L'insuccès d'une bévue c'est quand tu mets-ta-psychologie en avant

De la logique de l'inconscient à l'Unebévue comme coupure)

Les analystes ont tous une certaine lecture de Freud et de Lacan. Les associations analytiques se réfèrent et privilégient plutôt tels textes de Lacan ou telle période de son enseignement. Cela n'est pas sans conséquence sur la pratique. De même chacun se réfère plus ou moins explicitement à une certaine théorie du transfert, une certaine fiction de la cure liée aux textes mais aussi et surtout à sa propre cure. À quel inconscient nous référons-nous ? That is the question qui mérite d'être posée.

On sait l'importance et les orientations de telle traduction (par exemple avec les Œuvres Complètes de Freud) mais aussi des transcriptions de séminaires de Lacan par J.A Miller au Seuil ou par d'autres. On trouve aussi des références ou des concepts prêtés à Lacan. Ainsi "la traversée du fantasme" dont Allouch dénonce l'usage, voire l'invention qu'en font Pommier et Miller ou encore de l'aphorisme "L'inconscient c'est le social" qui est introuvable dans les écrits et les séminaires de Lacan, quoiqu'en dise malicieusement Melman. C'est une façon de tirer l'enseignement de Lacan d'un côté plutôt que d'un autre. Et pourquoi pas ?

Lacan, dans son retour à Freud se référait lui aussi à certains textes de Freud plus qu'à d'autres. Plus particulièrement à la Traumdeutung, à la Psychopathologie de la vie quotidienne ou au Trait d'esprit dans ses rapports à la vie quotidienne et de façon beaucoup plus critique aux textes regroupés sous l'appellation de Métapsychologie.

Ce n'est en effet pas la même façon d'y parler de l'Inconscient, voire de façon plus radicale : ce n'est pas du même inconscient dont il s'agit ! Concernant l' Unbewusst Lacan en vient à faire valoir une antinomie entre Inconscient et Unebévue. Ce n'est pas qu'une histoire de pinaillage théorique. La théorie est en effet souvent critiquée car ce peut être une manière de résister à l'inconscient, mais l'inverse est aussi vrai. Comme nous le rappelait Laurent Ballery dans une séance d'Équinoxe, Lacan disait à la fin d'un texte de 1957, L'instance de la lettre dans l'inconscient (p 523 des Écrits): "Au moment où les psychanalystes s'emploient à remodeler une psychanalyse bien-pensante dont le poème sociologique du moi autonome est le couronnement, je veux dire à ceux qui m'entendent à quoi ils reconnaîtront les mauvais psychanalystes : c'est au terme dont ils se servent pour déprécier toute recherche technique et théorique qui poursuit l'expérience freudienne dans sa ligne authentique. C'est le mot : intellectualisation , – exécrable à tout ceux qui, vivant eux-même dans la crainte de s'éprouver à boire le vin de la vérité, crachent sur le pain des hommes, sans que leur bave au reste y puisse jamais plus faire que l'office d'un levain." La résistance ou le mépris de la recherche théorique peut aussi être une résistance à l'analyse.

Des discussions de cartel m'ont amené à me questionner souvent sur l'importance accordée plutôt aux signifiants dans une cure, ou plutôt à la lettre ou encore à lalangue en un seul mot, au symbolique ou à l'inconscient comme réel. Est-ce en effet tout à fait la même chose, la même conception de l'inconscient ?

Des échanges avec un collègue du GEPG (Nizar Hatem), l'écoute en me levant le matin du physicien Étienne Klein à la radio et la lecture de textes sur le travail de Ferdinand de Saussure sur les anagrammes qui figurent dans des carnets écrits bien avant son Cours de linguistique générale ont eu insidieusement des effets inattendus jusque dans ma manière d'écouter mes analysants. Se méfier du sens, laisser se déployer encore davantage les lapsus et les déformations de lalangue sans se précipiter trop vite vers le signifiant ou la construction. Saussure pouvait avancer que les choix des mots utilisés se faisaient (il ne disait pas inconsciemment) mais avec des choix de lettres ou des proximités phonématiques à notre insu. C'est ce que dira bien plus tard Lacan, dans la "troisième" par exemple.

La secrétaire du CMPP où je travaille a ainsi commis il y a deux semaines une bévue. Elle a écrit le prénom de la mère d'une gamine "Nardine" plutôt que "Nadine". C'est la gamine de 8 ans qui remarque en même temps que moi que Nardine c'est les mêmes lettres que son prénom à elle. Je ne vais pas vous raconter ce que ce point de réel a ouvert comme associations et a eu comme effet très immédiats. C'est toujours très suspect ces histoires cliniques, surtout quand c'est raconté en public. Ce que je voulais vous pointer est juste cet effet de la lettre et d'autres choses aussi du sexuel ("Nardine" prononcé comme une insulte en arabe, association de la mère sur Adriana Karembeu …) qui ont ouvert à l'Inconscient. Pas besoin de vous raconter la suite.

De la même façon, quand j'avance que ma manière d'écouter s'est modifiée. Ce n'est pas seulement dû à la lecture de quelques textes, mais surtout aux contingences des effets de passe, de rencontres, de travail dans des cartels ou des dispositifs sur la pratique, mais aussi par la lecture par exemple de ce séminaire de 1976-77 sur l'unebévue (L'insu que sait de l'une-bévue s'aile à mourre), de la troisième (1973) ou de l'étourdit(1973). C'est aussi (et toujours) à partir de mes résistances, voire des résistances éventuelles de mon association analytique, que cette rencontre avec l'unebévue a pu me déplacer. Car il existe chez chacun, dans chaque association ou école quelque chose qui résiste à la psychanalyse. Ce serait pur leurre, déni que d'affirmer que nous serions sans résistance, d'autant plus que c'est avec cela que nous travaillons le transfert. L'important est de savoir comment nous prenons en compte ces résistances et ce que nous faisons avec ce qui concerne notre castration.

 

Le 1 août 1915 Freud écrit à Abraham qu'il a terminé douze articles qu'il destine à être publié sous le titre Essais préliminaires à la métapsychologie. Abraham s'enflamme : "L'inconscient est l'écrit le plus important, le plus fondamental; il donne à notre science un soubassement ferme et définitif". Or Freud, dans une lettre à Férenczi du 28 juillet 1915 refuse de faire de ses écrits métapsychologiques un système qui serait contraire à la nature de sa pratique. Ces textes qui
seront publié sous le titre Métapsychologie en 1940 par Gallimard comme un livre de Freud correspondent à la tentative de Freud de chercher parfois "un remède" à l'équivocité , présenté comme un point de "maladie" de sa théorie (cf. L'inconscient). Il s'agit de trouver une unité à sa théorie et en même temps, Freud dans ses lettres (à Abraham, Ferenczi ou Lou Andréa Salomé) est ambivalent et gêné par le risque de substantialiser l'inconscient.

Freud, en 1915 a sans doute été tenté d'asseoir la psychanalyse dans une certaine doctrine. Lacan lui-même, a été pris dans une volonté de défendre un retour à Freud contre l'egopsychology. Quand il noue le symbolique à l"imaginaire avec "l'inconscient structuré comme un langage", il tente de sortir la psychanalyse des effets moiques, imaginaires, mais il n'est pas à l'abri avec les jeux de signifiants que ce qu'il avance puisse verser du côté du sens. C'est pour cela sans soute qu'il y répondra par le réel qui noue le symbolique et l'imaginaire dès 1953, mais surtout 20 ans après, à la fin de son enseignement. C'est sa réponse symptômatique à Freud. "Le réel est le "non" au sens, il fait bord , "littoral, à l'effet de sens. Il n'a ni loi, ni ordre, parce qu'l est impossible à écrire et "ne cesse de ne pas s'écrire". Le réel est ma réponse symptomatique (13/04/76) . Mais Lacan se désespère, se dit "effrayé" "de (s)e sentir plus ou moins responsable …que c'est par ce truc des signifiants qu'on opère" dans la pratique." "L'instance du savoir que Freud renouvelle, je veux dire rénove sous la forme de l'inconscient, est une chose qui ne suppose pas du tout obligatoirement le réel dont je me sers" (13/04/76, le sinthome). Le symbolique et les signifiants cela risque de virer au sens. Lacan se méfie de "cette préférence donnée en tout à l'inconscient" dans l'interprétation, cad aux effets du signifiant. "Le jeu des signifiants ça glisse au sens" (Du discours psychanalytique, 12 mai 1972). "Arriverai-je à vous dire … ce qui s'appellerait un bout de réel ? … Pour l'instant on peut dire que Freud lui-même n'a fait que du sensé, et que ça m'ôte tout espoir" 9/04/77)

Dans le séminaire L'insu que sait de l'une-bévue s'aile à mourre, Lacan affirme qu'il introduit quelque chose qui va plus loin que l'Inconscient. Lacan à la fin de son enseignement aurait-il pété un câble ? Ou n'aurait-il pas plutôt fait disjoncter même ces plus proches élèves par les énormités qu'il énonçait. Certains de ses élèves l'avaient déjà lâché et d'autres semblaient effrayés et le sont toujours par ce qu'il avançait dès 1972. Ce qui est absolument nouveau c'est cet "Inconscient réel", le rapport de l'unebévue à la Lalangue et au réel.

Alors oui, sans doute était-il important que l'inconscient structuré comme un langage et les effets du signifiant viennent contrer la dérive imaginaire et moique de l'egopsychology, mais cela c'est sans doute fait en ne soulignant pas suffisamment l'importance du Réel dans l'inconscient. De la même façon que les soucis d'asseoir la psychanalyse comme science a amené Freud avec sa métapsychologie à substantialiser l'inconscient, le risque est grand que les élèves de Lacan n'accordent une préférence trop importante au symbolique et aux signifiants. Cela effraie suffisamment Lacan pour que dès "la troisième" il montre que "c'est par ce qui se passe entre les langues, dans lalangue elle-même que le symptôme peut être apprivoisé "sans qu'il se réduise à la jouissance phallique". Il s'agit alors de glisser d'une conception linguistique, de la matrice de la langue à une conception poétique, où le chiffonnage des mots, le jeu de consonances, homophonies de déformations ouvrent à de l'équivoque, du hors sens. Il ne s'agit en effet pas seulement de l'équivoque dans une logique du sens, mais bien plutôt du hors sens. "je nomme", "jeune homme", le coléoptère "Käfer" à "que faire?" "Melody de Moore" pour "mélodie d'amour", "Who ails tongue coddeau aspace of dumbillsilly ?" "Où est ton caddeau, espèce d'imbécile ?" Pour Lacan il s'agit certes de passer par la linguistique ou les signifiants, mais pour la subvertir, l'outrepasser par la linguisterie. "Le langage, c'est vraiment ce qui ne peut avancer qu'à se tordre et s'enrouler, à se contourner" (p 560 de La troisième). la question est de savoir comment les mots opèrent et peuvent lever un symptôme, comme le prouve l'hystérique.

Comme pour un mot d'esprit, "Une bévue a-t'elle besoin d'être expliquée ? Certainement pas." dit Lacan. Il ajoute cependant : "simplement, la psychanalyse suppose que nous sommes avertis du fait qu'une bévue est toujours d'ordre signifiant, il y a une bévue quand on se trompe de signifiant." La psychanalyse suppose … c'est l'indication même d'une fiction. Ce qui ne signifie pas qu'il faille boucher par quelque sens, signifiant final, une fois pour toute, ce que cette bévue ouvre comme champ de la parole. Dans la contre versé que je peux avoir avec certains collègues, estimés par ailleurs, sur l'importance accordée au signifiant versus au réel, c'est un premier point. Le deuxième concerne la coupure.

À partir de 1976, Lacan dit "j'ai traduit l'Unbewusst, j'ai dit qu'il y avait, au sens de l'usage en français du partitif, j'ai dit qu'il y avait de l'une-bévue. C'est une façon aussi bonne de traduire l'Unbewusst que n'importe quelle autre, que l'inconscient en particulier, qui en français, et en allemand aussi d'ailleurs équivoque avec inconscience, alors pourquoi ne pas tout tranquillement traduire par l'une-bévue, d'autant plus que ça a tout de suite l'avantage de mettre en évidence certaines choses"… Une-bévue ne vient pas remplacer Inconscient. C'est "de l'une-bévue", comme on dit c'est du réel au sens partitif (ce n'est pas le Réel).

Quand Lacan dit que "Cette année, avec cet insu que sait de l'une-bévue, j'essaie d'introduire quelque chose qui va plus loin que l'inconscient". Qu'est-ce que cela veut dire ? Que l'une-bévue permet de se démarquer radicalement de l'inconscient de Freud, au sens de la métapsychologie. Et Lacan d'ajouter avec quelques réticences : "L'inconscient donc n'est pas de Freud, il faut bien que je le dise, il est de Lacan. Ça n
'empêche pas que le champ, lui, soit freudien". Si l'inconscient est de Lacan, il n'en définit pas pour autant une nouvelle métapsychologie et insiste au contraire sur le fait que cet Unbewusst ne se laisse pas objectiver.

"il faut tout de même se rendre compte que la psychanalyse n'est pas une science exacte dit-il lors de l'ouverture de la section clinique en 1977."

"La structure dont la psychanalyse impose la reconnaissance est l'inconscient. Ça a l'air bête de le rappeler, mais ça l'est beaucoup moins, quand on s'aperçoit que personne ne sait ce que c'est. Ceci n'est pas pour nous arrêter. Nous ne savons rien non plus de que c'est que la nature, ce qui ne nous empêche pas d'avoir une physique, et d'une portée sans précédent, car elle s'appelle la science".

L'Unbewusst, comme le sujet échappe nécessairement entre deux signifiants, comme la nature d'ailleurs malgré la prétention de la science de le saisir car elle touche au réel. La tentation de la métapsychologie visant à arraisonner l'inconscient, à le substantialiser convient tout à fait aux psychologues, cliniciens de toute sorte ou psychopathologues. C'est pourtant dans cet écart entre objet a et i(a) que réside le désir d'analyste. Cette irréductible singularité qui ne saurait se laisser définitivement saisir, même quand tu mets-ta-psychologie en avant fût-elle métapsychologique ou psychopathologiquement clinique.

Lacan est effrayé de se sentir plus ou moins responsable …que c'est par ce truc des signifiants qu'on opère dans la pratique, se sentir responsable d'avoir tant insisté sur l'importance du symbolique et des signifiants de l'inconscient structuré comme un langage (dans un moment historique où l'egopsychologie était si prépondérant). Par le positionnement radical des dernières années de son enseignement, il en effraye plus d'un, au point que ce serait plus aisé de le considérer comme fou ou sénile.

Pour Lacan, le dire vrai qu'est la vérité qui parle ne dispense pas du savoir. Laisser parler la vérité conduit à l'analyse indéfinie. Mais il y a du savoir à conquérir sur la vérité. Un savoir qu'est l'inconscient lui-même à distinguer de ses formations par laquelle la vérité parle sans fin. C'est en effet ce à quoi s'attelle Lacan avec les mathèmes et la topologie du côté du savoir.

Ce qu'il montre par la topologie du tore est en ce sens exemplaire. Pour Lacan, Freud se réfère à une autre topologie de l'inconscient. "Il croyait, comme l'implique toute notion de la psyché qu'il y avait ce quelque chose que j'ai tout à l'heure écarté en disant une boule et une autre boule autour de la première…" Pour Lacan, il n'y a pas d'instance de l'inconscient, qui pourrait combler, compléter le discours conscient. "Le conscient et l'inconscient communiquent et sont supportés tous les deux par un monde torique." Si le tore est l'image de la structure névrotique et si les tours de la demande peuvent sembler sans fin sur cette figure sphérique (avec un dedans et dehors), c'est bien un effet de coupure dans ce circuit de jouissance qui permet de repérer et découper sur le tore une double bande de Moebius. La double bande de Moebius n'étant cependant pas moebienne ou asphérique, c'est bien par une opération de couture de cette double bande de Moebius que la structure moebienne se révèle. (En effet en coupant une bande de Moebus en son milieu, on obtient une double bande de Moebius, non moebienne donc. Par l'opération inverse on peut passer d'une double bande de Moebius à une bande de Moebius). Dans ce cas-là, et c'est le cas de Lacan, son inconscient et son conscient sont unifiés et c'est ce qui amène Lacan le 14 décembre 1976 à se définir comme hystorique (il vient de dire que la structure de l'homme et torique), et qu'il n'a pour la faire consister qu'un inconscient. "Je fais tellement peu de bévues que bien sûr j'en fais de temps en temps, ça n'a que peu d'importance". Toute manifestation d'unebévue serait vidée de ses conséquences, ceci jusqu'au point où chaque unebévue se trouverait réduite à n'être qu'un fait comme tel négligeable. Coupure sur le tore et couture pour que conscient et inconscient ne fasse plus qu'un sont des opérations psychanalytiques.

Ainsi, la bévue ou l'interprétation apparaissent comme coupure de Jouissance sur le tore où tourne la demande névrotique. La structure du névrosé est torique et moebienne (cad asphérique) contre toute apparence. L'inconscient (Unbewusst) ne se repère pas tant dans le jeu phallique sur les signifiants que par la barre sur les signifiants, sur le sujet, sur l'inconscient des parents, sur le grand Autre, sur le La de La femme, sur le "il n'y a pas de rapport sexuel", comme ce que les points forclusifs laissent échapper de bouts de réel. Comme le sujet qui se pointe entre deux signifiants ne se laisse représenter par aucun signifiant, les signifiants sont de effets de l'inconscient, ce n'est pas l'inconscient.

L'Unbewusst n'est-il pas à rapprocher de l'Urverdrängung, de J(A/), de S(A/) dans l'absence de signifiants ou dans l'entre deux signifiants [tableau de la sexuation et RSI avec le "vrai trou"). L'inconscient freudien serait-il alors du côté du refoulement secondaire, du sens, des signifiants et de la signification ou de le la Jouissance phallique (inhibition et symptôme).? J(A/) Jouissance de A barré étant le trou ouvert par le champ de recouvrement , hors langage, hors symbolique, du Réel par le corps, ce que Lacan appelle "le vrai trou" (cf Le sinthome).

En conclusion, je vous livrerai une réflexion qui m'est venue suite à ce que disait Jean-Jacques Leconte dans une réunion de cartel. Si à la fin d'une analyse, il s'agit d'élever le manque d'objet à la dignité de la chose, Lacan n'aurait-il pas à la fin de son enseignement tenté d'élever l'hystérique à la dignité du discours hystérique ou plutôt du discours hystorique (qui sous-tend ces opérations de coupure et de couture dans la structure) ? La cure ne serait alors pas seulement un parcours dans la structure, mais une modification du rapport du sujet à la structure, voire une modification de la structure.

 

Radjou SOUNDARAMOURTY

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