Dimensions de la psychanalyse

Synopsis

1. La science, objet réel, aliénation réelle.

2. Le schématisme, signifiance, nouage, fonctions, aliénations.

3. Le sujet, formalisation, aliénation imaginaire.

4. Le savoir, signifiant, inconscient, aliénation symbolique.

5. Constitution et reconstitution du sinthome.

 

Dans la veine de mon argument et de la note précédente, je considèrerai comment une cure peut se développer de façon sinthomatique (fonctionnelle), afin d’en régler la symptomatique (objectale) pour le sujet bien au-delà de ce que l’on conçoit comme l’identification de ce sujet à son symptôme. Pour utiliser une base de discussion accessible à tous, j’appuierai mon propos sur une relecture diagonale de « Variantes de la cure-type »[1] effectuée à la lumière de ce que Lacan introduit avec son interprétation borroméenne de Joyce dans son séminaire de 1975-1976, Le sinthome. Cependant je soutiens pour ma part, en accord avec Lacan par ailleurs, qu’il n’y a pas de cure type, puisqu’il n’y a ni sujet type ni signifiant commun et que le « sens commun » n’a pas la signification qu’on lui accorde « communément » hors de toute rhétorique du « lieu commun ». Plus au fond, il n’y a pas de signifiant en soi, car le signifiant (comme on dit de façon essentialiste) est constamment tributaire de celui qu’il induit, selon un lien entre eux nécessairement variable suivant le type de schème conjectural qu’on met en œuvre pour ce faire. Car ici se distinguent divers types de schèmes idéologiques et/ou scientifiques pour tenter de formaliser cet ordre signifiant. Je ne parlerai donc pas non plus de variantes qui risquent elles-mêmes d’être typifiées.

Il n’empêche que des schémas[2] types (et non plus uniquement des schèmes) rendent compte de cette variabilité en fait construite ; ainsi du schéma borroméen qui réordonne la variation des discours en une figure commune, telle que la séquence discursive S1? S2?a?S/ se configure selon les rapports de jouissance et de sens au sein des espaces du nœud borroméen mis à plat.

Le nouage lui-même est fonctionnel, quand je prends pour objectalisés les ronds en eux-mêmes, et surtout s’ils sont dénoués. Noués ils ne valent qu’en tant qu’extensions de cette fonction de nouage. Ils n’ont même, à mon avis, de consistance qu’artificielle, en ce sens qu’ils sont des artefacts de « frontière » littorale (non extériorisée ni tangible) entre les espaces qu’ils configurent en les séparant. L’on verra avec Lacan quoi faire dans l’espace de séance des réparations possibles du dénouage, façon de rappeler cette valeur extensionnelle des objets, comme tels façonnables. Cela n’implique cependant ni une clinique du signifiant pointable

extrinsèquement, ni une clinique de Joyce, que je juge, cette clinique du « cas », perfétatoire. Le texte de Joyce se suffit en effet à lui-même comme matière signifiante, sans qu’on ait à le recouvrir de cette apparence que fut (pour lui comme pour quiconque) sa vie. Je ne prendrai cependant en compte ce texte ici qu’au dernier paragraphe.[3]

Pour éviter toute confusion, je reprécise mes définitions. Le sinthome est le mode de nouage (à 3) du borroméen, ratages compris à l’occasion. Le symptôme est la reprise, extériorisée comme quatrième rond, du nouage à 3. Le symptôme est donc l’extériorisation (l’explicitation) du sinthome. Mais le nouage borroméen à 4 ronds, comme tel, n’a pas reçu de nom spécifique. Cependant l’article de Lacan sur les variantes de la cure type est bien antérieur à son usage des nœuds. Il date de 1953 (et parut en 1955), époque troublée où Lacan fut en butte aux attaques des traditionnalistes de l’I.P.A. Ce texte reste donc marqué des enjeux de l’époque, mais précisément il conserve tout son intérêt général pour cette raison même. Que Lacan souligne dès lors, en 1966 pour la parution des Écrits, que la question de la scientificité de la pratique psychanalytique est au cœur du débat de l’époque et des cures depuis toujours, me paraît de toute façon une question appropriée qu’il est indispensable d’étayer encore. Je le ferai grossièrement dès maintenant en soulignant que l’épistémologie de la logique et la logique de l’épistémologie[4] freudiennes sont motrices en l’affaire. En effet la psychanalyse se doit de créer la logique adaptée à sa pratique, une logique que Quine peut toujours appeler déviante (attitudes propositionnelles, existentielles, modalités, hypothétiques, asphéricité, contextes intensionnels, conditionnelles irréelles, et autres opérations relatives à l’inconscient), mais une logique qui ne saurait opérer en récusant la logique classique qu’elle inclut de toute façon. Lacan lui-même parle de déviation (loc.cit., p. 329). Je lirai donc ces variantes relatives à la cure type selon une première démarcation entre fonction et objet. Prenons pour quadriller cet exposé la segmentation du texte faite par Lacan lui-même. Elle souligne trois objets princeps, contrebalancés par trois fonctions qui les étayent et qu’ils masquent puisqu’elles sont subsumées sous ces objets[5] :

– le schématisme sous la fixité théoriciste,

– le sujet sous le moi,

– le savoir sous l’ignorance.

Je prendrai donc ces trois fonctions comme les axes (aussi borroméens) de mon propos. Et je les développerai successivement (§§ 2,3,4), non sans les rapporter à l’inventivité sinthomatique de Lacan. La question de la scientificité vient donc en préalable.

1. Sur la variance des concepts et sur la covariance de leur échafaudage : tentative de définition du réel fondant une science de la psychanalyse

La variation signifiante est en quelque sorte de principe. Le schématisme que je déploie implique en effet une telle variabilité : chaque signifiant dépend de ceux qu’il induit et ainsi de ce qui compose chaque induction singulièrement ; il n’est donc en rien identique à lui-même. De la définition de Lacan — dont je souligne qu’un signifiant ne tienne qu’à se représenter (repräsentieren) auprès d’un autre qu’il produit par là-même — on tire en effet qu’un signifiant construit (toujours selon le schématisme qu’on lui accorde à partir de la définition qu’en donne Lacan de façon non régulière) un signifiant conséquent qui le représente : on peut considérer comme identification dans la différence cette représentance (identité globale et distinction locale : schéma mœbien unaire). La conséquence en est qu’il faut dédoubler tout signifiant en ce qu’il est à la fois celui qui se représente auprès de tout autre qu’il implique par là-même et celui auprès duquel tout autre (qu’il « explique » par là-même) est représenté. C’est à la fois affaire d’enstasis (instance, obstacle) et d’ecstasis (dérangement : Entstellung). Cette division signifiante est, toujours par là-même, celle du sujet (1) représenté par un tel signifiant en même temps que ce signifiant se représente auprès d’un autre et (2) représentant métaphoriquement ce même signifiant, réversivement.

De là, depuis cette variabilité signifiante, aucune cure n’est semblable à aucune autre, aucun sujet n’est semblable à aucun autre, aucun obsess
ionnel ne ressemble à un autre obsessionnel (Lacan dixit), car aucun sujet n’est déjà identique à lui-même ni aucun signifiant, qui de toute façon ne saurait se signifier soi-même. Aucun sujet n’est donc identique à soi-même ni même d’une séance à l’autre. Le seul point constant, sinon commun est le schématisme qui le traverse — à la fois le sien et celui de l’analyste, sur fond de schématisme, sinon mutuel ou réciproque, plutôt chiasmé pour être, semble-t-il, commun. Ces trois modes de schématismes sont noués borroméennement. Je développerai donc ici mon idée du shématisme sur l’assise du sinthome. Il n’y a cependant pas de credo à appliquer. Le transfert n’est ainsi que le nouage des schématismes en présence. Au second degré, donc.

Cependant il faut avoir en tête qu’un tel schématisme, porté à la puissance 2, vaut en logique comme création de mondes possibles[6] (chacun ayant valeur d’un schématisme du premier ordre) eux-mêmes traversés par une trans-identification (cross-identification) valant ligne de mondes et, en quelque sorte, « ligne de vie » du sujet.[7]

La structure scientifique de la pratique analytique, étant entendu qu’elle se doit d’être et rigoureuse et éthiquement orientée, passe nécessairement ainsi par la différence elle-même nécessaire entre le S1 et le S2, et dès lors entre l’Un et le a, comme entre le S(A/ ) et le i(a). J’y reviendrai. Mais le commun de l’affaire est de regrouper ces ouvertures signifiantes (que sont S1, Un, S(A/ ) et d’autres) sous le chapitre du phallus[8]. La science psychanalytique, pour l’appeler ainsi, ne peut donc être que la science de l’ouverture, quel qu’en soit le registre, avec ce corollaire d’intension ou d’invention attenantes au discours d’ouverture de la signifiance. L’axe de la cure, pour être freudien, nécessite de là l’ordre de la castration comme ouverture. Lacan parle quant à lui d’évidement ; cet évidement se marque dans ce qui se roduit en tant que S1 dans le discours analytique, dans ce qui se transmet depuis la cure en tant que S(A/ )[9], et dans ce que le Un implique d’identification fondatrice à zéro. Bien sûr que le S(A/ ), comme castration de l’Autre (i.e. qu’il n’y ait pas d’Autre de l’Autre), n’est pas le phallus — mais le fait qu’il s’agit là du signifiant de la barre portée sur l’Autre ne l’inscrit pas du ôté de l’Autre, mais du côté de la signifiance, à ce niveau d’ouverture essentielle qu’est le phallus en tant que signifiant manquant dans la chaîne signifiante effective, ou comme Père en tant que présentification de l’absence.

Cette ouverture, je la nomme « échappement » en ce que le nouage sinthomatique échappe sous sa reprise symptomatique mais persiste à ce niveau suivant (de 3 à 4, de n à n+1). Cela reste mœbien. C’est la même situation pour le Père primordial, symbole d’échappement persistant. Hintikka parle de silence de la syntaxe dans la sémantique, Wittgenstein d’impossibilité à dire une existence d’objet, Girard de point aveugle, etc. La liste est longue et spécifie, on le verra, l’aliénation comme fondatrice des séquences existentielles d’un même schématisme. C’est plus généralement l’échappement de la structure dans ses représentations, celle de l’intension dans ses extension, celle de la fonction dans ses objets.

Qui plus est, dans cette veine de l’échappement et à propos de scientificité, se pose tout d’abord la question du schématisme mis en action pour faire état, en la formalisant, de l’éthique analytique comme praxis de sa théorie[10], mais aussi comme mode d’intervention dans le discours analytique. Je tiens que (1) les dimensions de cette structure ne sauraient dépasser les quatre postes qui y pointent quatre « éléments » en tant que transformés (1.1) des fonctions qui les articulent entre aux et surtout (1.2) de la fonction de principe qui prend place comme élément elle-même à l’un de ces postes (en intension) ; (2) la circulation entre ces postes doit tenir compte, en dehors de tout point de vue, (2.1) de leur ensemble et (2.2) du rappel de leur constitution depuis la fonction en intension considérée en (1.2). C’est dire que rien ne peut s’appréhender de la pratique analytique en dehors de tels schématismes — et je préfère pour les discuter qu’ils soient explicites.

La rigueur en l’affaire n’empêche pas le dit « paradoxe » : c’est que l’ouverture (qui pourrait faire barrage) fait lien. Ainsi ledit paradoxe consiste-t-il à distinguer ce qui prend place différemment dans la structure et cependant à identifier fonctionnellement ces « éléments ».

Comme je place la fonction du Père à ce poste intensionnel de la structure, je vais lire le texte de Lacan avec ce schématisme.

La note 1 (p. 324) dit bien que cette clinique est un fait de structure — un fait de structure qu’il s’agit d’expliciter

toujours, selon les choix par lesquels on la formule (ou dit autrement : on la représente)[11]. J’accroche ainsi les choix

scientifiques de la psychanalyse — selon ses critères propres de scientificité « paradoxale » — à ce réel qu’implique par lui-même

le choix structurel en jeu.[12] Ceci pour souligner en quoi l’on ne saurait ici opérer avec « mesure », mais déjà dans

l’incommensurable d’une aliénation que je dirai réelle pour en préciser le registre : (Un? (Un?a)).

 

 

C’est celle dont parle Lacan dans La logique du fantasme[13], sans la spécifier comme telle réelle. D’une telle aliénation

fondatrice on ne saurait cependant se départir.

De toute façon ce ne saurait être un critère de guérison qui intervienne ici, si l’on admet avec un Lacan ultérieur

que l’analysant est « incurable ».[14] Sous cet angle la guérison — au sens minimal d’une sédation du symptôme — n’intervient que

« de surcroît » (p. 324). Tout dépend, quoi qu’il en soit, du développement de la parole dans le système.

 

 

 

Et je ne dirai pas que la parole est le seul « médium » de la cure, car c’est bien plus : elle est le « composant » fonctionnel de

l’existence subjective donnée en termes de jouissance phallique.

Autrement dit, c’est la parole qui fait opérer l’aliénation pour la nécessité qu’elle implique dans le langage. Comme

l’inconscient est structuré comme un langage, l’aliénation est structurée comme la parole.

 

 

 

Aussi l’ensemble du « projet » analytique— en ce qu’il « rappelle » le fondement d’aliénation nécessaire à la

subjectivité — est-il fondé, ce projet analytique, sur la parole, avec ses divers avatars structuraux :

– comme dire elle commande le rapport que la vérité entretient avec le réel[15] ;

– comme signifiance elle détermine l’organisation des discours ;

– comme existence quantifiée et modale, elle détermine le dév
eloppement propositionnel et l’attitude subjective à son égard ;

 

 

– comme jouissance, elle assure l’existence réelle (reale Existenz) du sujet, dans sa dialectique avec la jouissance de l’Autre.

 

Mais c’est surtout en tant qu’elle pointe le signifiant de la castration de l’Autre, qu’elle est déterminante et à la fois qu’elle

constitue le produit du discours analytique,

 

 

 

où S1 est une reprise de S(A/ ). Comme rapport d’échange, la parole articule le sujet à l’Autre et s’implique comme créatrice dans

le réseau signifiant en tant que fonction paternelle.

Le lien transférentiel analysant-analyste, où trouve sa raison d’être dans ce huit intérieur mœbien qui identifie les

deux protagonistes de la cure selon la fonction d’échange entre eux qu’est la parole au sens de Benveniste[16] ; je traduis cette

parole comme la réversion discursive entre eux, allant jusqu’à la destitution du sujet supposé savoir opérant « entre » eux et

jusqu’au désêtre qui a l’avantage de tout déontologiser en ne retenant, à la base de ce monde d’objets, que la fonction de la

parole, quels que soient le contenu et la portée du discours qui en procède.[17]

 

 

 

 

C’est de ne pas reconnaître cette structure attenante à la parole (par manque de schématisme adéquat, disons) qui rendit

les psychanalystes d’alors (ceux qui se disaient alors les « psychanalystes d’aujourd’hui »[18]) « incapables de faire valoir au

dehors » (p. 325) leurs critères, quel que fût le mode d’en rendre compte. Ces modes (topique, dynamique, économique, pour suivre

Freud là-dessus) sont cependant directement lisibles et opératoires dans les liens littoraux entre l’intension fonctionnelle et

ses extensions (que j’appelle toutes « objectales », quelle que soit la consistance d’un tel objet).

 

 

En effet on peut très bien aborder la dialectique intension-extension comme un aller-retour (topique) ou comme une mobilisation

entre l’un et l’autre des aspects fonctionnels (dynamique) ou selon l’importance de chacun (économie). Et ce lien

intension-extension, je le dis mœbien, de ce qu’il distingue sans délier, et littoral, de ce qu’il réunit ce qu’il différencie.

Aussi est-ce cette structure mœbienne qui fait le critère de la cure psychanalytique à la fois dans son organisation (la parole et

le transfert entre analysant et analyste) et en tant qu’objet même de la cure : l’objet ici n’est ni de l’un ni de l’autre, ni

même moyen (ou transitionnel) : abject et agalmatique[19] à la fois. De même est-ce au poste du Père que se densifie

(s’intensifie) la structure asphérique (mœbienne d’abord) de la psychanalyse : que le Père y soit à la fois absent (tué) et

présent (mangé) — au même titre que le sujet de l’énonciation est toujours tributaire lui-même d’un fort/da dans l’acte de dire

qui vise l’objet (théorie infantile de la présence et de l’absence, de l’ici-et-là, du non encore advenu et du déjà disparu…)— «

intend »[20] la pulsation de la pulsion et le battement temporel qui la rend opératoire.

 

 

 

Et ce débat d’alors sur la fonction du Père reste d’actualité à notre époque qui, malgré la tentative de Lacan, n’a pas

encore assuré l’assiette du freudisme : c’est-à-dire qu’une cure soit freudienne dans son ensemble, si elle l’est dans son axe[21]

— selon un lien asphérique des rapports intension-extensions, et suivant en cela, pour déterminer cet axe, la fonction du Père.

Pour cette raison, la cure analytique ne peut répondre à des standards de groupe. Tout au plus l’intérêt du groupe

analytique est-il d’organiser les échanges théoriques, si encore ceux-ci s’avèrent libres d’entrave. C’est cette absence d’unité

dans la pratique que représente la métaphore du Père : puisque chacun s’y réfère obligatoirement (les modalités sont ici

déontiques), il n’y a rien de plus partagé (i.e. mis en commun) que cette singularité, seule à faire lien (de façon synecdochique)

entre des particuliers. J’insiste : sous condition que cette présentification de l’absence vaille bien pour chacun et soit

reconnue pour telle, elle implique des différence notables entre tous, puisque le vide ouvre à un large éventail de possibles.

Que la fonction Père (désignons-la ainsi) soit implicite n’en fait cependant pas quelque chose d’occulte : justement de

ce qu’il appartient à chacun de devoir la reconnaître pour l’opération déterminante et la seule qui justifie la cure analytique.

Affaire de parole, de dire, d’énonciation… tout aussi dissous comme et dans le nouage des registres (réel, imaginaire, symbolique)

de la cure. Une science de la psychanalyse ne peut partir que de là : laissant le tiers exclu de côté pour opérer réversivement

entre fonction et objet.

J’indique d’abord ici la fonction Père comme réelle — pour donner dans les paragraphes suivants d’autres modes

d’inscription. Cela ne m’amène cependant pas à répéter les définitions que Lacan donne du Père comme réel, comme imaginaire, comme

symbolique.[22] Je me limiterai à reconsidérer ces différenciations du point de vue de mon développement.

Le Père comme fonction en intension est le seul opérateur capable d’éviter l’« inertie » groupale (p. 328), que, pour ma

part, je reconnais, cette « passivité », comme la position psychosée elle-même (distincte de sa sortie délirante). C’est dire

qu’une facticité structurale en vaut d’une certaine façon (intensionnelle) une autre.[23] Le Père, comme vide opératoire, est — au

« sens » constructif — support de la jouissance phallique : production du monde. Et ce monde conserve les atours de la

scientificité dans son fondement de variabilité (quand il ne passe pas à la facticité de faire de tout un chacun un objet

a-subjectivé de la pratique scientifique comme à l’extrême dans le camp de concentration puis d’extermination). Aussi est-ce le

Père qui en rappelle la variance organisatrice, faite de supposition, d’anticipation, d’obstacles aussi (instances de la lettre)

et — pour ce qui concerne plus particulièrement la psychanalyse — de refoulement primordial, de corporéité pulsionnelle, de motion

objectalisante, …, toutes appréhensions de la même raison asphérique que Freud a initialement pointée comme « barrière de contact

». Si le contact implique le saut symbolique d’une fonction, la barrière est quant à elle de l’ordre du réel. Les deux étant liés

par l’imaginaire, ou par l’imaginaire et le symptôme.

 

 

C’est cette fonction du trou symbolique qui amène Lacan à retourner les cercles du nœud borroméen pour renverser

(dedans/dehors) l’univers d’équivalence qu’ils représentent, afin de l’ouvrir sur le non-univers (et de là l’hétérogène).

 

 

Un tel retournement modifie les rapports « d’inclusion » des trois « ronds » l’un avec l’autre : chacun qui est interne à un autre

l’englobe dorénavant ou se situe tout autant par dessus ou par-dessous cet autre rond.

 

 

On peut reconnaître ce retournement dans les équivalences quantifiées du quadrangle œdipien de Lacan,

 

telles que strictement _~ [24] et _~ [25], même si l’abord en est différent et si chemin faisant le déplacement de la négation

(ou de son absence) implique un renversement des quanteurs entre l’existentiel et l’universel. Ce renversement, Freud le connotait

de l’amour en différenciant amour pour l’objet et énamoration[26], éventuellement transposables (encore une affaire de variance)

en clinique.

 

Ce qui compte néanmoins est le maintien de l’articulation borroméenne.[27] Le sinthome comme réel est le fait que le

nœud est en soi R, I, S, comme l’est chaque rond, même si on emphatise un de ces registres différemment pour chacun afin qu’il

devienne plus spécialement R, I, ou S. Mais l’on aura donc à considérer en quoi le sinthome est aussi imaginaire et symbolique. Je

le rappelle : le sinthome comme fonction Père, éminemment présente chez Joyce, est l’articulation interne de la structure du

sujet. Le sinthome est la « clef de voûte » ordonnançant la cohésion de l’ensemble (son homogénéité), la cohésion passant outre

tout clivage.

Posons ainsi avec Lacan, en deçà de la scientificité même de la psychanalyse, la question du réel dans la cure.

J’entends là le réel de la fonction Père (entre autres). Deux positions théoriques viennent répondre d’emblée à cette question,

toutes deux conjointes : d’une part, cette fonction peut se transcrire en objet réel (par exemple, autant le fantôme du Père dans

la cure de l’Homme aux rats que tous ses rapports à des objets immédiats, comme les lunettes, en ce qu’elles sont support de dette

et de culpabilité), objet réel qu’est la fonction en extension en tant que parcours de valeurs inaccessibles sans la fonction en

intension, elle-même insaisissable ; et, d’autre part mais à la fois, c’est la fonction en intension elle-même qui est prise comme

réelle (Lacan aurait dit : parce qu’elle ex-siste à tout sens). La « fallace » (p. 116)[28] du réel tient à cette disparité (cette

fallace, c’est, là encore, le « fantôme » du père). Le réel (comme impossible) de la fonction en intension, c’est son

impossibilité d’exister par elle-même, sans passer par l’intermédiaire de ses extensions, en tant que praticables réalistes de sa

fonctionalité : l’intension n’existe pas ( ) par elle-même ; le rapport qu’elle implique comme fonction est ainsi en lui-même

tributaire d’un non-rapport.

Je considère que le « même » nouage, ou un même type de nouage (i.e. un nouage toujours borroméen) tient le nœud à

quatre ronds. Ainsi une présentation particulière de ce nœud y indique une mise à distance de l’imaginaire et du réel (Lacan : «

l’idée et l’impossible, pour reprendre mes termes », p. 117) par ce qui les relie (toujours façon barrière de contact de Freud) en

tant que lien entre le symptôme et le symbolique : R-S-?-I. (Mais cet ensemble se module variablement : R-?-I-S par exemple, selon

sa mise à plat.) Cependant le sinthome (que je différencie dès lors du symptôme) est le nouage borroméen cette fois entre ces

quatre termes (il a la même « tenue » que dans le nœud à 3)[29]. La « cause » du nœud, c’est le nouage lui-même, pas les termes

(R, S, I) entre lesquels il opère.

Le couple ?-I (Lacan : « l’idée et le sinthome », ibid.)[30] ramène à lalangue (à mon sens : comme fonction en

intension de toute langue, d’où l’amalgame que fait Lacan parlant de « lalangue maternelle ») au travers de la syntaxe, en ce que

celle-ci est supportée de façon constructive par le sinthome (i.e. que la syntaxe construit le sinthome). Mais la sémantique est

tributaire de l’imaginaire (l’idée est ici l’idée du vrai et du faux, de l’actif et du passif, de la vérité de cohérence et de la

fictivité, etc., pour parler sous cette forme de différence des sexes et de non-rapport direct entre eux, puisque l’éventuel

rapport va passer par la syntaxe et donc la « chaîne » signifiante). C’est aussi dire que la sémantique maintient un rapport à la

rhétorique comme style argumentaire, et que la scientificité de la psychanalyse va de pair avec ce lien rhétorique aux tropes de

l’inconscient comme aux topoï de la persuasion subjective (croire, savoir, vouloir,…), quand ce ne serait pas d’un lien

sophistique qu’il s’agirait là.[31]

Quand Lacan soutient (ibid.) que toute langue est engendrée par la destructivité d’une langue de fond (si je peux me

permettre de rappeler ainsi Schreber), par exemple le latin pour le français — en faisant référence dès lors à la prothèse de

l’équivoque dans la langue résultante, une façon
de réparer la langue de fond et de la rappeler dans la langue émergente, en

jouant de l’accumulation comme signifiance de toutes les équivoques effectives, et même ne serait-ce que possibles, dans cette

langue—, il se rapproche du Witz et de la conception de Freud qui réarticule par le jeu de mots l’impossible rapport à l’objet

réel en un rapport nécessaire au tiers gêneur qui en devient l’Autre, support d’identification. Le mot d’esprit, dans sa

destructivité de la langue commune, joue d’homophonie (en tant qu’équivoque par excellence) pour transposer cet impossible lien

(relation à l’objet) en un lien nécessaire (identificatoire) à l’Autre. De même Freud articule en termes de jouissance toute

identification en tant qu’accumulation de relations à l’objet abandonnées : on ressemble en définitive à tout ce que l’on a

aimé.[32]

À la différence de l’usage qu’en a Lacan, mais pour en maintenir le concept, ce néologisme de « lalangue » correspond

pour moi, via la syntaxe, à cette nécessité phallique de la fonction Père et non pas à l’impossibilité objectale d’une fonction

(Mère) appréhendée en extension (objet).

Parallèlement, la réarticulation de la sémantique à la syntaxe, sans laquelle elle ne saurait se construire, peut être

considérée comme une façon de transformer ce que Lacan appelle « faux trou » (i.e. un espace pseudo-nodal qui ne tient pas en soi)

en réel (espace qui tienne en tant que participant du nœud). Lacan est net : c’est au phallus que revient la tâche de faire passer

(par vériconditionalité)[33] le faux trou au réel. Entendons bien cela comme Lacan le précise. « Le seul réel qui vérifie quoi que

ce soit, c’est le phallus » (p. 118), le réel de la fonction (phallique). C’est là dès lors plus affaire de vérifonctionnalité que

de vériconditionalité.

Or la meilleure façon d’appréhender réellement cette fonction phallique comme Père se situe préférentiellement dans la

réitération de ses apparitions, en quelque sorte par petits bouts. de là les « bouts de réel » de Lacan (p. 123). Quoi qu’il en

dise, il n’y a pas de réel absolu (mais uniquement un réel symbolisé imaginarisé) — et ces bouts de réel le démontrent. Cela se

dialectise comme pulsion de mort, en ce que le concept de pulsion de mort implique la nécessité de cet impossible (du) réel pour

significantiser (par une voie phallique) quoi que ce soit. Et même cette fonction ? ne s’appréhende que par les bouts de sa

dialectisation avec ses extensions que sont les objets, les images, les mots, autrement dit par le biais de l’aliénation, une

aliénation qui « scinde » la fonction ? en ses « différenciations » que sont le Un, le S(A/ ), le S1 (malgré ce qu’en dit Lacan,

p. 127, ou justement : en ce que S(A/ ) n’est pas ?, mais cela reste une affaire encore asphérique), selon les registres du réel,

de l’imaginaire, du symbolique — c’est-à-dire (et on le verra) selon une aliénation, donnée elle-même comme réelle, imaginaire ou

symbolique.

Avec la science, l’aliénation réelle (Un?(Un?a)) prend le devant de la scène — et aboutit à ces bouts de réel que sont

les objets a.

Dans le réel, le psychanalyste vient en tiers pour rapporter l’un à l’autre, l’analysant et l’inconscient. À ce faux

trou que constitue l’analysant avec « son » inconscient (cet inconscient, comme la parole, n’est, de l’analyste ou de l’analysant,

ni de l’un ni de l’autre, mais vient en réversion entre les deux comme supposition de savoir qui implique de même un sujet entre

les organisations schématiques des veines signifiantes qui se déterminent comme de l’analysant ou de l’analyste), l’analyste comme

sinthome apporte le nouage qui proprement réalise le trou d’où tout réseau signifiant prend son départ et son ampleur. Ou bien, en

« retournant » ce faux trou, pour conjoindre le sinthome et le réel, c’est l’imaginaire qui les relie, voire cet autre faux trou

entre l’imaginaire et le symbolique, ces deux faux trous constituant alors un nœud à 4. Ainsi se trouvent noués l’analysant et

l’inconscient par l’analyste et le sinthome, façon d’articuler le réel et le symptôme avec le symbolique et l’imaginaire, ou

encore le couple analysant/analyste avec l’inconscient et le sinthome.

 

 

 

2. Le principe du décalage et sa raison schématique

 

 

De la fonction Père se déduit l’Entstellung, concept que Freud a utilisé dans sa banalité, au sens général de «

transposition ». Lacan, comme pour d’autres concepts, le porte au paradigme en tant que rapport signifiant/signifié[34]. Ce

décalage (ou dérangement : ecstasis) qu’est l’Entstellung est constitutif du signifiant :

 

 

Il est aussi constitutif du symptôme, transposé, décalé du sinthome. Le nœud à 4 est ainsi « déduit » du nœud à 3.

À partir de là, je dirai pour ma part, que la variance (toujours l’Entstellung) est au cœur du processus analytique.

Lacan va jusqu’à considérer que cela « met en cause » (selon l’ambiguïté propre au français : revenir à la cause et mettre en

doute) le système de la cure. Je prendrai cependant ce système comme la mise en œuvre de la fonction Père, en tant que raison

constitutive plus qu’en tant que cause. Car ici l’ouverture signifiante ne fait pas loi, mais conditionne la raison que la parole

insuffle (cf. le De affatu)[35] pulsionnellement au corps. La fonction du Père remet en question à partir de leur opposition

apparente deux assertions de Lacan : « J’attends tout du fonctionnement et rien des personnes »[36] et ici (p.330)[37] : « si la

voie de la psychanalyse se met en cause en la question de ses variantes […], une existence aussi précaire pose qu’un homme la

maintienne et que ce soit un homme réel ». Pas étonnant que Lacan parle dès lors de cette voie comme « ambiguïté », en quelque

sorte redoublée du fait « qu’on n’y voit pas le terme où s’arrête l’ambiguïté »
(ibid.). Façon de retrouver l’équivocité

précédente de deux langues en l’une, ou du nœud à 4 dans le nœud à 3.

Et quelle que soit la façon qu’aurait l’homme réel de fixer ou non ce terme, « dans les deux cas, il sera, par son

action, plutôt joué qu’il ne la joue » (ibid.). C’est dans ce « portage », dirais-je, un « portage » du sujet par le signifiant,

qui soit aussi un « se laisser porter ». De là l’ambigüité qui ouvre à la fonction Père. Ambiguïté que j’entends comme la tension

(Spannung) entre des termes différenciés à quoi mène l’excitation et qui appellent par décharge à la production d’un en-plus

décalé de l’indifférencié donné comme initial, quand c’est rétroactivement que cela se pose ainsi.

 

 

 

À ce niveau, pour suivre Lacan, l’ambiguïté à double détente (« à double entente », p. 331) se redouble encore dans

l’interprétation où ce que cela veut dire implique qu’on renouvelle préalablement la question sur le mode de « ce que veut dire ce

« veut dire » » (ibid.). Comme c’est là une affaire d’???? (et non d’????), l’éthique prend sa raison de ce que le Père (toujours

« ambigu » : barrière de contact, présentification de l’absence, mœbien plus exactement et maintenant oxymore) est, comme

producteur, aussi un produit, à la fois un produit de la tension entre les termes différenciés coupant à l’indifférence et un

produit de la faille (tmèse)[38] entre eux, une faille que Lacan appelle non-rapport. Ce dualisme définit la cure psychanalytique

: en ce que la parole ne s’y développe que d’un terrain (schématisme) non balisé par l’analyste et que ce dernier ne tienne que du

crédit que lui accorde l’analysant en l’autorisant soit à moduler son schématisme (de l’analysant) du sien propre (de l’analyste).

Ici cette ambiguïté se résoud en un écart (Entstellung) uniquement réductible (mais sans que ce soit justifié, car

comme décalage il a sa raison d’être en tant que participant de l’organisation signifiante) comme conjonction de la parole (qui

circule entre analysant et analyste, le sujet en l’occasion étant le sujet supposé savoir du transfert) et du discours. Je

reprécise cette conjonction en reprenant une page écrite à la lecture de J. Hintikka.

 

Pour ce faire, je reviens sur la pulsion.

Deux définitions en existent qui sont en réversion l’une de l’autre. Freud : effet du somatique sur le psychique.

Lacan : effet sur le corps du fait qu’il y ait un dire. J’ajouterai un troisième mode. Il a trait à la façon de traduire la

Bedeutung de Frege. Aussi je reprendrai Hintikka pour avancer.[39]

Quand Frege distingue la Bedeutung comme parcours extensionnel des valeurs de la fonction et le Sinn comme la façon de

mettre en jeu la fonction au travers de cette Bedeutung (le sens est le mode subjectif de spécifier la signification objectalisée

d’une fonction), Hintikka (traduisant ces termes par sense et reference) ajoute un « élément » de plus : la meaning function qui

intervient dans le lien sens?référence. Pour ma part je considère, au-delà de Frege, qu’il y a trois modes (extensionnels) du

signifié : sens, signification (Bedeutung) et position subjective (ou attitude propositionnelle).

 

 

 

Hintikka présente les choses ainsi :

 

 

(c’est moi qui en donne une telle schématisation).

Cet axe de la fonction signifiante ( ? !) se présente comme la conjonction de l’attitude propositionnelle comme meaning (et

position subjective) et de la fonction en intension.

 

 

Cela donne une représentation (sur l’axe de la Verliebtheit) équivalente à la réduction de la bande de Mœbius à la ligne sans

point dans le cross-cap (selon Lacan dans « L’étourdit »),

 

 

 

soit la réduction de la bande à sa coupure.

Je suggérerai que la pulsion est cette fonction signifiante opérant au niveau extensionnel (corporel), sur l’axe de

l’Objekliebe.

 

 

La pulsion est cependant aporique d’être à la fois fonction et déjà or

ganisation signifiante de l’objectalité. C’est à ce niveau qu’il est question de connaissance (relation du sujet à l’objet), au

fond fantasmatique. Aussi ferai-je de la pulsion l’axe d’appropriation du réel par la vérité (selon Lacan dans « L’étourdit »

toujours) sous la commande du dire.

 

 

 

Aussi la pulsion est-elle l’organisatrice de ce réel, croisant dans la structure les axes du narcissisme

(Verliebtheit) et de l’objectalité, selon les choix idéaux du sujet

 

 

C’est donc en termes de pulsion que l’ambiguïté entre parole et discours se réalise.[40] À la différence de ce qu’en

dit Lacan (ibid.), un schème mœbien permet et cette conjonction et la disjonction maintenue de ses termes. Il est vrai, comme on

l’a vu, que la quantification égalise et .

Le symptôme même n’est que la reprise matérialisée du nouage en quoi consiste la fonction Père. C’est donc la manière

par quoi la syntaxe du schématisme subjectif se résoud en « sémantique psychanalytique » (p. 333). Aussi me faudrait-il ici

recourir à l’œuvre entière de Hintikka pour reconsidérer cette sémantique dans la stratégie des jeux de langage propres à la

rhétorique psychanalytique.

Aujourd’hui c’est proprement à la construction de son histoire que le sujet se dévoue dans sa psychanalyse. Le conflit

de fond entre passions et observance des règles[41] se ré-actualise de façon acratique[42] entre dérangement (ecstasis ? extase,

Entstellung encore) et obstacle (enstasis? instance), ou, dit autrement, entre intempérance et faiblesse de volonté. Étant entendu

que la volonté que l’on se doit de considérer en psychanalyse est la volonté de jouissance[43] entendue comme le désir de vivre et

de donner à son existence (fonction Père) les développements avec lesquels rompre en retour[44] pour en assurer l’intension.

L’on retrouve ici la confusion entre fonction et objet qui a fait l’entrée de mon propos : j’en reprends les termes

entre parole et écrit, relativement à la vérité (ibid.).

S’il y a variation dans la psychanalyse, c’est en particulier de réarticuler cette littoralité (comme je la définis :

deux domaines localement distincts mais globalement identifiables n’ont donc pas de frontière tierce entre eux) entre la parole en

œuvre et les éléments qu’elle articule, qu’il s’agisse du contenu du discours, de la rhétorique des liens ou de la fermeture de

l’inconscient (nécessaire à son ouverture)[45]. Ces extensions peuvent aussi s’entendre comme homophonie, grammaire de l’échange

et logique (asphérique), tels que l’ambiguïté (pp. 330-331) y domine ou plus exactement l’équivoque, comme nous avons vu en

subsister le principe dans la passage des équivoques, d’une langue de fond à la langue naturelle présente.

Tout le propos de Lacan, reprenant ce que la seconde topique de Freud implique de renouveau de l’interprétation ainsi

maintenue dans son axe, est de réarticuler comme nodalisé l’ensemble (moi, ça, surmoi) tel qu’il est productif, via la fonction

Père, d’un schématisme neuf attenant à la productivité de cet ensemble. Car sinon, dénodalisé, cet ensemble freine tout autant sa

productivité : toujours prêts à se dénouer, le moi, le ça et le surmoi, en renouvelant l’appareil psychique de la première

topique, en viennent à souligner ce que la fonction Père doit à la mort. En particulier celle-ci se présente dans toutes les

lacunes du discours, les réserves de la parole, les trous de la mémoire et les achoppements de l’invention. Non seulement la

résistance tient au schématisme en jeu, mais plus exactement au choix qu’effectue le sujet (supposé savoir : articulant analyste

et analysant) entre les éléments (voire contre eux) qui composent ce schématisme.[46]

 

 

Lacan avance plusieurs définitions du sinthome que je ramène toutes au Père en fonction. D’abord, pour une femme, pas

toute dans la castration, cette dualité sépare le tout et le mais-pas-ça constitutifs du « tout, mais pas ça » propre au pas tout.

Ainsi le Père a-t-il bien fonction via la Verliebtheit, d’être mais pas ça. À quoi l’on peut toujours greffer le « tout le reste

de la grammaire » comme pas-je[47] en opposition au Je.

Au début, pour Lacan, le sinthome n’est que le symptôme — puis cela se module autrement relativement au nœud borroméen

. Quand il soutient que l’équivoque est la seule « arme contre le sinthome »[48], il fait du symptôme l’effet du non-rapport quand

le sinthome en deviendra — je le dis dès maintenant — l’équivalence du rapport et du non-rapport, sur le mode de la paire ordonnée

: (rapport ? (rapport? non-rapport)), qui les distingue cependant (cela reste asphérique). Le rapport vaut donc comme nœud

borroméen quand le non-rapport est son dénouage. Le symptôme est donc un renouage. Il a ainsi un effet réparateur.

C’est parce que le Père est un sinthome que la version vers le Père fait l’Un de l’énamoration — et que le trois-en-un

du nœud tient. Sinon il ne tiendrait que par le quatrième qui est symptôme. Aussi (malgré Lacan et son propos au début de ce

séminaire) je fais du sinthome la tenue fonctionnelle du nœud borroméen à 3. À partir de là le sinthome demande à s’expliciter en

symptôme, donc différemment de ce qu’il est.

Quand un auditeur pose à Lacan la question (p. 40), relative au corps et à la parole, d’un « engagement physique

direct avec ce réel », en termes d’amour et de jouissance, Lacan répond que c’est ce dont il s’agit : « le réel fait accord »

entre « ces pôles qui constituent et le corps et le langage ». J’y vois la même difficulté que celle de Russell à parler

d’accointance (connaissance directe des choses) différemment de la connaissance par description.[49]

La question nodale permet assurément d’aborder le nouage dissous entre les ronds comme le refoulement primordial,

celui dont il s’agit de réduire les effets[50]. C’est en cela que la fonction Père est trou et refoulement primordial. Mais ce

refoulement peut se transcrire extensionnellement en refoulement proprement dit et donc en savoir inconscient. Le refoulement

primordial, en se transcrivant en symptôme, se matérialise via les représentations et prend corps. Il n’est plus signifiance

seule, s’il en était, mais signifiance prise dans un corps de langage, à la fois le corps symbolique et le corps réel attenant à

la langue de chacun, de chaque sujet distinct d’un autre. Le trou borroméen n’a rien d’un faux trou : il est le nouage même et il

tient. Cela me fait dire que le nœud borroméen en tant que tel a la même structure que chacun des ronds, en ce que celui-ci est

homogène (réel, imaginaire, symbolique : ex-sistence, consistance, trou) à chacun des autres.

Le nœud borroméen à 3 ronds montre comment tient la structure du sujet : grâce au trou du Père, du refoulement

primordial, du nouage lui-même. Mais ce trou — je l’appellerai donc « sinthome » — disparaît dès qu’il y a symptôme ou artifice,

art, savoir-faire, au profit d’un autre trou, propre au nœud à quatre. Le trou demande ainsi à toujours être précisé dans sa

texture. C’est dire qu’il n’y a pas qu’un Père et que la fonction trou vient en regard des Pères ou plus exactement des

Noms-du-Père, chaque nœud « métaphorisant » autrement la fonction Père. C’est le un du trois-en-un trinitaire qui devient

quatrième. En quelque sorte le symptôme conserve la marque du nouage entre le réel, le symbolique et l’imaginaire. Ce que Lacan

appelle « équivalence » ou homogénéité entre les trois ronds est ce qui fera la cons
istance du symptôme. C’est dire — à

l’identique de l’équivalence entre les deux sexes, laquelle fait non-rapport — que le symptôme s’organise du non-rapport, depuis

le nœud dénoué. Dans le borroméen à 3 le non-rapport est la fonction Père : pas de rapport entre les trois ronds et pourtant ils

tiennent ensemble. Toute la question du langage[51] tient de même à ce non-rapport. Simplement il nous faut distinguer entre le

non-rapport des ronds dénoués et le non-rapport opératoire des ronds noués borroméennement.

À la fonction du non-rapport faisant rapport dans le nouage fait pièce (au sens propre) l’objet extensionnel propre au

réel. Et par après cet objet fait référence au nouage lui-même.

 

 

L’on saisit ainsi en quoi la structure du discours est la structure du nœud, et en quoi le non-rapport implique en retour le

rapport : ((non-rapport?rapport)?rapport).

Le schématisme borroméen de la fonction Père contrevient ainsi dans sa variance à toute fixation propre aux réels

objectivants et psychotisants. Ce schématisme, attenant au borroméen, définit via le rapport (second) entre rapport et

non-rapport, le lien fonctionnel d’aliénation et ce qui s’en joue, mais objectalement, en terme de sé-paration (au sens de Lacan)

d’où s’organise le sujet. Dans l’abstrait, cela donne la paire ordonnée déjà considérée : (rapport ? (rapport?non-rapport)). Plus

concrètement la séparation se présente toujours comme réparation : passage du 3 (où le non-rapport peut toujours faire lapsus du

nœud) au 4 : 4 borroméen ou lapsus réparé du 3.

 

réparation

 

 

3. Les extensions de la fonction Père dans la cure psychanalytique, ou : d’une pratique sans nécessité de technique

 

 

Même à parler de gain dans la cure — par exemple en terme de gain de jouissance (plus-de-jouir, Lustgewinn) —,

l’intérêt en est d’y fonder et d’y inscrire la fonction de la perte (pulsion de mort, castration, non-rapport, indécidabilité,

faille, rupture, chute…) que représente la fonction Père. ou sa réparation Les praticables de la cure assoient comme extension(s)

en la matérialisant cette perte qui module la fonction Père — ou disons : la parole. Les avatars de la parole infiltrent donc les

objets comme objectalité, les images comme formalisation et plasticité, les signifiants et plus largement le langage comme

rapports sans cesse renouvelés. D’où la variance maintenue de ces praticables eux-mêmes.

Car ils sont les assises de l’effet en retour qui les détermine pour ce faire, afin qu’en prenne naissance la fonction

Père, car elle n’a rien d’innascible, négation à l’appui, toujours bienvenue pour spécifier un concept et pas uniquement celui de

Dieu le Père.

Dans la critique, somme toute mesurée, qu’effectue Lacan (pp. 341-342)[52] des théories de Wilhelm Reich, relatives au

symptôme et à la défense en lien avec le caractère (je dirai, pour ma part : le schématisme que le sujet fait sien, c’est-à-dire

son ???? que la rhétorique traduit, en ce qui concerne l’orateur, comme son « caractère »), je retrouve ce fondement

d’organisation qui, partant de l’indifférenciation primordiale de Freud, en vient, grâce aux effets de la tension que crée une

différenciation dans ce champ d’expérience — en passant par les voies de l’excitation — à produire un décalage (Entstellung) — en

passant par les voies de la décharge — d’avec cet indifférencié initial (à voir p. 348).

 

 

 

Or ce qu’en souligne Lacan (p. 342) — pour bien en marquer et la formalisation et les effets tangibles dans la névrose

—, c’est « la fonction imaginaire ». Affaire plus éthologique (????) qu’éthique (????). Le problème ici est le glissement du

sinthome (inaccessible) au symptôme (saisissable sinon maniable). Avec à la clef l’avantage de pouvoir peser sur le symptôme —

sinon le modifier — et l’inconvénient de ne plus mettre en jeu la productivité symbolique même du sinthome.

 

 

 

Le problème est dès lors de ne pas prendre le Père pour imaginaire — malgré cette métaphorisation mythique de Freud.

La fonction (Père) en effet n’est pas saisissable en elle-même et le symptôme n’est là qu’en tant que tentative d’organiser le

nouage, comme tel uniquement fonctionnel (et en rien organique — selon une opposition qui prend sa source en sémiologie

médicale).[53] C’est dire que la pulsion de mort est là au fondement de toute symptomatologie, bien loin qu’on ait à concevoir le

symptôme comme une construction adéquate à la supposée objectivité des choses dans la difficulté qu’on éprouverait à les

appréhender. Plutôt faut-il envisager le symptôme comme la difficulté à saisir le vide opératoire de la fonction. Cette

difficulté est identique à la saisie : il n’y a de saisie que difficile : dans le passage de la fonction à ses praticables

extensionnels (falsidiques).[54]. De là s’entend que la fonction Père et la raison de sa mort (comme représentant son

insaisissabilité) sont nécessaires dans le mythe — voire celle de Dieu dans la Christologie, c’est-à-dire la raison de

l’Incarnation. Question de sens — et le choix hérétique est ici toujours présent — et non de signification. C’est en quoi il faut

souligner la remarque de Lacan, qui n’a rien d’un truisme : qu’un homme réel soutient, sur le versant de l’analyste, la fonction

du sujet supposé savoir.

On voit là que le recouvrement du sinthome immatériel par le symptôme rendu évident définit proprement la défense. La

seule critique à faire, à mon avis, au Lacan de cette époque en utilisant le Lacan ultérieur, c’est que l’aliénation — ce concept

essentiel — est encore engluée dans l’intersubjectivité au lieu de produire son assise dans les rapports signifiants qu
i

n’impliquent le sujet que secondairement.

 

Plus tard Lacan différenciera du simple englobement cette emprise de l’Autre sur le sujet par une réversion entre eux. Et cette

réversion, il l’exprime en termes de paire ordonnée ( en elle-même réversible en quelque sorte) (S1 ?(S1?S2)) : (S1?(S1?S2)) selon

que le S1 soit le signifiant qui représente le sujet auprès de tous les autres ou celui auprès duquel tous les autres représentent

le sujet, et de même, au-delà de cette aliénation symbolique, pour les aliénations que je dis réelle : (Un ? (Un?a)) et imaginaire

(S(A/ )? (S(A/ )? (i(a))), celle-ci plus facilement rapportable au sujet via l’image spéculaire.

Ces rapports entre fonction Père (en intension) et extensions objectales, formelles, langagières (ces dernières

proprement symboliques) définissent et les symptômes et les positions subjectives qui leurs sont relatives au sein des choix

structuraux (schématiques) possibles. Le plus communément, c’est d’une rupture entre ces extensions et l’intension dont elles

dépendent que s’organisent les aspects dits pathologiques de la présentation subjective :

– fixation psychotique aux extensions,

– tentative de redialectiser de façon délirante les liens extensions-intension à partir des seules extensions

disponibles,

– assimilation du sujet aux extensions — et d’abord à l’objet — dans les perversions,

– modulation différente des éléments discursifs dans les postes du schématisme retenu, en ce qui concerne les

névroses.

Nous voyons déjà dans ce texte de Lacan apparaître le terme de « facticité » (p. 343), ici dédoublée de l’inexistence

symbolique du sujet, et qui spécifiera les expansions extensionnelles du plan projectif coupées de l’intension asphérique qui

l’organise dans sa non-orientation.[55] Aussi Lacan est-il fondé à pousser plus avant la formule de l’aliénation écrite en paire

ordonnée : (fonction en intension ? (fonction en intension? fonction en extension)), de façon à différencier ce qui y opère comme

pulsion de mort (fonction Père en intension intrinsèquement opératoire, au « centre » de cette formule) et comme narcissisme

(fonction Père extrinsèquement nommable malgré son intensionnalité de base).

 

 

 

Ainsi n’est-ce pas uniquement « dans le couple pervers » (p. 343) que s’organise ce dédoublement, mais au sein de tout sujet,

conçu selon la structure quadrique dont je schématise son organisation.

 

 

Au fond le problème — que j’évite jusqu’ici de préciser — est celui de la confusion entre le « moi » dont Freud

n’avait nul besoin (puisqu’il s’en tient au Ich, et au Subjekt) et le sujet tiraillé entre narcissisme, idéaux et objet

 

 

ou, plus radicalement, coupé entre fonction et objets. Ainsi le moi n’est-il qu’une objectivation factice parmi d’autres.

 

 

 

Il n’y a de sujet que tiré aux différents postes de la structure, ici quatre : entre narcissisme, idéaux et objet d’amour. Ainsi

l’objet se soutient-il — selon ce qu’en dit Freud à propos du narcissisme — de l’amour opérant à l’accusatif quand le narcissisme

comme tel est dans le nominatif. Cette tmèse entre sujet et objet opère au sein du sujet : (narcissisme? (narcissisme? objet).).

La fonction Père est cette déhiscence elle-même, celle qui noue les cercles du borroméen uniquement de manière fonctionnelle. Son

effet d’agression contre le sujet, au sein même du sujet, se condense en chacun des postes extensionnels : objet, image de

l’autre, signifiant. Et chacun des attributs dévolus à ces postes reste marqué sur son versant propre de cette agressivité issue

du Père et à lui renvoyée : l’objet en contrepoint du sujet, l’image de l’autre comme le fondement identificatoire du sujet, le

signifiant comme « l’origine » mais aussi la mort du sujet.

La fonction Père, dirai-je, assure, sous ces derniers avatars, la pulsion de mort, pulsion par excellence ; la parole,

tout autant pulsionnelle — et qui n’est en rien « médiation » (p. 348), mais existence — ; l’échange, au fond plus symbolique

qu’imaginaire. Car seul cet échange implique une production (plus-de-jouir) que le « marché » imaginaire ne saurait entraîner.

Avec la fonction Père, l’idéalisme hégélien retrouve ainsi ses aises sous la plume de Lacan faisant état à ce niveau

de la Mort, comme pulsion réelle, échange symbolique, maîtrise imaginaire. Et cette « mort » (p. 348), amplifiée en son abord

standard, est proprement le fondement du sujet, dans quelque registre qu’il se situe pour la mettre en œuvre, comme objet, image

ou mot. L’erreur sur la mort (extensionnelle et réelle) à l’encontre de la Mort (symbolique et intensionnelle) induit les

exactions que société ou individu depuis Caïn mettent en œuvre afin de s’établir contre.

Ce contre est la négativité même, bien notée par Freud au fondement de tout jugement. C’est là l’involution

signifiante que Lacan évoquera dans La logique du fantasme.[56]

En fait ce n’est pas l’indifférence qui crée la liberté (p. 349), mais spécifiquement la différenciation de termes en

tension entre eux dont la production est plus contingente dans ses effets que libre (et certainement pas libre de produire en

retour un quelconque prédéterminé).

L’ensemble de ces données souligne l’aliénation imaginaire, fondant dans la construction de l’Autre l’image spéculaire

du sujet (que cet autre lui alloue depuis son absence de fondement) : ( S(A/ ) ? S(A/ )?(i(a))). Aussi l’analyste ne saurait-il

faire procéder sa pratique de la position factice que lui allouerait une technicité (dite « technique de la cure ») faite

d’apprentissage et de connaissance, voire de « don » du type « accointance » avec l’analysant.

 

 

À faire nœud entre le sinthome et le réel, l’imaginaire (ou la dualité imaginaire-symbolique) représente le

sujet-en-corps.

Reprenant les dires de Joyce lui-même, Lacan en vient à spécifier ce qu’il a déjà appelé — et non sans raison à propos

du corps en ce qu’il supporte l’affect et la représentance (qui « cote comme valeur ce qui s’en transfère »[57] : Affektbetrag) —

la version vers le Père, soit la « Père-version » (je maintiens quant à moi l’écriture avec une majuscule), qui lie en son trajet

le poste de sujet à celui du Père, soit la question du féminin et donc l’amour narcissique, la Verliebtheit, vécue asphériquement

comme « hainamoration » (Lacan dixit).

 

« La père-version est la sanction de fait que Freud fait tout tenir sur la fonction du père. Et le nœud bo, c’est ça » (p.

150).[58] À toute application technique ou doctrine (technique psychanalytique, doctrine freudienne), mal venues comme préformées

et de là psychologisantes, le psychanalyste supplée par ce que la Père-version qu’il met en œuvre, depuis la position de

contingence du mi-dire qu’il tient, a d’inventif à chaque fois (dans chaque cure et dans chaque séance d’une cure). L’inventivité

signifiante est attenante à l’ouverture fonctionnelle qu’est l’échappement.

 

 

L’amour pour le Père est le pendant subjectif de ce qu’il contraint le sujet de se référer à la castration. Même et a

fortiori s’il est mort, cette contrainte du Père persiste (c’est le surmoi, mais c’est aussi par là la jouissance phallique et,

pour tout un chacun, la pulsion de mort : affaire déontique d’obligation) : la Versagung des fils (libérés du Père) à l’égard des

femmes rend compte de la persistance de cette exigence de soumission à la signifiance dont l’homme (Mensch) procède dans sa

dépendance du langage.

Cette loi de l’amour comme Père-version est celle qui organise la référence subjective à l’organisation signifiante.

C’est pour moi le sinthome et tout symptôme n’en est qu’une reprise explicitée, rendue évidente par ce qui de ce fait semble— sans

plus, mais cela ouvre au semblant valant comme agent du discours[59]— être un ratage de la subjectivité et, dans ce schématisme

borroméen, un ratage du nœud, un ratage du sinthome. Ce ratage appelle réparation : symptôme ou ego rafistolé. Et ce ratage

fondamental est l’échappement que j’ai évoqué initialement (§ 1).

Tout lapsus du nœud (impliquant dans le dessin une « erreur » de dessus-dessous) ouvre à ce passage du sinthome au

symptôme rendu évident et, par là, souligne l’importance de l’imaginaire en l’affaire. Dans l’exemple (un exemple, sans plus) que

Lacan donne (p. 151), « Le grand I n’a plus qu’à foutre le camp » (c’est-à-dire se détacher, ou choir, je souligne, R.L.). Mais ce

« foutre le camp » peut s’entendre autrement, soit que cet imaginaire ouvre au camp de concentration subjectif du symptôme (une

concentration faite d’anti-métaphore, puisqu’elle lie sans passer outre), soit qu’il implique que le sujet choisisse son camp (de

façon anti-métonymique : le placement refoulant le déplacement) entre les groupes sociétaux, soit qu’il réordonne précisément

cette Père-version comme autre chose qu’un sinthome, c’est-à-dire moins dans la dissolution (Anflösung) opérante du nouage que

dans son expression symptomatique (que la cure analytique entraîne à se redissoudre en retour)[60].

Ce que Lacan appelle, à partir de cette idée de lapsus calami dans la figuration du nœud borroméen mis à plat de

façon, disons, topique, « le vrai intensionnel » (p. 152) est pour moi la vérité de la parole qui opère dans la cure analytique

pour y induire,

 

plus exactement qu’ailleurs, des extensions praticables, matérialisations de toute façon symptomatiques de la pulsion (et d’abord

de la pulsion de mort).

 

Ce n’est donc pas pour moi « par hasard » (Lacan dixit) que la parole touche au réel, même si c’est à l’occasion (de façon qui

plus est contingente) par la vérité propre au langage,

 

 

 

C’est — pour jouer sur le mot « aléatoire » — une affaire d’hypothétique, en ce que la signifiance met en pratique une logique de

l’hypothèse qui est proprement la vérité de la parole et l’organisatrice de la fonction signifiante dans ses attendus ainsi

extensionnels. Et ceux–ci n’ont de chance d’aboutir que de façon contingente.

De là la perversion, au sens freudien, de toute sexualité humaine (p. 153). Mais, selon ce que Lacan en dit par

ailleurs[61], la perversion est moins tant une affaire de Père-version que de position subjective au niveau de l’objet (sautant

par delà l’indécidable qui organise la fonction fantasmatique).

 

C’est donc, là encore[62], un changement d’orientation de l’amour, passant de la Père-version de l’hainamoration à l’amour pour

l’objet sous lequel tombe le sujet.

 

4. Le savoir inconscient

 

 

Il n’y a de constitution du réel que depuis le symbolique[63] et l’imaginaire, et de même pour ceux-ci en faisant

tourner entre eux ces trois registres. Lacan parle alors de « nœud de convergence » entre eux (p. 350)[64]. De ce nœud, comme

fonction Père, il ne peut être question pour l’analyste qu’en ce qu’il « porte la parole » (ibid.). J’entends par là qu’il ait eu

lui-même à parler et qu’il parle encore (dans sa cure, dans sa passe, en cartel, séminaire, colloque,…). (C’est le « portage » que

j’ai déjà évoqué au paragraphe 2.)

En face de l’acte de parole comme fonction Père, Freud situait l’Untat, le méfait, le meurtre du Père. Il n’y a de

parole que de là : c’est toujours un
méfait, soit plus exactement un non-acte dialectisé jusqu’à l’acte : un performatif en

quelque sorte. C’est pourquoi Lacan soutient qu’il n’y a pas d’acte sexuel : la sexualité ne vient que mettre en scène ce

non-acte, relatif au Père ; insistons : un non-acte qui fasse acte.

 

 

À la parole comme intensionnelle répondent ainsi, comme de l’Autre, l’objectalisation, la vérité et le transfert, non

sans réversion entre ces extensions et l’intension que la parole constitue : Lacan plus tard en fera le concept de « se-paration

», production narcissique depuis les appuis extensionnels du monde (objets, images et mots)[65]. C’est dire aussi que la parole

n’est pas divine[66], mais qu’elle est un fait déconstructif s’organisant depuis la « destruction » des éléments du monde :

pulsion de Mort, et castration de l’Autre. C’est aussi que la « séparation » est mise en jeu de l’évidement (sinthome) inhérent à

toute aliénation en tant que « perméabilité » de la parole.

La « perméabilité » à la parole est même la condition de la psychanalyse pour l’analyste (p. 352). La question est

cependant de la reconnaître au travers du discours de l’analysant, sachant — avec Benveniste déjà cité — que la parole circule

entre les (deux) interlocuteurs, quel que soit le discours tenu par chacun, et même si l’un se tait (sans s’interdire, bien au

contraire, de parler, surtout par ailleurs), de telle sorte que chacun s’en saisisse à tour de rôle, une parole unaire sinon

unique dans cette réversion même.

Ainsi, à faire fi des discours comme tels, l’analyste peut-il se déterminer de la parole en elle-même — passant par

le Père, l’Un, la Mort, la pulsion, la castration de l’Autre, la signifiance… Avec l’Homme aux rats cela se saisit dans son

érection en réponse au fantasme de visite de son père mort. Avec l’Homme aux loups, c’est la question délirante du trou qui

réévoque (d’extension en intension) la parole.

La fonction Père, sur le versant de l’analyste, se manifeste au niveau de la parole comme proprement présentification

de l’absence (elle présentifie ce qui n’a pas lieu d’être là), au niveau de l’inconscient comme savoir du non-savoir, au niveau de

l’objet comme rapport (identificatoire) du non-rapport (à l’objet), au niveau du schématisme qui est le sien comme modélisation de

l’informel. Sur le versant de l’analysant, la fonction Père se présente comme reconnaissance de la castration, comme cotation de

l’affect (Freud : « valeur affective »[67], Lacan : « cote comme valeur ce qui s’en transfère »[68], sur quoi il faut insister) ou

comme souvenir écran, voire un déjà-entendu, ou la prise en compte de la figurabilité. Au total, c’est d’incorporation du vide

qu’il s’agit, sur un versant ou l’autre de la cure comme du discours analytique.

L’ouverture, somme toute, n’est là que pour impliquer la fermeture qu’il s’agit de dialectiser[69], puisqu’on ne

saurait se départir de la nécessité de cette fermeture comme obstacle.

Ce que Lacan appelle « parole vraie », je la dirais aujourd’hui, à sa suite, un degré d’authenticité qui n’est marqué

que par les points de butée de l’analyste, ses interrogations, ses frayages, sa névrose domestique propre, son pervertissement

institutionnel, sa cure, sa passe et son discours. Entendons que l’analyste ne peut que parler lui-même, ailleurs — selon un

schéma de tierce personne —, pour laisser la voie de la parole à son analysant.

Il est sûr qu’à cette époque (1953-1954, rappelons-le) Lacan (selon son penchant propre et non par suivisme de

Heidegger) a un discours pour beaucoup essentialiste où l’être tient une place notable qui n’est pas encore celle de « parlêtre »

ni du « parêtre », ni du « dire que non en tant qu’être ». Si l’être comme « parêtre », n’est qu’un être à côté de la plaque, un

être para, c’est qu’il est tributaire, mais comme sujet, de l’aliénation symbolique : (S1? (S1?S2)).

 

 

Il n’y a de parêtre que dans le non-rapport : c’est lui qui fait équivalence (apshérique) dans la différence.

Quand Lacan reprend, en termes de modalité, ce qu’il avait déjà dit, en termes de tétrapode, à propos de l’équivalence

entre les sexes qui implique du non-rapport,

 

 

 

il en passe par ce qu’il appelle le nœud « en huit » pour expliquer le coinçage qui s’y joue si le rond « circulaire » « englobe »

le « huit » :

 

 

Avec le sinthome (encore compris comme symptôme, ce qui se justifie puisqu’il y mène, je le rappelle), il n’y a pas équivalence de

ces deux ronds. En cela il y a rapport (sexuel). La définition de l’Autre sexe (j’appuie cette différence radicale d’une majuscule

renvoyant à l’Autre) se détermine ainsi du sinthome, pris comme symptôme (« glissement » de tel rond qui rende le sinthome

praticable).

 

 

5. Développement sinthomatique d’une cure psychanalytique

 

 

L’axe essentiel d’une cure analytique est donc de séparer la fonction et l’objet. Lacan figure le ratage intensionnel

de la fonction conduisant communément à des objets (qui sont des fonctions en extension)— des objets alors dédialectisés d’avec

cette fonction (jouissance, pulsion, existence, désir, angoisse…) — comme un glissement (lapsus) d’un rond vis-à-vis d’un autre,

intervertissant le dessus-dessous de façon inappropriée à la tenue du nœud borroméen. Lacan exemplifie ainsi le ratage sur un seul

axe objectal et non sur les trois.

 

 

 

La réparation de ce glissement est donc une question. Elle peut se faire sur le mode du passage du sinthome au symptôme : un

dessus-dessous glissant étant alors tenu par un rond supplémentaire qui le « serre ».

D’une façon conceptuelle, le mieux est cependant de repartir de ces équivalents modaux du nouage sinthomatique que

sont les aliénations (réelle, imaginaire, symbolique), si elles opèrent. En effet, le nœud borroméen n’est qu’une mise en forme

schématisée du vide constitutif de l’aliénation. Repartir de ce vide aliénant est une opération essentielle à quiconque a repéré

qu’il avait tout intérêt à remettre en jeu la fonction en intension, qu’il fasse état de l’intension en termes de pulsion[70],

jouissance, désir ou autre. Alors la réparation consiste à refaire un nœud correctement tenu, afin qu’il fonctionne.

Plutôt que de jouer de réparation par l’adjonction d’un nouvel effet symptomatique (donné en théorie comme un rond

supplémentaire) dans la cure psychanalytique qui n’est pas « prothétique », mieux vaut considérer que la disjonction entre

fonction et objet est la visée de la cure, mais une disjonction qui vise à les dialectiser. Ainsi depuis les trois modes

d’aliénation considérés précédemment (en se soutenant du schématisme valant comme science de la psychanalyse, mais aussi de la

subjectivation et du savoir inconscient), trois modes de séparation prennent place, liant, dialectisant, nouant les horizons

extensionnels de la cure et leur fondement unaire, fonctionnel, en intension (après que l’aliénation les ait différenciés). Notons

que la « séparation » relie, quand l’aliénation distingue.

Chaque séparation (au sens de Lacan) opère au sein de la paire ordonnée organisant l’aliénation correspondante :

– dans le réel : (Un ? (Un?a)),

– dans l’imaginaire : ( S(A/ ) ?(S(A/ )?(i(a))),

– dans le symbolique : (S1?(S1?S2)),

en réassurant l’Un, le S(A/ ), le S1 comme fonction Père diversifiée. Depuis le manque et la chute de l’objet, l’Un de séparation

(à distance de toute unité englobante et fixatoire) ouvre à un schématisme mettant en jeu l’asphéricité de la fonction phallique.

Le S(A/ ), signifiant de la castration de l’Autre, en jouant de destitution subjective, se départit de toute égologie pour revenir

à la stricte dépendance subjective à l’égard du signifiant. Dès lors, c’est à mettre en œuvre la signifiance et à redresser les

effets du refoulement primordial que la cure s’attelle au travers de la mise en jeu des signifiants et du refoulement proprement

dit en terme d’articulation du savoir avec la vérité.[71] Chaque mode de séparation est déjà en soi dialectique, mais chacun se

dialectise qui plus est avec chaque autre.

Chacun de ces trois modes dialectiques est asphérique et, comme tel, est support de jouissance, remettant en jeu

l’existence du sujet, au travers de ce qui s’en développe de pulsion ? Le poinçon est l’index d’un lien littoral entre intension

et extension : pulsion (S/ <>D), fantasme (S/ <>a).

 

 

*

 

 

Voyons dès lors les réparations (comme Lacan les dénomme malgré tout), telles qu’elles se présentent en séance pour

faire fonction de séparation. Très exactement, c’est le littoral qu’il s’agit de « réparer », c’est-à-dire de faire opérer. Comme

le poinçon, le littoral est asphérique : intension et extension ne sont distinctes qu’au profit de la fonction qu’elle

présentifient chacune sur son versant.

Au-delà de ce que Lacan avance de l’asphéricité entre le cadre et son contenu dans Ulysse de Joyce,

 

 

 

je voudrais souligner cette asphéricité dans Finnegans’Wake, elle concerne très explicitement la littoralité[72] bien indiquée par

le riverrun qui ouvre le livre. Riverrun : un (run, le cours de la rivière) ou deux (rives, un riverain) ? Entre un et deux, opère

le littoral (shore) comme asphérique. Ce littoral, à un niveau théorique, c’est le lien dialectique entre le corps et le

narcissisme primordial (l’affect).

 

Ce corps, c’est déjà (au plus proche métonymique du sujet) l’Autre, comme barré de l’Un-en-moins rendu objectalisé comme a.

 

 

 

Le littoral (riverrun), c’est aussi celui qui lie l’ego au narcissisme

 

 

 

 

Le propos d’une cure est de ne pas objectiver le Père, mais de la faire fonctionner. Lacan : « pour s’en passer ».

c’est-à-dire pour le ramener à l’évidement nécessaire au nouage, fonction Père en intension.

Ce faisant, je ne considère pas que le nœud soit une affaire de cordes — ce serait donner trop d’importance à la

consistance et à l’imaginaire —, mais c’est une affaire de littoralité. Un rond (une « corde », un « trait ») n’est que le passage

d’un « espace » à l’autre du nœud mis à plat, en particulier passage de l’intension à chaque extension en retour. Disons que

l’interprétation — et le cure dans son ensemble est toute interprétation, y compris de la part de l’analysant — met à plat. La

littoralité du nœud en est rendue d’autant plus évidente et les espaces du nœud en deviennent d’autant plus accessibles : cela

permet une modulation « réparatrice » des liens qui les rapportent l’un à l’autre, et d’abord en termes d’engendrement, disons,

subjectif (pour ne pas dire auto-engendrement) : se parere, se produire depuis la signifiance mettant en jeu les signifiants dont

un sujet se détermine.

 

 

——————————————————————————–

[1] J. Lacan, »Variantes de la cure-type », Écrits, Seuil, 1966, pp. 323-362.

[2] Je distingue le schème idéique du schéma formalisateur et de sa représentation figurée. Mais ces trois « niveaux » de mise en

jeu du schématisme ne peuvent que se recouvrir (là encore de façon borroméenne : chaque niveau est homogène aux autres, mais s’en

distingue cependant).

[3] Cf. R.L., « La langue littorale », rédaction réduite dans Che vuoi ? n°26. En portugais, publié in extenso dans

.

[4] Voir l’ouvrage éponyme de Jaakko Hintikka,

[5] Cet étayage, je le souligne, est d’abord fonctionnel ; pour moi, il n’y a pas d’Anlehnung sur l’objet. On voit ici que,

question de subsomption, je renverse les liens de la fonction et de l’objet en situant la fonction sous l’objet.

[6] J. Hintikka,

[7] J. Hintikka se réfère ici à Husserl. Voir aussi Maurice Merleau-Ponty ; Le visible et l’invisible, Gallimard, p. .

[8] Je sais bien que je contredis Lacan là-dessus (séminaire Le sinthome, texte établi Seuil, pp. ). Toute sé-paration (au sens

de Lacan) se fonde d’une absence de fondement extrinsèque : ce qu’indique la fonction phallique. De là elle assure le nouage

borroméen.

[9] R.L., « Pas sans S(A/ ) », Actes de l’E.C.F. n° 18.

[10] J. Lacan, « Acte de fondation », Autres écrits, Seuil, 2001, p. 232.

[11] Marc Barbut, « Sur le sens du mot « structure » en mathématiques », Les Temps modernes,

[12] Chaque choix de structure implique ainsi un réel différent. Cf. R.L., « Construction des impossibles ».

[13] Séances des

[14] J. Lacan, Autres écrits, « Compte rendu du séminaire L’acte psychanalytique », p. 375.

[15] J. Lacan, « L’étourdit », Autres écrits, p . .

[16] Émile Benveniste, « Le langage et l’expérience humaine », Problèmes de linguistique générale, Gallimard, t. II.

[17] La structure mœbienne est ici donnée au §2, p. 325.

[18] Collectif sous la direction de Sacha Nacht, La psychanalyse d’aujourd’hui, P.U.F., 1953.

[19] Du grec agalma, objet d’intérêt.

[20] J’oppose, comme le fait l’anglais « to intend », « intendre » à « étendre ».

[21] J. Lacan, Écrits, p.

[22] J. Lacan,

[23] J. Lacan, « Proposition… », Autres écrits, Seuil, 2001, p. .

[24] Que certain(s) n’entre(nt) pas dans la casrtration signifie que pas tous n’y entrent.

[25] Que tous entrent dans la castration signifie qu’aucun n’y entre pas.

[26] S. Freud, « Pour introduire le narcissisme », GW XIV, p.

[27] Comme on le sait, le tétraèdre correspondant, s’il est mis à plat, au carré modal est le prise en compte d’un des deux modes

de mise à plat du borroméen armillaire à 3 ronds, selon que cette mise à plat soit dextro — ou lévogyre. Les sommets du tétraèdre

sont les points de l’espace 3 (segmenté en 8 « cadrans ») d’où une même mise à plat est possible.

[28] Dans cette fraction de paragraphe, la pagination indique en référence l’édition du Seuil du séminaire Le sinthome.

[29] Je maintiens dans le nœud à 4 cette appellation du nouage à 3, à défaut d’une autre dénomination (comme par exemple, «

saint-homme-adaquin », comme Lacan en joue, ou « saint-home rule »)

[30] On voit ici l’identification du sinthome au symptôme. Mais strictement le terme de « sinthome » ne convent pas au nœud à 4

[31][31] Barbara Cassin, L’effet sophistique, Gallimard.

[32] S. Freud, « Le moi et le ça », G.W. XIII, p ; cf. R.L., « L’Autre jouissance », 2007.

[33] J. Hintikka

[34] J. Lacan, « L’instance de la lettre », Écrits, p.

[35] Raymond Lulle, « De affatu », trad. fse in Cahiers de lectures freudiennes n° , Lysimaque,

[36] J. Lacan,

[37] Pagination référée aux Écrits.

[38] Cf. R.L., « Tmèse », Cahiers de lectures freudiennes n°18, Lysimaque. J’indique simplement ici le lien à faire entre le «

contien », la faille et l’indécidable.

[39] Jaakko Hintikka, « On Sense, Reference and the Objects of Knowledge », in The Logic of Epistemology, and the Epistemology of

Logic, Kluver Academic Publishers, 1989.

[40] Voir speech en anglais.

[41] À relire dans j. Hintikka et M. Hintikka, Investigations sur Wittgenstein, trad.fse Mardaga.

[42] Du grec akrasia, faiblesse de volonté. J’en donne en exemple clinique : un homme en instance de divorce contre sa volonté est

interdit de visite à sa femme. Il retourne quand même chez lui, au risque d’illégalité. Ici un certain schéma de désir se conjoint

à l’acrasie.

[43] J. Lacan, « Kant avec Sade », Écrits, p. . Je tiens là un propos distinct de celui de Lacan.

[44] Selon le Temps logique.

[45] J. Lacan, « Position de l’inconscient », Écrits, pp. .

[46] La structure acratique de l’obsessionalité se présente selon une Verleugnung : je sais bien, mais quand même…( par exemple :

que je devrais poursuivre les études, mais je les abandonne).

[47] J. Lacan, séminaire La logique du fantasme, séance du…..

[48] J. Lacan, Le sinthome, texte établi, Seuil, p. 17. La pagination qui suit réfère à cette édition.

[49] B. Russell, Philosophe de la logique, trad.fse Payot.

[50] S. Freud, G.W. XVI, p.

[51] R.L., « Rapport et non-rapports dans le Witz », Che vuoï ? n° 30.

[52] Retour à la pagination des Écrits.

[53] Aussi Lacan indique-t-il dans R.S.I. (Ornicar ? n° , p. ) que le nouage est, comme réalité psychique chez Freud, la

fonction Père, métaphorisée en Nom-du-Père. À cet époque, il anticipe sur le passage borroméen du 3 au 4 en s’arrêtant au 3 en 1

qui fait Père, sans déjà faire métaphore comme le 4 le propose. Le Nom-du-Père participe donc du symptôme.

[54] R.L., « Le falsidique »,

[55] J. Lacan, « Proposition … », Autres écrits, p. Cf. R.L., « Sur la non-orientation », pour Convergencia, 2008.

[56] J. Lacan, « Compte rendu de La logique du fantasme », Autres éc
rits, p. .

[57][57] J ; Lacan, « Radiophonie », Autres écrits, p.

[58] Retour à la pagination du Sinthome.

[59] Cf. R.L., « La gêne des semblances »,,

[60] S. Freud, « L’analyse finie et indéfinie », G.W. XVI, p. . Sur la question du camp, cf. R.L., « La castramétation », Le

bulletin (pré Dimensions freudiennes) n°3, octobre 1991.

[61] J. Lacan, L’angoisse

[62] Puisque, c’est la cas dans l’hystérie, par exemple Dora, Cf. R.L., Le hors point de vue, à paraître.

[63] Cf. R.L. « Construction des impossibles », exposé au Congrès d’Analyse freudienne, octobre 2008.

[64] In Écrits.

[65] À entendre dans cet ordre : Mots, Objets, Images, ainsi constitutifs du MOI.

[66] Même si Lacan rapproche « dire » et « Dieu », Autres écrits, p.

[67] S. Freud, G.W.

[68] J. Lacan, « Radiophonie », Autres écrits, p.

[69] J. Lacan, « Position de l’inconscient », Écrits. Cf. R.L., « Le pagure », exposé au colloque de Dimensions de la

psychanalyse, 1995, « Ouverture de l’inconscient, fermeture de l’analyste ».

[70] Cela correspond à ce qu’avance Lacan à la fin du séminaire Les quatre concepts…

[71] Cela n’est pas la position de Lacan qui les disjoint radicalement (L’insu que sait…, 11 janvier 1977).

[72] R.L., « La langue littorale », loc.cit.

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