Discussion du livre de Robert Lévy « L’infantile en psychanalyse – la construction du symptôme » chez Erès arcanes 2008

Annick Hubert Barthelemy

 

Ce livre vient montrer, s’il en est besoin, la force d’une approche psychanalytique en ce qui concerne la clinique des enfants.

Pour Robert Levy, certains enfants entre 0 et 5-6 ans présentent des symptômes qui disparaissent après quelques entretiens. Il s’agit de symptômes comme des difficultés d’adaptation familiales et scolaires, des retards de parole, de langage, d’apprentissage de la lecture et pour finir des troubles du comportement au sens large.

Cette disparition, pour lui, ne peut s’expliquer que si on admet que les parents sont aussi partie prenante du symptôme et donc partie prenante de l’amélioration de l’enfant.

Il insiste sur le fait que la place des conflits dans l’infantile est un phénomène inéluctable inhérent à la condition humaine et que penser les éviter n’est pas une démarche analytique.

Pour Freud, il n’existe pas d’enfant sans sexualité infantile. La névrose infantile en porte la trace à travers ce qu’on appelle l’amnésie infantile. Mais pour Robert Levy, la sexualité infantile pourrait faire l’objet d’un refoulement total réussi au sens où cette amnésie serait totale.

C’est une drôle de sexualité, nous dit-i, dans la mesure où depuis Freud, et avec les vérifications qu’apportent la clinique, on n’accède pas tout de suite à cette notion de différence des sexes et même au contraire seul l’organe masculin est appréhendé par les enfants, l’organe féminin n’est pas découvert. Et c’est dans ce contexte particulier que la première occasion de pensée accompagne simultanément le premier conflit psychique. Par exemple, le plus banal, la jalousie infantile au moment de la naissance d’un autre enfant.

Qu’entendre finalement par sexualité infantile selon robert Levy? Chez l’infan (l’enfant avant cette fameuse amnésie), la sexualité s’effectue à partir des propres morceaux du corps de l’intéressé (bouche, regard…). Pourtant, l’objet investi par l’enfant est perdu dès l’origine à savoir la séparation de la naissance.

Cet objet perdu pour l’enfant a des répercussions sur la mère, car dans la naissance elle perd aussi quelque chose, on parle de castration pour elle, castration qui se rejoue à toutes les étapes des relations et des séparations avec son enfant. Pour Robert Levy Cela peut expliquer aussi l’angoisse et les multiples façons de faire que l’enfant met en place au niveau des réseaux de langage pour y échapper.

De même, il insiste sur l’opération de signification, centrale dans l’opération de la construction du psychisme, appelée métaphore paternelle, qui vient donner son assise à ce fonctionnement de l’enfant et des parents.

La mère fonde le père comme tiers au sens où elle accepte d’être privée de la jouissance pleine et entière de son enfant. La fonction du père dans le complexe d’Œdipe est de remplacer le premier système symbolique construit autour de la présence-absence de la mère par un autre système symbolique porté par le père.. Il existe une différence entre le désir pour la mère de l’enfant et le désir de la mère dans une triangulation avec le père où elle échappe au désir de l’enfant provoquant chez lui une angoisse qu’il aura à rejouer à chaque étape de sa construction et qui se nomme castration.

C’est le manque de représentation au moment de ces situations qui institue la nécessité d’une représentation de détresse, c’est l’impuissance à s’aider soi-même sur lequel insiste robert Levy. Le rapport de la mère à son enfant est en rapport avec le rapport de cette mère avec cette détresse.

La spécificité de cette notion de symptôme chez l’enfant entraine des conséquences sur la conduite de la cure. Pour Freud, le symptôme est une étape ultime de la maladie, c’est-à-dire un compromis face à un conflit où la défense n’a pas été réussie. Cette défense dans l’infantile se nomme refoulement c’est-à-dire capacité à mettre en place une sorte d’amnésie.

Ceci amène une première hypothèse où ce à quoi nous avons affaire avec les enfants, ce sont des symptômes qui n’ont pas encore été refoulés et qui ne demandent justement qu’à l’être. Deuxième hypothèse, le symptôme est une réponse de l’enfant construite à partir de l’angoisse de l’un ou des deux parents. Cette interrelation entre le symptôme de l’enfant et celui des parents qui l’amènent consulter montre la liaison entre symptôme de l’enfant et système symbolique des parents au sens de fonction de réparation d’une faille pour l’un ou les deux parents, ce qui représente une façon de voir très originale.

Il existe bien une spécificité du désir d’analyste d’enfant, la conduite de la cure nous oblige à travailler d’abord cette particularité de prêter notre écoute à un symptôme porté par le discours de quelques autres pour lequel l’enfant fait fonction de symptôme. Le désir d’analyste est une fonction et non un désir particulier qui s’adresserait à l’enfant, il s’agit d’un être-là sans raison d’être.

L’analyste doit pouvoir faire fonction comme désir de place vide pour cet enfant, le travail d’analyste nous rapproche de toutes les figures de l’angoisse (sevrage humain comme désir de la mort) et au fond l’idée du bien dire rassemblant ainsi le but de la cure. Si l’infantile est bien ce passant des parents à travers son symptôme alors c’est bien l’enfant pas sans les parents

Robert Lévy étudie un exemple de construction d’un symptôme infantile à travers le petit Harry. Cet enfant fétichiste et phobique nous montre deux façons de réagir contre l’angoisse de castration, angoisse qui vient de l’interdiction de l’inceste. Entre l’attirance pour les chaussures des dames et les fantasmes de dévoration, Harry en vient à se couper une mèche de cheveux et devient de plus en plus incompréhensible pour les autres. Le père ne peut pas répondre de son acte devant son enfant, la mère de Harry se fait auprès de son fils passeuse de puissance imaginaire mais non pas de parole du père et ce à quoi Harry s’identifie se trouve côté maternel.

 

La question du refoulement dans l’infantile pose la question du refoulement originaire où premier refoulement. En tant que processus de mise à l’écart des pulsions qui se voient refuser l’accès à la conscience, le refoulement nous intéresse comme origine de ce qu’on appelle l’acte de penser, la condition de la pensée étant le refoulement.

Robert Levy démontre l’affirmation d’un inconscient non-refoulé au cours de la période infantile, cette période plutôt longue cesse seulement avec le refoulement, pendant cette période le travail de l’analyste consiste plus à produire du refoulement qu’à le lever. Si le refoulement n’a pas lieu, l’enfant peut garder un pied dans l’infantile.

Pour Freud il existerait deux types de refoulement, le premier portant sur la représentation de la pensée et le deuxième portant sur
l’affect correspondant aux sentiments, ces deux refoulements auraient deux destins différents. Il n’est pas possible de travailler sur le représentant de la représentation car celui-ci est inconscient. Il reste donc le quantum d’affect et alors que celui-ci avait été abandonné par tout le monde dans son fonctionnement (même par Lacan). Robert Levy montre très nettement combien il apparaît pourtant nécessaire et obligatoire de travailler avec lui, seul possible de se déplacer et d’évoluer. Car en fin de compte, c’est bien l’angoisse qui crée le refoulement et non l’inverse.

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