Paris 05/11 Silvia Lippi "Amour sans corps, amour avec corps"

Dans « Observations sur l’amour de transfert » (1915), Freud analyse une forme précise de transfert : le transfert érotique qui peut s’établir entre un patient et son analyste (il examine le cas d’une patiente qui tombe amoureuse de son analyste et le désire sexuellement).

Après Freud, et aujourd’hui encore , l’expression « amour de transfert » a été utilisée pour définir le rapport analyste-analysant en général. Mais, quand Freud parle de l’« amour de transfert » dans son article du 1915, il se réfère exclusivement à l’amour sexuel, en spécifiant que ce type d’amour n’est pas toujours convoqué dans l’analyse. L’amour dont parle Freud correspond à l’Eros des Grecs, il s’agit donc d’un amour lié au dé-sir.

« Amour sexuel » : est-ce une antinomie ? Amour et désir sexuel peuvent ne pas se rencontrer (Freud, « Contribution à la psychologie de la vie amoureuse »), mais quand ils s’entrecroisent, la batterie des fantasmes se réveille et c’est alors que le corps peut rentrer avec prépotence dans la relation analytique au niveau du fantasme (sans forcément parler du transfert érotomaniaque).

Amour sans corps dans le transfert analytique, amour avec corps dans l’amour sexuel tout court. Je ne veux pas dire que l’analyste n’a pas de corps, mais que dans la relation présumée d’amour entre l’analysant et l’analyste, le corps n’est pas supposé de la même façon que dans l’amour sexuel. Le manque d’une participation « directe » du corps dans la cure est l’un des fondements de la pratique analytique, distincte de toute autre discipline impliquant un transfert, où le passage à l’acte sexuel n’entrave pas forcément le bon résultat et n’empêche pas son déroulement (exemples : le rapport entre médecin et patient, professeur et élève, sorcier et malade, metteur en scène et acteur, chorégraphe et danseur, etc.).

J’analyserai un point en particulier : l’amour sexuel dans le transfert analy-tique dans son rapport avec le mécanisme de la répétition dans la cure.

L’amour sexuel dans le transfert analytique est un amour véritable, dit Freud, et non un « abus de métaphore », pour le dire avec les mots de Lacan. Le fait que la situation analytique puisse favoriser l’amour sexuel, ne rend pas moins « crédible » un amour né dans de telles circonstances (l’analyse n’est pas plus propice à l’amour qu’une salle universitaire, un plateau de cinéma, un studio de danse, un bureau d’entreprise, un couloir d’hôpital, ou un cabinet de médecin). Mais qu’est-ce qu’un amour véritable ? Un jugement de valeur négatif (amour non véritable, amour fictif, tromperie…) n’invalide pour autant le fort sentiment de celui qui l’éprouve : « aimer » est une situation existentielle qui n’implique pas de jugement de valeur 1 (il est vrai, il est faux, il est juste, il est une trompe-rie, il est authentique, il est un leurre, il est véritable, il est une tromperie…), autrement dit, c’est son état d’existence qui automatiquement le valide. Dire qu’un amour est véritable est un pléonasme : un amour peut être dit tel, même lorsqu’il est fantasmatique ou complétement imaginaire. Freud, en qualifiant l’amour de transfert comme véritable, vise à souligner son rôle capital dans une cure : l’amour de transfert se mêle au « désir d’analyse » du patient, jusqu’à le conditionner et déterminer le bon ou mauvais déroulement de la cure. L’amour sexuel devient pour Freud un instrument de la cure, à utiliser de la même façon que les formations de l’inconscient, en étant lui-même une de ses issues.

L’amour de transfert a une origine inconsciente. Il est, comme tout amour, une réédition, une répétition des amours parentaux : l’amour du père et de 2 la mère sont à l’origine de tout amour et de toute relation exogamique (possible et/ou impossible). Mais tout homme n’est pas le père, comme toute femme n’est pas la mère : en effet le partenaire peut devenir un moyen d’évasion et de liqui-dation (toujours partielle, bien sûr) des amours parentaux.

Le film Sailor et Lula, de David Lynch, illustre à merveille le conflit entre la mère (la mère de Lula) et l’homme (Sailor, l’amant de Lula) : l’amour endoga-mique et l’amour exogamique ne peuvent pas coexister facilement pour un sujet. Le névrosé ne veut et ne peut pas se débarrasser de l’amour des parents ; il finit souvent pour choisir des partenaires selon le modèle parental, qui d’un point de vue narcissique le rassurent ⎯la femme qui nourrit, l’homme qui protège, selon les exemples freudiens⎯ et qui lui permettent de reproduire infiniment le ratage de ses premiers amours, par structure impossibles et malheureux : c’est ce que j’appelle l’amour névrotique.

On peut distinguer deux formes de répétition : la répétition en boucle et la répétition symbolique. Dans tout amour, il y a répétition (des anciens amours) : l’amour est-il répétition en boucle ou répétition symbolique ?

L’amour névrotique est une répétition en boucle, c’est-à-dire fermée, res-treinte dans son mouvement circulaire et continu. Il s’agit d’une répétition qui remet en marche le symptôme, et le fait agir en boucle (le sujet s’efforce d’éviter la castration).

L’amour de transfert, est-il un amour névrotique ? Oui à première vue (pen-sons à l’expression de Freud « névrose de transfert »).

L’amour de transfert peut devenir un cul-de-sac pour l’avancement de la cure, en se renfermant dans la boucle de la répétition névrotique : complaisance de la libido (jouissance symptomatique) qui demeure sous l’influence des ima-gos infantiles, dit Freud 3. Derrière l’amour impossible (du transfert) se cache encore l’amour narcissique : la boucle de la répétition enferme le sujet dans son moi. Aucune place pour l’autre, pour un amour et un désir « autre », capable d’inclure la différence, l’écart, la distance.

La résistance qui se produit à partir du transfert amoureux n’est pas limitée au niveau de la parole ⎯remémoration ou perlaboration pourraient comme le dit Freud, être entravées⎯, mais surtout au niveau de l’acte, de l’acte du sujet dans la vie. Le sujet insiste : il répète « hors séance » des amours impossibles (comme celui avec son analyste).

Exemple : un homme impossible venant à la place de l’analyste (impossible) qui vient à la place du père (impossible) pour une femme ; ou encore : un homme déchiré entre l’amour pour son analyste sous la forme d’idéal du moi 4 et la femme cause de son désir (objet a), etc. Toutes les combinaisons sont pos-sibles, l’amour de transfert (sexuel) n’est pas exclusivement hétérosexuel, bien sûr.

Dans la répétition névrotique de l’amour du transfert, la chaîne métonymique ⎯indéfinie et infinie⎯ du désir se bloque, et se transforme en boucle (fixité). On sort d’un mécanisme linéaire de l’ordre du symbolique pour rentrer dans le mouvement circulaire du réel (la jouissance symptomatique de la répétition).

Précisons que la chaîne métonymique n’est pas à entendre seulement comme la course des signifiants vers un objet toujours impossible pour le désir, elle est aussi « mouvement » dans la chaîne signifiante, mouvement dans le désir, capa-cité de le relancer, de le réinvestir, de le bousculer en somme.

Déplacement du désir et pas de l’objet : aux yeux de Lacan, « La possibilité de déplacement […] est le point où peut se maintenir le fragile équilibre de son désir »5 .

Caractère d’ouverture du symbolique : signification de la phrase qui dé-bouche sur un sens qui est toujours ouvert, Unsinn, pluralité de sens (dans la métonymie, ce n’est pas le sens qui est appelé mais la succession des mots). Caractère de fermeture du réel (réel qui revient toujours à la même place, qui ne cesse pas de ne pas s’écrire). Dans la boucle névrotique de la répétition, l’objet impossible se fixe au fantasme, qui le transforme en objet (désormais) possible : i
l y a un point d’union de l’impossible et du possible dans le fantasme : c’est la tuchè, la « rencontre manquée ».

La bascule entre l’impossible et le possible crée une sorte de stabilité symp-tomatique. Le sujet est bloqué, immobile, passif, figé dans sa position : l’accord antinomique entre impossible et possible ⎯la rencontre manquée⎯ se réalise dans le fantasme.

Ce rêve d’une femme illustre bien le rapport entre le possible et l’impossible dans l’amour de transfert (et comment l’amour de transfert peut entraver la vie amoureuse du patient). La femme est assise à une table. Son analyste est à côté d’elle afin de la protéger et il lui parle – non comme un analyste, dit-elle – d’un homme qu’elle aime mais qui la fait souffrir (un homme impossible), qui est, lui, assis de l’autre côté de l’analyste (l’analyste est entre la patiente et l’homme im-possible). De manière imprévue, elle se retourne, se retrouve à côté de l’homme qu’elle aime, qui commence à la tripoter et à lui faire des avances, avances qu’elle n’est pas capable de refuser (l’impossible devient possible). On passe de l’impossible de l’analyste et de l’homme (répétition), au possible : à cet homme, elle ne peut pas dire « non » (elle accepte « passivement » les avances, donc l’homme devient possible). La présence du possible dans le rapport avec l’homme impossible maintient en vie l’impossible de l’amour de transfert . L’amour de transfert (on voit aussi dans cette démarche une impasse au niveau de la castration) : répétition où l’impossible fait retour en boucle, toujours à la même place.

La répétition qui se crée à partir de l’amour de transfert peut ne pas toujours se transformer en perlaboration, comme le souhaitait Freud 6: comment sortir alors des déterminismes amoureux si l’amour de transfert ne peut que les réacti-ver ?

L’immobilité du patient dans l’amour de transfert (la résistance), ce que Freud appelle « névrose de transfert », peut constituer un point de butée dans certaines analyses, butée qui peut être évitée grâce à la position de l’analyste ⎯en ce sens le désir de l’analyste est important⎯ : la répétition en boucle peut devenir une répétition symbolique, c’est-à-dire transformer l’amour de transfert (impossible) en désir d’analyse (possible). Quelque chose d’actuel, de nouveau, d’inattendu ⎯le désir de l’analyste, notamment⎯ fait irruption dans la boucle, et l’interrompt : l’amour de transfert se transforme en poros 7.

Voyons ce que nous dit Lacan à propos de la répétition, et de son rapport avec le transfert (cela nous aidera à comprendre comment on passe de la répéti-tion en boucle à la répétition symbolique 8 dans l’amour de transfert). Dans Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Lacan distingue le concept de « répétition » du concept de « transfert » : pour Lacan, le transfert n’est pas une forme de répétition 9 . Comment est-il possible qu’il y ait du transfert sans répétition ?

Dans la répétition, affirme Lacan en 1964, derrière l’automaton ⎯l’automatisme de la chaîne signifiante (le symbolique)⎯ ce qui se répète est toujours la tuchè : la « mauvaise rencontre », la rencontre avec le réel comme manquée10 (voir le rêve de l’analyste et de l’amant impossible). La tuchè, « né-cessité » invariable et contraignante11 , détermine la chaîne signifiante et se ré-pète (automaton) à l’insu du sujet. La répétition est donc pensée comme une répétition en boucle : le sujet, réduit alors à une « passivité absolue », est piloté par le réel et aliéné ans le symbolique. Si l’amour de transfert était une répéti-tion en boucle, il n’y aurait plus de place pour le changement et pour la « sub-version du sujet » : Lacan ne peut donc pas considérer le transfert comme une répétition. L’insistance de Lacan sur l’« actuel » de l’amour de transfert est notamment en rapport avec le désir de l’analyste comme élément de subversion à l’intérieur de la boucle, élément capable de l’interrompre.

En 1972, dans le séminaire …ou pire, la répétition devient pour Lacan une « répétition symbolique ». Lacan parle de la répétition comme d’une « nécessité »12 , nécessité qu’il définit : « ne pas pouvoir ne pas ». Il dit précisément : « « ne pas pouvoir ne pas », c’est là proprement ce qui, pour nous, définit la né-cessité. Ça va où ? De l’impossible, « ne pas pouvoir », à « pouvoir ne pas ». Est-ce le possible ou le contingent ? »13 . Lacan réunit le nécessaire et le contingent dans l’énoncé « ne pas pouvoir ne pas ». Cet énoncé est composé par les deux locutions : « ne pas pouvoir » (le nécessaire), et « pouvoir ne pas » (le contin-gent). Autrement dit, le nécessaire est déjà contingent dans la répétition, la répé-tition est déjà différence, distance, nouveauté.

La répétition est un retour toujours modifié du réel traumatique. L’« après-coup » traumatique ⎯l’amour de transfert⎯ est de l’ordre du réel, mais il n’est jamais une tautologie, même s’il s’inscrit dans la « série » traumatique du sujet : autrement dit, il prend une valeur « symbolique » (déplacement, métonymie). Le contingent est impliqué dans l’amour de transfert comme le nécessaire (le réel qui revient toujours à la même place et qui ne cesse de ne pas s’écrire, c’est-à-dire l’impossible).

Lacan continue, dans …ou pire, à propos de la répétition : « Mais ce qu’il y a de certain, c’est que si vous voulez faire la route contraire, ce que vous trouvez, c’est « pouvoir ne pas pouvoir », c’est-à-dire que ça conjoint l’improbable, le caduc de ceci qui peut arriver, à savoir, non pas cet impossible auquel on retournerait en bouclant la boucle mais, tout simplement l’impuissance. »14 L’impossible ⎯« ne pas pouvoir ne pas »⎯ ferait retour « en bouclant la boucle », dit-il. Mais ce n’est pas là, à l’impossible, que conduit la répétition car dans la nécessité de la répétition, il y a forcément du contingent ⎯« pouvoir ne pas (pouvoir) »⎯, contingent qui ramène toujours à l’impuissance, c’est-à-dire à la castration que, par le truchement de l’amour de transfert, la cure analytique permet au sujet de rencontrer, et éventuellement d’assumer.

« ne pas pouvoir » (le nécessaire, l’impossible)

↗ Amour de transfert

Répétition : « ne pas pouvoir ne pas »

la nécessité ↘

« pouvoir ne pas » (le contingent, l’impuissant)

Castration ≅ désir

L’élément nouveau ⎯le désir de l’analyste⎯ permet un changement dans la répétition, il réoriente la chaîne métonymique du désir : la répétition en boucle se transforme en répétition symbolique. Lacan dit, dans Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse : « En tant que l’analyste est supposé savoir, il est supposé aussi partir à la rencontre du désir inconscient. C’est pourquoi je dis […] que le désir est l’axe, le pivot, le manche, le marteau, grâce à quoi s’applique l’élément-force, l’inertie, qu’il y a derrière ce qui se formule d’abord, dans le discours du patient, en demande, à savoir, le transfert. L’axe, le point commun de cette double hache, c’est le désir de l’analyste, que je désigne ici comme une fonction essentielle. Et qu’on ne me dise pas que ce désir, je ne le nomme pas, car c’est précisément ce point qui n’est articulable que du rapport du désir au désir. »15

L’amour de transfert, lorsqu’il arrive à sortir de la répétition en boucle, met le sujet face à la castration : l’amour impossible du transfert (côté « réel » de la ré-pétition), grâce au dispositif analytique, rend le sujet amoureux ⎯l’analysant⎯ sujet impuissant et donc désirant (côté symbolique). Je ne dis pas sujet frustré : il y a frustration seulement s’il y a eu une promesse 16, et dans l’analyse il n’y a aucune promesse : le sujet sait
(consciemment ou inconsciemment) depuis le début de sa cure, que s’il veut continuer son analyse, il devra renoncer à cet amour. Dans l’analyse, le désir ne s’associe pas à une forme de satisfaction directe de l’objet : par le truchement de l’amour de transfert, le désir s’ouvre ailleurs, au-delà de l’objet (l’analyste). L’« objet d’amour » du patient (l’analyste) perd le caractère de fixité pour devenir (lui aussi) un objet mobile, transitoire, métonymique.

Kierkegaard met en rapport la notion de répétition avec les concepts grecs de kinesis et de mtabolé (mouvement, altération : ou mieux, « modification », si nous suivons la Physique d’Aristote 17). Il explique qu’ils correspondent à la ca-tégorie moderne de « passage » : la « médiation » est le résultat de deux mou-vements antagonistes, le vieux et le nouveau. Or s’il y a mouvement, il y a quelque chose qui se répète, forcément, mais il y a aussi « passage » (poros).

La « traversée des amours » ⎯amours impossibles⎯ en analyse, par le tru-chement de l’amour de transfert, se révèle un parcours ⎯passage, poros⎯ né-cessaire pour rencontrer la castration, castration qui n’est qu’un autre mot pour dire « désir » : l’analysant s’abstrait de la position de désirable (vouloir être désiré par l’analyste) pour en prendre une autre plus fondamentale pour lui, celle de désirant (la métaphore amoureuse s’écarte de la satisfaction sexuelle). Un sujet amoureux de son analyste a déjà effectivement renoncé à lui en continuant à aller régulièrement à ses séances (même s’il continue, consciemment ou inconsciemment, à en être épris) : l’acte est plus « signifiant » que la pensée.

Le travail analytique permet la « traversée des amours » (du passé, du pré-sent, les rééditions, les nouveautés…) mais laisse un point d’interrogation sur la nature de l’amour de transfert. Peut-être que jamais ,ni l’analyste, ni l’analysant, ne connaîtront la vérité sur l’amour de transfert : le point qui reste inanalysable est notamment le « passage » (poros) de l’amour de l’analyste au désir de l’analyse de l’analysant, autrement dit, le deuil de l’amour de transfert reste une énigme (comme tout deuil pour Freud). C’est probablement un des côtés « infinis » de l’analyse.

L’amour sexuel se dissocie, au fur et à mesure que l’analyse avance, de l’amour de transfert. Aux yeux de Freud : « Il est incontestable que l’amour sexuel joue dans la vie un rôle immense et la conjonction, dans les joies amou-reuses, de satisfactions psychiques et physiques constitue l’un des points culmi-nants de cette jouissance » 18. C’est cet amour qui, en passant par le corps de l’autre ⎯un corps présent et possible⎯ confronte le sujet à la castration en même temps qu’il peut le fait jouir. Cet autre ne peut pas être, évidemment, l’analyste, qui n’est qu’un « instrument » au service de l’amour : amour qui de-vient poros : poros pour la continuation de l’analyse, et pour la subversion du désir du sujet.

 

[1] « Jugement de valeur » non nécessairement dans son sens moral, mais surtout en rapport à la « valeur de vérité » de l’énoncé.

[2] Sens subjectif et génitif.

 

[3] Sigmund Freud, « La dynamique du transfert », dans La technique analytique, op. cit., p. 56.

[4] Comme le montre Lacan, l’idéalisation et l’état amoureux peuvent coexister. Jacques Lacan, Le transfert, op. cit., p. 411. Il répond ainsi à Freud que dans le chapitre « Etat amoureux et hypnose » dans « Psychologie des foules et analyse de moi » se demandait : « Est-il donc certain que l’identification suppose le renoncement à l’investissement d’objet, ne peut-il y avoir identification, l’objet étant conservé ? ». Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse de moi », dans Essais de psychanalyse, Payot, Paris, 2001, p. 199.

[5] Jacques Lacan, Le désir et son interprétation, op. cit., Leçon du 7 décembre 1958, p.121. Par « métonymie » Lacan entend le processus suivant : « La métonymie […] tient à la fonction que prend un signifiant S en tant qu’il est en rapport avec un autre signifiant dans la continuité de la chaîne signifiante. La fonction donnée à la voile par rapport au navire est dans une chaîne signifiante et non dans la référence au réel, dans la continuité de cette chaîne et non dans une substitution, il s’agit donc de la façon la plus claire d’un transfert de signification le long de cette chaîne. ». Ce que Lacan veut dire est que les deux signifiants en contiguïté, voile et navire, sur le même axe syntagmatique (bateau à voile), ne cherchent pas en priorité à donner une signification pour renvoyer à une autre (la signification du réel). Jacques Lacan, Le séminaire, Livre V, op. cit, p.74. Pour un approfondissement sur la métonymie dans l’usage singulier qu’en fait Lacan, voir Jacques Lacan, « L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud » (p.505) et « La direction de la cure » (p.622) dans Ecrits, op. cit., Voir aussi l’article « Radiophonie » dans Autres écrits, Seuil, Paris, 2001, p.417 et ss.

[6] Pour Freud, la répétition est une façon de se souvenir en analyse. Sigmund Freud, « Remémoration, répétition, perlaboration », dans La technique psychanalytique, op. cit., p. 109.

[7] Poros (le père d’Eros dans le mythe de la naissance de l’amour) signifie « issue », « ressource », « stratagème » : stratagème qui permet de sortit de l’impasse, de l’aporia, et de l’angoisse.

[8] Précisons que pour « répétition symbolique » nous n’entendons pas la symbolisation du trauma, trauma que le sujet chercherait à réduire grâce au mécanisme de la répétition. La répétition est symbolique quand elle permet de remettre en marche la chaîne métonymique du désir, précédemment évoquée.

[9] « […] Le transfert n’est pas, de sa nature, l’ombre de quelque chose qui eût été auparavant vécu. […] L’effet de transfert, c’est cet effet de tromperie en tant qu’il se répète présentement ici et maintenant. Il n’est répétition de ce qui s’est passé de tel, que pour être de la même forme. Il n’est pas ectopie. Il n’est pas l’ombre des anciennes tromperies de l’amour. Il est isolation dans l’actuel de son fonctionnement pur de tromperie. » Jacques Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, op. cit., p. 229. La
can avait dit en 1961 : « Il faut partir du fait que le transfert, au dernier terme, c’est l’automatisme de répétition. » Jacques Lacan, Le transfert, op. cit., p. 208. Lacan à cette époque, considère l’amour comme une tromperie (« cette fausseté existentielle qu’est l’amour ») et, par conséquent, le transfert aussi. Bien que Lacan justifie sa position, il ne faut pas négliger le côté provocateur de ses affirmations.

[10] Jacques Lacan, Le séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1973, pp. 53-62. Lacan emprunte les termes à Aristote, et les emploie dans un autre sens que le philosophe grec. Selon la traduction de Pierre Pellegrin, la tuché est le « hasard », et l’automaton la « spontanéité ». Aristote, La physique, op. cit., pp. 134-145.

[11] Pour Aristote, le « nécessaire » (anagkaion) est le « contraignant », le « contraint », c’est-à-dire ce qui arrive, que cela soit bon ou non, sans que l’on puisse l’empêcher : « C’est pourquoi le nécessaire est pénible » (Métaphysique D). De ce point de vue, la nature aristotélicienne finalisée est un refus de la nécessité aveugle des Présocratiques.

[12] « Ce que le discours fait à démontrer ce niveau où rien d’une nécessité logique ne se manifeste que dans la répétition […] ». Jacques Lacan, …ou pire, op. cit., séance du 12 janvier 1972.

[13] Ibid., séance du 8 décembre 1971.

[14] Jacques Lacan, …ou pire, op. cit., séance du 8 décembre 1971.

[15] Jacques Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, op.cit., p. 212.

[16] « Versagung [frustration] implique le défaut à la promesse ». Jacques Lacan, Le transfert, op. cit., p. 357.

 

 

[17] Aristote, La physique, op. cit., pp. 159-165.

[18] Sigmund Freud, « Observations sur l’amour de transfert », op. cit., p. 128.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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