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Le thème de ce travail a surgi lors de l’étude du séminaire « encore », il était question de jouissance féminine, j’ai immédiatement pensé à la chèvre de monsieur Seguin, puis à cette exécution dans un stade afgan d’une femme en burqa bleue, suspectée d’adultère, agenouillée, elle reçut une balle dans la nuque. « La civilisation n’est qu’une mince couche de vernis qui craque pour laisser apparaitre la barbarie. Freud »  aphorisme on ne peut plus banal, mais tellement prégnant, comment s‘en passer. Quel rapport entre la longe de monsieur Seguin et la balle de kalachnikov ? J’ai commencé à m’intéresser à Alphonse Daudet, je tombais sur un passage du journal des Goncourt, qui m’amena à en lire d’autres. le texte a été utilisé à visée éducative. Lu à l’école, il convient de faire l’inverse de la chèvre, c’est à dire, aller de la jouissance à l’interdit. 

AVATARS DU SEXUEL  Six conférences

Première conférence

Le mot avatar s’emploie au sens figuré depuis le XIXème siècle pour figurer la transformation, la métamorphose  d’un objet ou d’un individu. Que signifie-t-il dans le champ qui nous réunit aujourd’hui, celui du sexuel ? La libération sexuelle devenue une liberté sexuelle depuis les acquis de 1968, semblait pourtant incontestable. « Il est interdit d’interdire », « Jouissons sans contrainte », sont des slogans qui ont révolutionné les relations entre les hommes et les femmes, et mis à mal la famille traditionnelle

Oui, la montée du féminisme, la remise en question des définitions classiques du genre, ont fortement déstabilisé les rapports sociaux concernant les relations entre vie privée, vie publique via la vie sexuelle des parlêtres. L’espace publique nous renseigne sur la multiplicité des modes de vie qui s’inventent en transformant quelque peu l’intimité. La sexualité comme facteur de désordre a en effet régulièrement et profondément contestée une moralité enracinée dans les institutions telles que le mariage, l’hétérosexualité, la vie familiale, la monogamie.

(texte suivi d'une discussion)

Autour de ce que j’ai appelé « le passage à l’acte sexuel de l’analyste en transfert ».
Le « en » souligne ici et spécifie le Transfert comme LIEU (« en Bretagne ») et comme MOYEN (en bois », ou mieux, « en anglais » pour évoquer que c’est la langue forgée dans la cure par le transfert qui est concernée).
Quelque soit son issue, ce passage à l’acte est un inceste réalisé et insu, comme dans le drame œdipien ; et, comme dans la mise en scène antique, c’est l’enquête sur soi – courageuse – qui seule pourra le révéler. Acte isolé d’un malheureux analyste supposément névrosé, acte répété d’un pervers, quelque soit sa modalité et son issue, qu’un beau mariage ou qu’une traversée de la honte en viennent à bout, il s’agit dans tous les cas, selon moi, d’un inceste. Inceste par son caractère transgressif d’une modalité essentielle de la cure, l’abstinence, mais surtout de par son caractère infantile, régressif et défensif sur lequel je vais m’attarder. L’inceste que réalise l’analyste dans un moment catastrophique de la cure qu’il conduit est une défense contre l’effondrement mélancolique, telle sera, plus ou moins, l’hypothèse que je vais soutenir.

Un titre en forme de question un peu provocatrice pour laquelle on aurait tout intérêt à ne pas se précipiter à donner une réponse.
En effet, aborder la question de la jouissance du psychanalyste n’est pas si commun dans nos institutions, elle est le plus souvent tue ou encore pire formalisée. Je remercie jean jacques Leconte de nous y avoir introduit la dernière fois et donné lieu à cette discussion si fondamentale et intéressante que je souhaite poursuivre avec vous ce soir. Au-delà il y a un problème qui consiste à se demander si nous pouvons aborder des cas publiquement et si oui de quelle façon puisque lorsque je parle de cas clinique j’y inclue le psychanalyste. Le cas clinique est-il la seule clinique du psychanalyste et le discours de l’analyste se réduit-il à l’exposé du cas.

Je vais commencer par vous faire part de comment ce titre de la mauvaise rencontre m’est venu à savoir dans le cadre de l’exposition des oeuvres de Nikki de Saint Phalle au grand Palais. Je ne connaissais de cette artiste que les « Nana » mais à part cela je ne connaissais pas grand chose, cela ne m’attirait pas particulièrement. A un moment, dans cette exposition, je suis entrée dans une salle où étaient exposées ses toiles réalisées avec des tirs de carabine. Quand je suis rentrée, j’ai entendu des coups de fusil, ce qui m’a surprise sur le moment. Les gens n’ayant pas l’air affolés, je me retourne et je vois cette toile qui se présentait avec des trous et une peinture dégoulinante. Cela ne représentait pas un choc très artistique jusqu’à ce que je me rende compte que les coups de fusils venaient d’un film qui accompagnait les toiles.

Réponse à l’article du monde du 21 Mars 2015 LE  GRAND DIVAN MEDIATIQUE  Marion Rousset

L’article du monde du 21 Mars ‘Le grand divan Médiatique ‘ me semble poser un certain nombre de questions au plus vif de ce que nous essayons de cerner cette année sur les avatars du sexuel.

En effet Marion Rousset, la journaliste auteur de cet article tente de poser un certain nombre de questions à la Psychanalyse Actuelle.

Ce sont à la fois des questions liées aux prises de position des différents Psychanalystes dits ‘médiatiques ‘ sur certains problèmes de société mais aussi,  au-delà, sur des problèmes qui concernent le pourquoi et le comment la théorie psychanalytique n’a pas su évoluer et représenter aujourd’hui un allié contre la GPA et un soutien de la manif pour tous.

On va continuer ce séminaire des avatars du sexuel avec évidemment une actualité qui ne permet pas d'éviter de s'interroger sur un certain nombre de questions, et qui à mon sens nous obligent à nous demander quels sont ou quel est, au-delà du choc, des chocs et des événements en eux-mêmes, le véritable enjeu de ces questions communautaristes.
Donc il m'a semblé qu'en réfléchissant à cela, ce n'était finalement pas tellement éloigné de nos questions de cette année et en particulier de la question du sexuel ou des sexualités.

Peut-on décider de sa sexualité?
Je voudrais commenter et répondre à un certain nombre de questions qui se sont posées la dernière fois et sur lesquelles Radjou est revenu également dans le séminaire enfant.
Pour introduire le débat, j’ai voulu donner ce titre : « Peut-on décider de sa sexualité ?» Mais on aurait pu tout autant le substituer par : « Quelles sont les limites qu’impose le réel à la subjectivité ? Et peut-on en dresser les contours et les conséquences lorsqu’il est transgressé ? » « Ce dont il s’agit, quand il s’agit du sexe, c’est de l’autre, de l’autre sexe, même lorsqu’il préfère le même »(1)

En effet, c’est très certainement le règne contemporain de l’image qui impose petit à petit cette pente vers l’uniformisation et qui, en particulier dans le registre du sexuel, promeut des regroupements identitaires basés sur l’insigne commun comportemental (homos, travestis, pédophiles, lesbiennes, transsexuels etc…) et plus sur des regroupements basés sur un trait homme/femme.
 

Ce titre un peu énigmatique va me permettre de reprendre les questions sur lesquelles nous étions restés la dernière fois à savoir : qu’en est-il des différents avatars du sexuel dans les perversions et  psychoses? c’est pourquoi la prostitution masculine m’a semblé le meilleur abord clinique possible, clinique que j’ai eu l’occasion de fréquenter pendant de nombreuses années au sein d’une association qui recueillait et aidait les personnes prostituées à s’en sortir.

Notre modernité nous a habitués à rendre le sexe, pour ne pas dire les sexualités comme de petits arrangements sans contrainte entre les corps, les plaisirs des corps et les têtes. Un peu comme si la tête, au fond n’avait que très peu à voir avec cette machinerie dite dès lors technique qui concerne les plaisirs. D’où le succès sans précédent des sexologues qui, spécialistes de cette machinerie qu’est le sexe sont sensés remédier à ses disfonctionnements.
Mais comme on l’a déjà vu la dernière fois le sexe ou plus exactement la sexualité est un miroir social significatif de nos transformations et de nos modes de vie. Certains prônent même l’idée que notre actuel est « la révolution anthropologique du genre à laquelle nous assistons, la transformation sans précédent historique des relations entre les hommes et les femmes » .

Passer des questions politiques au sexuel peut paraître hasardeux. En fait il n’en est rien.

Dès 1920 l’imbrication des valeurs sexuelles et politiques ou plus exactement du pouvoir politique est devenu tout à fait visible. C’est notamment avec Wilhelm Reich que le concept de « politiques sexuelles » est arrivé. Mais ce n’est que depuis les années 60 que cette idée a eu un impact et un écho. Dans les années 1970 à 1980, les acquis de 1968 sur l’évolution des mœurs et de la sexualité se sont heurtés à nouveau aux forces conservatrices de l’ordre moral en occident et aux fondamentalistes religieux, qu’ils soient chrétiens, musulmans, juifs ou encore hindous. On peut dire qu’aujourd’hui le sexuel est une sorte de ligne de front de la politique actuelle, comme si l’avenir de nos sociétés se jouait sur ce terrain.
 

Avatars du sexuel

Il n’est pas de jour sans qu’une revendication sur la famille, le genre, le voile, le mariage homosexuel, la prostitution, et bien d’autres encore ne se produise. Faut-il y voir quelque nouveauté ou ces débats de société ne sont-ils que les avatars de ce refoulement du sexuel qui prend aujourd’hui des formes diverses et variées sans dire vraiment son nom ?
En effet, la ‘liberté sexuelle’ tant revendiquée ne semble toujours pas acquise, et, d’ailleurs, comment le serait-elle puisque le sexuel fait difficulté, continue de faire symptôme, là où tout sujet pourrait s’attendre à ‘jouir sans contrainte’.
Les aides, pourtant, fleurissent en tout genre, puisqu’il n’est pas non plus de jour sans que l’on ne promette une nouvelle molécule, qui permettra enfin d’apporter la solution du problème des soi-disant troubles de la sexualité.
Mais rien de très nouveau, puisque Freud signalait déjà que la société, la classe, la civilisation, la race, déterminent les types de sexualité.1
La nouveauté vient peut-être de ce que l’usage du corps soit devenu aujourd’hui un acte politique, qu’il soit nu ou qu’on le voile. Encore qu’en d’autre temps le slogan ‘faites l’amour, pas la guerre‘ annonçait déjà la politisation du sexuel.