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La psychanalyse est-elle encore (dans) de son temps?

Derrière cette question intemporelle, se rencontrent celles qui ne font qu’accentuer la dimension de la psychanalyse, inscrite dans une praxis et ancrée dans une culture. Pourtant, les dernières décennies ont apporté de grandes modifications aux connaissances de l’encéphale comme à celles de la génétique. La psychanalyse aurait-elle fait son temps ? Ceux qui se prévalent des sciences dites ‘dures’, pour remettre en question la validité de cette praxis, le font au nom d’une meilleure adaptation du sujet ou, encore mieux, de son absence dans le discours scientifique. Celui-ci ne s’occupe plus dès lors que des comportements, comme les différents DSM nous l’ont montré.

Quand, au hasard de mes lectures, je suis tombée sur la séance du 10 mai 1967 du séminaire La logique du fantasme où Lacan lance cette formule « L’inconscient, c’est la politique », cela m’a beaucoup intéressée pour deux raisons. D’abord constater ce qui l’avait conduit à cette formule qu’il n’a dite qu’une seule fois et l’enchaînement avec lequel il réussissait à lier psychanalyse et contexte politique du moment, singulier et social, praxis analytique et praxis politique. (praxis, c’est le terme qui est dans l’argument et c’est le terme que l’on trouve dans l’acte de fondation de l’ELP).

Ensuite parce que l’on peut y trouver là une autre façon de considérer le rejet social de la psychanalyse que nous subissons.

Le petit cheval dans le mauvais temps..
Qu’il avait donc du courage,…
Tous derrière et lui devant…

Qu’est-ce que le courage ?

Ce poème de Paul Fort, nous donne à entendre le contraste entre l’insouciance, une certaine innocence, et le risque de l’inattendu, le spectre de ce qui nous tombe du ciel, à notre insu, dans l’impensable de la mort…La brisure de la temporalité qui n’en finit pas. Courage fuyons …la juxtaposition des mots et des signifiants qui marque le paradoxe de l’acte.

Un document de l'HAS édité le 12 décembre 2012[1] retient trois critères pour définir les « troubles » dits « de l'attention » : le déficit attentionnel, l'hyperactivité, l'impulsivité. Considéré comme un « handicap », il doit, conformément à la loi de 2005 sur l'intégration des handicapés à l'école, donner lieu à la mise en place d'un « programme personnalisé de réussite éducative ».

            J'ai choisi de parler de ces « troubles » parce qu'ils motivent d'une façon très fréquente les demandes de consultation, et qu'ils me paraissent symptômatiques d'un nouveau regard sur l'enfant, notamment à l'école, de pratiques coercitives ou d'exclusion assorties de tout un arsenal rééducatif. Ils me semblent interroger le rapport que la psychanalyse entretient avec son temps, puique le discours cognitiviste détient pourrait-on dire, un monopole sur cette question. Mais ils permettent aussi d'établir une articulation avec la question politique de l'éducation.

 

En poursuivant sur la question sur laquelle nous étions restés la dernière fois à savoir, « La psychanalyse a-t-elle une quelconque efficacité contre le totalitarisme ? ». Question un petit peu abrupte au demeurant qui m’a amené à poser une autre question qui me semble nécessaire en prolégomènes à ce point, à savoir: « La psychanalyse est-elle politique ? ». Je crois que si l’on ne peut pas répondre à cette première question, la seconde me semble un peu difficile à aborder.

Je voulais reprendre et donner quelques extensions à la discussion que nous avons eu  lors du dernier séminaire sur la question d’Hannah Arendt, plus exactement, ce que je crois qu’elle repère chez Eichmann concernant un certain statut du sujet très particulier qui continue de m’intéresser - j’espère de nous intéresser - posant un certain nombre de ces questions que je vais essayer de poser avec vous.

Permettez-moi de vous rappeler là où nous en étions restés la dernière fois :

LACAN, LA POLITIQUE 

J’ai intitulé ce dernier séminaire de l’année, Lacan, la politique où vous pouvez entendre l’ambiguïté qui concerne toujours la question du rapport de la psychanalyse au politique et au discours comme Radjou nous l’a fort bien développé la dernière fois.

Bonsoir à tous et à toutes. Nous voici repartis pour une nouvelle année de travail sur un thème qui concerne la psychanalyse et son temps et qui me semble être de nature à amener des interrogations à la fois sur les changements de notre postmodernité, ses incidences sur la psychanalyse et la question de savoir si la psychanalyse a une quelconque incidence sur le domaine du social. D’ailleurs, je dois dire que si elle n’en avait pas, elle disparaitrait au titre des pertes et profits du temps passé. C’est du reste ce qu’on lui attribue assez régulièrement : être une spécialité du temps passé…