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Argument :

Traditionnellement la psychanalyse n’a jamais fait de la guérison « un concept opérant ». Selon le principe freudien : « L’élimination des symptômes de souffrance n’est pas recherchée comme but particulier, mais à la condition d’une conduite rigoureuse de l’analyse, elle se donne pour ainsi dire comme un bénéfice annexe. »[1]

Elle n’a pas eu à céder à l’influence du modèle médical qui tendait à élever cette guérison au statut de concept. Mais actuellement, le modèle médical a lui-même changé face aux maladies chroniques et aux maladies sociétales. La guérison n’est plus acquise de la même façon dévoilant ainsi sa part d’imaginaire, son préjugé voire ses préjugés…Il s’agit, en effet, de plutôt contenir les effets de ces maladies, la guérison s’avérant impossible.

Partout, il y aurait maintenant un malentendu entre la place des symptômes et la guérison. « La psychanalyse a toujours su gérer ce malentendu dans la mesure où si la demande de guérison est nécessaire dans la démarche analytique , c’est  au sens où cette demande rend possible le travail sur l’équivocité de la notion de guérison»[2]. Tout le travail du psychanalyste étant de faire évoluer cette demande dans ce que Lacan a nommé « rectification subjective » à savoir donner à l’analysant une place de sujet en permettant que s’installe une nouvelle névrose, la névrose de transfert dans un premier temps, pour que dans un deuxième temps le sujet se libère du désir de la maladie.

Or le travail à partir de cette équivocité apparaît difficile à opérer face aux nouvelles formes de demande de travail analytique. On pourrait dire que le « moi » veut continuer à parler « bloquant » l’évolution transférentielle. Ce « moi » qui veut parler c’est celui qui s’invite dans le fonctionnement des thérapies brèves (MDR, Pleine Conscience…), c’est celui aussi qui amène dans la cure les théories du développement personnel, c’est celui, enfin, qui fait de la guérison « une quête mettant au premier plan la figure de l’individu-sujet. »[i]

Ce qui fonctionnerait pour la structure psychotique deviendrait le nouveau vecteur du discours névrotique. Les neurosciences en « s’offrant de rendre intelligible le rapport entre le corps et l’esprit »[ii] ont réussi cette performance qui de l’intestin, le deuxième cerveau, au système nerveux central ont mis en place des « théories qui ont un lien avec leur objet ».

En visant le soi, la conscience….elles proposent au sujet d’ouvrir l’œil, de ne rien laisser s’échapper, de ne rien laisser au hasard fut-il s’appeler l’inconscient….

[1] Freud S., « Psychanalyse et théorie de la libido » i nRésultats, idées et problèmes, II 1921-1938, PUF, Paris, p. 69

[2] Nasio J. D., « La guérison, un point de vue lacanien » in Esquisses psychanalytiques, Jacques Lacan » Publication du centre de formation et de recherches psychanalytiques, Printemps 1991, Paris

[i] Denizeau L., Gueullette J. M., « Guérir, une quête contemporaine », Editions du Cerf, 2015, Paris

[ii] Andler D., « La silhouette de l’humain », nrf essais Gallimard, 2016, Paris