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Je remercie Analyse Freudienne de m’avoir invitée à témoigner de mon expérience de passeur. Cela m’a permis de repérer à distance les effets de cette expérience et surtout de la partager ; vous en faire un retour pour boucler quelque chose.

Témoigner d’une expérience sans trop en révéler sur le contenu mais tout en disant quand même un peu pour exposer ce que cette passe a produit de manière claire est un exercice très délicat. Je me limiterai au strict nécessaire par respect pour le passant.

Commentaire du documentaire de Mariana Otero, « A Ciel Ouvert », 2013.

Pour le groupe « Psychanalyse dans la Cité »

Le documentaire de Mariana Otero sorti dans quelques salles à Paris, « A Ciel Ouvert », réalisé dans l’institut médico-pédagogique « Le Courtil » en Belgique, au sein d’une équipe orientée par la psychanalyse dans son travail quotidien avec des enfants psychotiques ou autistes vient, peut-on penser, à point nommé dans le débat suscité par les attaques contre la psychanalyse sur la prise en charge des enfants autistes.

Introduction

En effet la passe permet à quelqu'un qui pense qu'il peut être analyste, à quelqu'un qui est prêt à s'y autoriser, si même il ne s'y est pas déjà autorisé lui-même, de communiquer ce qui l'a fait se décider, ce qui l'a fait s'autoriser ainsi et s'engager dans un discours dont il n'est certainement pas facile d'être le support, il me semble.
                                                              J. Lacan Sur l'expérience de la passe 1973

D'après moi c'est nécessaire, et c'est même une condition requise que chaque analyste réfléchisse, enquête, expérimente, prenne position en ce qui concerne la passe. Qu'il décide ou non d'en faire l'expérience, le psychanalyste ne peut rester indifférent face à ce sujet puisqu'il concerne d´un mode fondamental de sa fonction.

CARTEL PSYCHANALYSE DANS LA CITÉ

Il en va de la psychanalyse comme de la chose publique (Res Publica) dont ont peut se demander si elles sont encore de ou dans leur temps. Les pratiques néolibérales font du monde l'objet d'une appropriation privée, et sature  l'espace privé  lui-même par la production sans limite de marchandises. La dette publique est d'autant plus dénoncée et martelée que, pour reprendre les termes du dernier traité économique européen, le domaine public, fausse de manière déloyale la libre concurrence. Mais l'on songe moins à parler de la dette privée à l'égard du public, celle que tout acteur économique contracte à l'égard du bien le plus public qui soit, la langue, sans laquelle les seuls rapports de force règneraient, compromettant toute possibilité d'un marché.

CARTEL PSYCHANALYSE DANS LA CITÉ

Quand nous évoquons l'idée même de psychanalyse dans la Cité, le rapport le plus immédiat à la Cité pour le psychanalyste est peut-être le lien avec son groupe de pairs dans une association, incarnant un lien social au titre de la psychanalyse. Si un désir a pu prendre forme de travailler avec l'écoute analytique et donc l'acte analytique, il est nécessairement relié à la dimension de la Cité dans l'existence d'autres analystes qui s'astreignent à communiquer dans leur propre détermination sur le même sujet et instituent ainsi un lien social consacré aux effets de l'analyse. Ces effets peuvent produire du discours et de la culture, pouvant contribuer et amener en retour à produire à nouveau des analystes.

Paris journée institutionnelle du 4/10/14

Il n’est pas si fréquent d’envisager un tel projet dans nos institutions Psychanalytique. Gageons que celui-ci soit le résultat de nos travaux de ces deux dernières années sur la question de la politique de la psychanalyse. Vous entendrez déjà comment le mot ‘social’ vient rendre difficile notre repérage ; en effet l’accent est d‘emblée mis sur la place du Psychanalyste dans la société.

CARTEL SUR LE TRIPODE

Paris journée institutionnelle du 4/10/14

En contraste avec le tripode et ce qu'il nous apprenne, je vois l'offre de cours du Collège de Psychologues de Madrid:
- Intervention en dysfonctions sexuels
- Intervention clinique en crise
- Intervention en catastrophes
(Et les pires de toutes: les interventions précoces).

CARTEL SUR LE TRIPODE

Paris journée institutionnelle du 4/10/14

Un des enjeux de notre travail m’est apparu, quand s’est posée la question de savoir comment nous allions  intervenir ce matin. Cette intervention comme toutes celles qui sont prévues, doit tenir compte des impératifs économiques qui nous privent d’une traduction simultanée. En conséquence, chaque texte a dû être écrit assez tôt pour être traduit, et lisible sur un écran   au moment où il sera lu. Ce dispositif ne permet pas d’intervention improvisée comme cela se passe lors de nos rencontres. Elles favorisent la parole et ce qui en émerge d’imprévisible dans le transfert, et dans l’adresse à l’autre, à savoir des formations de l’inconscient, lapsus notamment. Après  y avoir renoncé, je me suis résigné à écrire mon texte.

CARTEL PSYCHANALYSE DANS LA CITÉ

Paris journée institutionnelle du 3/10/14

"Lhumanité, en partant de rien et avec son seul effort, est arrivée à rattraper le plus haut sommet de la misère"

Groucho Marx

Je vous propose une devinette que j'ai lu chez Lacan ou que l'on m'a raconté, je ne me souviens pas: quelle est la différence entre le couteau d'un boucher occidental et celui d'un boucher oriental? Je vais essayer de répondre avec ce texte.

Dans les échanges de notre cartel tout au long de cet année, il y a eu surtout deux questions qui m'ont fait penser:

* pourquoi la psychanalyse n'a plus la place que l'on voudrait dans le territoire de la santé mental, de la culture, et beaucoup de collègues ont du mal à pouvoir tenir  avec leur cabinet.

* L'autre chose est à propos d'une phrase de l'argument d'AF de l'année dernier: "La Psychanalyse aurait-elle un éclairage à apporter, face à la montée des communautarismes ?".

CARTEL PSYCHANALYSE DANS LA CITÉ

PARIS journée institutionnelle 3/10/14

A quoi sert Dieu, César et le tribun ?

Si ce n’est :

à nous donner à croire au paradis pour nous consoler présentement de notre mortalité.
à régner sur notre vie politique en maître absolu, voir dictatorial pour notre besoin de croire en une pensée unique.
à défendre avec éloquence et puissance une idée qui nous donnerait le mirage d’un monde meilleur, égalitaire, libre et juste.

CARTEL PSYCHANALYSE DANS LA CITÉ

PARIS journée institutionnelle du 3/10/14

Depuis la naissance des Centre médico-psychologiques, des dispensaires, nous avons été nombreux, et nous le sommes encore aujourd’hui, à créer  des espaces ouverts aux différents maux de nos contemporains.

Ce faisant, incidemment, qu’en est-il de notre propre subjectivité devant le signifiant « misère » ? Que serait l’envers de la misère ? La misère existe-t-elle dans l’inconscient ? Quand débute la misère ? La misère peut-elle se chiffrer, se numériser, se dénombrer ? Si elle l’est, mesurée,  dans la Cité, par de nombreuses  élucubrations souvent douteuses ou équivoques, quelles sont les conséquences de ces statistiques ?

CARTEL SUR LE TRIPODE

Paris journée institutionnelle du 3/10/14

Comment appeler ce que je fais avec ces « quelques autres », s'agit-il d'un travail d'équipe, de l'organisation collective d'un travail et lequel ? Un certain nombre de formulations comme celles-ci apparaissent inappropriées dans ce champ dans lequel on a à se reconnaître, ça sonne mal ! Qu'y- a- t-il de spécifique dans ce champ, si ce n'est les fêlures qui sont portées par le son, ça sonne mal, relativement à une pureté supposée du son. 

 

En quoi les nouveaux outils de la modernité ne sont pas nécessairement en contradiction avec une éthique du sujet, telle que la soutient la psychanalyse ?

La référence des enjeux d’une psychanalyse reste pour beaucoup d’entre nous l’analyse du transfert dans la cure. Cependant, comment le psychanalyste peut-il, avec ses oreilles et sa neutralité bienveillante, rester au contact avec l’extérieur du dispositif tout en restant dans son cadre ? A l’intérieur et à l’extérieur

Une ébauche de réflexion …

Je me suis demandé s’il était différent de parler de psychanalyse dans la cité, du psychanalyste dans la cité ou encore des psychanalystes dans la cité. Le discours psychanalytique a-t-il un écho ? Que provoque le discours ou les discours plus ou moins discordants des psychanalystes dans les médias ? Un psychanalyste parle-t-il en son nom propre, au nom de son association, au nom de la Psychanalyse ou ne peut-il parler autrement que comme citoyen ? D’où parle-t-il ? Je pense aux économistes qui, selon leurs obédiences, selon leurs désirs, leurs choix servent souvent des analyses aux antipodes. Pourtant, nous les écoutons, les critiquons et ces divergences nourrissent le débat d’idées.

Journée institutionnelle.Octobre 2013

IIl ne peut y avoir de psychanalyse sans une cité qui l'héberge ou la tolère, même de manière ambivalente. Souvent elle se sent menacée : réglementation de l'usage du titre de psychothérapeute, promotion d'un sujet non divisé tel que le conçoit le DSM, disparition des concepts psychanalytiques au profit de la langue médico-sociale. Et la tentation est alors grande de se réfugier derrière la proclamation d'une extra-territorialité ou de se draper dans un idéal de pureté ne souffrant aucune compromission. Mais la psychanalyse n'est pas dans un rapport tel à la Cité qu'elle y serait logée comme un empire dans un empire.

Le dispositif, repris à Analyse Freudienne, dépouillé de ses enjeux de prestance, recentré sur la dimension de l’acte, apporte-t-il encore des enseignements à ses différents protagonistes ?
Nous essaierons de revisiter son rôle à la jonction entre intension et extension, là où la formation du psychanalyste (comme fonction) repose sur de l’intransmissible.
Le débat sera précédé de préambules par Serge Granier de Cassagnac et Robert Lévy.
Si vous avez accès au site privé vous pouvez écouter l'enregistrement de cette matinée de travail.

Chaque fois que les psychanalystes sont convoqués ou bien se désignent comme tels au regard d'enjeux de société, leur discours risque de se dissoudre dans une exploitation promotionnelle du label psychanalyste.Au nom de quoi un psychanalyste parle-t-il dans le social ? De la citoyenneté ? De sa singularité arrimée au discours analytique et par laquelle il pourrait faire entendre une question différemment des manières standards de la poser ? Il pourrait inciter à penser ?

La passe. Mars 2012