En 1913, Freud écrivait Totem et Tabou, véritable référence culturelle, où le réel est une instance primordiale, ancestrale et génératrice, qui serait l’instance idéale. Grâce à l’image du père mort, le désir du groupe pourra être régulé et maintenu.

 

Le mythe freudien se réfère au passage de l’humanité d’un stade de barbarie à un prototype de civilisation. Initialement, toute la communauté, alors désorganisée, a été soumise au désir du père de la horde.

Totem et Tabou raconte l’histoire d’une tribu primitive dirigée par un père tyrannique, violent et jaloux, gardant pour lui toutes les femmes et chassant ses fils adolescents.

Les frères se sont réunis et, ensemble, ont tué et mangé le père. On soulignera ici l’importance du fait qu’ils se soient mis «ensemble».

Après le meurtre du père de la horde primitive, la Loi survint comme résultante du pacte entre les frères : la prohibition de l’inceste.

Le signifiant forclos et présent dans le Réel est ce que Lacan va appeler le Phallus : le représentant des représentations.

Pour Freud, le terme phallus, qu’il emploie à plusieurs reprises à propos de la symbolique phallique de certains rêves, sert à affirmer le caractère essentiellement sexuel de la libido. Selon Freud, la libido est essentiellement masculine, même chez la petite fille. Le phallus représentant une sorte d’opérateur de l’asymétrie nécessaire entre le désir et la jouissance sexuelle.

Avec Lacan, le Phallus devient un concept fondamental dans la théorie psychanalytique.

En 1958, Lacan écrit «La signification du phallus”, pour une conférence donnée à Munich et publiée dans Les Ecrits (1966).

Dans ce texte, Lacan pointe le rôle symbolique du phallus dans l’inconscient et sa place dans l’ordre du langage.

Le phallus dans la doctrine freudienne n’est pas un fantasme (effet imaginaire), ni un objet (partiel, interne, bon ou mauvais) et encore moins l’organe qu’il symbolise (pénis ou clitoris).

En 1972-1973, Lacan associe deux problématiques au concept de phallus : une logique combinatoire, où le phallus devient une fonction phallique et une topologie. Dans la topologie du nœud borroméen, où le terme phallus surgit au sujet de la jouissance phallique, comme ce qui, en relation à la consistance du nœud, existe, maintient une distinction radicale.

Lacan a appelé Nom du Père, la substitution métaphorique qui soutient la fonction paternelle. Le Nom du Père ne doit pas être confondu avec le nom patronymique. Il représente ce qui va signifier à l’enfant le signifiant paternel, à partir du signifiant du désir de la mère, de ce qui lui manque à elle : le phallus.

Il est essentiel que le signifiant paternel existe chez la mère.

Un père est toujours quelqu’un qui vient faire coupure à la symbiose mère-enfant et de là, l’enfant pourra commencer à organiser sa subjectivité.

La fonction paternelle rend possible la prohibition de l’inceste, en tant qu’interdiction qui vient barrer la jouissance de la mère et de l’enfant. Cette exigence de la Loi ouvre la possibilité de l’entrée du sujet dans la culture.

Le Nom du Père est le gardien de la limite à la jouissance appelée castration. Nous ne pouvons parler d’oedipe que si la fonction essentielle du Père est présente : la fonction fondamentale de l’Oedipe est co-extensive à la fonction paternelle. C’est une fonction qui est radicalement distincte de la présence paternelle ainsi que de son absence ou carence.

Cette fonction est introduite par Lacan comme un précédent à La détermination d’un lieu ; parallèlement, ce lieu apporte une dimension nécessairement symbolique.

Du fait qu’elle est une fonction symbolique, la fonction paternelle peut se prêter à une opération métaphorique. Le rôle du père dans le complexe d’Oedipe est d’être un signifiant qui vient à la place d’un autre signifiant. C’est ce que l’on appelle la métaphore paternelle.

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Le premier signifiant introduit dans la symbolisation est le signifiant maternel. Il est essentiel que le signifiant paternel existe chez la Mère. Une des principales fonctions maternelles est de permettre le fonctionnement du signifiant paternel, en reconnaissant que ce Père a un nom.

L’adolescence est une transition entre enfance et âge adulte ; l’adolescent n’est plus un enfant mais il n’est pas encore un adulte. Les sentiments sont souvent disproportionnés au terme de l’enfance et à l’aube de l’âge adulte, au moment de la fin de l’Oedipe. Le choix sexuel est alors inévitable. Souvent, les craintes d’assumer ce choix conduisent l’adolescent à des tentatives de suicide par peur de devoir faire face à la famille.

Nous devons être attentifs à ce passage à l’adolescence et à son aspect psychosocial. L’adolescent, à l’aube de l’âge adulte se voit confronté à une multitude de choix conflictuels. Durant cette période, les limites et les exigences proviennent de la société et non plus de la famille. Le bouleversement de l’identité apparaît au moment de ses choix, que ce soit celui d’une profession ou d’une personne avec qui partager son intimité physique et émotionnelle.

La première caractéristique de cette crise de confusion d’identité est l’incapacité des jeunes à s’engager avec d’autres, à nouer des amitiés chaleureuses, à préserver une relation amoureuse, à s’investir dans la compétition, etc. Une autre caractéristique de cette crise est le manque d’intérêt de l’adolescent à la dimension du temps dans son rapport à la vie. Durant cette période, l’adolescent a des difficultés à se concentrer sur ses études ou sur un travail ; il a également du mal à s’organiser par rapport aux horaires.

Ces crises de l’adolescence, selon leur intensité, peuvent conduire à des ruptures entre monde extérieur et intérieur . Des tentatives de suicide ou de toxicomanie peuvent avoir lieu.

Le père, le phallus, la fonction maternelle permettent l’accès à la Loi, introduisant de cette façon la relation symbolique, et avec elle, la possibilité de transcender la frustration ou le manque d’objet dans la castration.

La fonction maternelle introduit le manque d’objet dans la dialectique du sujet, dans ce qu’il donne et en gagne. Elle institue et instaure une dialectique qui donne au manque une dimension de pacte, qui pose une interdiction, en particulier, la loi qui interdit l’inceste.

La création poétique dans l’adolescence fait appel à une sublimation des pulsions. Il n’y a pas d’adolescence sans deuil, tout adolescent connaît de multiples pertes. En ce qui concerne ses propres parents, l’adolescent doit effectuer plusieurs deuils ; le deuil des objets œdipiens est plus difficile à surmonter en raison de la présence réelle des parents.

L’adolescent va construire un lien social grâce à ses pairs et à des adultes ; il va être confronté à de nouveaux idéaux, de nouvelles aspirations socioculturelles et économiques. Quant à la sexualité, l’adolescent va effectuer un choix et essayer d’élaborer le deuil de la bisexualité expérimentée dans l’enfance.

Parfois, le processus engagé dans ce choix sexuel peut être très compliqué. Lorsque l’adolescent est confronté à l’homosexualité et ne se sent pas capable de faire face à sa famille par rapport à ce choix, il peut être conduit à des tentatives de suicide.

L’adolescence est l’âge de la construction du symptôme, l’âge propice à la réparation. Elle ne correspond pas nécessairement à un âge précis, mais plutôt à une nécessité dans l’ordre des identifications.

Prenons, pour finir, un fragment clinique :

Carla, 17 ans, plonge toute sa famille dans la panique quand elle tente de se suicider. Elle vivait depuis six mois avec son père, avant, elle avait vécu dans une autre ville avec sa mère et sa sœur. Selon sa mère, tout a commencé avec l’arrivée de Carla à Recife, par
ce que, d’après elle, vivre avec son père, signifiait être totalement “libre”.

Carla se dit malheureuse depuis l’âge de 13 ans. Lorsque je lui demande ce qui s’est passé alors, elle répond que c’est le moment où elle a eu ses règles et qu’à cette occasion elle avait pleuré et fait un vrai scandale car elle ne voulait pas que cela lui arrive. Sa mère lui avait déjà tout expliqué sur les menstruations.

“Je savais que j’allais avoir mes règles, mais je n’ai jamais pensé que ce serait ce jour-là. J’ai vraiment été dégoûtée et je me sens toujours dégoûtée. « Un vrai beurk »

Confrontée à la sexualité, Carla s’interroge : être ou ne pas être une femme ? Elle a des rapports sexuels avec son petit ami. Elle dit apprécier, mais ce n’est pas exactement ce qu’elle attendait. Elle “couche” avec la seule vraie amie qu’elle a et s’inquiète de perdre son amitié. Carla est confrontée au choix sexuel : Que devenir? Homme ou femme?

Elle consomme de l’alcool depuis l’âge de 13 ans et pense que sa mère doit être folle car elle n’a jamais rien remarqué.

Ce n’est qu’après sa tentative de suicide que ses parents se sont rendus compte qu’elle avait besoin d’aide.

A l’âge des identifications et du choix d’objet sexuel, Carla ne peut pas maîtriser ses pulsions : être un homme ou une femme ?

Elle va avoir des rapports avec des partenaires de l’un et l’autre sexe, en essayant de trouver un exutoire à son angoisse.

La pulsion, nécessairement liée à l’insatisfaction, doit être comprise comme reliée à la question de la castration.

L’interdit, concernant celle qui occupe essentiellement la place de l’Autre, à savoir, la mère, l’empêche de combler son manque avec son enfant.

Il est question pour Carla de reconstruire la prohibition de l’inceste, la loi, la métaphore paternelle. La fonction phallique permet de situer le nom-du-père en tant que restriction fondatrice et régulatrice du rapport au phallus : l’être ou ne pas l’être, l’avoir ou ne pas l’avoir.

C’est ce lien entre phallus et fonction paternelle, fondateur de la loi régissant la jouissance, qui distingue et clarifie les enjeux liés à la sexualité et aux générations.

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