Formation de l’analyste

Selon une triple orientation, Analyse Freudienne tend à transmettre l’expérience analytique, par la reprise de l’expérience de la Passe, l’organisation de dispositifs sur la pratique et la mise en place d’un protocole institutionnel de nomination. L’ensemble de ces dispositifs instituants sont susceptibles de permettre à chacun d’éprouver son désir d’analyste, condition à terme d’une nomination qui ne soit pas antinomique à l’éthique de la psychanalyse (principes fondateurs)…

 

Quelle institution pour quelle psychanalyse ?

Il y a dans l’expression courante d’Institution Analytique une impropriété, presque un abus de langage. Ce genre d’approximation est une commodité pour désigner les organisations que se donnent les psychanalystes pour l’étude de la psychanalyse, la recherche et la formation des analystes. Ce terme d’Institution hisse ces organisations à la bonne hauteur pour se comparer aux institutions universitaires, scientifiques ou religieuses, tout en se démarquant, manière de tenir bon sur la question controversée de la scientificité de la psychanalyse, de la rigueur codifiée de son enseignement, de ses vertus curatives spécifiques.

Il est vrai que la psychanalyse n’est pas représentée en tant que telle dans les facultés, au CNRS ou à l’INSERM, qu’elle n’a ni temple ni mausolée, tout au plus deux ou trois petits musées, à Vienne, à Londres, à Paris, vestiges émouvants des gratitudes transférentielles éternisées ou touchantes manifestations de piétés filiales ambigües.

L’analytique, institué, s’élève au-dessus des évanescences hystérisantes du relationnel ; il tenait en respect jusqu’à ces dernières années l’ensemble disparate des “psychothérapies” auquel s’agrègent depuis peu moult groupe, école, sociétés prometteuses de bonheur, de soulagement rapide ou de prévention des affres divers qui sont le lot d’une humanité souffrante.

L’émergence de cette “force” syndicale à la recherche de normes AFNOR comme les machines d’électroménager donne à réfléchir aux responsabilités encourues par ceux qui font état d’une compétence psychanalytique. Analyse Freudienne a tiré pour sa part les conséquences d’un problème qui s’apparente à la résolution de la quadrature du cercle : la réponse est – non à l’absence de normes – non à la définition de normes. Cette position n’est ni laxiste ni arrogante ; elle doit beaucoup à l’histoire de l’habilitation des analystes depuis Freud, depuis Lacan, et à ce qui a suivi l’un et l’autre.

Il arrive de plus en plus fréquemment que d’éventuels analysants demandent au cours des premiers entretiens à quelle “École” ou Groupe Analytique appartient leur éventuel analyste. Nous ne pensons pas qu’une non-réponse, justifiée par la tentative de réassurance imaginaire qu’implique une telle question, soit aujourd’hui la meilleure attitude même si celle qui consisterait à décliner ses titres ou son pedigree analytique engagerait malencontreusement l’analyste dans une interlocution duelle qui augurerait mal de la suite.

Rares il est vrai sont les patients qui s’annoncent à un analyste sans un minimum d’information (souvent très mince) sur la fiabilité du praticien qu’ils rencontrent. Mais n’étant pas certains d’être demandeur d’une cure analytique – stricto sensu – l’obédience théorico-scientifique de celui ou de celle à qui ils s’adressent importe moins que la qualité “humaine” supposée de la “personne” à qui ils adressent une demande d’aide. Crédit exorbitant car il est légitimement au coeur du problème du patient tout en étant décalé, du point de vue de l’analyse, des réponses exigibles d’un analyste face à une souffrance qui ne relève pas nécessairement de sa compétence.

Bien sûr il n’y a pas de compétence sans reconnaissance pointilleuse de ses limites, qu’elles soient celles de la méthode elle-même ou qu’elles soient liées à une classe d’âge ou à une structure psycho-pathologique particulière du consultant.

Il y a des analystes efficients de toute obédience – y compris dans les courants très minoritaires des praticiens de l’ICS.

En France on pouvait affirmer il y a 20 ans que la psychanalyse était quasiment exclusivement freudienne. Cela allait sans dire. Aujourd’hui, bien que cela soit toujours le cas, il est impératif de le préciser : la ligne de partage Freudien-Non Freudien s’est déplacée dans l’imaginaire collectif. Elle ne passe plus entre la pratique des élèves de Freud et celle des dissidents de la 1ère génération et de leurs élèves, Jungiens, Adlériens, Kleiniens, Reichiens, etc…

L’estampille IPA elle-même a perdu depuis quelques années une part de sa garantie exclusive : la reconnaissance par nombre de ces freudiens orthodoxes, non sans quelques réticences pour certains, de l’importance de l’enseignement de J. Lacan, à l’intérieur même de la “maison freudienne”, affinant, prolongeant certains développements de la pensée de Freud, tout en restant strictement fidèle à sa démarche, aux objectifs et à l’éthique du fondateur, conforte ceux que l’enseignement direct de Lacan a formés, à soutenir leur identité de psychanalyste freudien, et non lacanien, même si la transmission de la psychanalyse qu’ils ont permis porte la marque des chantiers conceptuels ouverts par Lacan, notamment par la référence à d’autres chantiers ouverts simultanément dans ce qui s’est appelé dans la seconde partie du XXème siècle “les sciences humaines”.

Sûr de sa dette à Freud, n’ayant cessé de l’honorer, portant son regard au-delà des péripéties qui émaillèrent son parcours de la SPP à l’EFP, Lacan ne songea pas à fonder une association internationale de son Ecole. Bien au contraire, il l’a dissoute.

La plupart de ses élèves directs, même rivaux ou dispersés, restèrent dans cette ligne du retour à Freud, de la lecture et relecture de Freud, du nouage inlassable sans cesse enrichi et fécond de la clinique du divan à la pratique conceptuelle, l’une impensable sans l’autre. Cependant et malgré eux se constitua une pseudo orthodoxie lacanienne, celle des scribes et des “croyants” qui sous la bannière d’une exécution testamentaire (pour l’établissement des séminaires) entreprit de “coiffer” la transmission de la lettre : moins l’objet (le retour à Freud), moins le souffle, moins le style, sauf à confondre le style avec ses aspects les plus discutables, le détournement du fonctionnement universitaire appliqué à la psychanalyse.

Ce que nous avons appris de Jacques Lacan et que notre pratique d’analysant, même devenu analyste, nous confirme, c’est que la question du savoir est pipée au départ puisque ce à quoi le sujet en analyse a affaire c’est à l’insistance de l’ignorance (Lacan disait “la passion de l’ignorance”), à la répétition, à la censure, à l’arrangement de la vérité, au semblant, aux cent façons de traiter la vérité. Soit ce sujet ne veut rien en savoir, soit ce qu’il veut ou peut savoir a toujours affaire à une limite qui est la limite même de la talking-cure. Autrement dit c’est le langage lui-même qui fait limite à l’avènement d’un graal véridique qui échappe toujours jusqu’à ce qu’en cesse la quête, quand le sujet en analyse a parcouru suffisamment de fois un certain nombre de tours de spires autour de ce qui fera reste pour que le dispositif de la cure puisse devenir caduc. C’est cette conversion du sujet dans son rapport au savoir qui fonde le concept de savoir inconscient. Ce savoir, il n’est pas possible de la faire advenir par un moyen de transmission pédagogique. D’où l’aphorisme souvent cité de Lacan : “Je ne parle pas de format
ion de l’analyste mais seulement de formations de l’inconscient”. Il s’en déduit l’utilité, pour une association analytique, de mettre à la disposition de ses adhérents des dispositifs qui permettent la mise au travail du savoir inconscient. Ce sont ces dispositifs que nous avons appelés “instituants”.

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