Robert Lévy Guérison Séminaire 1

La cura la cura

Le concept de guérison en psychanalyse

Robert Levy

Séminaire 1

 

La cura, cura avec ou sans point d’interrogation

Bonsoir à tous,

Nous allons commencer ce premier séminaire sur le thème de la cura cura, la guérison en fait, « la cura cura » avec ou sans point d’interrogation…

C’est quand même quelque chose qui vient directement dans une logique du thème de l’année dernière sur névrose psychose et perversion et qui, effectivement, vient réinterroger d’une autre façon la question de la pathologie ou de la supposée pathologie ou de quelle façon on envisage, en psychanalyse, la dimension de la maladie… Si l’on peut utiliser ce mot qui me paraît de plus en plus barbare.

Au fond, je trouve que  le mot « patient » n’est pas mal parce que cela donne une idée de temporalité plus qu’autre chose. Le patient étant celui qui patiente…En attendant quoi ?… C’est ce que l’on va essayer de développer cette année.

Effectivement si la « cura cura » : la cure cure, la cure guérit avec ou sans pointd’intérogation, est la question que l’on essaiera de pousser le plus loin possible. C’est en effet une question qui doit, me semble-t-il être interrogée ou réinterrogée car elle est un peu passée dans un registre de frilosité de la part des psychanalystes. Il faut bien reconnaître que c’est bien quelque chose que l’on se targue de dire ou de soutenir… On verra qu’un certain nombre d’aphorisme, notamment lacanien, vont amener à quasiment nus taire sur cette dimension. C’est un peu dommage parce que, quand même, à quoi sert une psychanalyse ?

Ce n’est pas trop mon habitude, mais je commencerai par une vignette clinique.

Je viens de voir le père d’un de mes patients que je n’avais pas revu depuis vint ans. Il venait pour me raconter qu’il voulait essayer de comprendre pourquoi son fils avait mis fin à ses jours il y a quelques mois.

Entre autre chose il me raconte qu’il avait rencontré successivement les deux  psychiatres et l’analyste qui l’avaient suivi après qu’il ait interrompu sa cure avec moi il y a plus de 25 ans. Il évoque que les trois praticiens lui avaient confirmé, révélé que son fils était incurable …

Il me demandait ce que j’en pensais et ajoutait que le diagnostic qui lui avait été rendu après une brève hospitalisation était celui de schizophrénie, que son dernier psychanalyste avait complété par le terme de psychose paranoïde.

J’apprends également que son suicide avait eu lieu juste après l’arrêt du neuroleptique qu’il avait pris pendant plus de vingt ans et qui avait occasionné un problème embolique, une embolie pulmonaire ; effet secondaire assez  fréquent suite à une longue prise de certaines molécules neuroleptiques.

Quoi qu’il en soit le psychiatre ne lui avait pas proposé une molécule de remplacement et son état s’était quasi instantanément dégradé jusqu’à mettre fin à ses jours.

Je crois que ce tragique évènement situe assez bien le registre dans lequel nous situons notre travail cette année, à savoir, qu’est-ce qu’on appelle cure, quelle évolution ou changement peut en être espéré et surtout, point qui me parait essentiel, par rapport à quel appareil conceptuel pouvons-nous réfléchir sur la dite évolution ou espoir d’un changement attendu.

Il est bien évident que si l’on fait une analyse c’est que l’on en espère quelque chose de l’ordre du changement…

Je crois avoir tout de suite dit à cet homme, qui témoignait   d’une profonde culpabilité quant à ce qu’il avait fait ou pas fait, que je trouvais calamiteux et scandaleux cette sentence selon laquelle son fils aurait été incurable.

Calamiteux, car c’est un raisonnement emprunté à l’appareil conceptuel médical classique qui considère une sémiologie amenant à un diagnostic et à une éventuelle guérison dans l’ordre d’un retour à un avant la maladie. Or, dans le cas de ce patient il s’agissait bien en effet de psychose. Mais alors cela impliquait donc que pour les uns il était incurable, puisqu’on ne guérit pas d’une psychose, et pour les autres, au rang desquels je me suis rangé, on considère que la psychose ne se soigne pas au sens médical du terme mais qu’elle peut être accueillie comme une façon d’être, nécessitant une mise en œuvre particulière de certains dispositifs thérapeutiques de nature à permettre au sujet de vivre avec et non pas, bien entendu, de s’en débarrasser ou encore de se débarrasser de lui même…

Pour Oury, le soin était une manière d’être humain et son projet, pour ce qu’il appelait les « artisans psychistes », était l’idée que la vie quotidienne pour ces personnes en grande difficulté de vivre la vie quotidienne, était de pouvoir réintroduire un monde à partager entre les personnes qui occupent la fonction de soignants et eux-mêmes. Etre là donc, dans le paysage, maître mot de cette fonction d’accueil la plus partagée qui soit entre les personnes, soignées ou soignantes, qui forment le collectif de soin.

 

« Tenir compte de l’autre, c’est tenir compte de ses manifestations pathiques. Le pathique (ce qui est éprouvé) est un concept de l’anthropologie médicale (ou pathosophie) de Viktor Von Weizacker. Le fait de soigner est avant tout tributaire de la possibilité d’être affecté par la présence de l’autre. Ce sens pathique ne s’enseigne pas, on l’a ou on ne l’a pas … »[1]

Au fond, on peut déjà dire que seule la psychanalyse peut soutenir une telle conception de la guérison qui peut, et on le comprend, faire hurler tous les soi-disant adeptes des sciences dures de la médecine.

Pourtant c’est avec ce présupposé, pour ne pas dire cette subjectivité, que l’on peut soutenir l’accueil des psychoses, sans renoncer pour autant à la psychopharmacologie moderne quand elle a une place circonscrite dans le traitement. Rappelons en effet que la psychanalyse est née dans le lit de la psychiatrie.

Ce que Freud délimite très clairement quant à lui  dans l’article L’intérêt de la psychanalyse [2] « La psychanalyse enseigne qu’une bonne moitié de la tâche psychiatrique incombe à la psychologie. Néanmoins ce serait une grave erreur si l’on voulait supposer que l’analyse recherche ou recommande une conception purement psychologique des troubles psychiques.

Elle ne peut méconnaitre que l’autre moitié du travail psychiatrique a pour contenu l’influence des facteurs organiques  (mécaniques, toxiques, infectieux) sur l’appareil psychique »

J’ai appris que mon patient travaillait, pendant vingt ans  après qu’il ait arrêté son analyse avec moi et poursuivait une vie, même si elle n’était pas tranquille, en tout cas une vie possible avec un certain nombre de modalités adaptatives, à sa façon bien sûr,  détails dont je ne peux pas rendre compte ici afin de respecter le secret nécessaire. Il n’avait d’ailleurs jamais été hospitalisé sauf une fois pour un temps court au terme duquel le diagnostic de schizophrénie a été posé.

Quoi qu’il en soit le terme de guérison n’est pas à réfuter pour autant qu’on lui donne la définition nécessaire à ce que l’on peut attendre d’une thérapeutique de l’appareil psychique tout d’abord et qu’ensuite, mais cela va avec, que l’on considère que l’appareil psychique puisse être perturbé. Alors qu’est-ce que c’est qu’un appareil psychique perturbé ?, Une thérapeutique de l’appareil psychique ?

Ce que Freud assume pleinement « le but à atteindre dans le traitement sera toujours la guérison pratique du malade (le rétablissement, herstellung), la récupération de ses
facultés d’agir et de jouir de l’existence »[3]. En ce sens de cette jouissance de l’existence, il sera Suivi de très près par Lacan pour qui  d’alléger leur inconfort …Une analyse n’a pas à être poussée trop loin. Quand l’analysant pense qu’il est heureux de vivre, c’est assez. »[4]  On retrouve donc cette jouissance de l’existence, on est heureux de vivre donc l’analyse est suffisante et s’arête.

Je dirai que l’on peut entendre ici l’idée que guérir en psychanalyse est le résultat non pas d’un retour à un état saint antérieur mais l’acquisition d’un savoir faire autrement.

Doit-on pour autant considérer la fin d’un traitement psychanalytique comme une entrée dans le bonheur ?

Est-ce pour autant que l’on puisse envisager la notion de guérison comme concept psychanalytique ?

Si cette question se pose c’est parce que nous savons que notre pratique nous amène également à considérer que la guérison ne fait pas le bonheur pour les raisons qui concernent les difficultés de ce que l’on appelle les bénéfices secondaires, en effet « le névrosé ne peut que très difficilement se débarrasser de sa névrose(….) Le bénéfice secondaire qu’il en tire est très considérable »[5].

Voilà donc que les choses se compliquent un peu puisque il ne s’git pas tellement de repérer ce qui ne va pas, ce qui fait souffrir mais au fond, Freud nous invite là à entendre que ce qui fait souffrir et qui ne va pas, cela crée des bénéfices. C’est quand même une très grande nouveauté dans l’idée même du soin. C’est-à-dire, comment peut-on penser qu’être malade soit de nature à nous procurer des bénéfices…

C’est sans doute ici que la question se pose du rapport entre la vérité et la guérison. C’est pourquoi, si on peut considérer la psychanalyse comme une guérison, concept très limite comme on vient de le voir, c’est sans doute pour affirmer que la psychanalyse est une analyse des résistances à la guérison. C’est le deuxième point important pour introduire notre réflexion sur la guérison puisque mieux dit encore, il n’y a pas de psychanalyse sans résistance et c’est bien là l’objet de la direction de la cure par le psychanalyste, à commencer bien évidemment par le transfert comme résistance principale.

Ce qui devient évidemment une conception de la guérison tout à fait nouvelle puisqu’elle pose la résistance à la guérison comme l’écueil principal à celle-ci ; en d’autres termes la vérité de la jouissance du sujet est l’écueil à une guérison qui n’a plus de raison d’être si jamais le sujet renonce à sa jouissance.

ça n’a l’air de rien mais considérer que la guérison c’est l’analyse de la résistance à la guérison est une petite révolution épistémologique.

Mais qui renonce à sa jouissance ? Personne puisque c’est le statut même du sujet d’être divisé entre le procès de l’énonciation et celui de l’énoncé.

Reste alors la question essentielle liée à la raison même de jouir : le fantasme… Vous entendrez donc que la notion même de bonheur ne résiste pas à l’aune du fantasme puisque chacun entretenant le sien, il s’avère quelque peu compliqué d’envisager une définition de ce que serait le bon fantasme susceptible d’apporter le bonheur… Peut-on guérir alors de son fantasme ?

 

C’est une vraie question qui se pose notamment lorsque nous recevons des personnes qui multiplient la répétition de rencontres malheureuses dans lesquelles on entend bien que quel que soit le partenaire c’est toujours la même répétition d’un fantasme qui est à l’œuvre. Pourtant Lacan introduit cette idée que la répétition, bien qu’elle se présente identique à elle-même, ne l’est en fait pas tout à fait et qu’il y a là un repérage possible de la petite différence entre chaque répétition …

Donc renoncer à sa jouissance est sans  espoir puisque le fantasme  est à l’essence même de ce qui nous représente comme sujet et de ce qui nous amène à pouvoir considérer de l’autre ; en effet il y a de l’autre parce qu’il y a du fantasme. Autant dire que sans fantasme, pas de sujet et pas d’autre. Petite question qui se pose sans en avoir l’air : si on est d’accord avec cette idée que sans fantasme il n’y a pas d’autre et il n’y a pas vraiment de sujet, qu’en est-il tout d’abord de l’infantile, c’est à dire de cette période, entre zéro et la constitution du fantasme. Que se passe-t-il ? Comment est-il possible d’envisager la question des symptômes, qui forcément sont très différents de ceux qui se construisent après l’introduction au fantasme et par conséquent, qu’en est-il d’une guérison quand on a pas à faire avec un fantasme constitué ? Je crois que se sont des questions très importantes parce que, évidemment, quand on les pose, on s’aperçoit que dire cela, c’est considérer que tout un pan de la question de l’appareil psychique ne se résout pas seulement dans la dimension du refoulement. A savoir qu’il y a une période au cours de laquelle ce refoulement n’est pas encore constitué parce que aussi le fantasme n’est pas encore construit et que donc il ne s’agit pas de « guérir » par le retour du refoulé bien évidemment puisque c’est précisément là le moment où on est plutôt dans le manque de refoulement. C’est-à-dire que, au fond, on peut avancer aujourd’hui cette idée que guérir à cette époque, c’est plutôt aider à ce que du refoulement soit constitué. C’est-à-dire un processus exactement inverse de celui auquel on a à faire plus tard. Ainsi se pose cette question un peu compliquée sur laquelle nous reviendrons sans doute cette année: comment envisager cette idée selon laquelle on peut construire du refoulement, ou aider à ce que ce refoulement puisse se construire, dès lors que l’on pense que le fantasme n’est pas encore constitué ? En sachant quand même qu’il y a un rapport assez direct entre le refoulement et la question du fantasme. Ce sont des questions assez compliquées à mettre en perspective. Je crois y avoir un peu contribué, non pas à y répondre mais au moins à donner quelques pistes qui forcément ont à voir avec le fait que à cette époque, c’est-à-dire avant la constitution du fantasme pour un enfant, il n’est pas question de travailler sans les parents. Parce que quelque chose s’inscrit dans cette dimension où c’est le fantasme de la mère qui permet à l’enfant, pour lequel il n’y a as encore de constitution du fantasme, qui permet de filtrer en quelque sorte ce ou ces réels auxquels il est confronté. Donc si on suit cette idée que quelque chose de la mère, de son désir, de sa présence est nécessaire pour permettre que dans cette période elle puisse pallier à cela par son propre fantasme, on comprend donc que l’on ne peux pas travailler sans avoir recours à quelque chose qui se traite directement avec les parents. Ce n’est pas aussi évident que cela… Nous aurons l’occasion de revenir sur ces points là.

Alors qu’est ce qui pourrait bien faire  une telle difficulté que l’on puisse envisager de soigner  le fantasme ?

La dessus la littérature psychanalytique est très prolixe à commencer par la Freudienne qui, avec ceux de l’homme aux loups et de l’homme aux rats, nous amène à penser comment on peut à la fois jouir et de ce fait se sentir coupable et  empêché  de bonheur puisque c’est le mot qu’emploi Lacan …

C’est ici qu’il sera question de réaction thérapeutique négative c’est-à-dire celui qui « se défend contre la guérison par tous les moyens et ve
ut absolument s’accrocher à la maladie et à sa souffrance »[6].

La question n’est donc plus tant guérir ou ne pas guérir mais jouir ou ne pas jouir ou, peut-être, jouir autrement… D’ailleurs, guérir pour la psychanalyse serait-ce la capacité de jouir autrement ?

La psychanalyse se construit donc en contrepoint de ce que la médecine a forclos c’est-à-dire du rapport du sujet à sa jouissance.

D’où la fameuse question du symptôme qui nous permet d’aborder le titre de ce premier séminaire : la cura avec ou sans point d’interrogation.

Disons que  le point d’interrogation après la cura, cura  dépend essentiellement de la façon dont on considère le symptôme dans la cure.

En d’autres termes il s’agit du passage assumé par Freud du discours du maitre au discours de l’analyste à savoir le passage du renoncement à l’hypnose pour s’engager dans la libre association ou encore la renonciation à remplacer un symptôme par un autre pour découvrir que c’est le transfert qui mène la dance. Et ainsi le psychanalyste ne craint pas de « manipuler les émois psychiques les plus dangereux » C’est cette mise en jeu dans le transfert qui fait que la psychanalyse ne peut être envisagée sans ce risque ; C’est-à-dire le risque pensé comme une mise en acte de l’inconscient, tant du côté de l’analysant que de l’analyste .

Au passage rappelons qu’une thérapeutique appliquée aux seuls symptômes, c’est bien ce qui est proposé par les thérapies comportementales.

Mais alors comment considérer la compulsion de répétition, le masochisme primordial et la pulsion de mort ?

En tout cas, on ne peut pas considérer une guérison qui viserait l’effacement du symptôme mais plutôt quelque chose qui viserait à une certaine forme de de transformation dans l’économie psychique d’un sujet qui suppose une mutation dans l’économie de son désir ou de façon un peu plus Lacanienne : un changement d’écriture dans l’écriture  nodale d’un sujet.

Évidemment cela suppose dans la direction de la cure d’être plus fort que le symptôme c’est-à-dire que l’analyste se décentre du symptôme de telle sorte que comme le dit Freud, la guérison s’obtienne comme « bénéfice annexe »[7] . Avec cette remarque, « un bénéfice annexe »  c’est tout un pan de la dimension de la guérison en psychanalyse qui  se construit nouvellement  car il ne s’agit plus de guérir comme tache de l’analyste, mais l’analyste vise la capacité de son analysant au décidable.

En effet « la tache de l’analyste n’est pas de rendre impossibles les réactions morbides mais d’offrir au moi du malade la liberté de se décider pour ceci ou pour cela »[8] .

Je trouve très intéressante cette remarque freudienne parce qu’au fond elle est d’une actualité absolument incroyable. Après Lacan il s’agit plus de la question du choix et de la décision

En effet, cela suppose pour le sujet la capacité de choisir et également l’idée que chaque sujet peut être en mesure de parcourir non pas une structure mais les structures au cours d’une cure.

Il me semble que cela pose également la question du rapport de l’analyste à la guérison et à la thérapeutique telle que Freud l’envisage  dans son article sur les observations sur l’amour de transfert[9].

En effet, Dans cet article Freud alerte le thérapeute sur les méfaits d’une « furor sanandi » qui pourrait emporter le thérapeute dans des perspectives thérapeutiques problématique.

Il fait de cette « furor », une réaction qui se constitue en miroir de la détresse provoquée par toute maladie. Inversement, il ne s’agit pas de prôner une abstention thérapeutique dans la psychanalyse, mais de suivre le sujet sans vouloir exercer aucune maitrise. C’est le concept d’attention flottante qui est ici à l’œuvre ;  dès lors la guérison s’avère  en effet plus  du ressort du maitre, du discours du maitre que celui de l’analyste. Au fond, on peut lire à travers cet article que non seulement seul le sujet peut connaitre son bien, mais qui plus est, il est à même  de pouvoir  en décider même si il arrive qu’il s’en coupe en trouvant du plaisir dans le déplaisir.

N’est-ce pas là une invitation que nous fait Freud à considérer que la psychanalyse vise d’abord à ouvrir un espace pour le sujet tel qu’il soit en mesure ensuite d’inventer sa propre réponse face au réel qui lui est imposé ?  Un soin donc qui laisse de la place au sujet…

C’est pourquoi  il ne s’agit plus  ni de suggérer ni de convaincre car comme l’indiquait Lacan dans l’ouverture de la section clinique à Vincennes [10] « la psychothérapie ramène au pire, (…) c’est certain, ce n’est pas la peine de thérapier le psychique. Freud aussi pensait ça. Il pensait qu’il ne fallait pas se presser de guérir. Il ne s’agit pas de suggérer ni de convaincre. »

Par conséquent la question du bonheur se précise encore un peu comme étant pour la psychanalyse non pas l’accession à un quelconque bien et encore moins à une propriété ni même à la béatitude mais à  une forme de liberté de pensée, une occurrence de pensée rendue possible. C’est une conception en rupture fondamentale avec le discours du capitaliste puisque l’on pourrait soutenir alors que ce qu’instaure le discours de l’analyste c’est une capacité nouvelle de faire avec sa pensée comme le bien le plus abouti.

Cela suppose que l’on puisse alors envisager que la psychopathologie n’est pas la dérive pathologique de quelque chose de normal et de bien connu par ailleurs auquel il faudrait le ramener pour le guérir, mais au contraire un fait premier, indivisible et singulier qui nous amène à concevoir tout autrement la vie psychique, la vie normale, la vie tout court. Je citerai volontiers ici cette remarque de Minkowski[11] « La psychopathologie n’est pas la pathologie du psychologique mais la psychologie du pathologique »

Il ne s’agit donc plus de se libérer de ses symptômes mais « de savoir pourquoi on y est empêtré » comme le précise Lacan en accord avec Freud[12].

L’angoisse, comme symptôme, peut même être parfois considérée comme nécessaire puisqu’il ne faut pas oublier qu’elle est pour la psychanalyse le signe que le sujet se trouve au plus proche de son désir.

En ce sens « la psychanalyse n’est pas en effet une thérapeutique comme les autres »[13] et surtout pas comme celle de la médecine  qui se trouve pourtant aux frontières du réel mais « du réel en tant qu’il n’attend pas de sujet, qui n’attend rien de la parole » [14]Parce qu’on entend dire souvent aussi que la médecine est au fait du réel… Oui c’est vrai, mais c’est un réel sans sujet. Aussi peut-on dire que la psychanalyse œuvre pour ramener le réel de l’inconscient aux limites du réel mis en jeu par la médecine dans son appui sur la science.

Ce qui complète et précise cet aphorisme qui fit scandale en son temps selon lequel « la guérison de surcroit » que l’on ne doit prendre que comme un point de vue méthodologique et non pas pour un quelconque dédain de la notion de guérison.[15]

Après tout ce n’es
t qu’une façon d’insister sur le fait que le désir d’analyste n’est peut pas plus un désir de guérir qu’un autre désir puisque ce serait alors le déloger de sa place essentielle d’un être là sans raison d’être .

Ainsi la difficulté de cette aphorisme peut venir du fait qu’il peut être entendu comme synonyme de secondaire ou plus encore de sans importance.

C’est méconnaitre le deuxième sens de « de surcroit » qui signifie également  survenir comme élément naturel et nécessaire ainsi cet aphorisme s’entend différemment à savoir comme une guérison qui serait la conséquence et l’apport  supplémentaire tout autant que nécessaire de l’opération analytique préalable… Cette façon de considérer la guérison est une façon après tout très freudienne de considérer que « l’élimination du symptôme de souffrance n’est pas ce recherché comme but particulier, mais elle se  produit, l’analyse étant effectuée  conformément à la règle, en quelque sorte comme gain marginal. »[16]

 

Débat

J.J Valentin : Sur le parcours des structures dans la cure que vous mettez en lien le fait que l’on suppose pour  le patient la liberté de choisir, si j’ai bien compris

R. Lévy : C’est vrai que c’est une question un petit peu nouvelle parce que je veux introduire cette dimension après notre année de travail sur le triptyque névrose psychose et perversion et en particulier après le magnifique congrès que nous avons eu ce week-end où il apparaît assez clairement que nous avons chacun en capacité d’être névrosé, psychotique ou pervers. Et qu’au fond, « le parcours dans la structure », qui était une formule de Claude Dumézil, j’ai bien envie de la changer par « parcours dans les structures ». Ce n’est pas pour contredire Dumézil, vous l’entendez, c’est pour prendre en compte le travail que l’on vient de faire et qui me semble amener à dire cela aujourd’hui.

J.J Valentin : Cela amène la question de savoir si par exemple le sujet pervers passerait dans une autre structure…

R. Lévy : Tout à fait… Ce qu’amène une analyse pour un sujet est de donner un peu plus de plasticité à la question de la ou des structures. Même si l’on ne change pas de structure, cela reste un point assez clair, vous savez bien qu’on entend : « il s’est hystérisé » ou « psychotisé », au fond, c’est cela que l’on dit. C’est-à-dire que dans une analyse, comme sujet de l’inconscient, on parcourt un certain nombre de ces structures là.

La grande surprise pour moi lorsque je me suis mis à travailler sur les sujets de l’année, c’est que je m’aperçois au fond que Freud à sa façon mais surtout Lacan n’ont jamais considéré la question du choix. C’est quand même très intéressant… On se soigne par le signifiant ou par l’interprétation du signifiant certes mais cela ouvre à la capacité, à la possibilité de choisir. Une occurrence de pensée est quelque chose qui permet à un sujet d’avoir le choix. Mais çà veut dire quoi d’avoir le choix ? Il faut le poser comme un paradoxe. Ça veut dire avoir le choix de rester dans son symptôme. Je crois qu’il faut pouvoir travailler avec cette idée que l’analyste ne sait jamais ce qui est bon pour le sujet. Ce qui distingue l’analyste du thérapeute est que le moment de choisir, que l’on peut appeler le moment de comprendre, c’est qu’au moment de choisir ou au moment de comprendre, il n’y a que le sujet qui puisse dire quelque chose là-dessus.

P. Wolosko : C’est un choix du sujet et pas un choix du moi…

R. Lévy : Exactement. Le choix du moi va évidemment dans le sens du bonheur… Si on considère qu’il s’agit du choix du sujet, la question du bonheur est accessoire parce que le sujet peut tout à fait choisir… On le voit dans les cures pour des raisons différentes à chaque fois, de rester accroché à un homme ou à une femme… Mais ce n’est pas pareil d’y être dans une aliénation que d’y rester par choix. Voilà, j’ai envie de dire cela un peu à titre paradoxal, un peu provocateur même… Mais je crois que c’est important car si l’on ne fait pas cette remarque, alors on reste du coté du thérapeute c’est-à-dire de celui qui sait quel est le bien pour l’autre. Celal me fait penser que vous avez certainement entendu, pour ceux de ma génération, de Dolto qui à une certaine époque parlait de la question de la mort. Elle évoquait qu’elle allait travailler avec des  enfants en disant qu’après tout, ils avaient le choix de vivre ou de mourir parce qu’ils l’avaient décidé. A l’époque cela m’avait paru quelque chose de l’ordre d’une énormité, d’une très grande étrangeté ! Aujourd’hui je comprends cela avec ce que je viens d’évoquer là… Alors toute la question est autour du choix… faut-il encore que le sujet ait le choix et qu’il ne soit pas dans une aliénation.

C. Hagué : Mais à propos du choix,  Freud dit que l’enfant, au momet de la constitution du fantasme a le choix par rapport à la castration entre trois types de refoulement… Et c’est cela qui va former la structure… C’est dans cette zone là entre 5 et 7 ans … c’est assez saisissant car dans le fond, on serait passé par là et on aurait eu le choix.

R. Lévy : Absolument. C’est même assez vertigineux… mais en même temps, on voit bien que si on ne fait pas cette supposition, on reste des thérapeutes… Une analyse amène à pouvoir repenser et retrouver un choix possible peut-être de cette nature mais en tout cas, cela se représente. Chose qui était disparue, abandonnée… Cela permet de reprendre cette question pour un sujet donné à un moment donné.

P. Wolosko : Tu dis qu’il n’y a pas de choix en cas d’aliénation, c’est quoi l’aliénation ?

R. Lévy : C’est l’aliénation au désir de l’Autre essentiellement… C’est-à-dire si l’on continue à être parlé par l’Autre dans une aliénation du sujet à cet Autre… Particulièrement chez les enfants mais chez les adultes aussi… C’est-à-dire que leur infantile est resté dans cette place totalement aliénée au discours de l’Autre même si apparemment il ne s’agit pas forcément des parents.

P. Wolosko : ou la religion…

R. Lévy : Oui ; la religion c’est quand même fondamentalement la question de l’aliénation au père, ou plus exactement la façon de ce débarrasser de sa responsabilité à l’égard du désir. Au fond « je suis tranquille puisque c’est dieu qui désire pour moi, je n’ai pas à voir avec mon désir… » C’est l’Autre qui est partie prenante du désir. C’est ça l’aliénation… Le choix s’ouvre à nouveau quand je peux dire que mon désir est quelque chose que je peux me réapproprier ou m’approprier…

P. Wolosko : Est-ce que l’on peut aller jusqu’ à penser que le choix d’un sujet c’est aller jusqu’au choix de son désir

R. Lévy : C’est une question…Ce serait le point paradigmatique en quelque sorte. Après tout, ce que tu dis là pourrait très bien être envisagé comme étant ce qu’on appelle la traversée du fantasme supposé. Alors cela existe ou pas, on l’a rencontré ou pas c’est une autre discussion mais cela peut être cette supposition-là… C’est-à-dire que l’on pourrait aboutir à un p
oint tel de son analyse que l’on puisse toucher à l’objet cause du désir, traverser son propre fantasme.

P. Wolosko : On peut peut-être aller jusqu’à penser que le choix du désir peut peut-être se faire dans le désir d’analyste.

R. Lévy : Cela peut-être une des modalités, oui.. Ou un ratage.

R. Soudaramourty : C’est vrai que cette question du choix du sujet est un point que je pense être assez important. Il y a la question du choix inconscient bien-sur… On peut se demander si, peut-être, ce choix inconscient est précisément cela, la passion dans laquelle le sujet est pris c’est la méconnaissance de ce choix, ce qui fait horreur justement dans une cure ce qui amène par exemple l’homme aux rats à se lever brusquement du divan, c’est précisément lorsque on entend quelque chose de sa jouissance, de cet insupportable à reconnaître, à admettre, qui ne se rend compte finalement que après un parcours dans les structures, dans les différents tours qui se rencontrent dans une analyse. Je trouve cela plutôt intéressant justement comparé à ce que la psychopathologie avec psychose névrose et perversion peut amener, la cure, la guérison et les appareils conceptuels. Parce que les concepts peuvent aussi permettre de se protéger de ce que la jouissance vient dire d’un désir inconscient absolument inouï et inentendable. Peut-être qu’une certaine forme de psychopathologie, de psychologie, de sens finalement, participe à venir se protéger de l’horreur de la jouissance, du réel, de l’angoisse qui surgit…

R. Lévy : Alors bien évidemment, mais je pense qu’on aura l’occasion de revenir là-dessus, le point que je trouve le plus compliqué est celui de la question du masochisme… Parce que là on est en plein dans tout ce que tu vient d’évoquer poussé à son extrême. C’est-à-dire est-ce qu’on guérit de son masochisme ? Est-ce que c’est pas bien d’être masochiste, etc. ? Cela pose toute une série de questions vraiment compliquées.

J.J Leconte : Peut-être la question de la liberté du choix… Je pense à une patiente qui revenant me voir plusieurs années après son analyse et exprimait sa reconnaissance en disant que je lui avais donné la liberté de choisir en rapport avec les injonctions paternelles… C’est-à-dire la liberté que l’on peut donner

R. Lévy : Il me semble que c’est la seule vraie liberté…

S. Sabinus : Quand on parle de liberté de choix c’est vrai… Ce n’est pas la liberté de choix au sens conscient, c’est la liberté inconsciente. Ce n’est pas la liberté de dire : « j’ai le choix entre ça ou ça », cela pourrait tout à fait être : « j’ai pas le choix, je dois aller là » vers mon désir et c’est dans cette correspondance là, que cela s’accorde au désir inconscient, ajuster au mieux au désir inconscient.

J.J Leconte : Autrement c’est une illusion…

C. Delarue : Oui mais est-ce que justement ce n’est pas que dans l’après-coup que l’on s’aperçoit qu’il y a eu un choix. Sur le moment, effectivement, les choses se disent dans la trame de l’inconscient et c’est parfois bien après-coup que l’on se rend compte que l’on peut prendre conscience qu’il y a là une possibilité de choix et que l’on n’est pas sous le jouc de l’aliénation. C’est lorsqu’on regarde derrière qu’on en prend la dimension, me semble-t-il…

Participant : Ce que je trouve intéressant c’est que pour que le sujet se libère, c’est du coup  notre position qui est en jeu. Et si on dit traverser les différents parcours, on a pas à être responsable du désir, on simplement à dire : « vous avez une responsabilité par rapport à votre désir ». Donc on n’est pas dans la normalisation ou dans le psychopathologique de dire : « Il est pervers, il faut que je le redresse ». Et du coup on est beaucoup lus libéré dans le travail de responsabilité et de travailler sur ce choix.

R. Soudaramourty : Juste pour rebondir par rapport à cela, je trouve qu’on avait un exemple assez marquant lors du congrès, à propos de deux présentations très différentes de perversion. D’une situation où il s’agissait d’aller du coté d’un dressage, de ramener de la culpabilité, de quelque chose qu’il faudrait faire comprendre en incarnat une certaine position surmoïque ou maternelle avec une forme de jouissance de l’analyste me semble-t-il et une toute autre façon de prendre les choses.

R. Lévy : Une façon de prendre les choses du coté de l’acte justement et pas du coté du redressement. Ce qui n’est pas du tout la même chose

C. Cazzadori : Pour illustrer cela, une patiente est revenue dix ans après en me disant : « Je viens vous voir sur la question qui m’a fait partir » A savoir l’impossibilité de désirer. Alors j’ai ramé parce que c’était tous les 15 jours, elle me changeait les dates sans arrêt et finalement elle dit : «  ce ne sont plus mes parents qui décident de venir quand ils veulent, ça y est, c’est moi qui décide et je ne passerai pas noël avec eux ! ». Je trouve cela extraordinaire dans son chemin d’aliénation aux parents.

R. Lévy : Je pense quand même, pour revenir dans ce que Serge disait que dans cette idée que l’on aborde selon laquelle une analyse mènerait à pouvoir prendre de la liberté, cela suppose de modifier un tant soit peu son rapport à la jouissance quand même… Parce que c’est cela le point de bascule… On ne change pas de Jouissance mais d’un certain rapport à la jouissance. En ce sens, il y a quelque chose qui se décide même ensuite pas consciemment mais avec la possibilité d’avoir des éléments pour être attentif, je crois, à ne plus retomber dans la même répétition.

R. Soudaramourty : Peut-être que l’aliénation est l’aliénation à la jouissance…

R. Lévy : Voilà ! L’aliénation est avant tout une aliénation à la jouissance. Mais avec  une possibilité d’écrire différemment le rapport de coupure de jouissance, pour reprendre une écriture nodale.

C. Delarue : C’est effectivement lorsqu’on change ce rapport à la jouissance que l’on voit, chez les patients, leurs affirmations et leurs choix changent.  On parle peut-être plus de guérison après, dans l’après-coup.

S. Sabinus : Mais cela ne peut pas être la préoccupation de l’analysant..

R. Lévy : Non

J.J Leconte : Impossible de dire : « Aujourd’hui je change de jouissance ! »

R. Soudaramourty : Il y a le dispositif de la passe aussi où le fait de reprendre quelque chose d’un moment de cure, on ne sait pas très bien ce que l’on raconte et que cela produit des effets… Il y a un autre moment aussi très important : comment dans la passe, lorsque une association ou une école permet que quelque chose en soit dit en extension, c’est-à-dire pas le détail de intention, il y a une possibilité de reprendre quelque chose de l’après-coup…

P. Wolosko : Il y a une autre question que je me pose, c’est de savoir que l’on parle d’un moment de guérison mais je pense que dans une cure, il y a plein de moments de guérison…

S. Sabinus :
on voit dans une cure de moments de guérison qui sont tout à fait superficiels…Mais il y a des moments de guérison.. Freud dit bien que dans ces cas là, il s’agit de mettre un terme à ce genre de discours… Quand on peut…

R. Soudaramourty : Et si les symptômes n’ont pas disparu trop vite…

C. Delarue : c’est vrai que la guérison peut être le meilleur moyen de résister à une analyse… Tout dépend de ce qu’on appelle guérison…

R. Soudaramourty : C’est aussi la question du symptôme d’une névrose qui passe du coté d’un symptôme dans une névrose de transfert. Ce dépassement fait que quelque fois, le symptôme, tel qu’il s’est présenté au début, disparaît pour prendre une autre forme…

S. Sabinus : c’est une inversion du symptôme énoncé comme tel. A savoir : « j’ai guéri de mon symptôme, donc je peux m’en aller »

Participante : Est-ce que dans le travail avec les enfants, la liberté de penser, la liberté de choisir s’oppose un peu de la même façon ?

R. Lévy : Oui. De façon même radicale puisqu’on est en présence, de façon non encore interne, des empêcheurs de penser en rond, c’est-à-dire les parents. Non pas parce qu’ils sont des parents mais parce qu’ils ont avec cet enfant, un fantasme dans lequel cet enfant est pris. Donc on les a en présence. Puis, les enfants et ensuite les adultes ont des parents dans leur tête. Mais là, et c’est une chance, on les a. Si l’on veut bien travailler avec eux, on peut faire très vite des choses quasiment magiques, justement… A savoir en rendant à César ce qui lui appartient. En remettant les discours à la place de leurs propres énonciations. Un enfant qui se trouve pris dans le fantasme de l’un ou l’autre des parents, ce qui d’ailleurs est plutôt une bonne chose… Parce que lorsqu’il n’est pas pris dans le fantasme, on peut se poser d’autres questions… mais lorsqu’il se trouve que ce fantasme amène à une aliénation telle que l’enfant doive produire des symptômes pour pouvoir mettre un petit écart avec la place à laquelle il est attendu, je crois que là on peut travailler vraiment de façon extrêmement efficace. A chaque fois que l’on se trompe, c’est que l’on a méconnu la nécessité de pouvoir prendre un peu de temps pour que les choses se fassent dans une qualité transférentielle forcément positive parce que si elle est négative, cela ne marche pas, on est éjecté. Donc il faut que cela soit l’établissement et la mise en place d’un transfert positif, voire même très positif puisque c’est la seule façon pour l ‘enfant de faire passer la parole de l’analyste. La parole de l’analyste passe par le transfert positif des parents. S’il n’y a pas ce transfert positif, l’analyste n’est pas en place de supposé savoir.

R. Soudaramourty : Point qui me semble aussi important est la question de l’adresse. Ce n’est pas la même chose des parents qui vont consulter dans un CMPP, adressé par l’école à partir d’un symptôme scolaire, que des parents qui sont adressé par leur propre analyste. Les choses sont engagées dans le transfert de façon très différente, me semble-t-il et du coup, quelque chose du fantasme des parents dans lequel l’enfant est pris, peut être repéré, abordé beaucoup plus facilement qu’autrement lorsqu’il y a tous ces autres oripeaux qui viennent protéger…

R. Lévy : Oui mais je pense que ce n’est pas perdu. L’adresse préalable à une institution pose comme nécessité ce premier temps de travail qui va être de faire passer cette adresse à l’institution à l’adresse sur un supposé savoir. C’est aussi une question de bouteille… On ne se plante plus trop au bout de quelques années en institution là-dessus. Alors qu’au début, on se plante parce qu’on pense que l’on reçoit un enfant et qui nous est adressé. Non, il ne nous est pas adressé avant longtemps, avant que quelque chose puisse s’élaborer  de ce passage du transfert sur l’institution au transfert sur une personne justement. Toute la difficulté, dans un premier temps, est là-dessus. C’est possible… Parfois ça ne l’est pas, mais enfin ça peut l’être quand même…

J.J. Leconte : Il faut savoir que pour les parents, le simple fait d’aller voir un analyste est une blessure narcissique absolument considérable. Donc il y a tout un travail, je crois, au préalable où il ne faut quand même pas les séduire mais où quand même il faut y mettre du sien pour les avoir sur le coté.

R. Lévy : Il faut faire du transfert positif… chacun son style mais voilà, c’est indispensable.

S. Sabinus : avec une difficulté aussi, les enfants qui vont mieux de telle façon que cela s’oppose à la trajectoire à ce pour quoi les parents l’ont assigné à cette place là

R. Levy : C’est souvent le cas…

S. Sabinus : Et là on est dans une difficulté énorme parce que les parents sont dans un transfert positif avec l’analyste, ce qui est très bien, mais à la manière dont l ‘enfant évolue on voit qu’on se trouve dans une énorme difficulté puisqu’on se trouve face à un enfant qui évolue par rapport à son symptôme et qui va mieux de telle sorte que c’est mal reçu par les parents. Et là c’est très compliqué.

R. Levy : Alors là il y a un choix du coté de l’analyste. En gros, La mère ou l’enfant. C’est aussi radical que ça. C’est-à-dire qu’ou bien on est à la place d continué à soutenir ce désir du coté de l’enfant, même s’il est à contrario avec la mère, le père ou les parents, ou bien on laisse tomber et l’on satisfait le désir des parents ; chose qui, à mon avis, n’est même pas une option.

R. Soudaramourty : Le risque est que les parents arrêtent.

R. Levy : Oui, ils arrêtent peut-être mais l’enfant a entendu quelque chose. Je trouve que dans ces cas-là, même si ça s’arrête, un acte a été posé et les choses ne seront plus jamais comme avant. Donc ce n’est pas très grave qu’il arrête.

S. Sabinus : Surtout si l’on arrive à faire le joint entre l’amélioration et la rupture

J.J Leconte : Il  y a aussi parfois, lorsque les parents se disputent, à faire un choix entre le père ou la mère…

C. Cazzadori : Il y a aussi le cas où l’enfant va mieux et que suit une demande d’analyse par la mère…

R. Levy : Ou un divorce ! Ce qui est quand même le cas le plus fréquent…

P. Wolosko : Ou un bon analyste peut s’associer avec un avocat…

R. Levy : C’est ce que l’on appelle un cabinet de groupe ! Bon  le 16 novembre , ce sera Philippe Wolosko.

 


[1] Le soin approches contemporaines PUF 2016 P. 121

[2] Présenté traduit et commenté par Paul Laurent Assoun ED RETZ C.E.P.L 1980  P.69  70

[3] S FREUD La technique Psychanalytique

[4] Jacques Lacan université de Yale cité par Danièle Epstein  qu’est-
ce que la guérison pour la psychanalyse APM ED 2016 P. 53

[5] S Freud le début du traitement 1913

[6] S FREUD Analyse avec fin et analyse sans fin in résultats idées problèmes II Paris PUF 1987 P. 268

[7] S Freud psychanalyse et théorie de la libido in résultats idées problèmes  tome II Paris PUF P.69

[8] Freud le moi et le ça in  essais de psychanalyse Paris Payot P.294

[9] S Freud observations sur l’amour de transfert 1915 in La technique Psychanalytique PUF 1953 P. 130

[10] Lacan ouverture de la section clinique  ORNICAR ? 1077 N° 9 P.13

[11] Le soin approches contemporaines PUF 2016 P.111

[12] LACAN Le moment d conclure séance du 10/1/78

[13] LACAN Les variantes de la cure type in  ECRITS 1966 P.323 362

[14] Lacano ECRITS ED SEUIL 1966 P.188

[15] LACAN Séminaire l’angoisse Leçon du 12/12/62

[16] S Freud œuvres complètes VOL XVI Paris PUF 2001P.201  En allemand nebengewin

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