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 Fonction du père n’est pas tout à fait correct concernant l’identification pour laquelle c’est la fonction de Nom du Père qui est concernée, cependant, la fonction du père, sur un versant imaginaire cette fois joue un rôle important dans l’imitation. Je vais donc partir de ce qui peut être considéré comme le début, qui serait l’incorporation, et je parlerai plus de l’imitation que de l’identification ensuite, mais c’est bien l’identification qui est au centre de mon propos.

Pour Freud, l’identification est un processus inconscient au sens de l’inconscient freudien, c'est-à-dire qu’il y faut l’intervention du refoulement qui, lui-même, n’advient qu’avec l’Œdipe. Cela borne de ce qu’on appelle l’identification si on veut en faire un concept repéré, en particulier dans ce mouvement qui va pouvoir tramer sans paradoxe l’unicité de l’identité et la communauté de la ressemblance.

Analyse d’un enfant de cinq ans

Quand nous parlons de l’identification, nous parlons aussi du fantasme, du désir et de la désidentification. L’identification primaire se fait avec les parents, c’est un trait qui survient avant la différence des sexes, le choix d’objet et la constitution du sujet.

Pour l’enfant, la frustration s’inscrit dans son corps comme manque de satisfaction lié au narcissisme primaire. Il va demander à sa mère la seule chose qu’elle n’a pas, le phallus comme manque, qui n’est autre que l’objet de la castration ; ce qu’il demande à sa mère est une demande d’amour.

C’est avec le « stade du miroir » que l’enfant reconnaît son image propre, comme identification imaginaire qui va constituer la base des identifications secondaires ultérieures.

Dans différents milieux intellectuels, la référence à la thèse du new-yorkais Neil Postman sur la disparition de l´enfance est devenue habituelle. Elle affirme que nous assistons de nos jours à l´épuisement de ce qu’il nomme le processus sociétaire, comme l’a repéré Philippe Ariès. Le quotidien avec les enfants semble le confirmer. Nos enfants ne seraient plus comme avant, plus sagaces et intelligents mais moins disciplinés cependant que jadis. De ce fait, les adultes oscillent entre deux positions en principe contradictoires. Tantôt ils considèrent que la disparition de ladite enfance moderne est une bonne nouvelle qui viendrait confirmer la vieille idée qu´ils ne seraient pas eux-mêmes et en conséquence, il faudrait "adapter" ou "ajuster" l´éducation des enfants à la dernière nouveauté de la réalité de l´être infantile. Tantôt au contraire, les adultes considérant que les enfants risquent de ne plus avoir d´enfance, s´engagent dans la protection d´une supposée intégrité psychique naturelle d´un être infantile intemporel.

10/12/2010

Ce que je voulais évoquer ce soir, est finalement d’inverser ce nouveau symptôme de l’enfant ou de l’enfance parce que je pense , et je ne suis pas seul, nous sommes quelques-uns maintenant à remarquer que cette question de la nouveauté dans le symptôme est au fond quelque chose qui est beaucoup plus une invention du social que véritablement un nouveau symptôme au sens psychopathologique du terme. Nouvelle psychopathologie qui d’ailleurs trouve tout à fait sa réduction dans la façon dont ces soi-disant nouveaux symptômes sont soutenus. Je ne vais pas rentrer dans le détail mais je voudrais dire que je pense qu’il n’y a pas de nouveaux symptômes de l’enfance mais une société qui a peur de ses enfants. C’est quand même une grande nouveauté. C'est-à-dire que après que nous soyons passés à une aire, je dirai pré-Dolto, pour laquelle l’enfant n’existait pas, il ne faisait ni peur, ni pas peur, il n’existait tout simplement pas avant un certain âge, déjà avancé, on est passé, grâce à Françoise Dolto, il faut bien le reconnaître, à l’idée que l’enfant est un sujet qui a une parole. Et puis enfin, depuis quelques années maintenant, disons entre dix et quinze ans, l’enfant est devenu une entité qui fait peur. En d’autres termes la société est depuis quelques temps malade de ses enfants et par conséquent cherche à s’en soigner, voire même à s’en guérir ; comme si l’enfant était devenu, non pas un sujet avec une parole, mais véritablement un danger. Ce qui, vous le voyez déjà, change tout à fait la perspective et l’approche de la notion même d’infantile, la notion même d’enfance. Je crois que l’on a pas fini remarquer combien cette transformation du regard de l’idée même du symptôme chez l’enfant, a déjà et aura des conséquences sur la notion même d’enfance, bien au-delà de la question symptomatique de l’enfant.

Lorsque Serge Granier m’a très aimablement proposé d’intervenir ce soir, au séminaire de psychanalyse avec les enfants – confiance dont je le remercie – je me suis trouvé un peu à court. Voilà : je ne travaille plus avec les enfants depuis quelques années et je ne me voyais pas exhumer quelques vieilles histoires, encore que… Je passe sur la réponse qu’il m’a faite, en tout cas suffisamment encourageante pour m’autoriser à vous plonger dans ce qui me préoccupe actuellement : chercher dans les quelques voies/voix que je me suis appropriées ce qui me fait me tenir et me retient dans ce fauteuil d’analyste. Ma question est plus brute, plus sauvage, formulée comme elle m’est venue et elle garde encore suffisamment d’aspérités pour m’écorcher à chaque fois que je l’énonce : mais qu’est-ce que je fais là, moi, dans toutes ces histoires qu’on me raconte ?

Il y a quelques semaines, une jeune femme qui se désespère de mes silences, avouant tout à la fois son amour et la piètre estime où elle me tient, rêve qu’elle a chez elle un tableau qu’elle ne connaissait pas. Elle s’approche et lit la signature : Romain Rolland. Surprise. Un écrivain, bien oublié de nos jours, commente-t-elle, qu’elle fait peintre pour elle seule. Mystère.