Ce collectif, CEP-Enfance -Construire Ensemble la Politique de l’Enfance- a été lancé officiellement lors de sa conférence de presse au Sénat, grâce au Sénateur Labazée qui nous a ouvert ses portes, le 28 janvier 2014.
Il rassemble à ce jour 107 organisations nationales et locales, de tout champs : éducation, culture, santé, justice, droit, loisir, social…. diverses dans leur composition : de professionnels, de citoyens, de parents et dans leur forme, que ce soit des associations, syndicats, collectifs….

Je vais commencer par l’événement le plus récent : le forum que nous avons organisé : « qu’est ce qu’on fabrique avec les enfants ? » le 24 janvier 2015, à Paris, à la Bourse du Travail, un an tout juste après son lancement officiel au Sénat, et notamment, par les propos de Marie-José Chombard- de-Lauwe.
L’historique, les valeurs du collectif s’ancrent aussi dans ce qu’elle nous a dit là, dans cette expérience vécue, dans ce travail rigoureux de recherche qu’elle a mené et nous a transmis. C’est une résistante et militante. Elle a été déportée au camps des femmes de Ravensbrück où elle s’est occupée des nouveaux-nés.
A son retour, elle a mené des travaux, des recherches scientifiques sur la psychologie sociale des enfants inadaptés, sur la socialisation de l’enfant et la façon de penser l’enfant dans la société.
Elle dirige aujourd’hui la commission pour les droits de l’enfant à la LDH (Ligue des Droits de l’Homme).
Elle nous dit:
« Je me suis retrouvée dans un camp de femmes à Ravensbrück et ce que j’en ai connu de pire c’est les BB assassinés. Car dans un camps de femmes, quand il arrive des femmes enceintes, le BB est soit avorté, soit assassiné à la naissance, sauf si cet enfant est le BB d’une femme politique allemande non juive et d’un allemand. Non juif, dans ce cas, le produit est considéré pour Hitler comme bon, le produit sera élevé dans une espèce de crèche les « Lebensbord », il faut créer de futurs nazis pour faire l’homme nouveau qui va dominer l’Europe »
« Pour nos enfants il est bon de montrer l’endoctrinement des enfants dans les « Hitlerjüngen » où celui qui n’est pas de la race arienne supérieure est exclu. C’est le mécanisme de l’exclusion dont nous souffrons dans tous les pays qui se référaient à une idéologie de type eugéniste, de la hiérarchie des prétendues races humaines »….
« Ces idéologies atroces ont soit méprisé soit exploité l’enfant à mort, l’enfant issu de la bonne race était endoctriné jusqu’au lycée « Adolf Hitler », qui fabriquait des futurs SS ».
Puis, Marie-José Chombard de Lauwe nous parle des différents mouvements, suite à cette guerre, pour la prise en compte de l’enfant, amenant en 1954 à la déclaration des droits de l’enfant, en 1979 l’année internationale de l’enfant de l’ONU où commence à s’élaborer la Convention Internationale de l’Enfant. Des conseil municipaux d’enfants se développent, des choses formidables se font…sous l’impulsion de plusieurs organisations, de collectifs qui se mobilisent et portent haut et fort que l’enfant est une personne.
Ces organisations continuent à agir aujourd’hui. Plusieurs sont signataires de l’appel du CEP- Enfance, comme l’association Janusz Korsac, du nom de ce médecin, psychiatre polonais qui a créé, entre autre, deux orphelinats, en 1912 et 1919, organisés en « république d’enfants ». Cette
première étape a fait de l’enfant un citoyen capable de penser sa formation dans un établissement. Il a été assassiné, déporté au camp d’extermination de Treblinka avec les enfants du ghetto de Varsovie qu’il n’avait pas voulu abandonner.
Ces expériences ont influencé nombre de pédagogues dont Celestin Freinet qui a fondé, en 1947, l’association ICEM-Pédagogie Freinet (Institut coopératif de l’Ecole Moderne), défendant la nécessite pour l’enfant de faire société avec l’adulte et pour qui les mesures coercitives n’étaient pas une solution. D’autres associations font aussi partie du collectif, comme les CEMEA (Centre d’Entraînement aux Méthode d’Education Active), la LDH (Ligue des Droits de l’Homme), l’association Pikler-Locsy, ALDA (Lire Françoise Dolto Aujourd’hui), etc…. Je ne peux pas toutes les nommer mais elles ont contribué et contribuent encore à irriguer des pratiques humanisantes, de prévention prévenante, amenant une réflexion et conception de l’enfant sujet, de sa place dans la société.
Marie-José Chombard de Lauwe nous dit : « Ici, vous travaillez pour les institutions en France où il y a des progrès encore à réaliser mais il faut rester ouvert à ces différents drames qui se posent et se développent dans différents pays qui n’ont pas adhéré à la CIDE.
Le progrès se fait par étapes successives. Je pense qu’il y a tout de même des avancées, pas que des trous, des vides, il y a des progrès à réaliser pour tout le voisinage, le quartier, les grandes institutions juridiques, historiques, pédagogiques etc… C’est vous qui allez faire avancer ces choses là, à la fois dans la vie des quartiers et dans les institutions. »
On comprend le message : C’est à nous de faire changer les choses.
Historique du collectif CEP-Enfance
Des synergies entre organisations se sont construites via le collectif « Pasde0deconduites ».
Depuis 2005, en réaction au rapport de l’INSERM sur la « prévention de la délinquance avant l’âge de 3 ans », Pasde0deconduite, avec des professionnels, des familles, des parents, des citoyens, a lancé un appel pour défendre ensemble une conception globale de la prévention, non prédictive mais prévenante, humanisante et efficace. Ils se sont opposés aux tentatives de stigmatisation et fichage, comme le dit Dominique Terres lors du forum du 24 janvier. Ils se sont opposés aux approches réductionnistes et déterministes de l’enfant, ont dénoncé les pratiques délétères à l’oeuvre dans différents champs.
Ils ont défendu une recherche de l’enfant qui prenne en compte tous les abords théoriques et relie les disciplines entre elles, une recherche indépendante des intérêts financiers.
Ces organisations ont poursuivi ce chemin là à travers des colloques, des actions différentes.
En 2010 Elles organisent les Etats Généreux pour l’Enfance en contre partie des Etats Généraux organisés par le gouvernement pour dresser un état des lieux de la situation dans différent champs. Un cahier de doléance est ainsi rédigé, en 2 mois, collectant ce qui, pour les organisations, n’allaient pas.
Malgré la diversité de ces organisations, une grande convergence c’est faite dans les analyses politiques et elles appellent à un changement radical des postures vis à vis des enfants.
En janvier 2012 est organisé le forum de la prévention prévenante en action, avec la parution du livre « La prévention prévenante en action (ed ERES) qui rend compte d’expériences et de pratiques actuelles illustrant l’approche humaniste et éthique de la prévention.
Elles montrent qu’au quotidien, sur les territoires, de nombreux professionnels et élus intervenants auprès des enfants, ainsi que de nombreux parents, dans la diversité de leur compétence, de leur expérience et pratiques inventent des réponses concertées. Les uns pour accompagner le développement de chaque enfant dans sa singularité et soutenir ceux qui en ont besoin, sans les

stigmatiser, les autres pour mettre en place des projets locaux et globaux en matière d’éducation et de loisir notamment. Tous font la preuve qu’une autre logique est possible, différente de celle à l’oeuvre depuis une dizaine d’années, rendant les familles seules responsables des difficultés de l’enfant au point de les stigmatiser.
Le plaidoyer pour la cause des enfants, publié en 2012, suite aux Etats Généreux pour l’Enfance conclue ainsi :
« Les enfants d’aujourd’hui peuvent comp
ter sur nous pour tenir d’autres discours et féconder d’autres actions afin qu’advienne un grand et vrai projet digne de l’enfance »
L’appel du collectif
Aujourd’hui, face au mal être grandissant des enfants et des jeunes, face à l’insuffisance des politiques actuelles nationales et locales relatives à l’enfance, face aux bouleversements économiques et sociaux, ces organisations, en se réunissant dans ce collectif, veulent rompre avec les politiques de rustines. Il est urgent de sortir d’un fonctionnement en silo de nos dispositifs, des professionnels et d’un cloisonnement des administrations.
Elles appellent à la constituer d’urgence un dispositif national combinant deux instances : – une instance interministérielle à l’enfance, sous l’autorité du 1er ministre,
– un Conseil National de l’Enfance (CNE)
– qui rassemblent et portent une véritable politique nationale de l’enfance et la jeunesse,
– co-construite avec l’ensemble des acteurs concernés,
– prenant en compte les spécificités des enfants aux âges et aux contextes de vie divers – et coordonnée depuis l’aube de la vie jusqu’à l’entrée dans l’âge adulte.
Nous voulons promouvoir l’enfance, en soi, comme un sujet politique spécifique et pas comme l’objet de politiques avec un S et spécifiques avec un S.
Les outils politiques existant nous semblent avoir à être repensé tout autant que les pratiques et que le rapport entre les professionnels, les familles, la citoyenneté. Nous savons que le pluridimensionnel, autour et avec les enfants, amène mécaniquement à se poser les questions autrement, car l’enjeu est peut être là. Je cite ici Sylviane Giampino, membre du collectif, lors du forum du 24 janvier.
Dans l’appel, nous avons commencé à définir ce que pourrait être le CNE :
un lieu de mise en débat, de rencontre et de concertation permanente et régulière entre tous les acteurs du champs de l’enfance, avec ses missions (cf l’appel) et sa composition (cf l’appel).
Nous pensons que lorsqu’on demande aux professionnels, au terrain, de travailler dans la transversalité ou pluridisciplinatrité, en réseau ect…cela nécessite de concevoir une entité à un autre endroit qui fasse rappel, circulation, et donc facilite les choses.
On souhaite pousser en avant une philosophie de l’enfant comme sujet lié à tout ce qui l’entoure mais pas mécaniquement déterminé et une culture politique qui ne soit pas le culte de l’enfant.
Il va falloir trouver un moyen de faire se rencontrer le terrain, la recherche, et la décision politique, se parler pour construire ensemble, et être dans cette co-responsabilité à l’égard des enfants.
Les actions du collectif:

Déjà, 1 an ! Et le collectif continue de grandir ! avec des nouvelles organisations, nous sommes passé de 88 à 105 organisations.
Nos actions vers les politiques : nous les avons sollicités pour expliciter notre démarche. Nous avons rencontré plusieurs ministères et autres instances, je n’ai plus le temps de les énumérer ici, mais cela pourra être dans le cadre du débat qui suivra…globalement, nous repérons que les interlocuteurs sont sensibles au fossé entre les « experts » et le « terrain », de la nécessité de penser les politiques avec ceux que ça concerne. Ils sont sensibles à la proposition du CNE, par contre l’instance interministérielle n’est pas accepté par la majorité d’entre-eux.
Aussi, nous diffusons sur le blog, accessible à TOUS, nos avancées, les évènements, les CR de rencontres avec les politiques….
Nous faisons connaître le collectif et diffusons l’information avec tracts à de nombreuse manifestations, colloques, congrès….
les Assemblée Générale : 4 par an,
Tous les signataires ont leur place, ils ont l’occasion ainsi de formuler ce qu’ils attendent du collectif, processus démocratique qui rassemble des opinions diverses. Nous cherchons à être constructif. C’est l’occasion de mettre en pratique le croisement des regards, de penser de manière transversale et préfigurer ensemble comment construire cette politique de l’enfance.
Je terminerai par citer Ariane Mouchkine, qui a écrit, lors de ces vœux à médiapart en janvier 2014 : « être consultés de temps à autre ne suffit plus. Plus du tout. Déclarons-nous, tous, responsables de tout.
Entrons sur ce chantier. Pas besoin de violence. De cris, de rage. Pas besoin d’hostilité. Juste besoin de confiance. De regard. D’écoute. De constance.
L’Etat, en l’occurence, c’est nous. »
Elsa Deransart mars 2015

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