Le Nom ( nom propre ) du Père et non le père ( géniteur ou imaginaire) , je peux continuer dans cette veine d’homophonie le non (négation) du père mais cette équivoque peut porter à confusion car la négation est là portée par la parole de l’Autre ( maternel).

Le nom qu’il soit propre ou commun n’est pas une étiquette sur une chose ni un descriptif de la chose, il ne désigne pas non plus une chose , en d’autres termes le père est un concept vide. Le langage est un système de signes et ne renvoie pas à ce que l’on pourrait appeler l’essence des choses mais à des différences non de sens mais de son. Le discours est productif de mondes c’est-à-dire crée, fait advenir ce qui est et non le contraire donc pas de réalité apriori du père ou la question qu’est-ce qu’un père n’a pas de réponse .Le père c’est tout d’abord le père symbolique , pour Freud, c’est le père mort et incorporé de Totem et tabou , c’est la réalité psychique qui permet à l’enfant dans un premier temps garçon ou fille une identification phallique puis dans un deuxième temps pour la fille d’être objet d’amour.

Dans L’identification (le 20 décembre 1961) Lacan s’interroge sur le nom propre qui ne se traduit pas d’une langue à l’autre , « il conserve sa structure sonore ….en raison de son affinité à la marque »,il ne renvoie pas à un sens ou à une interprétation .

Lacan insiste sur la fonction protectrice du nom propre du signifiant vis-à-vis de la capture maternelle en ce qu’il est « amarre de quelque chose d’où le sujet se constitue »…. « vous savez comme analystes , l’importance qu’a dans toute analyse le nom propre du sujet . vous devez faire attention à comment s’appelle votre patient . Ce n’est jamais indifférent. »

le 10 janvier 1962 Lacan continue à se questionner sur le nom propre « c’est quelque chose qui vaut par la fonction distinctive de son matériel sonore …, que nous la trouvions ici

désigner comme ce qui était le trait spécial, l’usage d’une fonction sujet dans la langage : celle de nommer par son nom propre. »le nom n’est pas là à considérer comme le nom propre d’un sujet mais comme le trait distinctif , le nom d’une singularité qui permet à celui-ci de compter et donc aussi de manquer.

Le Nom du Père ne renvoie pas au père du nom mais il est à prendre comme une fonction S1 comme un trou qui opère mais on pourrait se demander si l’accès au Nom-du –Père, pour un sujet relève d’une opération discursive à dissocier de celui qui est en position d’incarner le père pour le sujet ( qu’il soit biologique on non) ?

Logiquement , l’accès à ce signifiant relève du discours mais Lacan dans le séminaire R.S.I du 21 janvier 1975, aborde la question du père du désir qui est à distinguer du père de la jouissance « Un père n’a droit au respect , sinon à l’amour , que si le dit amour , ledit respect , est , vous n’allez pas en croire vos oreilles , père- versement orienté , c’est-à-dire fait d’une femme , objet petit a qui cause son désir ….que la cause en soit une femme qu’il se soit acquise pour lui faire des enfants et que de ceux-ci qu’il le veuille ou pas il prenne soin paternel. »

Pour Lacan ces trois conditions sont nécessaires pour qu’ un homme soit digne de ce mérite et donc en position de transmettre le Nom du Père ce qui met en évidence que ce n’est pas seulement une opération qui dépend du désir maternel .

Lacan insiste à plusieurs reprises sur la carence du père de Joyce « radicalement carent » dans le séminaire le sinthome p94.

Joyce est « chargé de père » (18 novembre 1976) par l’effet d’une démission du père, les pères de l’église qui ont pris soin de son éducation n’ont pas cette fonction .

En fait, qu’est -ce qui cloche pour Joyce , dans le séminaire le sinthome p 150 Lacan nous dit que Joyce dans Portrait of The Artist as a Young Man , fait une confidence , elle consiste à dire qu’après avoir reçu une raclée« toute l’affaire s’est évacuée comme une pelure ». C’est le rapport au corps , à l’affect que l’on ressent à la violence subie qui se trouve comme mis entre parenthèse .Ce « laisser tomber » du rapport au corps propre serait comme le signe d’un défaut d’ego, du narcissisme primaire . L’ego supporte le corps comme image , le corps que l’on a et non le corps que l’on est , et pour Joyce l’ego ne fonctionnerait pas ce qui lui ferait lâcher prise.

Lacan dans le séminaire le Sinthome travaille sur les nœuds borroméens et montre ce que serait le ratage du noeud pour Joyce, le rapport imaginaire n’a pas lieu faute d’un nouage, le nœud borroméen se compose de trois registres réel, imaginaire symbolique équivalents. Lacan les figure par des cordes, pour montrer que le nouage entre ces registres n’est que fonctionnel , pas d’ontologie, c’est cette nodalité que Lacan désigne du Nom du Père qui organise ( en intension) les trois registres RSI. qui ne peuvent se saisir qu’à partir d’objets en extension en d’autres termes si le nouage ne tient pas les extensions et là pour Joyce le rapport au corps est défaillant, pas de rapport .

P 150 Lacan dit « La père-version est la sanction du fait que Freud fait tout tenir sur la fonction du père » pour reprendre la nodalité façon Freud. La père- version c’est l’amour que l’on adresse au père du refoulement primordial porteur de castration qui permet à un sujet de tenir et de s’aimer .

Dans la séance du 15 avril 1975 du séminaire RSI , Lacan énonce que « la nomination c’est la seule chose dont nous soyons sûr que ça fasse trou »la fonction de nomination est la fonction de nouage et donc permet au nœud de tenir .

En quoi l’écriture et par là la nomination de Joyce par la reconnaissance sociale viendrait faire nœud ou plutôt rabouter le nœud borroméen R.S.I raté. ou bien corrigé l’ego ?

Nous pourrions parler de l’écriture si particulière de Joyce dans Finnigan’s Wake qui pense occuper pendant des siècles les universitaires à découvrir les énigmes contenus dans le texte , écriture qui mélange environ quarante langues , variations à partir de signifiants anglais ,qui joue sur l’écriture de ceux-ci d’une langue à l’autre comme passage entre les langues ou plus précisément il opère un bougé des rapports son – écriture pour en faire surgir un sens inattendu qui amène le lecteur à inventer le texte puisque celui-ci ne renvoie pas aux signifiés reconnus par la langue anglaise ni d’ailleurs à aucun réel .

Lacan s’est essayé à faire du Joyce dans « Joyce le Symptôme » Autres écrits p565

« LOM : en français ça se dit bien ce que ça veut dire . Il suffit de l’écrire phonétiquement : ça faunétique ( faun), à sa mesure …. LOM se homellise à qui mieux mieux. Mouille , lui dit-on, faut le faire : car sans mouiller pas d’hessecabeau…. Joyce lui, voulait ne rien avoir, sauf l’escabeau du dire magistral, et ça suffit à ce qu’il ne soit pas un saint homme tout simple, mais le symptôme ptypé » soit la correction de la structure à quoi correspond le symptôme .

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