Mon propos aujourd’hui est parti d’un titre à donner en référence au thème de l’année « Avatars du sexuel ».  Pour commencer, faisons un point d’arrêt sur le concept « avatars ». L’origine du  mot vient du sanscrit avatâra « descente » et par extension, transformation ou métamorphose d’une chose ou d’une personne et par contre-sens, mésaventures (au pluriel), bien que le mot sonne bien avec aventure. Ça  nous en fait des petits « a », il en est un qui porte le chapeau, je veux dire l’accent circonflexe, un signe par analogie en forme de v renversé ( ^ ). Voilà un petit clin d’œil pour ce qui va suivre.

Pour ce qui est du « sexuel » , entendons sexe…su…elle…

Je vais faire référence au non-savoir : nous ne savons pas ce que c’est qu’être une femme ni ce que c’est qu’être un homme. Nous fabriquons de ces termes une opposition que d’autres oppositions représenteraient. Par exemple, l’actif et le passif, bien que nous pouvons souligner une ambiguïté ici puisque t ,,,,,,,,,,,,,,,,,out aussi bien  dans la passivité  il y a de l’activité, d’autres exemples, le dur -le mou, le fort-le faible, le pair et l’impair,le bas et le haut…  

Dans une situation qu’est la naissance, ils adviennent à titre de prédicats -où il est dit que le nouveau-né est un garçon ou bien une fille (en laissant de côté ce qu’il en serait pour l’hermaphrodite).   

Aussi Lacan a t-il pu considérer la question de la différence sexuelle comme une question de choix entre le désir masculin et le désir féminin.

 

Freud , même s’il n’emploie pas le terme « signifiant phallique », il parle justement du phallus comme du signifiant de la différence sexuelle.

Ici entendons le phallus comme signifiant.

La notion de phallus est centrale dans la théorie psychanalytique.

Le mot grec est phallos, et en latin fascinus. Le mot fascination interpelle de manière intéressante en tant que la fascination est la perception de l’angle mort du langage (définition qu’en donne Pascal Quignard, le sexe et l’effroi).

 

Dans la doctrine freudienne, le phallus n’est ni un fantasme (au sens d’un effet imaginaire) ni un objet partiel (interne, bon ou mauvais) ni un organe réel, pénis ou clitoris ( texte La signification du phallus.. J. Lacan).

« Le phallus est le signifiant privilégié de cette marque où la part du logos (dans les deux sens du terme : mettre ensemble/ramasser – parler/dire) se conjoint à l’avènement du désir «  Il est le signifiant de la jouissance sexuelle, le point où s’articulent les différences dans le rapport au corps, à l’objet et au langage. Il représente le symbole de la libido pour les sexes « masculin » et « féminin ». IL est ainsi , aussi, symbole du manque  (stigmate du manque à être sur le corps) ce qui nous amène à poser la question de sa fonction. Le phallus devient fonction phallique.

 

L’entrée en jeu du phallus équivaut en  effet à marquer le sujet du sceau de la castration, qui se manifeste en ceci que l’image spéculaire du corps propre apparaît marquée de ce que Lacan appelle une cassure.

« Quand la fille se regarde dans le miroir, elle voit un manque, le garçon lui, y voit une insuffisance » (Le langage ordinaire et la différence sexuelle, Moustapha Safouan). L’image phallique, elle n’apparaît pas, elle se referme dans son statut de pur signifiant. 

C’est à dire que le phallus est non spécularisable, qu’on ne peut pas l’inclure parmi les objets a, même si c’est grâce à sa valeur que ces derniers se sexualisent.

 

Comment, à partir de ce statut et via le grand Autre par lequel s’ordonne la loi symbolique, se constitue un sujet, sujet du signifiant, sujet de l’inconscient, c’est à dire un sujet assujetti à l’existence d’un désir, comme point du manque dont la libido, en tant que pulsions sexuelles, tire son énergie, que l’on sait désir de l’Autre, d’un désir visé par une demande, sans qu’aucun objet ni aucune représentation puisse répondre à sa satisfaction ?

 

C’est au phénomène du fantasme, en tant que logique, auquel nous avons recours pour signifier cette quête du sujet dans la course à l’objet a comme cause de son désir.

Le fantasme figure imaginairement la satisfaction d’une jouissance refusée ou impossible.  Il sert à jouir.

Est-ce à dire que l’érotisme aurait besoin de « montages » comme condition de l’excitation sexuelle ? Nous en avons des réponses différentes comme peuvent en attester une certaine littérature et expérience clinique. En cela les perversions sexuelles se différencient d’un fantasme névrotique qui a plutôt pour but d’inhiber la sexualité. 

C’est le statut de l’objet tel qu’il s’énonce dans la formule du fantasme $ ◊ a (rapport particulier d’un sujet de l’inconscient barré, avec l’objet a qui constitue la cause inconsciente de son désir), avec la fonction du fantasme qui peut déterminer un destin de  sa vie sexuelle. Je le dis comme ça pour vous faire part d’un conseil de Lacan (Place, origine et fin de mon enseignement) : faire l’exercice qui consiste à essayer de transformer les façons dont on écrit les choses et prend pour exemple sa vie sexuelle [ …] vous verrez, ça peut aller loin si vous écrivez la formule “ça visse sexuelle”, ça éclairera  certaines choses, ça pourra en tout cas faire venir une petite étincelle dans les esprits, le fait que ”ça visse” si bien ”exuelle” fait qu’évidemment il y a un grand désarroi sur le sujet dans la vérité psychanalytique.

 

Nous voyons la vérité fonctionner dans l’inconscient comme loi ou cause du retour du refoulé. Si nous nous arrêtons sur ce chemin de la vérité, nous amenons une réflexion sur la naissance de la psychanalyse. Freud n’a pas apporté autre chose à la connaissance de l’homme que cette vérité qu’il y a du véritable, il nous introduit au principe des folies de l’homme dans son champ de la science des mirages. Freud emploie un terme das-Ding (la chose), pour désigner une sorte d’objet dont le statut évolue au fur et à mesure de son élaboration. 

 

Dans le texte « la chose freudienne » de 1956, Lacan ne fait pas explicitement référence à das-Ding mais à une pratique de la parole ; « Moi la vérité, je parle » (dette symbolique dont le sujet est responsable comme sujet de la parole). La chose parle d’elle même.  Il n’est parole que de langage. D’où la formule ”l’inconscient est structuré comme un langage”. 

Aussi Lacan précisera:” quand je parle de Heidegger, ou plutôt quand je le traduis, je m’efforce de laisser à la parole qu’il profère sa signifiance souveraine”.  Citons Heidegger  ” Dans les propositions de la langue archaïque parle la chose et non la signification”.

 

Je vais vous faire part maintenant d’un petit aperçu à partir du texte ”Kant avec Sade” (Écrits,1966). Je cite : le fantasme fait le plaisir propre au désir. Et revenons sur ce que désir n’est pas sujet, pour n’être nulle part indicable dans un signifiant de la demande quelle qu’elle soit, pour n’y être pas articulable encore qu’il y soit articulé. La prise du plaisir dans le fantasme est ici aisée à saisir (p. 773). 

Chez Sade, le fantasme a une structure où l’objet 

n’est qu’un des termes où peut s’étendre la quête qu’il figure. Quand la jouissance s’y pétrifie, il devient le fétiche noir.

 

Questionnons la place qu’occupe le fantasme dit pervers dans le désir chez Sade. Nous apercevons qu’il y a un écart entre sa production littéraire et sa vie tout orientée autour de
sa pensée. Ce qui fera dire à Lacan (en 1963) : apercevons plutôt que Sade n’est pas dupé par son fantasme, dans la mesure où la rigueur de sa pensée passe dans la logique de sa vie.

 Un peu plus loin, poursuivons : on sait que le désir plus exactement  se supporte d’un fantasme dont un pied au moins est dans l’Autre, et justement celui qui compte, même et surtout s’il vient à boiter. L’objet, dans l’expérience freudienne, l’objet du désir là où il se propose nu, n’est que la scorie d’un fantasme où le sujet ne revient pas de sa syncope.

C’est qu’un fantasme est en effet bien dérangeant puisqu’on ne sait où le ranger, de ce qu’il soit là, entier dans sa nature de fantasme qui n’a réalité que de discours et n’attend rien de vos pouvoirs, mais qui vous demande, lui, de vous mettre en règle avec vos désirs.

Pour que l’imaginaire s’exfolie  -sexe-folie-, il n’y a qu’à le réduire au fantasme (15.11.77 sém. Le  moment de conclure).

 

La logique du fantasme ce n’est pas la logique de la chose.

La réalité la plus sérieuse pour  l’homme :… son rôle à soutenir la métonymie de son désir, ne peut être retenue que dans la métaphore.

 

 

Il s’agit donc de limiter et de circonscrire la fonction à accorder au fantasme dans un rapport à la jouissance, dont il reste un instrument, en relation avec l’objet et de ce qu’il en est du désir du sujet, dans le nouage du désir lié à l’interdit (prohibition de l’inceste). 

Rappelons que l’objet primordial est foncièrement perdu. L’objet se présente d’abord dans une quête de l’objet perdu. L’objet est toujours l’objet retrouvé.

La notion d’objet est là infiniment complexe ainsi que la notion du manque de l’objet. De ce manque, trois niveaux sont à situer dans le registre de la recherche de l’objet – castration, frustration, privation.  ( Dans la castration, il y a un manque fondamental qui se situe, en tant que dette, dans la chaîne symbolique. Dans la frustration, le manque ne se comprend que sur le plan imaginaire. Dans la privation, le manque est purement et simplement dans le réel, limite ou béance réelle -c’est à dire qu’il n’est pas dans le sujet ).

 

Dans la dialectique sujet-objet, essayons d’intégrer la dimension du corps, pris dans le prisme de la conception du ”stade du miroir”, comme moment fondateur en tant qu’identification à l’imago du semblable et qui, pour le sujet, machine les fantasmes qui se succèdent d’une image morcelée du corps à une forme de totalité, une armure enfin assumée d’une identité aliénante, marquant ainsi tout le développement mental (le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu’elle nous est révélée dans l’expérience psychanalytique). 

Il est ici question de la relation du sujet à l’image dans le miroir. 

Lacan pousse le trait en formulant ; ”ce par quoi le sujet s’éprouve sans jamais pourtant pouvoir se saisir” (sém. Le désir et son interprétation).

 

Ce corps imaginaire, en tant que sac troué des objets a, bouts de corps, imaginairement perdus (le sein, les excréments, la voix, le regard) et qui se prêtent au détachement. S’ajoute un bout de corps,  un objet particulier en tant que manquant et non spécularisable, le phallus. 

Cette quête implique l’érogénéisation des zones orificielles pulsionnelles telles que  la bouche, l’anus, l’oeil, et l’oreille (orifice qui ne se ferme pas) mais aussi des appendices comme le mamelon et le pénis. En tant que bout de corps pour le désir de l’autre, le corps est aussi le lieu de la jouissance et de l’ ”invidia”, qui vise l’objet possédé par l’autre.

Dans une dimension symbolique, le corps est parlant, le sujet émet une parole de vérité. Lacan en précise les termes: une parole que le sujet ne sait même pas qu’il émet comme signifiante. C’est qu’il en dit toujours plus qu’il ne veut en dire, toujours plus qu’il ne sait en dire (Les écrits techniques, 1953-1954). 

Et par tout ce qui du corps échappe aux tentatives d’imaginarisation et de symbolisation, il y a ce réel du corps dans sa dimension d’impossible et d’objet du rejet.

 

Quel que soit le bout par lequel on prend les choses finalement on y laisse un bout de quelque chose… Et parce qu’il y a fondamentalement de la perte, perte aussi dans le choix, que Lacan a nommé choix forcé dans ce qu’il a représenté dans le ”vel”. (exemple des deux cercles, la bourse ou la vie, et l’union entre les deux, la bourse 

dans la vie). 

On pourrait aussi dire que parce que ça nous regarde, il est préférable d’opérer un quart de tour (voire de détour) tout comme la position du regard est toujours latéral pour que l’homme est un regard désirant, en tant qu’il cherche une autre image derrière tout ce qu’il voit (pour Pascal Quignard, le passage de métamorphose de l’érotisme joyeux des Grecs en mélancolie effrayée  dans l’empire romain précédant le christianisme

.

 

Freud rend patent que de l’inconscient il résulte que le désir de l’homme c’est l’enfer et que c’est le seul moyen de comprendre quelque chose.

 

« Avatars du sexuel » ou « Descente en enfer » …

 

Pour terminer, je vais citer le dernier paragraphe de ”la chose freudienne » pour illustrer une possibilité de rejoindre la chose : 

Car la vérité s’y avère complexe par essence, humble en ses offices et étrangère à la réalité, insoumise au choix du sexe, parente de la mort et, à tout prendre, plutôt inhumaine, Diane peut-être…Actéon trop coupable à courre la déesse, proie où se prend, veneur, l’ombre que tu deviens, laisse la meute aller sans que ton pas se  presse, Diane à ce qu’ils vaudront reconnaîtra les chiens…

 

Marie-Françoise Zerlini

Octobre 2015

 
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