Tout d’abord il faut indiquer ce que l’on entend par consultation Psychanalytique et ce qui la distingue de la consultation médicale.

Il est clair que la première réponse concerne la dimension du symptôme que l’on ne peut accueillir dans le cadre de la consultation psychanalytique que comme une souffrance structurée comme un langage, c’est-à-dire dans un : « ce qui s’entend derrière ce qui se dit », à prendre au-delà du symptôme lui-même ; même s’il est ce qui motive, à priori la demande.

Le second point concerne la demande, qui n’est jamais entendue autrement que comme adresse, au psychanalyste en l’occurrence. La demande pose une question sur la place du symptôme dans l’économie psychique qui inclue les demandeurs de soin ; la plupart du temps les parents, mais parfois l’école, la famille d’accueil ou tout autre instance faisant fonction parentale.

Enfin l’analyste qui ne doit sa place dans la constellation de la consultation que comme formation de l’inconscient ,c’est-à-dire comme supposé savoir quelque chose sur ce symptôme ,et en mesure de pouvoir répondre à la demande par un soin approprié.

 

Nous percevons donc déjà notre démarcation à l’égard de la position médicale qui, quant à elle, supposerait à priori une symptomatologie constituée dans laquelle des questions appropriées permettraient de faire entrer ce symptôme, de telle sorte que cela aboutisse à un diagnostic et par conséquent à une indication thérapeutique (cf. les DSM). Nous ne dirons pas pour autant que la psychopathologie de l’enfant soit une sémiologie dont nous devons nous passer ; mais plus tôt, en paraphrasant Lacan à propos du Nom du Père, que la psychopathologie de l’enfant on peut s’en passer à condition de s’en servir. En revanche les éléments de la consultation Psychanalytique dont nous venons d’évoquer les trois axes : Le Symptôme, La Demande, L’Analyste représentent les trois éléments constitutifs d’une nouvelle sémiologie, psychanalytique, qui inclue ce qu’aucune sémiologie médicale ne peut faire ; à savoir la dimension du réel.

Ces prolégomènes nous amènent à envisager une nouvelle clinique la clinique Psychanalytique de l’enfant qui, Apres Freud et la clinique du refoulement, nous introduit avec Lacan à la clinique de la métaphore.

Lacan énonce pour la première fois en 1958 que :’le père est une métaphore14 ; dès lors le père ne peut plus s’envisager comme le rapport d’un mot à une chose mais comme celui d’un signifiant à un signifiant.

La clinique de la métaphore interroge notamment la différence existant entre ce qu’on a appelé jusqu’à présent la régression au stade infantile et la constitution de l’appareil psychique à cette étape de l’évolution. Ces deux éléments ont très souvent été pris l’un pour l’autre.

En effet, même si une première symbolisation a lieu dès les prémices de l’organisation du langage (infans) par l’opposition phonématique face à l’absence de la mère (fort da) ; cette métaphorisation de l’alternance : présence\absence ne règle pas pour autant définitivement la question de l’usage de la métaphore et de sa construction. Il faudra quelques opérations supplémentaires pour que s’élabore la structure métaphorique nécessaire au processus de symbolisation.’ Cette symbolisation produit un reste :l’objet a et le processus de structure métaphorique, lui, tient plus de la condensation (verdichtung) freudienne qui se trouve très lié au processus de refoulement avec une petite réserve en ce qui concerne la condensation freudienne : l’effet de condensation part du refoulement et fait le tour de l’impossible2,alors que la métaphore produit un effet de sens, un passage du signifiant dans le signifié. Dans la condensation, l’effet de sens n’est pas rétroactif dans le temps, symbolique, mais actuel, réel. La métaphore produit la condensation quand elle opère au service du refoulement.’

Le signifiant sur lequel Lacan s’appuie est celui qui trouve son origine dans l’un des étymons Freudiens : le ‘Erinnerung symbol, ’symbole mnésique’, dont on sait à quel point il s’enracine dans la matérialité du corps.

Ainsi cette clinique nous invite également à revoir la notion de construction du symptôme puisqu’il s’avère très différent de considérer un symptôme produit en raison du refoulement et par retour du refoulé, que de considérer un symptôme construit à partir d’un manque de refoulement. De même, les parents n’auront pas la même place dans la construction du symptôme qui s’exprimera de manière distincte si l’on considère le symptôme de l’enfant construit sur le modèle métaphoro-métonymique ; alors que la présence de ces mêmes parents se comprend, s’analyse autrement si l’enfant n’a pas encore acquis la capacité de métaphorisation.’

‘Dans la conception qu’en élabore Jacques Lacan le symptôme de l’enfant se trouve en place de répondre à ce qu’il y a de symptomatique dans la structure familiale’. Dans cet article d’octobre 19693 quelques lignes plus bas, il précise encore ceci : ‘le symptôme peut représenter la vérité du couple familial ‘.

Pourtant après le séminaire sur Joyce on peut apporter quelques compléments à cette première conception et faire un pas de plus.

Nous proposerons la définition suivante : l’enfant n’est pas, comme on l’a trop souvent énoncé, le symptôme des parents mais leur sinthome ou, plus exactement : le symptôme de l’enfant fait sinthome pour les parents. On ne pourrait mieux expliciter ce point qu’en reprenant le séminaire de Lacan « le sinthome », séance du 17 février 1976 4 :

« ……, ce que j’ai appelé cette année le « sinthome », est ce qui permet de réparer la chaîne borroméenne si nous n’en faisons plus une chaîne, c’est à savoir si en deux points nous avons fait ce que j’ai appelé une erreur. Du même coup si le symbolique se libère, comme je l’ai autrefois bien marqué, nous avons un moyen de réparer ça. C’est de faire ce que pour la première fois j’ai défini comme le « sinthome ». C’est le quelque chose qui permet au symbolique, à l’imaginaire et au réel de continuer de tenir ensemble, quoique là, en raison de deux erreurs, aucun ne tient plus avec l’autre (…………) J’ai pensé que c’était là la clé de ce qui était arrivé à Joyce Joyce a un symptôme qui part de ceci que son père était carrent, radicalement carrent,-il ne parle que de ça. J’ai centré la chose autour du nom propre et j’ai pensé –faites en ce que vous voulez, de cette pensée- que c’est de se vouloir un nom que Joyce a fait la compensation de la carence paternelle » Il nous semble qu’on peut étendre ce que Lacan dit là du père de Joyce à d’autres types de carence et ce, tout particulièrement à l’époque infantile en ce qui concerne la place qu’occupent les parents dans l’infantile A cette époque l’enfant peut faire suppléance pour les parents et son symptôme faire sinthome.

Il y a un rapport de circularité entre le symptôme et le symbolique dans l’inconscient. Le symptôme et l’inconscient constituent ce que l’on appelle une nouvelle sorte de symbolique qui induit le symptôme.

Le sinthome est donc le quatrième, sorte d’addition forcée, comme l’indique Lacan, un maillon
supplémentaire dont la fonction est la réparation d’une faille pour l’un ou les deux parents. C’est à dire un maillon nécessaire dans les cas où un événement, par exemple l’efficacité du signifiant du nom du père, a échoué, carence de la fonction métaphorique. Les parents sont tout à fait ‘parti prenante’ de l’opération métaphorique nécessaire à la construction psychique de l’enfant. C’est pourquoi il y aura des conséquences chez l’enfant en fonction de la façon dont, pour chacun des parents pris séparément, cette question de la loi représentée par le signifiant du nom du père aura été intégrée ou non. Enfant que l’on retrouve en consultation porté, si l’on peut dire par les failles, défaillances et écornements de cette question de signifiant .Ainsi toute consultation avec un enfant suppose d’emblée un certain type de confrontation avec l’enjeu de

La métaphore paternelle avant tout pour le couple qui l’amène. En ce sens, l’enfant dans la construction de ses symptômes se révèle bien être le sinthome de ses parents. D’ailleurs il est fréquent que, lorsque le couple va mal, il s’imagine que la naissance d’un enfant viendra « réparer » quelque chose, ce qui s’avère la plupart du temps une catastrophe

Même si l’enfant construit des symptômes – énurésie, encoprésie, troubles du sommeil de la nourriture ou hyperactivité -, ses symptômes ont valeur de sinthome pour les parents, c’est ce qui constitue souvent la résistance du symptôme de l’enfant à céder. Mais de façon réciproque c’est aussi ce qui donne le caractère ‘magique’ à la capacité de disparition rapide de ces mêmes symptômes lorsque l’on travaille à l’écoute du sinthome. C’est toute la question du refoulement qui se trouve à nouveau posée car, jusqu’à une certaine époque de l’infantile, il n’y a pas encore de refoulement, ou tout au plus refoulement partiel. C’est justement parce qu’il n’y a pas encore refoulement complet que se produisent un certain nombre de ces symptômes chez l’enfant qui ne sont donc pas l’effet d’un refoulement mais au contraire le produit d’un manque de refoulement. Manque

.

 

Dont la tâche sera pour l’analyste d’amener à ce que le refoulement soit enfin possible. Nous sommes donc au cœur de ce que l’on appelle Réel c’est-à-dire ce qui ,du fait du manque de refoulement et de métaphore ,constitue cet impensable ,ce ‘sans mots pour le dire ‘ auquel l’enfant se trouve confronté pendant une assez longue période .En résumé, cette place de l’analyste à l’écoute du sinthome a pour effet de permettre à l’infantile d’accéder au refoulement ; ce qui constitue un travail très différent de celui qui se fait lorsque le refoulement complet a déjà fait son œuvre

Enfin, ces diverses modalités de la fonction des parents entraînent une modification de la mise en place du dispositif de consultation et/ou de psychothérapie de l’enfant au stade infantile. Plus exactement il s’agit d’envisager l’occurrence d’un dispositif transférentiel dans lequel les parents sont inclus pour que les signifiants passent à nouveau d’un sujet à l’autre car ‘c’est pour des raisons à proprement parler métaphoriques, parce que le petit a est l’enfant métaphorique de l’Un et de l’Autre pour autant qu’il est né comme déchet de la répétition inaugurale, laquelle, pour être répétition, exige ce rapport de l’Un à l’Autre, répétition d’où naît le sujet5.

Nous préciserons que ce type de travail n’a rien à voir avec les thérapies familiales même si il est indubitable que c’est de cette même intuition de départ qu’elles sont issues. En effet, dans le contexte d’un manque de refoulement, la place de sinthome de l’enfant pour les parents est prévalent et, dans ce cas, il s’agira davantage, par le travail analytique avec les parents, de permettre un refoulement complet. Alors qu’à une époque déjà « œdipiennisée », l’acquisition de la métaphorisation permet d’écouter l’enfant in absentia de ses parents, c’est à dire in présencia de la façon dont il est devenu l’auteur d’une histoire originale : la sienne dont ses parents peuvent enfin devenir l’objet.

 Robert Levy

 

1 Lacan les formations de l’inconscient, le seuil 1998 P 174

2 LACAN Radiophonie, Scilicet et 2\ 3 Le Seuil 1970, P, 69

3 J Lacan Autres Ecrits : Le Seuil P .373

4 Lacan J., « Le sinthome », séminaire, 1975-1976, LE Seuil P.93, 94’

5 Lacan : La Logique Du Fantasme Le Seuil P265

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