Lacan invite l’analyste à s’occuper des questions de son époque,

 et nous nous y tenons sans hésitation, car l’inconscient, déjà chez Freud,

et encore plus chez Lacan, n’est pas une essence traversant, intangible, le temps et

l’histoire, la politique et les enjeux sociaux.

Pourtant, c’est justement en ce point d’articulation de la psychanalyse et de la

culture que gît le risque le plus aigu de ce que nous appellerons ici le déraillement

discoursif (pour employer un néologisme cher à Lacan) et de déconnage.

Il n’est pas rare d’ouïr des analystes lacaniens, dans une démarche plutôt sociologisante et, parfois même moralisante ( une lecture sociologique n’est pas pour autant aussi et forcément moralisante) dénoncer ce qu’ils considèrent comme un ravalement dans la vie des gens. Ravalement propre à la contemporanéité, et dû, selon eux, à la chute du Nom-du-Père : le fameux déclin du Nom-du-Père dont parle Lacan. Comme si ce déclin pour Lacan, n’était pas une opération interne au discours et à l’expérience analytique, un effet de l’analyse menée à ses pas les plus avancés, et qui correspond, dans la doctrine, à la pluralisation des noms-du-père et à ses conséquences.

Le corollaire en est l’affirmation de la prévalence, dans le monde actuel, de la jouissance immédiate et indéfectible, sur le désir ; cette opposition dont le

ressort imaginaire et idéologique est assez évident, polarise ces deux

catégories (désir et jouissance) comme le bien et le mal :

– -comme si «le bien» et «le mal» n’étaient pas constitutifs, par structure, du désir et de la jouissance à la fois,

– – comme si un sujet névrotique foutu et mal foutu ne l’était

pas , par l’oeuvre de son désir inconscient qui lui commande de se blottir

dans la jouissance la plus ravageante pour lui,

-ou enfin, comme si un désir aboutissant à une bonne satisfaction pulsionnelle ne méritait pas l’attribut de la jouissance la plus ravissante.

Les analystes, soucieux de dénoncer le monde contemporain comme une mauvaise

époque, sont toujours prêts, dans leur impuissance, à y regretter ce qu’ils se

figurent être une prétendue impossibilité , “dans un monde comme ça”, à soutenir une pratique psychanalytique

Or c’est justement maintenant plus que jamais, qu’il faudrait qu’il y ait de l’analyste, capable de tenir sur son acte , sa parole et son discours, et de les faire porter sur les modes «actuels» du symptomatiser, du demander, du désirer et du jouir.

Nous avons ainsi devant nous, des modes particuliers, propres à

la contemporanéité, de résistance des analystes eux-mêmes à la psychanalyse,

il en a toujours existé, ce n’est pas nouveau, mais il faut cependant le

dire.

L’acte psychanalytique ne saurait dépendre des conditions sociales, car ses

conditions sont celles de la structure, c’est- à -dire du discours. Le rapport établi

par Lacan entre structure et lien social, et qui s’articule comme un discours sans

paroles, montre assez bien que le point d’épinglage de toute articulation possible de

ces deux champs – la psychanalyse, et la culture, la société – est situé dans un plan logique autre que celui de la seule application des catégories conceptuelles d’un

champ à l’autre. Cette application simpliste consiste, respectivement, soit à la plus naïve psychanalysation de la société, soit à la sociologisation de la psychanalyse. Pour la nommer d’un nom qui a fait école, c’est le culturalisme qui a toujours fait l’objet de tentatives et de tentations d’analystes de toutes les générations (le culturalisme n’est pas nouveau, n’est pas que contemporain, il se remet à l’oeuvre de temps à autre).

Contre cette tentation, Lacan se met lui même en garde, et nous met en garde de façon récurrente, en particulier quand, dans son enseignement, il met en avant l’ordre symbolique (celui-là même qu’évoquent les nostalgiques du Nom-du-Père aujourd’hui ravalé), l’ordre du signifiant dans l’expérience de l’homme, du parlêtre, car il craint, et pour cause, que cette promotion ne puisse mener à une démarche culturaliste par défaut de rigueur.

« Précisons que cette promotion de la relation de l’homme au signifiant comme telle n’a rien à faire avec une position «culturaliste» au sens ordinaire du terme […]. Ce n’est pas du rapport de l’homme au langage en tant que phénomène social qu’il s’agit, n’étant même pas question de quelque chose qui ressemble à cette psychogénèse idéologique qu’on connaît, et qui n’est pas dépassée par le recours péremptoire à la notion toute métaphysique, sous sa pétition de principe d’appel au concret, que véhicule dérisoirement le nom d’affect. (Lacan, La signification du phallus, Écrits. Paris, Editions du Seuil, 1958 : p 689).

L’affectisation ne barre pas l’idéologisation: ni l’idéologie sociale avec son corrélat psychologique dans les idéations du moi, ni l’affect prétendu essentiel et libre des contraintes sociales de l’idéologie, ne sont capables de donner les coordonnées de l’inconscient freudien, cette autre scène -dont il s’agit de reprendre les lois qui la régissent , en suivant la parole de Freud,- pour « retrouver […] les effets qui se découvrent au niveau de la chaîne d’éléments matériellement instables que constitue le langage» (ibid., p. 689).

Prendre en acte l’inconscient freudien implique donc de s’abstenir de ces lectures culturulo-moralistes selon lesquelles notre époque serait moins réceptive que n’importe quelle autre à la psychanalyse. Si la psychanalyse est un symptôme du monde actuel (et là il faut prendre en compte le temps et l’histoire de

la civilisation, mais aucunement à la façon culturaliste) ou, pour reprendre les

mots de Lacan, un symptôme «du point auquel nous sommes arrivés avec tout ça», qui peut comme tel disparaître et marseillaisement expirer sous «le triomphe et la gloire» de la religion, ce n’est pas à cause de cette vilaine contemporanéité et ce n’est pas même regrettable: il s’agit d’une contingence propre au discours

analytique, c’est donc analytique : ainsi soit-il ! Comme tout symptôme, comme

tout ce qui répond au réel, la psychanalyse «n’existe pas» comme une entité

durable, consistante, stable ou permanente dans le temps de l’histoire des savoirs

et des praxis. Elle dépend, à chaque fois, de ce qu’on la relance par un acte, ce qui la rend périssable.

Ces propos ont pour le but de tisser une base solide pour ce que nous avons à vous dire et à soumettre au débat inter-institutionnel, inter-national, inter-continental mais , pas pour autant, inter-discoursif (et une fois de plus j’emploie sciemment ce néologisme très utile), car nous voulons croire que nous partageons, en différents pays, langues et cultures, un même discours, soit l’analytique, nous voulons proposer quelques idées sur la structure, la temporalité, le père et le symptôme.

Pour commencer par la temporalité dans la structure, nous partirons du texte

Remarque sur le rapport de Daniel Lagache: « Psychanalyse et structure de la personnalité, »

Lacan, 1960. Dans cet écrit, Lacan nous présente la structure du signifiant

comme la seule dans le monde à pouvoir supporter la coexistence du rapport du

désordre et de l’ordre (dans cet ordre) comme relatif au rapport de la

synchronie et de la diachronie. La synchronie du signifiant n’est qu’un ensemble

d’éléments discrets, comptables et interchangeables mais qui ne sont pas pour

autant ordonnés, ou mieux: dans la synchronie, ils sont forcément en désordre,

mais ce désordre constitue précisément le fondement même d’un ordre

absolument rigoureux et indestructible qui subsiste dans la diachronie – ordre à

concevoir comme succession, ordinalité, et
non pas comme une organisation, un

corps, voire un contenu consistant. Ce qui s’ordonne, par association, dans la

diachronie, dépend des conditions structurales du désordre de la synchronie. Ce

rapport entre désordre et ordre, dans cet ordre, n’est en aucune façon trivial et,

reprenant l’avertissement de Lacan, il est un rapport exclusif du signifiant, la seule

structure dans le monde capable de supporter cette coexistence. L’ordre le plus

indestructible (ce qui nous évoque le désir indestructible que Freud attribue à

l’inconscient par le biais du rêve, et avec quoi il clôt la Traumdeutung – bâti sur les traces du passé et projeté au futur traversant toute la vie comme un seul et même désir – Ebenbild) , cet ordre donc le plus indestructible, qui se déploie dans la diachronie (la métonymie) ne l’est que parce qu’il est déterminé par le désordre synchronique de la commutativité signifiante.

Dans l’axe tracé par ce même vecteur – la structure du signifiant dans ces

rapports à la temporalité – mais dans un autre écrit, nous lisons que le signifiant

est la cause sans laquelle «il n’y aurait aucun sujet dans le réel!» (Lacan, Position de

l’inconscient au Congrès de Bonneval, 1964, Écrits, Paris, Editions du Seuil, 1966:p.

835). Le sujet «n’est pas cause de lui-même, il porte en lui le ver de la cause qui

le refend» (ibid). Le sujet «n’était absolument rien» avant que ça (le premier

signifiant qui en est la cause) ne s’adresse à lui et que, de ce fait, il ne disparaisse sous un deuxième signifiant, celui par lequel le premier le représente. «Mais –

continue Lacan – ce rien se soutient de son avènement, maintenant produit par

l’appel fait dans l’Autre au deuxième signifiant» (ibid: 835). Le sujet a affaire à deux modes du rien: le premier, rien absolu, et le second, un rien soutenu d’un avènement de sujet produit par un appel fait dans l’Autre. Le sujet ainsi causé, entre ces deux modes du rien tout à fait différents par l’intervention du signifiant qui a eu lieu entre eux, «traduit une synchronie signifiante en cette primordiale pulsation temporelle qui est le fading constituant de son identification». Traduire la synchronie (la même que, dans la première citation, Lacan identifiait au désordre) en pulsation temporelle primordiale – attention – ce n’est pas encore la diachronie, mais le fading,

l’aphanisis du sujet, le refoulement originaire en S2. Nous sommes, là encore, dans le premier mouvement, celui de l’aliénation, pour la nommer par son nom. Lacan ne l’emploie pas dans cet écrit, mais il foisonne dans le séminaire XI qui en est le corrélat: Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse.

Traduire une synchronie en pulsation temporelle est le pas qui précède et prépare le deuxième mouvement, la séparation du sujet par rapport à l’Autre.

Citons Lacan:

« Mais au second [mouvement], le désir (Salut! Le désir apparaît enfin pour la première fois dans le texte! remarquons qu’il n’entre pas qu’à l’ouverture du deuxième mouvement demeurant éludé dans le premier mouvement) faisant son lit de la coupure signifiante où s’effectue la métonymie, la diachronie (dite «histoire») qui s’est inscrite dans le fading, fait retour à la sorte de fixité que Freud décerne au voeu inconscient (dernière phrase de la Traumdeutung) » (ibid p. 835) . »

On peut y lire clairement que la diachronie, dite «histoire», qui entre en jeu dans ce mouvement second, s’est inscrite dans le fading du premier mouvement. Le fading inscrit l’histoire, c’est par l’effet du refoulement originaire que l’histoire s’inscrit et que se déploie l’ordre du désir et de la fixité (caractère indestructible du désir inconscient). Nous sommes donc dans le vif d’une antinomie logique dont on peut dire qu’elle est cruciale: dans l’histoire, le mouvement diachronique, où, dans une logique triviale, on serait en droit d’attendre des transformations, l’avènement du nouveau, ce que nous trouvons c’est la rigidité, la fixité du désir, le même (Ebenbild). En revanche, dans la synchronie, que, selon la même logique traditionnelle, on serait en droit de considérer comme fixe, instantanée, immuable, on trouve, dans la logique du signifiant, l’ouverture à la plus interchangeable commutativité de l’inconscient, le seul chemin permettant au sujet du désir qu’il se sache effet de parole, «soit ce qu’il est de n’être autre que le désir de l’Autre». La synchronie rouvre à la mobilité du nouveau.

Ces remarques devraient avertir les analystes (et les analysants) naïfs mais pas innocents et surtout très mal introduits à la rigueur de Lacan, qui célèbrent légèrement et précocement ces «mouvements» de séparation de l’Autre, (ici leurs analystes), ce qui souvent précipite des interruptions d’analyse prises faussement comme fins d’analyse, qu’il ne serait pas mal, au cours des «fêtes de séparation»,de reprendre les aspersions d’une nouvelle vague d’aliénation qui pourraient leur ouvrir l’inconscient et les effets bénis de la synchronie de la parole.

Ces rapports de la synchronie et la diachronie qui n’ont lieu que dans la logique du signifiant, évoquent une métaphore de Freud, logicien de première grandeur : pour expliquer le processus des maladies mentales, dans sa XXXIème Conférence de la série des Nouvelles Conférences sur la Psychanalyse (1932/33), intitulée «Le chemin de la formation des symptômes», il dit:

Si nous jetons un cristal par terre, il se brise, mais pas n’importe

comment, il se casse suivant ses directions de clivage en des

morceaux dont la délimitation, bien qu’invisible, était cependant

déterminée à l’avance par la structure du cristal. (Freud, 1932,

Conférence 31).

Il s’agit donc d’une structure, au sens plus précis du terme : une structure signifiante dont la synchronie contient, bien qu’en désordre, l’ordre invisible qui se fera voir dans la diachronie. Il n’y a, nous semble-t-il, aucune autre manière de saisir les mouvements, les rapports, les avancées et les reculs du discours analytique dans le monde contemporain. Le monde contemporain – avons-nous dit, c’est à dire notre époque. Au moment de son enseignement qui est, parmi tous, le plus marqué de l’esprit dialectique qu’on ne cesse de retrouver dans le premier grand cycle de ses écrits, Lacan parle de « l’oeuvre du psychanalyste » en des termes fort incisifs :

Qu’y renonce donc plutôt celui qui ne peut rejoindre à son horizon la

subjectivité de son époque. Car comment pourrait-il faire de son être l’axe de tant de vies, celui qui ne saurait rien de la dialectique qui l’engage avec ces vies dans un mouvement symbolique ? Qu’il connaisse bien la spire où son époque l’entraîne dans l’oeuvre continuée de Babel, et qu’il sache sa fonction d’interprète dans la discorde des langages. Pour les ténèbres du mundus autour de quoi s’enroule la tour immense, qu’il laisse à la vision mystique le soin d’y voir s’élever sur un bois éternel le serpent pourrissant de la vie.

(Lacan, Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse, Écrits, Paris, Editions du Seuil, 1966!: 321).

Un psychanalyste n’est pas quelqu’un qui opère une fonction « privée », au sens où ce terme rejoint le plan de l’individualisme ou de l’individu isolé, les rapports dits « à deux », voire les affaires d’élite. Non, la psychanalyse n’est pas tributaire de l’individualisme. L’intime n’est point le privé, et on peut arriver même à soutenir que la structure trans-individuelle de l’inconscient, telle que Lacan la propose dans son Séminaire XI, appelle au registre du public, ce qui est pour tous, « accessible et ouvert à tous » (Petit Robert, p. 1563). L’inconscient ne saurait appartenir au registre du privé, car celui-ci relève d’un recoupement artificiel et imaginaire de l’Autre Social, défini par un sens connu ou conventionné et partagé
par quelques-uns. L’inconscient n’est pas un privilège – ce qui relève d’une loi (legis) du privé (privi).

L’indispensable position de liberté que l’analyste tient à l’égard des enjeux commerciaux et de marché atteste de sa position marginale par rapport à l’ordre social et économique plutôt que d’une soumission à cet ordre dont il recevrait la faveur.

Dans la première leçon du Séminaire XVI – D’un Autre à l’autre ( (1968/69, Paris, Editions du Seuil, 2006 : p.30), Lacan dira que la structure c’est le réel. Il est au cœur d’un mouvement de discours qui opère la réduction de l’Autre, mouvement sans retour : d’un Autre à l’autre, plein de conséquences. « Ce que je dis pose la structure parce que ça vise […] la cause du discours lui-même » (ibid., 30). Poser le discours autrement n’est pas une démarche psychanalytique. La question qui se pose à la psychanalyse est dès lors celle de savoir si elle existe (ibid. : 31). Exister : ça sert à durer, consister. Mais, même s’il n’est pas sûr que la psychanalyse existe, « il y a d’autre part quelque chose par quoi elle s’affirme indiscutablement. Et elle s’affirme parce qu’elle est symptôme du point du temps où nous sommes parvenus dans ce que j’appellerai de ce mot provisoire, la civilisation. » (ibid. : 31).

La psychanalyse est un symptôme de la civilisation. Ça ne signifie pas que la psychanalyse aurait à se conformer à la culture, en prendre les formes, se faire soumise aux conditions sociales pour y répondre, et poser la question : « comment être analyste dans un monde épris de la jouissance immédiate, qui élide l’autorité paternelle, qui refuse la « loi » ? »

A partir d’un moment donné de son enseignement (moment qui est le

corollaire d’un travail très ardu qui court à travers les séminaires

qui ont suivi le séminaire XI, c’est à dire, les années 1965-1969) Lacan

ne pourra plus maintenir la position qu’il tenait au Séminaire V (Les

formations de l’inconscient) selon laquelle la « loi » est :

ce qui s’articule proprement au niveau du signifiant, à savoir le texte

de la loi. […] En effet, ce qui autorise le texte de la loi se suffit d’être

lui-même au niveau du signifiant. C’est ce que j’appelle le Nom-du-

Père, c’est à dire le père symbolique. C’est un terme qui

subsiste au niveau du signifiant , qui dans l’Autre, en tant qu’il est le

siège de la loi, représente l’Autre. C’est le signifiant qui donne

support à la loi, qui promulgue la loi. C’est l’Autre dans l’Autre. (Le

Séminaire, Livre V, 1957/58 – Les formations de l’inconscient,

Paris, Editions du Seuil, 1998 : 146)

A ce nouveau tournant de son enseignement, il lui faut poser que le symbolique ne saurait soutenir le symbolique, le signifiant ne peut authentifier, par lui-même, le statut de la loi. C’est ainsi qu’à son Séminaire XVII (L’envers de la psychanalyse), repoussant la thèse (d’ailleurs universitaire, car elle venait d’être soutenue devant un jury de thèse) de ce que la castration serait un « fantasme », Lacan affirme :

Ce qui est à la place du réel, la castration, « c’est l’opération réelle

introduite de par l’incidence du signifiant quel qu’il soit (et pas

forcément le signifiant du nom-du-père comme il en était

auparavant) dans le rapport du sexe. Et il va de soi qu’elle [la

castration]XXX le père comme étant ce réel impossible que nous avons

dit. (Le Séminaire, Livre XVII, 1969/70, L’envers de la

psychanalyse, Paris, Edition du Seuil, 1991 :149).

La castration est l’opération du père réel qui produit la cause du désir (« il n’y a de cause du désir que produit de cette opération » ibid. : 149). La castration ne se place donc pas au niveau du fantasme, et celui-ci c’est ce qui « domine toute la réalité du désir, c’est à dire, la loi » (ibid. : 149). La loi devient, à ce moment de l’élaboration

analytique de Lacan, la co-extension de la réalité du désir et du fantasme, elle se place à ce niveau, qui n’est pas le niveau de la cause, où se place la castration. Cette disjonction entre loi et castration est capitale, car c’est ce qui fait que la castration prend la place primordiale dans la structure par rapport au père symbolique (le nom-du-père) et à la loi. À la place d’un signifiant primordial censé capable d’assurer la loi, c’est une autre topologie, celle des noeuds –c’est à dire, une topologie qui ne saurait privilégier un des trois registres au détriment des autres – qui sera mise au premier plan. Et il en résulte l’inexorable pluralisation du nom-du-père en noms-du-père, réécrits non-dupes errent. Un symptôme, c’est ce qui répond à un certain réel. S’il faut se demander si la psychanalyse existe, c’est qu’elle n’existe pas sous la forme d’une entité de savoir et, comme le sujet – qui n’est pas un étant, mais un être parlant, un être qui ne se réalise que disparu, aboli sous son propre dire –, elle n’est non plus qu’en acte, l’acte de l’analyste. En face du monde contemporain, il ne faut pas se demander « comment pourrait-on analyser ? » Les questions de ce genre ne relèvent pas de la position de l’analyste en son discours, qui le mènerait plutôt à intervenir, de sa position d’objet plus-de-jouir en fonction de cause du désir à la place du semblant et à interroger ce sujet qui jouit et qui désire selon ces formes et ces particularités qui se présentent. L’analyste, donc, aujourd’hui comme toujours, – et peut-être plus que jamais – doit relancer son acte, l’acte analytique, le seul capable de donner à la psychanalyse son mode particulier d’existence.

Rio de Janeiro, octobre 2011

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