même objet, leur idéal du moi ( comme l’écrit Freud : l’objet s’est mis à la place de l’idéal du moi) (HYPERLINK …) et, grâce à cette substitution commune, se sont identifiés les uns aux autres . Cette sorte de formation collective à deux se nomme pour Freud : « eine Massenbildung zu zweien ».

 

Mais dans certaines de ces formes d’inscription, on ne peut pas évacuer la dimension de haine qui est en jeu dans ces pratiques, quand la haine du social se transforme en haine du corps, symbolisant ce rapport obligé à autrui. Le corps est alors brûlé, tailladé, percé, tatoué, entravé dans des vêtements inappropriés, à l’inverse d’une affirmation esthétique comme ce que l’on rencontre dans le mouvement punk et gothique actuel.

Ainsi, le malaise apparaît lorsque le fantasme ne parvient pas à faire son office, ne parvient pas à produire ces métaphorisations qui permettent de filtrer le réel de ce ‘nouveau’ corps auquel l’adolescent a à faire face, exactement comme ce qui se passe dans le cas du traumatisme, c’est-à-dire de l’effraction du fantasme. En d’autres termes, le malaise apparaît lorsque la subjectivité ne peut pas trouver son expression. En effet, c’est le fantasme qui rend tolérable la jouissance, et on ne mesure pas combien nombre des troubles précoces, et également de l’adolescence, surviennent lorsque la capacité du fantasme est altérée.

 

[1] GW XIII p. 125

3- Traversées adolescentes

Sylvain Frérot

L’adolescence est un temps de passage, de traversée. « Chaque individu est engagé dans une expérience, celle de vivre – dans un problème, celui d’exister »(1) nous dit Winnicott. Cette question me semble particulièrement vive au temps de l’adolescence. Que nous enseigne la clinique sur les enjeux de ce passage qui prend souvent des formes si déroutantes et parfois inquiétantes ?

Je vais introduire mon propos par trois petites séquences cliniques.

Dans la première, il s’agit d’un garçon estampillé « intellectuellement précoce » (c’est très en vogue actuellement, les problèmes de précocité intellectuelle), il me dit qu’il vient d’avoir douze ans et ajoute : « je suis un adolescent à titre officiel », il enchaîne « oui, parce que ça n’est pas vrai, je vais vous expliquer mon problème. Imaginez vous ! ma mère est une montagne de métal et moi je suis son aimant dernier cri … » ; nous pouvons entendre que pour lui, accorder désir et loi, reste problématique.

Dans la deuxième, il s’agit d’une jeune fille qui périodiquement se met en danger dans des rencontres hasardeuses avec des hommes, rencontres d’un soir dont elle ne garde le lendemain aucun souvenir. Ces passages à l’acte placent la question de la sexualité à un point où elle risque souvent d’y laisser sa peau, mais aussi, et c’est ce qu’elle va pouvoir élaborer, au point même où aucune parole n’avait été jusque-là possible concernant la relation à son père, relation où elle a été l’objet de la jouissance du père. Ces mises en acte qu’elle répète frôlent en effet le scandale public, là où quelque chose n’avait jamais été révélé, où une vérité n’avait jamais été reconnue. Ce qui s’est trouvé mis à l’épreuve dans son parcours analytique et dans le transfert, c’est la puissance, l’insistance de cette répétition en acte quand un refoulement n’est pas possible.

Dans la troisième, je reprendrai cette remarque que fait Daniel Paul Schreber (Mémoires d’un névropathe. p. 46) à propos de sa nomination le 1er octobre 1893 au poste de Président à la cour d’appel de Dresde, je le cite : « Cette tâche était d’autant plus lourde, elle imposait d’autant plus d’exigences, que les membres du conseil (de 5 juges) dont j’avais à assumer la présidence dépassaient mon âge et de loin (avec jusqu’à 20 ans d’écart) » ; c’est-à-dire une génération. L’évènement de sa nomination et l’exercice dans ces conditions d’une fonction d’autorité en tant que Président, donc devant des collègues en âge d’être son père, font pour lui rencontre avec le réel , l’indicible, l’impensable, et signe l’entrée dans la maladie.

Lacan, après Freud, nous permet d’articuler la clinique autour de cette question du réel. D
ans tel ou tel évènement de son existence, évènement qui produit de l’inattendu, de l’étrangeté, qui fait hors sens, quel appui le sujet va-t-il trouver dans la parole ? L’existence est en effet jalonnée de ce type de rencontres avec le réel qui font rupture avec les significations acquises : transformations du corps, engagement ou échec amoureux, annonce d’une paternité ou d’une maternité, accouchement, nomination, accident… Un passage, un déplacement qui permet au sujet de prendre la parole devant l’évènement est-il possible ?

 

Le vide et le manque

« Il est opportun que je vous rappelle qu’il n’y a rien de plus difficile que de décider si on est en train de voir un garçon ou une fille en bonne santé qui passe par les affres de l’adolescence ou si c’est une personne qui se trouve être malade du point de vue psychiatrique à l’âge de la puberté.. ». Cette remarque est de Winnicott (dans un article de 1964 intitulé « Jane ou l’adolescence »)(2), je la partage et je pense que c’est ce qui a animé ma réflexion.

Dans un précédent travail à propos du sujet, de la division subjective (3), je me suis interrogé sur ce qu’on appelle les états-limites du sujet, au sens d’états -imites de la structure, sur les difficultés, les empêchements voire les impossibilités pour un sujet d’accéder à des métaphorisations, à une élaboration psychique, ceci l’amenant parfois à des passages à l’acte. Sur ce fil, le texte de Freud « L’inquiétante étrangeté » (1919) est très éclairant quand on se penche sur la question de la jouissance, sur le réel de la jouissance (« le réel, c’est ce qui revient toujours à la même place » Lacan)(4), et sur ce que Lacan a inventé et nommé l’objet « a », la fonction de l’objet « a » en tant qu’objet foncièrement perdu. La répétition vient souligner ce fait que le désir n’est pas le besoin et qu’il se suspend à un objet manquant, radicalement perdu. Il y a un au-delà du principe de plaisir, voilà une question, une dimension qui insiste dans le temps de l’adolescence.

Je m’étais appuyé sur la lecture par Freud du conte d’Hoffman, « L’homme au sable »(5), l’histoire du jeune étudiant Nathanaël qui, au seuil de son engagement dans sa vie amoureuse et sexuelle (avec une dénommée Clara), engagement qui est une rencontre avec le réel, réel du sexuel, réel de l’Altérité, de l’Autre sexe , à ce moment-là, Nathanaël s’effondre et sous l’emprise du regard de l’Autre (Freud parle d’ « angoisse oculaire »), il passe à l’acte dans un geste suicidaire en se jetant dans le vide. Cet acte est précédé d’un moment de bascule du discours. « Ce qui n’est pas venu au jour du symbolique réapparaît dans le réel »(6).Il y a mise en acte d’une impossible crise qui permettrait au sujet de s’affranchir. Ce jeune homme ne peut soutenir un déplacement dans sa position subjective. Il ne peut subjectiver la castration au point même où il est appelé en tant que sujet sexué à faire un pas vers l’inconnu(e). Il ne peut faire du vide une raison de vivre.

A propos du vide, Winnicott dit ceci dans le texte « La crainte de l’effondrement »(7): « le vide est une condition nécessaire et préalable au désir…. Et il faut un degré certain de maturité pour que cet état prenne un sens. » Et plus loin : « Au fondement de tout apprentissage se trouve le vide (cela vaut aussi pour ce qui est de manger). Mais si le vide n’a pas été éprouvé comme tel au début, alors il se transforme en un état à la fois redouté et compulsivement recherché ». L’expérience du vide est donc fondatrice et va dans un temps second pouvoir s’élaborer comme manque. (Lacan développe cette question du vide en particulier dans le séminaire sur « L’éthique de la psychanalyse »).

Que vient révéler le passage à l’acte ? S’il y a défaut d’appui de la fonction paternelle, celle qui viendrait borner la jouissance en vectorisant la signification du phallus, c’est-à-dire en inscrivant une promesse à venir, si cette assise fait défaut, « la passion phallique peut constituer une condition absolue : être le phallus ou ne pas être », je reprends ici une formulation de M. Safouan (8). En effet, être l’objet phallique imaginaire qui vient combler le désir de l’Autre expose immanquablement à la menace d’être englouti.

« Certains suicides s’en motivent à mesure même que la passion de l’être constitue une entrave à tout accès à l’objet, à toute assomption du désir. » Le sujet reste au seuil de sa vie. « Malédiction de l’être inhérente à la position phallo-narcissique». L’accès à l’objet passe en effet par l’expérience structurante d’une perte, celle d’un renoncement à cette passion phallique. Par ce passage à l’acte, il me semble que le sujet tente de produire, de creuser le manque dans l’Autre par sa propre disparition, par son propre manque réel, là où ne peut advenir une parole : peut-il, peut-elle me perdre ?

 

Traverser

Le texte « L’inquiétante étrangeté » nous donne ainsi des axes pour penser la question de la traversée adolescente et de ses destins. Traverser, c’est parcourir d’un bord à l’autre (cela évoque le trajet de la pulsion), c’est se frayer un passage ; on parle de traversée du désert, de traversée du miroir, de traversée de l’Achéron et, comme le formule Lacan, de traversée du fantasme. L’adolescence est un passage obligé qui n’est pas sans risques.

Ce qui m’est apparu comme une interrogation insistante, comme un leitmotiv, dans la rencontre avec des sujets adolescents peut se formuler dans cet appel, bien sûr de façon toujours singulière : « qu’est-ce qui dirige, oriente, le désir en dehors de la famille ? » En suivant l’élaboration de Lacan, disons que si le père symbolique permet au sujet de s’extraire d’une relation duelle à la mère en inscrivant un ailleurs, un tiers terme (la métaphore paternelle donne sens au désir de la mère), et si cette fonction tierce peut prendre différentes figures selon les cultures, le père réel est celui qui permet d’orienter, de conduire le désir en dehors de la famille. Nous voyons ici qu’une des questions centrales est celle de la transmission en tant qu’elle convoque la fonction du père réel, du père du réel qui vectorise la signification du phallus.

Ce qu’on appelle « la crise d’adolescence » est précisément la possibilité pour le sujet de soutenir cette question de la transmission, celle de sa place dans les générations, dans son histoire, de s’approprier une histoire à venir. Si la crise est empêchée, alors c’est là qu’il y a problème.

Cela vient en résonance avec une situation clinique dont je vais parler brièvement.

J’ai reçu, il y a quelque temps un jeune homme d’une vingtaine d’années, suite à une hospitalisation de plusieurs semaines en psychiatrie après un épisode de « décompensation ». Il en ressort avec un diagnostic en poche, celui de shizophrénie. Il s’est isolé et a arrêté ses études. Après quelques rendez-vous, il m’a demandé ce que je pensais de lui, de ses troubles. C’est là où l’analyste a à s’engager, à se laisser interpeller, à ne pas le laisser seul devant ses questions. Il était très inquiet de ce diagnostic, de cette nomination aliénante. Ce qui est appelé, c’est une parole nommante qui fasse place à ses signifiants. A partir de là et au fil du temps et de la parole, il est passé à autre chose, c’est-à-dire qu’il a commencé à apporter des textes qui comptaient pour lui et il s’est mis à écrire ses rêves. Puis il a formulé une question : pourquoi avait-il vécu cette expérience de dépersonnalisation, expérience de non-sens radical et affolant ? Rencontre avec un réel désubjectivant. Cette question est tout à fait fondamentale. L’épisode de « décompensation » était en effet
survenu à un moment très particulier où une parole attendue de son père avait fait défaut, le laissant dans une grande perplexité. Dans ce parcours, il s’agit pour ce jeune homme d’inscrire du jeu dans les signifiants, de lier des signifiants à des significations et ce en prenant appui sur le transfert, de rendre possible un accrochage dans le symbolique instaurant un autre rapport au réel.

Cette rencontre ouvre plusieurs remarques.

D’abord sur le diagnostic : le risque est de fixer ce qui est provisoire, transitoire, souvent créatif. Il est d’identifier le sujet à un symptôme, bloquant ainsi tout déplacement.

L’essentiel est de prendre au sérieux ce qui se dit, de reconnaître par exemple la pertinence d’une question, d’écouter le sujet dans sa singularité discursive.

Ensuite, concernant le transfert, c’est par la question du savoir que se constitue le point d’accrochage du transfert, à condition qu’il soit maintenu dans une supposition. Savoir supposé dans la demande adressée à l’analyste, mais aussi savoir supposé au sujet dans l’écoute que porte l’analyste à ce qui se dit.

Enfin, sur ce qu’on appelle « dépersonnalisation », elle évoque pour ce jeune homme une déconstruction, un temps de déconstruction où les repères de la subjectivité sont questionnés dans leur fondation. Il s’agit pour lui en effet d’une confrontation à la question de la perte, au réel de la perte, celle aussi des idéaux et des identifications de son enfance. Ca ne peut plus tenir.

Il est d’ailleurs courant de parler, à propos de l’adolescence, d’actualisation ou de réactivation de temps forts de la vie sexuelle infantile. Le terme d’acte est là présent ; mise en acte d’un remaniement du rapport du sujet à l’Autre, au désir de l’Autre. Pourquoi ? Parce que cette période de crise est motivée par le fait que sexuellement le sujet peut devenir parent et que dans ce temps se joue une différenciation, une partition des sexes. Ce devenir est donc un déplacement qui appelle des métaphorisations, des symbolisations, dans une confrontation à ce que Lacan nomme l’impossible, l’impossible du rapport sexuel.

Le temps de l’adolescence met donc en perspective un certain nombre de questions : quel est l’accrochage du sujet au symbolique ? Du père a-t-il fonctionné ou non comme opération de transmission du signifiant phallus ? S’il n’y a pas forclusion du signifiant du Nom-du-Père, quelle est la version du père quant à la castration (ce que Lacan écrit père-version) ? Sur quel interdit crédible, sur quel non (nom) au sens d’une négation, le sujet peut-il s’appuyer pour s’affranchir et larguer les amarres d’un certain nombre d’idéaux et d’identifications, pour en faire le deuil ? Quels relais le sujet va-t-il trouver sur son chemin pour opérer cette traversée, et c’est là que certaines rencontres peuvent être déterminantes ? Nous pourrions ici aborder la fonction des rites de passage, de ce qu’ils mettent en jeu en tant qu’espaces transitionnels. Ces rites sont, me semble-t-il, à situer du côté de la fonction du père réel, du côté de ce qui conduit le désir en dehors de la famille. Je vais me référer ici à une formulation du séminaire du 16 juin 1971 intitulé « D’un discours qui ne serait pas du semblant »(9) où Lacan dit ceci : « Ce qui est nommé père, le Nom-du-Père, si c’est un nom qui, lui, a une efficace, c’est précisément parce que quelqu’un se lève pour répondre. Sous l’angle de ce qui se passait pour la détermination psychotique de Schreber, c’est en tant que signifiant capable de donner un sens au désir de la mère qu’à juste titre je pouvais situer le Nom-du-Père. Mais au niveau de ce dont il s’agit, quand c’est disons l’hystérique qui l’appelle, ce dont il s’agit c’est de quelqu’un qui parle. » . Nous pourrions ajouter, «et quand c’est le sujet adolescent qui l’appelle », il s’agit d’un appel inclus dans la parole. Ceci renvoie à la fonction nommante du père, fonction qui consiste en l’évènement et l’avènement d’un dire, d’un acte d’énonciation qui engendre une perte, qui soutient une négation sur la jouissance. Cet acte n’est pas un commandement surmoïque, il ouvre à une subjectivation de la castration. En tant qu’acte d’un dire, cette fonction n’est donc pas réductible au père de la réalité. Dans la cure, elle est du côté de l’acte analytique.

La traversée adolescente est donc un parcours dans la structure pour un sujet, parcours où vont se trouver interrogés les signifiants de son histoire, la circulation du phallus dans les générations (« la phrase a été commencée avant lui, par chacun de ses parents… »), et tout particulièrement les carences métaphoriques du Nom-du-Père auxquelles il va suppléer par des symptômes, des semblants d’interdits (dont la férocité témoigne de leur défaut d’appui), ou des passages à l’acte…Les symptômes ont donc une fonction de suppléance. Il me semble que ce que Lacan nomme le sinthome est le point de réel au-delà des symptômes qui renvoie à la version du père quant à la castration. C’est cette version qui va déterminer pour un sujet le rapport à l’Autre sexe. Cette version du père, c’est l’opération, toujours plus ou moins ratée, de l’introduction du sujet à la logique phallique(10). Cette opération me semble être un enjeu fondamental qui se révèle tout particulièrement dans le passage, la traversée de l’adolescence…quand elle est possible. De ce ratage, le sujet aura à faire quelque chose.

 

Laisser à désirer

Pour conclure, interrogeons-nous sur cette référence actuelle et de plus en plus fréquente au père dit biologique, à la « paternité biologique » (ce qui est un contresens), il faut maintenant dépister le père, et bientôt en temps réel, (on parle de tests A.D.N. de paternité qui vont être disponibles dans les pharmacies aux Etats-Unis)… Ceci m’évoque un échange entendu entre une jeune fille, sa mère et une journaliste lors d’une émission intitulée « vie privée, vie publique ». Cette jeune fille parle de ses recherches pour retrouver une partie d’elle, ce qui lui manque : son père biologique, pas le papa qui vit à la maison, mais son père biologique. En fait de père biologique, il s’agit de paillettes. Elle a été conçue par insémination artificielle avec le sperme d’un donneur anonyme. Celui qu’elle appelle papa, celui qui vit à la maison, est stérile .A côté d’elle sa mère abonde dans son sens avec compréhension : « il faut lui donner ce qui lui manque », « elle a le droit de savoir ». Comment cette jeune fille en est-elle arrivée là ? Vers l’âge de douze ans, dit-elle, elle s’est rendue compte que ça ne passait pas avec son père, ou plutôt que ça ne passait plus. Ce à quoi les parents interpellés lui ont dit ce qu’ils appellent « la vérité », ils lui ont répondu sur la vérité de l’histoire de sa conception « en paillettes » par insémination, et que son père n’était pas son vrai père… La légitimité d’une question sur ce qui ne passe plus pour cette jeune fille est rabattue sur un discours d’impuissance culpabilisante, dans une démission des parents devant leur acte. A ette même émission, de l’autre côté de la table, un donneur de sperme « anonyme », témoigne, non sans une certaine fierté, du fait d’avoir révélé à ses deux filles, au moment de leur adolescence, qu’elles avaient peut-être des dizaines de demi-frères et demi-sœurs qu’elles ne connaissaient pas, toutes celles et ceux pour lesquels il avait été le généreux donneur anonyme…Tout cela donne tout de même à penser… Leur face à face autour d’une même table avait quelque chose d’étrangement inquiétant.

Disons que le père réel n’est en rien assimilable au père biologique puisqu’il n’y a de filiation qu’articulée au champ de la parole et du
langage. C’est le crédit fait à la parole qui fonde ce qui fait autorité pour un sujet. La fonction paternelle est de soutenir la question du manque, quand « ça ne passe pas », du manque comme constitutif d’un sujet désirant : un père ne peut donner à sa fille ce qui lui manque ; cet impossible est structurant puisqu’ il laisse à désirer .C’est ça « soutenir une perte de jouissance » et nous pouvons dire que l’analyste, homme ou femme, est appelé du côté de cette fonction du père réel, appelé à soutenir une perte de jouissance qui autorise le désir. Y’a d’l’impossible ! Dire que le père est l’agent de la castration, c’est souligner que c’est la castration qui le « fait agir » (du côté de l’impossible savoir sur la jouissance). Toute réponse du côté du biologique qui dirait le vrai de la paternité plonge le sujet dans une capture imaginaire qui abolit le manque. Ici, et je reprends une formulation de Lacan à propos de l’homme moderne, ici, c’est un mur du langage qui s’oppose à la parole(11).

1 – D .W. Winnicott. De la pédiatrie à la psychanalyse. Ed. Payot 1989.

2 – D. W. Winnicott. La crainte de l’effondrement et autres situations cliniques. Gallimard 2000.

3- S. Frérot. Quid du sujet. – A.F.Presse n° 14.Eres 2007.

4 – J. Lacan. L’éthique de la psychanalyse. Seuil 1986.

5 – S. Freud. L’inquiétante étrangeté et autres textes .Folio bilingue. 2001.

6 – J. Lacan. Réponse au commentaire de Jean Hyppolyte. Ecrits. 1966.

7 – D.W. Winnicott. La crainte de l’effondrement. Gallimard 2000.

8 – M. Safouan. Dix conférences de psychanalyse. Fayard 2001.

9 – J. Lacan. D’un discours qui ne serait pas du semblant. Seuil 2007.

10 – cf. J. Lacan. R.S.I. (séminaire inédit 1974 -75), Joyce le sinthome. Seuil 2005, et également M.M. Chatel. Y a-t-il un irréductible du sinthome ? Littoral 11/12.Eres 1984.

11 – J. Lacan. Fonction et champ de la parole et du langage. Ecrits. Seuil 1966.

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