Notre objectif est de revoir, à partir d’un certain regard, un cas clinique rapporté par Freud dans le texte « Analyse d’une phobie chez un garçon de cinq ans » (1996 / 1905). Le petit Hans occupe une place prépondérante dans l’histoire de la psychanalyse, pas seulement parce qu’il est le premier traitement analytique d’un enfant, mais surtout pour l’esprit novateur des idées provenues de l’exploration, nous pouvons le dire, fondatrice, des fantômes enfantins. Toutefois, l’accent de notre discussion tombera sur ce qui pourrait être compris comme une fonction « éducative » exercée par le père de l’enfant. Il est important de rappeler que la conduite du traitement psychanalytique de Hans a été réalisée par son propre père, Max Graf.

Freud, à l’occasion des rencontres de la Société du Mercredi, avait demandé à ses collègues d’observer et de prendre des notes sur le développement de leurs propres enfants. L’un des premiers à accepter cette idée a été Max Graf (1873 – 1958), qui avec sa femme, ont commencé à enregistrer leurs observations du comportement de Hans depuis ses trois ans et seulement plus d’un an et demi après la phobie des chevaux il présente ses premiers signes.
Freud montre avec ce cas le déclenchement de l’angoisse et de la phobie chez un enfant et les directives psychanalytiques utilisées au long de son traitement. Dans le récit du texte, nous voyons l’alternance entre l’écoute du patient, l’analyse des paroles et les interprétations subséquentes du symptôme. Ce délinéament est uni à une réflexion théorique rigoureuse fondée sur les connaissances construites jusqu’à ce moment par rapport à l’œdipe et à la castration.
Cependant en reconnaissant l’importance de ce cas clinique comme guide pour le développement sur les théories sexuelles enfantines et sur les premières formulations sur le complexe d’Œdipe, notre lecture du cas cherche à soulever des questions, plus spécifiquement, la difficulté existante dans la tâche d’éduquer et traiter simultanément un enfant. Probablement entraînée par l’intérêt de confirmer ses progrès sur la vie sexuelle de l’enfant, développés sur les Trois essais sur la théorie sexuelle, Freud ne reste pas dans les aspects transférentiels impliqués entre le patient, le père et lui-même.
Tout au long du texte, Freud semble défendre la posture du père de Hans d’amener le traitement du fils, montrant que la plupart des difficultés rencontrées par lui seraient invariablement des obstacles dans n’importe quelle situation. Bien qu’il n’y ait pas de préoccupation explicite avec la question de la prévention, l’encouragement de Freud pour que Graf poursuive l’accompagnement psychanalytique du fils, cela nous conduit à penser que le travail avec Hans annoncerait l’origine de la proposition freudienne de 1933 sur l’éducation psychanalytique orientée. Serait-elle la fonction éducative du père ?
Lors de cette conférence, Freud (1996 / 1933) tourne vers la direction que le travail de l’éducation ne devrait pas seulement être prophylactique, au sens d’une prévention des névroses et, en aucun cas, devrait être confondu avec l’intervention psychanalytique ou remplacé par celle-ci. D’après cette affirmation l’idée d’un éducateur analysé surgit, avec une sorte d’expérience personnelle avec les questions inconscientes ou, au moins, avec de l’information psychanalytique. Nous comprenons que l’éducation devrait accomplir le maximum possible et préjudicier le minimum, lui semblant que l’analyse des maîtres et des éducateurs s’équivaudrait à une mesure préventive plus efficace que celles des enfants eux-mêmes. Quoi qu’il en soit, ce qui nous semble est une suggestion d’utilisation de quelques notions dérivées de la psychanalyse pour repenser les méthodes éducatives.
Dans l’interprétation que Lacan fait du même cas, Max Graf se présente comme un père incapable d’exercer la fonction paternelle étant qu’ordonnatrice du champ du désir et représentante de la loi. L’établissement du Noms-du-Père a un rôle structurel dans le psychisme enfantin, le plaçant comme sujet désirant et non plus comme un objet de désir de l’Autre. Le poids du symbolique est lié au père et c’est celui-ci qui devra conduire l’enfant dans le monde du langage, de la loi et du signifiant.
Occupé dans la fonction d’analyste / éducateur de son propre fils, Graf permet l’accès absolu de Hans à sa mère, accentuant son échec en tant qu’agent de la castration. Notre interrogation apparaît précisément à partir de cette accumulation de fonctions, ce qui nous permet de questionner : serait-il que, au moment du désordre dans la fonction de père, d’analyste et d’éducateur, Max Graf Hans ne laisse pas Hans à la dérive devant le désir maternel ?
Dans tout le récit du cas nous suivons le mouvement du petit Hans se prévalant de ce que lui reste des insignes paternels, improvisant un amendement à la métaphore du Noms-du-Père et, par laquelle, pouvant produire un signifiant phobique pour faire la suppléance de l’agent de castration. Cette résolution est nécessaire pour Hans comme une solution spécifiquement à cause de ne pas trouver dans le père l’agent limiteur de la jouissance qui, lorsqu’il est lié au phallus et articulé à la loi, pourrait lui offrir une position désirable, tout à fait différente de l’assujettissement offert si promptement par le désir maternel.
Comme Freud, Lacan dénonce également la méthode trop inquisitoire dont Graf se sert pour s’approcher du fils dans une tentative de le traiter, arrivant même, dans de nombreux cas, à diriger ses réponses à ce qu’il attendait entendre et enfin repasser à Freud. Cette approche maladroite produit toute sorte de malentendus dans la relation entre l’enfant et le père (analyste ?). En observant bien le cas clinique, nous pouvons attester que Max Graf, dans l’exercice de la fonction paternelle, échoue plusieurs fois dans la représentation de la loi et dans l’interdiction de la jouissance, en outre, il échoue aussi comme analyste lorsqu’il conduit les réponses de l’enfant et fait ses registres, se précipitant pour comprendre toujours trop. Cet échec tandis que l’analyste le conduit encore à une position trop appuyée sur la figure de l’éducateur, puisque Graf s’appuyera à l’orientation théorique de la psychanalyse et pas à sa propre expérience avec les questions de l’inconscient (l’effet d’analyse), comme Freud suggère (1996 / 1933) dans la même conférence.
Peut-être dû cet excès de dévouement théorique, le père de Hans a finalement fait permettre que la phobie soit instaurée définitivement, même si elle était déjà aux aguets et offrant quelques traits au début de ses observations. Tel exemple de comportement est ajouté à une certaine fragilité dans la mise en scène de la fonction paternelle le rendant le témoin de l’éclosion de la phobie chez l’enfant, même après beaucoup d’effort en lui offrir une « éducation psychanalytiquement orientée ».
Dans la seule session de Hans avec Freud, nous pouvons voir ce dernier agissant comme un père symbolique, dans la carence jusqu’à ce moment-là, car la relation de l’enfant avec son père restait dans l’ordre de l’imaginaire. De tel façon que, dans la narration du mythe œdipien pour Hans, Freud a permis le père d’entrer dans cette triangulation et encore de l’introduire au symptôme lui-même, conduisant le cas pour ce qui pourrait s’approcher d’une solution à ce moment-là.
Lorsque Lacan (1956 – 1957, p 410) se demande : « qu’est-ce un père ? », on peut le voir répondre indiquant vers celui qui nous introduit dans le monde humain et organisé par l’ordre symbolique. C’est à cela qu’un père doit faire face. Et à l’analyste, que se réserve-t-il ? Encore Lacan (1956 – 1957, p 410) nous dit que ce sera une analyse dans laquelle nous trouverons les exigences minimales auxquelles u
n vrai père doit répondre pour que la transmission soit possible à l’enfant, de sa place sur le même ordre symbolique. De telle manière, nous pouvons voir que le nœud de l’accumulation de fonctions d’éducateur et thérapeute n’a pas empêché la formation de la phobie de Hans et nous osons le dire, même la favorisée.
Lacan (1956 – 1957, p 235) qui nous donne la dimension nette du nœud qui est devenue ce que nous connaissons comme la première analyse d’un enfant et l’orientation à une guérison satisfaisante, de ce que l’on peut dire à propos de sa phobie. Cela s’est produit juste « à la mésure dans laquelle le père réel a intervenu, celui qui avait intervenu si peu jusqu’à présent, et qui, d’ailleurs, a pu seulement le faire parce qu’il avait derrière lui le père symbolique, qui était Freud ». Enfin, l’imaginaire agissant afin de réorganiser le monde symbolique.
Nous finissons avec un rappel que Roudinesco et Plon (1998, p 310) font d’un autre passage célèbre de Lacan quand il dit dans son séminaire de 1968 à 1969 : « Hans n’a plus peur des chevaux, et après ? ». Cette question, pleine de sens, nous amène à notre actualité sur les thérapies du style éducatif-comportementales et des critiques récurrentes à la psychanalyse en ce qui concerne l’efficacité du traitement des phobies. Bien que guéri de sa phobie enfantine, ce que nous savons de la vie d’Herbert Graf, ne nous permet pas soutenir l’efficacité d’une guérrison. À la continuité du texte cité ci-dessus, nous obtenons des informations de la vie du petit Hans, lorsque devenun adulte, qui a été caractérisée par le contraste entre le succès professionnel et ses échecs affectifs. À côté de la carrière brillante et de l’invention d’un métier, Herbert Graf a connu une vie de souffrance et, contrairement à ce que Freud dit à la fin de l’exposition du cas, il ne pourrait jamais surmonter le choc dû au divorce de ces parents, étant toujours tourmenté par des conflits conjugaux et cherchant à reprendre une analyse et se présenter à Anna Freud lors d’un congrès (1998, p 312).
Pour son père, Max Graf, le traitement du fils n’a pas permis non plus sa formation en tant qu’analyste. Toutefois, les contributions de l’étude du cas de Hans pour l’avancée de la pensée du champ psychanalytique ne se limitent pas à la confirmation de la thèse freudienne sur la sexualité enfantine et sur l’origine de la névrose de l’adulte dans les complexes des enfants, mais elles restent, bien après, souscitant de nouvelles réflexions.

Paula Julianna Chaves Pinto – Doutoranda em Psicologia
pela Universidade de Fortaleza
Maria Celina Peixoto Lima – Professora Titular do
Programa de Pós-Graduação em Psicologia
da Universidade de Fortaleza – UNIFOR
 

Bibliografie
Freud, S. (1996). Conferência XXXIV . In Edição standard brasileira das obras psicológicas completas de Sigmund Freud, James Strachey (Trad.). Novas Conferências Introdutórias Sobre Psicanálise e Outros Trabalhos. (Vol. 22) Rio de Janeiro: Imago. (Original publicado em 1933).

_______. (1996) Análise de uma fobia em um menino de cinco anos. In Edição standard brasileira das obras psicológicas completas de Sigmund Freud, James Strachey (Trad.). Duas histórias clínicas (O “Pequeno Hans” e o “Homem dos ratos”). (Vol. 10) Rio de Janeiro: Imago. (Original publicado em 1909).

Lacan, Jaques. (1995). O Seminário, Livro 4: A relação de Objeto. Rio de Janeiro, Jorge Zahar Editor. (Original Publicado em 1956).

Roudinesco, E; Plon. Dicionário de Psicanálise. Rio de Janeiro: Jorge Zahar Ed., 1998.
 

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