Avatars du sexuel

Il n’est pas de jour sans qu’une revendication sur la famille, le genre, le voile, le mariage homosexuel, la prostitution, et bien d’autres encore ne se produise. Faut-il y voir quelque nouveauté ou ces débats de société ne sont-ils que les avatars de ce refoulement du sexuel qui prend aujourd’hui des formes diverses et variées sans dire vraiment son nom ?
En effet, la ‘liberté sexuelle’ tant revendiquée ne semble toujours pas acquise, et, d’ailleurs, comment le serait-elle puisque le sexuel fait difficulté, continue de faire symptôme, là où tout sujet pourrait s’attendre à ‘jouir sans contrainte’.
Les aides, pourtant, fleurissent en tout genre, puisqu’il n’est pas non plus de jour sans que l’on ne promette une nouvelle molécule, qui permettra enfin d’apporter la solution du problème des soi-disant troubles de la sexualité.
Mais rien de très nouveau, puisque Freud signalait déjà que la société, la classe, la civilisation, la race, déterminent les types de sexualité.1
La nouveauté vient peut-être de ce que l’usage du corps soit devenu aujourd’hui un acte politique, qu’il soit nu ou qu’on le voile. Encore qu’en d’autre temps le slogan ‘faites l’amour, pas la guerre‘ annonçait déjà la politisation du sexuel.

 Aujourd’hui, les Femen luttent seins nus pour dénoncer le machisme sous toutes ses formes, là où, à l’inverse, d’autres luttent voilées – quitte à enfermer une partie de leur humanité – pour défendre une société où la différence des sexes permettrait, enfin, une partition claire entre les hommes et les femmes, par la résolution de tout différend entre les sexes.
Au ‘tout sexuel’ Freudien, Lacan oppose qu’‘il n’y a pas de rapport sexuel qui puisse s’écrire‘.
C’est dire qu’il n’y a pas d’espoir de résoudre cette différence des sexes par un rapport qui unirait, enfin, ses deux moitiés pour ne plus faire qu’un.
Les théories du genre affolent parents. Dire qu’on ne naît pas homme ou femme mais qu’on le devient, suscite l’angoisse d’un effondrement catastrophique de toute civilisation, crée des clivages radicaux entre réactionnaires et progressistes, ou encore défenseurs d’une civilisation humaine contre les dépravés de Sodome et Gomorrhe. C’est la pédophilie qui tient le palmarès du rejet le plus profond de notre société. Ne faut-il pas y entendre une des manifestations actualisées de ce que « la vie sexuelle infantile est la clef de la compréhension de la sexualité ; (et que) cette période de vie est plus importante que l’hérédité »2 .
La psychanalyse aurait-elle quelque chose à dire autrement sur ce que l’on appelle « avatars du sexuel » ; un discours, par exemple, qui ne serait pas du semblant ?

1- FREUD, Sigmund. Trois essais sur la théorie de la sexualité . Gallimard, Paris, 1991, P.55 -56.
2- FREUD, opus cité P. 93 – 94.

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