Pendant 6 mois, j’ai traité un jeune de 23 ans atteint du syndrome de Down. Nous allons l’appeler Carmelo. Je n’avais jamais travaillé auparavant auprès de ce type de patient. Engagée dans le désir d’analyste, nous avons essayé d’envisager ses possibilités et limites avec le moins de préjugés possibles. Le désir de l’analyste, « être là sans raison d’être »[1] (comme le formule Robert Lévy), nous avertit de l’absence de sujet supposé savoir, mais, en même temps, nous amène à l’hypothèse selon laquelle, bien que nous accueillons une personne avec une lésion organique, nous sommes face à un sujet doué de parole et donc capable de faire une demande. Nous avons pris pour point de départ l’écoute des parents, sollicitant de l’aide pour leur fils qui allait commencer un stage en entreprise. Ces parents étaient inquiets des difficultés que Carmelo avait rencontrées lors des stages précédents. Il n’avait habituellement aucun problème à réaliser les tâches qu’on lui attribuait mais refusait les consignes des responsables qui prétendait lui apprendre, le corriger ou lui donner des instructions afin de mieux réaliser son  travail. Selon la formatrice des ateliers auxquels il participait, il se croyait « le plus intelligent ».

Carmelo ne montre aucun intérêt pour cette demande initiale de favoriser son adaptation au travail mais cette demande permettra, au cours du travail analytique, la mise en lumière d’expériences informulables telles que la sexualité ou la mort, situées au-delà des mots de Carmelo et refoulées dans le discours de ses parents.

Comme le formule Lacan, «  Aucune praxis plus que l’analyse n’est orientée vers ce qui, au cours de l’expérience, est le noyau du réel. » [2], ainsi allons-nous nous voir confrontés dans le transfert aux manifestations d’une jouissance qui réclamait d’être trouée par une opération signifiante mais qui, suite à l’interruption du traitement, laissera Carmelo dans une situation compliquée qu’il aura à peine pu ébaucher à travers l’expression énigmatique de MOURIR D’AMOUR.

Lors du premier contact téléphonique avec la mère, je propose que nous ayons un entretien où son mari l’accompagnerait. Mais elle répond, étonnée, que ce n’est pas la peine, que ce n’est pas possible parce que son mari et elle ont des horaires incompatibles. Réponse où se manifeste ce qu’élabore Maud Mannoni sur les difficultés et les obstacles que les mères des « retardés » opposent à la participation des pères dans le traitement de leurs enfants[3].

Les parents de Carmelo s’étonnent que je leur propose un lieu d’écoute car comme ils le diront plus tard, ils n’ont jamais été invités à participer lors des traitements antérieurs, ce qui pose des questions quant à la conception qu’a l’entourage « psy » du symptôme de ces enfants avec des lésions organiques.

 

Dans cet entourage, on observe souvent que les symptômes sont considérés comme des signes des difficultés intrinsèques à la lésion, en leur soustrayant ce qu’ils ont de production subjective, et par conséquent, en déliant l’enfant en situation de handicap du lieu qu’il occupe dans le désir de ses parents. Les traitements centrés sur la rééducation, où la dimension subjective n’a pas de place, tendent à protéger les parents de l’angoisse qu’entraineraient certaines questions si elles étaient posées. Ces traitement laissent ainsi l’enfant handicapé abandonné dans une place d’objet parasite dans le fantasme de la mère (ou dans le couple parental), sans aucune possibilité de se construire un corps ni une intelligence propre.

 

Au cours du premier entretien avec les parents, outre les questions concernant le comportement de Carmelo lors des stages en entreprise, ils se plaignent du mauvais caractère de leur fils à la maison et de son mauvais comportement. La mère dit de lui qu’il est désagréable, répond mal et est très égoïste. Le père dit qu’ «il est très autonome mais que son autonomie est mal comprise». Il fait ce qu’il veut, est toujours dans sa chambre et évite de se mêler à la famille.

 

Pour le traitement qu’ils veulent commencer maintenant, on leur a attribué une subvention d’une durée de deux mois, soit la durée du stage en entreprise. Sans nous apesantir sur cette limitation, je pose aux parents quelques questions afin d’aborder l’historique, c’est-à-dire, les marques de l’Autre dans la vie de Carmelo : Leur fils a-t-il toujours été comme ça ? Depuis quand est-il comme ça ? De quelle manière gérent-ils ces situations à la maison ?, etc.

À partir des échanges produits par ces questions, le père, qui a laissé la mère monopoliser la parole, demande : «  Peut-être que le comportement de mon fils n’est pas uniquement dû à sa maladie ? Et si ce n’est pas le cas, que lui arrive-t-il? »

Nous croyons que cette question du père a ouvert la possibilité d’un transfert, en plaçant l’analyste comme Autre à qui pourrait s’adresser une interrogation sur son fils. Cette opération a permis un déplacement significatif du non-sens auquel Carmelo restait figé, résultat d’une interprétation naturaliste et déshumanisante d’une personne atteinte du syndrome de Down, qui l’écartait d’une considération en tant que sujet désirant.

Je propose aux parents la mise en place d’une série d’entretiens qui me permettraient d’évaluer aussi la position de Carmelo face aux demandes de ses parents. Nous commencerions avec une séance où tous les trois seraient présents.

Carmelo s’assied à côté de sa mère. Pendant qu’elle expose ses plaintes au sujet du comportement de son fils à la maison, Carmelo, en silence, montre des signes de contrariété et de résignation. Comme il reste silencieux, la mère s’adresse à lui de temps en temps pour qu’il confirme ses dires par des questions telles que : N’est-ce pas, Carmelo ?, auxquelles Carmelo, résigné, répond par un « Oui maman… », un « oui » qui semble vouloir la faire taire.

Nous observons comment Carmelo était capable de penser une chose et en dire une autre pour tenter de calmer l’insatisfaction maternelle. « En fin de compte, dit Lacan dans La direction de la cure…, l’enfant en refusant de satisfaire la demande de la mère, n’exige-t-il pas que la mère ait un désir en dehors de lui, parce que c’est là la voie qui lui manque vers le désir ? »[4]

Carmelo se montre aussi habile à se défendre contre son père. Quand ce dernier lui rappelle ses difficultés à s’adapter aux stages précédents, Carmelo répond « ce qui est passé est passé ».

La mère qui continue de parler, soulève la question de l’obsession de son fils pour trouver une copine et évoque ses « mains baladeuses » sur les corps des filles avec qui il partageait des activités. À ce moment-là, Carmelo commence à toucher ses organes génitaux. Le père, qui acquiesçait à tout ce que disait sa femme, ordonne à son fils de s’asseoir correctement. Carmelo, lui répond sur un ton de reproche « Toi aussi, tu as eu une copine avant de te marier.» Face à l’insistance du père pour qu’il s’asseye correctement, Carmelo répond qu’il est bien assis et finit par retirer sa main de ses organes génitaux et à prendre la main de sa mère.

La scène m’a surprise : tant le silence complice de la mère que l’interdiction confuse du père qui évitait ainsi de nommer la masturbation publique du
fils comme une jouissance en dehors de la loi. La scène a aussi attiré mon attention sur le fait que Carmelo a sous-entendu qu’il pouvait se détacher du sens littéral de ce que disait son père. Cette habilité à « lire entre les lignes», démontrait une capacité d’utilisation du signifiant qui l’éloignait de la position du débile mental.

L’entretien se termine par une tentative de la mère de reprendre le contrôle de la situation en recentrant toute l’attention sur l’analyste. La mère de Carmelo, psychologue elle aussi, croit me connaître, prétend que nous avons étudié ensemble, elle est sûre que nous avons des relations communes, etc. Elle suggère qu’au lieu de voir son fils dans mon cabinet, je le voie dans le centre proche de chez eux, qui cède des d’espaces de traitements. De plus, elle exprime ses réticences sur la psychanalyse, vu qu’elle croit que c’est une technique très difficile à appliquer sur des personnes comme son fils.

Puisque Carmelo se déplace avec une grande autonomie, j’insiste pour que le traitement ait lieu en dehors des lieux habituels, ce qui permettrait, entre autres, de différencier les objectifs de la cure psychanalytique de ceux proposés par les programmes éducatifs.

Avant de partir, Carmelo note mon numéro dans son portable où il écrit Margarita psychanalyste, ce que je comprends comme un défi à la toute-puissance maternelle et l’effet d’un mouvement de circulation du désir qu’il peut en effet lire entre les signifiants de la demande de ses parents.

Carmelo opposait ainsi sa résistance à la tendance propre du fonctionnement holophrastique, par laquelle le sujet se fait signe et reste figé dans une signification. Dans ce cas-ci, il resterait figé à l’équivalence entre lésion organique et débilité mentale.

Mais Carmelo n’adoptait pas la position subjective du débile mental bien que ses outils pour maintenir la distance entre les signifiants de la demande de l’Autre lui demandait un effort important qui impliquait de s’isoler de sa famille  et de se présenter socialement comme « un malin ». C’est en effet cette dernière facette qu’il déploiera d’abord dans le transfert.

Aussi, dès les premières séances, Carmelo se plie à l’exercice de parler de lui. Il a des choses à dire et souhaite être écouté et reconnu. Il commence à faire montre de ses talents en parlant avec assurance et de manière exhaustive de la famille. Il réalise des génogrammes comme un expert. Il revendique ses identifications du côté paternel, en expliquant avoir les mêmes goûts et intérêts que son père. Il revendique aussi sa place d’«aîné », et de premier petit fils des branches paternelle et maternelle. Au courant des discours des mass-médias, il donne son opinion, comme un chroniqueur de radio ou de télévision, sur des sujets sociaux et familiers.

Ce premier temps de la relation analytique où émerge l’amour comme effet du transfert s’est ainsi installé. Carmelo devint un « objet aimable » pour son analyste. En plaçant l’analyste en position de l’Idéal du moi, il put voir son reflet dans le moi idéal. Il fit de moi l’Autre qui pouvait le voir comme il aurait aimé que les autres le regardent[5].

Ce fut le temps de l’aliénation par amour (comme Lacan le développe dans le Séminaire sur « Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse ») où le transfert prend l’aspect d’une fermeture de l’inconscient. Carmelo déploya l’axe imaginaire du « discours commun » en tentant d’éluder le manque, mais la parole dans le transfert, adressé à l’Autre, mit aussi en marche la fonction signifiante, ce qui produisit des effets visant la séparation et l’émergence du manque.

La faille semblait liée à sa condition « d’être Down ». Il dit en effet qu’il ne veut pas être Down, qu’il veut être grand comme son frère (deux ans plus jeune que lui) et avoir une copine. Il confie sa déception d’une enfance perdue : « J’étais un enfant bien élevé, je n’avais pas de poils sur le corps. Maintenant je n’ai ni amis ni copine ». « Ils me disent tous que je suis désagréable, feignant et rebelle… ».

 

Carmelo croit en la découverte d’un objet fini et complet de la génitalité après la puberté. Il cherche une petite amie qui lui garantise une vie d’adulte satisfaisante. Il revendique le « il y a» de la relation sexuelle. Il transmet sa désolation de ne pas savoir ce qui est légal ou illégal concernant le sexe. Il est inquiet parce qu’il ne sait pas s’il est homo, bi ou hétérosexuel, vu qu’il a embrassé des hommes et des femmes et qu’il regarde des vidéos pornographiques de lesbiennes sur internet. Il se trouve sur un territoire inconnu et sans la boussole de la symbolisation du manque qui s’acquiert par le complexe de castration, sans le symbole phallique comme opérateur d’une position de l’inconscient qui lui permette de s’identifier et d’avoir une relation sexuelle avec un partenaire[6]. Il se sent, selon ses mots, « rejeté, le moral en berne, sans enthousiasme aucun et de mauvaise humeur ».

Des questions comme “Que suis-je?” et « De quoi est-il légitime de jouir? » en rapport avec la sexualité impliqueront des mouvements d’érotisation dans la relation transférentielle, ce qui s’exprime à travers le flirt, des compliments fait à son analyste, des questions à travers lesquelles il tente de découvrir ce qu’il désire en relation avec le sexe et de même, par sa résistance au travail, par son refus de continuer à parler durant certaines séances où s’intercalent des blagues dégradantes et des protestations, parmi lesquelles il lancera à son analyste: « Tu te prends pour Elena Francis ? », en référence à une animatrice de radio très connue dans l’après-guerre espagnole, car elle donnait dans son programme des conseils sentimentaux aux auditeurs qui lui envoyaient des lettres. Ou « Pourquoi je dois voir un psychologue ?, Pourquoi je ne peux pas aller à l’université et avoir une copine comme mon frère ? Dis moi quelque chose ! ».

Parallèlement, apparaît sa préoccupation pour la mort, comme quelque chose qu’il ne comprend pas, qui lui fait peur et qui lui donne des cauchemars. Une autre face du traumatisme qui réclame d’être « lié » à certaines représentations, ce qui l’amène à se référer à des personnages de fiction ou des gens célèbres comme Frankenstein, le loup-garou, les zombies, la poupée diabolique, Michael Jackson, etc.

“Pour l’homme, et précisément parce qu’il connait les signifiants, le sexe et ses significations, ça peut toujours finir à rendre la mort présente» [7], dit Lacan.

À propos de la mort, Carmelo révèle ce que Freud décrit dans Totem et Tabou comme caractéristique de la pensée animiste et névrotique, l’interdiction de prononcer le nom du mort, associée à la peur de son retour. On craint le retour du mort parce qu’on a souhaité le tuer ou le maltraiter. Freud dit : « le cadavre est ce qui a toujours formé la première notion d’un esprit maléfique ».

Les mâchoires du père “terrible” seront rééditées au cours du traitement. Le père omnipotent qui n’est pas mort et qui revient, qui interdit la mère sans permettre l’accès aux autres objets du désir. La rencontre avec ce père, qui n’a pas pu lui offrir le phallus comme un don qu’on peut donner et recevoir, est, à notre avis, ce que Carmelo essaie d’éviter, en fuyant le contact avec sa famille.

Au cours d’une séance, il raconte que son père l
ui a confisqué le portable et l’ordinateur parce qu’il a fait une chose sans savoir si c’est légal. Il est effrayé et a des difficultés à raconter ce qui s’est passé, il n’y réussit qu’à moitié. Je n’arrive à reconstituer la situation qu’à la séance suivante, avec ses parents. Ils avaient découvert que Carmelo s’était pris en photo tout nu et qu’il avait envoyé les clichés par Whatsapp à un collègue, accompagné d’une vidéo dans laquelle il se masturbait. Carmelo croyait que quelqu’un l’avait dénoncé parce qu’il avait entendu sa mère en parler au téléphone. C’était son père qui lui avait confisqué l’ordinateur et le téléphone portable.

Cela faisait plus de 4 mois que l’analyse avait commencé, le stage de Carmelo était terminé et la menace des parents d’en finir avec le traitement était présente. Carmelo n’évoquait presque jamais ce stage, sans doute parce qu’il s’était très bien déroulé.

À mon avis, l’apparition de ce symptôme a l’effet d’une demande[8]. Carmelo lance le message que ce n’est pas possible de clôturer l’analyse entreprise sous pretexte qu’elle est réussie. Il montre comment la poussée pulsionnelle activée dans le transfert le mène à une modalité de jouissance qui, étant hors la loi, se présentera pour lui et ses parents comme une rencontre avec le réel sexuel traumatique.

Au cours de cette séance avec les parents, où le père arrive avec 20 minutes de retard, la mère raconte que c’est elle qui l’a découvert en regardant son téléphone. Nous apprenons alors qu’à l’âge de 16 ans, Carmelo a été dénoncé et expulsé provisoirement du collège, avec d’autres élèves, suite à des pratiques sexuelles dans les toilettes. Le père lui a alors confisqué son téléphone et son ordinateur et lui a dit ce qu’il devait faire. La masturbation est permise à la maison, si elle a lieu dans les toilettes, avec la porte fermée. Le père se plaint de ce que Carmelo fasse ces choses là alors qu’il a reçu de nombreux cours d’éducation sexuelle. Il ne peut pas lui permettre de se montrer nu sur internet ni de s’adonner à la pornographie. La possibilité que Carmelo trouve un partenaire sexuel reste impensable.

Pendant ce temps, Carmelo me demande de l’aide pour récupérer ses outils de connexion avec les autres. Non seulement il se plaint pendant les séances mais il m’envoie aussi des messages avec un téléphone aux fonctions limitées régulé par ses parents. Il m’appelle parfois quand il se sent desespéré. Il me raconte qu’il fait des cauchemars et veut que je l’aide à convaincre ses parents de mettre fin à la privation dont il souffre. Viennent de nouveau des séances où Carmelo me disqualifie et se fâche contre moi.

Au moment où le téléphone et l’ordinateur aux fonctions limitées lui sont rendus, la mère m’annonce que Carmelo va arrêter le traitement. Mon argumentation quant à l’importance de poursuivre le travail afin de permettre à Carmelo d’élaborer certaines questions concernant sa sexualité ne sert à rien. La mère rétorque que Carmelo a besoin de beaucoup de choses et qu’ils n’ont pas les moyens de continuer à payer le traitement.

Bien qu’au cours du dernier entretien avec les parents surgissent de nombreuses questions qu’il reste à se poser quant au le futur de leur fils, on n’aborde pas la question de sa sexualité. Néanmoins, le père dit qu’il a découvert, durant ce traitement, de nouveaux aspects de son fils et qu’il le trouve triste. Il dit avoir envisagé de partager avec lui son goût pour la photo, de faire quelque chose d’artistique. L’« artistique » est un signifiant qui inclut Carmelo dans une nouvelle circulation vu que son frère fait des études qui sont aussi en lien avec l’art.

 

Mais même si le père a réalisé ce rapprochement, l’arrêt du traitement précisément au moment où Carmelo met en évidence qu’il est un sujet sexué, capable de désirer au-delà des prescriptions familiales, met en lumière les limites du père quant à sa capacité d’exercer la fonction de tiercéité à laquelle il a été appelé. Les interdictions qu’il soutient n’habilitent pas une voie de subjectivation pour son fils, par laquelle il pourrait avoir accès à un au-delà du désir incestueux pour la mère. La sexualité de Carmelo est interprétée en termes de pur besoin biologique de décharge. Les parents croient connaître les besoins de leur fils, mais ce savoir laisse le fils sans parole, pris dans la jouissance pulsionnelle.

Carmelo traduit cette situation en termes radicaux et lors de la dernière séance, il refuse de parler. Il utilise un recours que je lui avais offert à un moment difficile: l’écriture. Il écrit « entre tombes » et les noms de personnages de fiction en rapport avec la mort et le mal, parmi eux le diable. Il fait des gestes pour m’inviter à mettre des mots qui accompagnent les caractéristiques des personnages. À un moment donné, en rapport avec le futur, je lui demande qu’est-ce qu’il en pense et il dit tout bas : je vais « mourir d’amour ».

Il n’avait pas de mots pour les adieux. De nouveaux, la rencontre avec le réel traumatique représenté dans la mort, un dire sans voix dans lequelle l’Autre était convoqué, « dévoilement de ce Dieu occulte qui est le réel an-historique dont s’est chargé la pulsion invocante» [9].

Carmelo dit qu’il va mourir d’amour, affirmation énigmatique qui suscite quelques questions : De quel amour va-t-il mourir? De l’amour qu’il reçoit de ses parents et qui l’écrase puisqu’ils exercent leur veto quant à la possibilité d’aimer au-delà de la mère, vu que la science dit qu’il est un handicapé? Va-t-il mourir de l’impossibilité d’aimer chez quelqu’un cet objet perdu, qui a pu être contourné le temps du retour du circuit pulsionnel mis en œuvre dans le transfert? [10].

 

Margarita Moreno

Sevilla,  février 2015

 


[1]                  R. Lévy,  “Lo infantil en Psicoanálisis”  Letra Viva, Buenos Aires 2008.

[2]                J. Lacan, Seminario XI: Los cuatro conceptos fundamentales del psicoanálisis,  Paidós, Barcelona 1987, Pág.61.

[3]                Mannoni, M,  “El niño retasado y su madre”

[4]                J. Lacan, Escritos II: La dirección de la cura y los principios de su poder, Siglo Veintiuno, Madrid 1984, Pág. 608  .

[5]                J. Lacan, Seminario XI: Los cuatro conceptos fundamentales del psicoanálisis, Paidós, Barcelona 1987, Pág. 276.

 

 

[6]                J. Lacan, Escritos II: La significación del falo,  Editorial Siglo Veintiuno, Madrid 1984, Pág. 665

 

[7]                J. Lacan, Seminario XI: Los cuatro conceptos fundamentales del psicoanálisis, Paidós, Barcelona 1987, Pág. 265.

[8]                Lacan dit que si le sujet a pu déplacer par le transfert al l’Autre la fonction du a, “cette réalité a un nom très simple, c’est la demande.” Seminario X: La Angustia, Paidós, Buenos Aires 2006, Pág.62.

[9]                  J. Charmoille, “La pulsión invocante. Del malentendido al grito”. Sur internet: http://www.sonecrit.com/texte/PDF/espagnol/pulsion-invoquante.pdf

[10]                 Lacan  établit  la distinction entre  “S’aimer à travers l’autre… et la circularité de la pulsion” où il y a une hétérogénité entre l’aller et le retour qui révèle une béance dans son intervalle. Seminario XI: Los cuatro conceptos fundamentales del psicoanálisis, Paidós, Barcelona 1987, Pág. 210.

 

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