Texte présenté à la demi-journée “Actualité de la technique psychanalytique”

Croyons-nous en une technique psychanalytique ?…

 

On comprend bien les efforts de Freud. En voulant inscrire la psychanalyse comme discours de la science, il a dû poser certaines conditions au départ.

 

Les séances, leur durée, l’argent, le divan, la durée du traitement, la présence de parents du patient, la conduite de la cure, etc… ont occupé ses textes à l’époque.

 

Mais aujourd’hui, il y a des différences et des modifications, pas forcément des progrès. La réussite n’est pas inhérente à la psychanalyse. Les formes nouvelles du symptôme peuvent questionner l’analyste, mais il ne doit pas pour cela tenter de les éradiquer ou de les étouffer. Au contraire, il pourra changer le nombre de séances, ou leur durée, leur prix, mais pas les concepts fondamentaux qui font de la psychanalyse ce qu’elle est.

 

Croyons-nous en une technique psychanalytique ?

 

Nous avons constaté que chaque consultant est différent des autres, il est unique et mérite un espace à définir avec le temps, donc il n’y a pas lieu d’appliquer des recettes, de rechercher des garanties ou des assurances qui viendraient aplanir les obstacles sur le cheminement d’une analyse.

 

C’est lorsque nous nous sentons désarmés que nous pouvons être tentés d’appliquer certaines normes. 

 

Alors que, “désarmés”, nous le sommes au début de chaque séance ; nous ne pouvons rien savoir, ni imaginer à l’avance, parce que les mots, leurs intrications, leur présentation vont venir de l’analysant, pas de nous. Nous sommes confrontés à ce qu’il dit, à sa façon de le dire, à ce qu’il attend de l’entretien et à ses questions.

 

La poursuite des séances va dépendre beaucoup de ce que nous allons dire, à propos ou pas.

 

Les quelques mots que nous pouvons dire ne dépendent pas d’un reste de technique à appliquer, mais seulement d’une écoute à favoriser.

 

Il y a trois questions incontournables : l’obligation d’une analyse pour un futur analyste, l’application dans la pratique de la règle fondamentale, l’association libre, et la déconstruction clinique (le contrôle).

 

Sans sa propre expérience, il n’est pas possible d’apprendre la psychanalyse.

 

L’analyste est-il le résultat d’une expérience de l’analyse ?

 

Est-il le produit d’une position assumée ?…

 

“Dieu ne croit pas en Dieu”, disait Lacan le 21 mai 1974 dans “Les non-dupes errent”, les croyances doivent chuter comme les illusions, ou au moins permettre le discors, alors que chaque portion de savoir scientifique rencontre sa propre limite, qu’elle qu’elle soit. Mais ce n’est pas la même chose de reconnaître la divergence que d’adhérer aux cognitivo-comportementalistes pour satisfaire à des impératifs de jouissance.

 

 

La déconstruction clinique (supervision, analyse de contrôle) et son importance :

 

Elle vise à éclairer la direction de la cure lorsqu’un obstacle se présente à l’analyste, et effectuer une coupure dans une identification, clarifier le transfert. Le “fragment” de cure relaté implique l’analyste, et donc quelque chose de nouveau émerge, comme dans le cas d’un rêve raconté, qui diffère de ce qui a été rêvé.

 

Pourquoi cette intervention et pas une autre ? Pourquoi telle interprétation porte-t-elle sur ce fragment ? N’oublions pas que l’association libre dépend aussi de l’intervention de l’analyste, du signifiant qu’il relève, et en fin de compte de ce qu’il va être capable d’entendre.

 

Prenons en compte quelques points essentiels :

 

Le temps du transfert :

 

Lacan parle de l’aptitude au transfert qu’aurait un futur analysant, mais sans oublier l’ignorance de l’analyste (docte ignorance, et non docens). Freud aussi l’avait évoqué, il conseillait une période préliminaire afin de voir si un travail d’analyse était possible.

 

Le temps du sujet et le nombre de séances :

 

Ce sont des allusions, des fragments, des détails, qui nous guident dans l’analyse. Apparaissent des contradictions, des rêves, des perceptions erronées, des confusions et des équivoques propres à la structure de tous les discours.

 

La fréquence des séances, à l’époque freudienne et post-freudienne, était pratiquement quotidi
enne. Au début, des patients venaient de loin et se consacraient à leur analyse pendant un séjour limité. Aujourd’hui, ces patients sont reçus deux ou trois fois à quelques heures d’intervalle, durant un jour ou deux, avant de retourner dans leur région. Ces situations imposent ce type de séances une ou deux fois par mois. En général, pour des gens habitant à proximité, le nombre de séances varie de une à trois fois par semaine, mais ce n’est pas une norme, c’est à considérer au un par un.

 

Le temps de l’écoute :

 

Interruption, scansion, interventions, interprétations, constructions, peuvent toujours être questionnées. Selon leurs effets ultérieurs, nous saurons tôt ou tard si elles ont été faites au bon moment, parce que tout ce que nous disons ne laisse pas forcément de trace ; et il y a des interventions involontaires et imprévues qui produisent des effets malgré nous (c’est là qu’on peut évoquer le désir d’analyste).

 

Le temps de l’argent :

 

Par rapport à l’argent, toujours à prendre comme équivalent symbolique, il n’est pas question de charité ou de bienfaisance quant au paiement des séances, même lorsqu’il y a une prise en charge de sécurité sociale, même si les honoraires peuvent varier selon certaines situations ponctuelles ; le paiement peut avoir un effet d’interprétation à certains moments du transfert.

 

L’acte de parole :

 

Lacan pense, après Freud, que : “ce qui prouve la justesse d’une interprétation, c’est que le sujet apporte un matériel confirmatif. Et encore, cela mérite d’être nuancé.” (Séminaire 1, Les écrits techniques de Freud, III, “La résistance et les défenses”)

 

Freud écrivait, dans une lettre à Ferenczi le 4 janvier 1928, que “les obéissants n’ont pas pris note de l’élasticité de ces mises en garde et s’y sont soumis comme à des prescriptions ayant force de tabou.”…

 

La psychanalyse “hors divan” ne signifie pas que le psychanalyste cesse d’écouter, au contraire ; nous continuons à nous questionner, avec ou sans divan. Par exemple, une patiente qui vient depuis plusieurs mois, tout en me vouvoyant, m’appelle “Estela”, alors que mon prénom est Mercedes.

 

L’intervention devait-elle être différente si la patiente était sur le divan ou “hors divan”? C’est à partir de son dire que je suis intervenue, permettant l’émergence d’associations importantes.

 

En fait, une séance commence toujours HORS divan ; je pense que le divan est nécessaire, mais pas indispensable. L’écoute ou l’intervention de l’analyste se produisent spontanément, même lorsqu’une séance paraît terminée, “hors divan”.

 

A mon avis, “La technique psychanalytique est manquante, elle ne s’apprend pas, elle ne peut être identifiée à un idéal construit ou constructible, elle est faite d’improvisations, elle n’est pas sécurisante, elle introduit des questionnements et rend compte des effets qu’ils produisent”

 

“Certitude” et “Croyance” sont des notions qui restent à discuter.

 

 

Mercedes B. de Moresco

Traduction : Serge Granier de Cassagnac

 

 

 

Bibliographie : 

Sigmund Freud : “La technique psychanalytique”, “Conseils aux médecins sur le traitement analytique” P.U.F.

Sigmund Freud : “Correspondance Freud-Ferenczi” : Lettre du 4 janvier 1928. Calmann-Lévy, 2000.

Jacques Lacan : “Les écrits techniques de Freud”, Seuil, 1975.

Jacques Lacan : “Les non-dupes errent”, Séminaire inédit.

 
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