Demi-journée d’étude de Paris du 22 mars 2014

Suivi d’une discussion par R.Lèvy

« INFANTICIDE : L’acquittement, réponse de la société au déni de grossesse ». Tel était récemment le gros titre du journal local consacré à une session de Cour d’Assises : pourtant le développement de l’article exposait que l’infanticide n’ayant pas été prouvé dès lors que le médecin légiste n’avait pu déterminer si l’enfant parvenu à terme était vivant avant que sa mère ne dissimule son corps dans un sac de ciment. La prévenue fut donc acquittée…

Mais la raison d’un tel titre, amalgamant déni de grossesse et infanticide, séquence qui n’a rien d’obligatoire, se trouve dans la mise en exergue de l’intervention aux assises de l’Expert Psychologue : à une remarque de l’assesseur de la Cour selon laquelle « le déni de grossesse n’est pas une pathologie reconnue par le droit », l’Expert réplique : « Cela ne fait pas consensus auprès des professionnels, mais une association milite pour ça ». Le titre de l’article associant infanticide et déni de grossesse traduisait en fait la pensée de l’Expert puisqu’il précise alors : « Il y avait des condamnations très lourdes pour les femmes accusées d’infanticide. Maintenant on assiste à de plus en plus d’acquittements ». Moyennant quoi, après avoir examiné la prévenue deux ans après les faits qui lui étaient reprochés, il avait conclu dans son expertise que « les dispositions de l’intéressée ne révèlent pas de dimension pathologique » nonobstant « une fragilité névrotique », « une introversion importante, une réserve et des troubles de l’affirmation de soi ». Pour l’Expert un évènement de la vie personnelle de cette femme avait joué un rôle déterminant : rescapée d’un gravissime accident de la circulation dans lequel son frère –qu’elle appelait : « bébé »- était décédé, grièvement blessée elle-même (hématome sous-dural, fracture du rocher), elle n’avait pu assister à l’enterrement de son frère et selon la confidence recueillie par l’Expert elle se serait trouvée dans l’impossibilité de « pouvoir faire son deuil ». Par ailleurs un « facteur environnemental » aurait joué : le sujet avait déjà présenté lors de sa précédente grossesse une réaction de déni, et les femmes de sa belle-famille l’avaient alors totalement disqualifiée, sur un mode persécutoire ; ainsi dit l’Expert : « La crainte de la réaction de son entourage l’a donc amenée à prendre certaines décisions, le rejet dont elle a pâti lors de son premier déni accentuant son insécurité ». L’Expert a dès lors conclu que « L’infraction n’est pas en lien avec des anomalies mentales ». Il est utile pour la suite de préciser qu’après la naissance de son enfant dans le secret, cette femme avait été hospitalisée dans un état septicémique et le médecin urgentiste avait saisi le Procureur de la République en constatant l’accouchement récent ; le corps de l’enfant fut recherché par les gendarmes pendant deux mois et ne fut finalement retrouvé que sur les indications de la prévenue dans un sac de ciment entreposé dans le placard des toilettes. Un autre Expert, psychiatre celui-ci, l’avait alors expertisée sans constater notamment de psychose puerpérale tout en la déresponsabilisant partiellement ; enfin après qu’elle ait été emprisonnée et qu’elle ait tenté de se suicider par pendaison, elle fut hospitalisée quelques semaines et son traitement de sortie associait un normothymique (valpromide), un antipsychotique, et un antidépresseur prescrit à de fortes posologies.
Le titre de l’article du journal local ne peut se comprendre qu’en constatant la manœuvre dialectique qui consiste à associer un comportement (l’infanticide, d’ailleurs dans le cas étudié, non prouvé) et ce que l’on considère dans les théories du fonctionnement psychique comme un « mécanisme » : le déni (ici , de grossesse). Cette manœuvre « profite » à la notion de comportement au détriment du concept de mécanisme (originaire de défense) et dispense de préciser à quelle structure ou logique des processus psychiques renvoie ce mécanisme. Cet escamotage permet alors d’avancer que les Cours d’Assises acquittent les infanticides. C’est un cas qui peut à mon avis relever du discours de l’Universitaire :

S2 a
↑__ ↗ ↖ __ ↑
S1 $
Le discours de l’universitaire est ici au service d’une problématique de contrôle social, via le conflit de compétence ouvert par le biais de l’expertise entre les champs du judiciaire et du médical ; le comportementalisme, médicalisation des affects et des actes, suppose l’édification d’un savoir par la réalisation de toute une série , à coup de variations continues et progressives, de gradations entre le normal et le pathologique, qui étend à l’infini le champ de la « maladie » mentale : disons que la psychopathologie de la vie quotidienne est mise ainsi en continuité avec l’infraction la plus grave et la plus caractérisée, permettant de faire l’impasse sur la structure psychique dont relèverait l’acte. En mettant en place de vérité le commandement du signifiant maître comme défense de l’ordre social, le faux savoir de l’universitaire (à la place d’agent) s’adresse à l’autre, le semblable, qui en jouit pour se voir promu au rang de sujet dans tous les cas responsable de ses actes, le jugement de valeur produit portant sur la seule qualification du degré de gravité de cet acte et pas sur la structure des processus psychiques du sujet qui l’aurait commis.
La finalité d’un tel amalgame sert une technique de pouvoir appelée par Michel Foucault « bio-politique » : elle consiste à banaliser et prolonger l’héritage de la pensée nazie qui voulait préserver une partie différenciée de la population ,« élue » donc, du danger représenté par un « ennemi de l’intérieur » que le fou vient incarner dans les idéologies sécuritaires contemporaines. Dans ces conditions qui l’associent à un danger social, le fou doit toujours être punissable. Cette stratégie se développe parallèlement et solidairement, et pourrait-on dire à l’infini, avec une autre logique discursive, celle-ci permissive et visant la satisfaction, celle du discours du capitaliste , par laquelle ce qui venait en place de vérité et de sacré dans les discours issus du discours du Maître, c’est-à-dire le sexe et la mort, est transformé en objets de consommation selon un processus qui au départ préconise la maîtrise médicale des techniques de procréation pour résoudre des problèmes de stérilité dans les couples (ou s’agissant de la mort pour soulager l’agonie du mourant), puis sous la pression de lobbies vient satisfaire le souhait de procréer sans en passer par l’acte sexuel, et finalement peuvent faire l’objet d’un contrat marchand (par exemple mère porteuse, ou encore la contractualisation du choix du moment de sa mort par un sujet : « le suicide assisté »). Le surgissement comme symptôme dans le social du « déni de grossesse » et son traitement médiatique, sa description médicale purement comportementaliste et au mieux vaguement psychologisante, vient conforter cet avènement du social comme étant lui-même le symptôme lorsqu’une société concrète contrevient « aux exigences de l’humanisation et aux lois du langage qui organisent les parlêtres que nous sommes » (Jean-Pierre Lebrun).

Or seule la discussion sérieuse de ce que l’on entend par mécanisme de « déni », ici de la réalité de la grossesse, permet de mieux situer, dans les cas où un infanticide s’ensuivrait, la question de la responsabilité pénale du sujet, considérée selon la loi encore en vigueur comme entière dans les cas de névrose
et de perversion, atténuée ou exclue en cas de psychose. Car le déni, compris comme refus d’une perception de la réalité extérieure, perception à l’origine traumatisante, essentiellement celle de l’absence de pénis chez la femme, sera défini comme « le mécanisme psychique par lequel le tout petit enfant se protège de la menace de castration ; il répudie alors, il désavoue, il dénie donc l’absence de pénis chez la fille, la femme, la mère et croit pour un temps à l’existence du phallus maternel ». Dans sa conception initiale, Freud, s’il considérait le déni comme ni rare ni très dangereux pour la vie mentale de l’enfant, estimait par contre que chez l’adulte il pouvait introduire à une psychose. A partir de 1927, la conception freudienne évolue puisque le déni est associé à un clivage du moi, une partie du moi continuant de dénier la perception de la réalité extérieure tandis que l’autre partie du moi clivé l’admet : c’est le mécanisme à l’œuvre dans la perversion, notamment le fétichisme (alors que dans la névrose où coexistent également deux attitudes psychiques opposées, l’une des attitudes est le fait du moi et l’autre est refoulée et émane du ça).
La clarification lacanienne entre névrose, perversion et psychose, sera de réserver le thème de déni à la perversion et d’utiliser pour la psychose le thème de « démenti » et surtout de « forclusion » (rejet d’un signifiant primordial, le Nom-du-Père). Perla Dupuis-Elbaz fait remarquer que pour Lacan le terme de déni et du clivage qu’il comporte pouvait finalement s’appliquer aussi à l’analyste dans l’acceptation de sa position de sujet-supposé-savoir alors qu’il sait que « tout le processus de la cure tendra à le déloger de cette place ».
Le déni de grossesse suivi d’un infanticide pourrait constituer un des rarissimes cas de perversion féminine, organisée par le fantasme :
i(a) ◊ Φ
I(A)
à savoir que le clivage entre le moi idéal, où se joue la problématique de la maîtrise du corps durant la grossesse, et l’Idéal du moi devant assurer le travail d’idéalisation de l’enfant à naître, est reportée comme impossibilité au niveau du Phallus Symbolique dans un acte transgressif : l’enfant (ou le fœtus en cas d’avortement tardif) prend la valeur du phallus maternel (c’est-à-dire de la propre mère de l’accouchée) pour la partie du moi qui refuse l’absence de pénis chez la femme ; la parturiente ne peut investir d’aucune idéalisation l’enfant qui vient de naître et qui sera éventuellement occis, traité comme tas de chair (même : viande) réel et inerte, restant toutefois précieux et conservé à proximité d’elle (dans le réfrigérateur) avec valeur de représentation du phallus imaginaire de la mère, et néanmoins visible, pouvant même être découvert par un tiers, mis alors à l’épreuve comme témoin et complice potentiel (souvent le mari).
Dans l’affaire évoquée et jugée en Cour d’Assises, j’avais été amené à m’occuper de la comparue dans trois circonstances différentes au cours des années qui précédèrent le procès : d’abord j’avais pu constater qu’une partie de l’entourage familial avait tenté de transformer le fils aîné, âgé de 7 ans, en témoin à charge (occulaire) contre sa mère alors que le psychothérapeute de l’enfant avait pu me garantir « que tout s’était passé dans le secret et loin de la présence de quiconque ». Ensuite j’avais brièvement assuré la prescription médicamenteuse du traitement de la patiente lorsqu’elle était sortie en liberté conditionnelle dans l’attente de son procès, une collègue psychologue assurant la psychothérapie : alors que je constatais un état dépressif sévère et une fluctuation de l’état de conscience, me parvenait par un confrère (psychiatre) qui était le voisin de la patiente, l’information selon laquelle il l’avait vu, au moment de la commission des faits qui lui furent reprochés, prostrée dans un état d’hébétude, assise sur un banc près de sa maison, avec des stéréotypies de balancement qui la faisaient se cogner contre le mur. Il se pouvait donc que l’état que je constatais, n’était pas seulement réactionnel à l’emprisonnement et aux nécessités de l’enquête, mais en continuité avec un état pathologique qui existait déjà lors de la grossesse et avant les évènements qui suivirent l’accouchement. Enfin, le Juge des enfants, confia au CMP enfants dont je m’occupais par ailleurs, et cela de façon tout à fait exceptionnelle, en raison des difficultés rencontrées par le service de l’Aide Sociale à l’Enfance avec la famille paternelle des enfants, la charge de garantir les droits de visite de la mère auprès de deux autres de ses enfants qui acceptaient de la voir et âgés respectivement de 3 et 6 ans. : je fus là-aussi témoin de l’acharnement de l’entourage de la belle famille de la patiente à la brouiller avec ses enfants ; le plus petit, celui dont la grossesse avait également déniée jusqu’à 15 jours avant l’accouchement, était surnommé (selon l’éducatrice d’AEMO) « le rescapé », preuve que lors de ses grossesses la patiente présentait un état pathologique et que l’entourage immédiat avait déjà constaté que celles-ci se passaient mal. Mon témoignage fut requis, à la demande des avocats de la patiente, devant la Cour.
Il y avait selon mon évaluation de fortes présomptions que la patiente ait présenté une psychose puerpérale. Ce terme désigne tout état pathologique survenant durant la période de temps d’une année entourant l’accouchement. Dans les anciennes descriptions, par exemple dans le Manuel de psychiatrie de EY et Brisset, l’affection était considérée comme fréquente (un cas pour 300 naissances), dans 15% des cas avec son début au cours de la grossesse, pouvant produire d’authentiques états psychotiques à symptomatologie anxieuse (avec risque de survenue d’actes suicidaires ou encore d’actes qualifiés d’ « incongrus ») et confusionnelle, enrichie éventuellement d’hallucinations ou d’interprétations délirantes. L’étiologie est rapportée à des facteurs endocriniens, toxi-infectieux et « psycho-sociaux »…Cet état psychotique n’est souvent que transitoire. Dans la bible des comportementalistes, le DSM décrit un « trouble psychotique bref » avec, au cours d’un épisode, une perturbation qui persiste « au moins un jour, mais moins d’un mois, avec retour complet au niveau de fonctionnement pré-morbide ». La puerpéralité est évoquée de façon elliptique comme modalité occasionnelle : « avec début lors du post-partum ».
Dans ce cas de la psychose, le fantasme qui sous tend ce moment psychotique s’écrit :

$ ◊ Corps

qui s’entend comme l’impossible division du sujet entre sujet de l’énoncé et sujet de l’énonciation, en quelque sorte un collage entre les deux, rendant impossible l’éprouvé corporel (ici de l’état de grossesse).
Le fait de structure caractérisant la psychose est attribué par Lacan au rejet primordial du signifiant du Nom-du-Père ; les circonstances de déclenchement de la psychose sont précisément celles qui acculent le sujet à assumer la réalisation du signifiant père au niveau symbolique. Le non symbolisé lié au défaut de métaphore paternelle provoque l’apparition d’une métaphore délirante lorsque le sujet rencontre un père réel. Ainsi dit Lacan, « le sujet, à un certain carrefour de son histoire biographique, est confronté avec ce défaut qui existe depuis toujours ». Et parmi les situations déclenchantes illustrant la rencontre avec ce père réel, Lacan dit qu’elle peut se présenter pour « la femme qui vient d’enfanter en la figure de son époux, pour la pénitente avouant sa faute en la personne de son confesseur, pour la jeune fille énamourée en la rencontre du père du jeune homme ».
Dans le cas clinique ici présenté, l
e trait du cas résultait d’une certaine impossibilité pour l’identification des signifiants des noms patronymiques respectifs de la patiente et de son mari, son « nom de jeune fille » et son « nom d’épouse » donc (N.B. : faisant partie de l’Idéal du moi), à pouvoir supporter la fonction paternelle. Les noms patronymiques étaient pris « à la lettre » et en l’absence de possibilité de métaphore paternelle, leur défaut de symbolisation mis en acte. En effet, dans ce milieu bilingue dans lequel vivaient la patiente et son entourage, le nom de l’époux dans sa langue maternelle pouvait être traduit par : « anges » ( au pluriel), et celui de la patiente laissait entendre : « maçonne » (comme la femme du maçon). Ainsi, à chaque grossesse, l’époux lui faisait des « petits anges » (dans le schéma I, alors que la réalité est réduite à la relation du moi a’ et de ses objets a, autour du gouffre de la forclusion du phallus symbolique, les identifications du moi du sujet sont mises en relation avec son moi-idéal rejeté à l’infini au gré de la conception des « petits anges » selon une ligne asymptotique). Du côté symbolique, la patiente se vivait ( avec son frère, celui qui va décéder dans l’accident de voiture alors qu’elle-même survivra) comme le ciment du couple parental : autour de la forclusion du Nom-du-Père, la mère primordiale, figure du Grand Autre d’une infinie puissance, est mise en relation avec cette autre asymptote qui renvoie à l’infini l’Idéal du moi et le défaut de symbolisation du nom patronymique ravalé à la signification littérale de « maçonne ».
C’est ainsi, dans ce moment de démasquage d’une psychose, que le petit ange finit dans un sac de ciment.

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DISCUTION DE L’INTERVENTION par Robert Lévy

Tout d’abord je voudrais remercier CHARLES MARCELLESI d’avoir bien voulu se déplacer jusqu’ici pour nous transmettre à nouveau une de ses recherches en Psychanalyse .Je dis à nouveau car nous avons déjà eu l’occasion à plusieurs reprises à Bastia de bénéficier de la transmission de son travail. Ce n’est pas si souvent que l’on puisse s’enthousiasmer à l’idée de discuter une intervention.
Ce travail est, comme nous avons pu l’entendre aujourd’hui remarquable et très proche de celui que l’on mène dans notre association et en particulier sur le thème de cette année. En effet , c’est d’abord la façon dont MARCELLESI utilise les concepts Lacaniens pour les faire travailler et ne pas les laisser lettre morte .Par ‘lettre morte’ on peut entendre également le rapport qu’il y a entre ce déni de grossesse , la mort de cet enfant et la lettre morte , l’être mort des signifiants que MARCELLESI nous propose de découvrir peu à peu dans l’écoute de cette femme .
Il fait travailler ses signifiants en souffrance comme il fait travailler les concepts lacaniens pour ne pas les laisser lettre morte.
Tout d’abord c’est appréciable d’entendre comment il reprend les quatre discours pour les utiliser dans ce que , sans doute Lacan nous a laissé pour pouvoir rendre compte du discours social autrement que dans les arcanes habituels des discours politiques de tout bord .
Il nous propose grâce à ces 4 Discours de revisiter par ce qu’il qualifie de discours universitaire : « la manœuvre dialectique qui consiste à associer un comportement (l’infanticide, d’ailleurs dans le cas étudié, non prouvé) et ce que l’on considère dans les théories du fonctionnement psychique comme un « mécanisme » : le déni (ici, de grossesse). Cette manœuvre « profite » à la notion de comportement au détriment du concept de mécanisme (ici « originaire de défense ») et dispense de préciser à quelle structure ou logique des processus psychiques renvoie ce mécanisme. Cet escamotage permet alors d’avancer que les Cours d’Assises acquittent les infanticides. ». Le discours universitaire est alors au service du contrôle social nous dit-il : « via le conflit de compétence ouvert par le biais de l’expertise entre les champs du judiciaire et du médical » ce qui a pour conséquence d’évacuer purement et simplement la structure psychique dont relève l’acte…
Comment opère-t-il « En mettant en place de vérité le commandement du signifiant maître comme défense de l’ordre social, le faux savoir de l’universitaire (à la place d’agent) s’adresse à l’autre, le semblable, qui en jouit pour se voir promu au rang de sujet dans tous les cas responsable de ses actes, le jugement de valeur produit portant sur la seule qualification du degré de gravité de cet acte et pas sur la structure des processus psychiques du sujet qui l’aurait commis. »
Mais Charles MARCELLESI va encore plus loin en montrant que le fondement de ce type d’opération réalisée par le discours universitaire « consiste à banaliser et prolonger l’héritage de la pensée nazie qui voulait préserver une partie différenciée de la population, « élue » donc, du danger représenté par un « ennemi de l’intérieur » que le fou vient incarner dans les idéologies sécuritaires contemporaines. Dans ces conditions qui l’associent à un danger social, le fou doit toujours être punissable, les clauses d’irresponsabilité dont il peut bénéficier encore dans le droit doivent être supprimées, sa comparution devenir la règle à des fins cathartiques pour les familles de ses éventuelles victimes. » .Le résultat de cette première opération du discours universitaire se complémente d’une seconde , celle-ci via le discours du capitaliste « par laquelle ce qui venait en place de vérité et de sacré dans les discours issus du discours du Maître, c’est-à-dire le sexe et la mort, est transformé en objets de consommation selon un processus qui au départ préconise la maîtrise médicale des techniques de procréation pour résoudre des problèmes de stérilité dans les couples (ou s’agissant de la mort pour soulager l’agonie du mourant), puis sous la pression de lobbies vient satisfaire le souhait de procréer sans en passer par l’acte sexuel, et finalement peuvent faire l’objet d’un contrat marchand (par exemple mère porteuse, ou encore la contractualisation du choix du moment de sa mort par un sujet : « le suicide assisté »). »

Voici donc le diagnostic que Charles MARCELLESI nous propose de faire des raisons et conséquences du fonctionnement actuel des discours universitaire, du maitre et de celui du capitaliste qui, d’une certaine façon tire ses marrons du feu de cette nouvelle opération des effets produits par le discours de l’universitaire .
Mais alors j’aurai déjà deux premières questions
La première : puisque vous faites la remarque que «ce qui venait en place de vérité et de sacré dans les discours issus du discours du Maître, c’est-à-dire le sexe et la mort, est transformé en objets de consommation » Ne peut-on pas en tirer la conséquence ou plus exactement le constat que dans notre post modernité le discours du maitre n’a plus la place de choix qu’il avait au paravent , place de régulateur des autres discours donc et de ce fait ne peut-on pas en conclure que le discours du capitaliste en tire les bénéfices , ce que vous montrez ; mais surtout qu’on ne peut donc pas dire que c’est la fonction paternelle qui est en perte de vitesse mais plus tôt le discours du maitre qui se trouve discrédité ?
La seconde question porte sur les discours eux-mêmes :
Ne croyez-vous pas qu’à faire une analyse des discours sociaux, thèse que je partage également, on rencontrerait le risque de faire prévaloir la culture sur l’inconscient ou en d’autres termes poser l’inconscient comme conséquence de la culture ?
Vous entendrez combien ces deux questions sont importantes puisqu’elles portent précisément sur la question de savoir de quel sujet on parle et quel est celui
qu’on défend, thème exactement de cette journée
La deuxième partie de votre texte porte , et c’est logique que vous rétablissiez le débat à son juste niveau, porte donc sur la discussion de la structure de cette femme , ou plus exactement de son acte via la question du déni et /ou du démenti puis de la forclusion pour nous introduire au débat entre Perversion ou Psychose en montrant combien le DSM n’est pas du tout à même de pouvoir nous renseigner sur ce dont i s’agit . .
J’ai trouvé très intéressante votre rapide incursion dans l’hypothèse d’un des rares cas de perversion féminine que vous abandonnez finalement à juste titre me semble-t-il pour concentrer le débat sur la psychose par le choix que vous faites du démenti puis de la forclusion. A ce sujet on peut faire remarquer que Lacan lui-même va forger ce nouveau concept de forclusion en l’extrayant de son contexte Freudien qui lui réservait un sort de refoulement particulier …
Une petite question quand même sur l’hypothèse de Perversion en effet , je ne crois pas non plus à l’existence de perversion féminine en tant que structure pourtant vous semblez évoquer une sorte d’hypothèse de construction d’objet phallus fétiche dans ce cas très particulier d’infanticide dans le déni de grossesse .Ne vous semble t-il pas qu’alors nous serions dans la question de savoir à quelle réalité psychique se réfère le sujet dans ce cas qui, au fond ne me convainc pas puisque dès lors il s’agirait effectivement de déni de la castration, or c’est précisément ce qui rend difficile l’établissement d’une structure Pervers chez la femme .De plus le scénario dans lequel il y aurait un témoins oculaire et complice ne me semble pas très plausible car alors pourquoi ne pas le considèrerai si toutefois il existe en la personne du mari , comme un mode d’identification hystérique au désir du maitre qu’il représente ? Je crois bien que c’est ce que nous avons constaté dans une des dernières affaires de crimes et viols en série dans lesquels la femme du criminel, au demeurant pervers lui, n’était que la servante du désir de l’Autre et non pas de la mise en acte des signifiants forclos comme on le voit dans le cas que vous nous avez apporté?
Donc vous considérez que dans le cas de cette femme il s’agit d’une psychose et d’une psychose puerpérale, terme que vous étendez en deçà et au-delà de l’accouchement lui-même ce qui me semble très intéressant et plus tôt nouveau puisque nous avons été habitués jusqu’à présent à réduire cette symptomatologie au post parfum….
Alors ma question porte sur ce que vous évoquez de l’hypothèse d’un fantasme dans ce cas qui serait celui de S poinçon corps. Je voudrais vous demander si vous croyez véritablement de fantasme dans cette psychose en particulier et dans les psychoses plus généralement puisque comme vous le faites remarquer très justement : « Le fait de structure caractérisant la psychose est attribué par Lacan au rejet primordial du signifiant du Nom-du-Père ; Ainsi dit Lacan, « le sujet, à un certain carrefour de son histoire biographique, est confronté avec ce défaut qui existe depuis toujours ». Et parmi les situations déclenchantes illustrant la rencontre avec ce père réel, Lacan dit qu’elle peut se présenter pour « la femme qui vient d’enfanter en la figure de son époux, »
C’est dire donc que la métaphore délirante va prendre la place vide du fantasme ou plus exactement constituer une modalité de représentation là ou précisément la forclusion fait trou dans la représentation et qui explique également le fait qu’il n’y ait pas d’éprouvé corporel ? Un peu comme si on disait que la condition du fantasme est celle de l’éprouvé corporel ; ce qui renvoie encore un peu plus loin l’hypothèse de la perversion d’une certaine façon.
Pour terminer je voudrais saluer l’analyse que vous faites de cette psychose puerpérale à partir de ce qui prévaut pour toute approche de structure c’est-à-dire la loi du signifiant qui éclaire pour cette personne sa position de sujet de l’inconscient prise dans ce passage à l’acte à partir de l’évènement déclenchant qui révèle «une certaine impossibilité pour l’identification des signifiants des noms patronymiques respectifs de la patiente et de son mari, son « nom de jeune fille » et son « nom d’épouse » donc (N.B. : faisant partie de l’Idéal du moi), à pouvoir supporter la fonction paternelle. Les noms patronymiques étaient pris « à la lettre » et en l’absence de possibilité de métaphore paternelle, leur défaut de symbolisation mis en acte. En effet, dans ce milieu bilingue dans lequel vivaient la patiente et son entourage, le nom de l’époux dans sa langue maternelle pouvait être traduit par : « anges » (au pluriel), et celui de la patiente laissait entendre : « maçonne » (comme la femme du maçon). Ainsi, à chaque grossesse, l’époux lui faisait des « petits anges » (dans le schéma I, alors que la réalité est réduite à la relation du moi a’ et de ses objets a, du côté de l’Imaginaire, autour du gouffre de la forclusion du phallus symbolique, les identifications du moi du sujet sont mises en relation avec son moi-idéal rejeté à l’infini au gré de la conception des enfants comme autant de « petits anges » selon une ligne asymptotique). Du côté symbolique, la patiente se vivait ( avec son frère, celui qui va décéder dans l’accident de voiture dans lequel elle-même survivra) comme le ciment du couple parental : autour de la forclusion du Nom-du-Père, la mère primordiale, figure du Grand Autre d’une infinie puissance, est mise en relation avec cette autre asymptote qui renvoie l’Idéal du moi à l’infini et le défaut de symbolisation du nom patronymique se trouve ravalé à la signification littérale de « maçonne ». »C’est ainsi nous dit il que « dans cette trouvaille d’un moment psychotique, et sans se départir de la compassion due au sujet pris tragiquement dans cette situation, que le terme « ange » est mis en relation avec le sac de ciment de « la maçonne ». »

Voici donc comment Charles MARCELLESI ne laissera pas ce passage à l’acte ni cet enfant devenir lettre morte que l’on entendra pour l’occasion littéralement et dans tous les sens .. …
 

 

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