Marie-Claude Baïetto
CARTEL DU PROTOCOLE 2012/14
Tout d’abord je ferai un rappel des textes des statuts d’Analyse freudienne :
Analyse Freudienne pose comme principe fondamental que l’institution analytique, si elle existe, n’est autre que la cure elle-même.`
L’Association se propose de reconnaître ceux de ses membres dont la pratique clinique et théorique relèverait de l’éthique psychanalytique telle que l’association la soutient à travers son expérience. Dans cette perspective, elle instaure un protocole institutionnel.
L’association poursuit l’expérience de la passe inaugurée par Jacques LACAN (proposition d’octobre 1967) aux fins d’éclairer le passage de l’analysant à l’analyste. Elle s’appuie sur les enseignements tirés de la reprise de cette expérience.
Ainsi apparemment il y aurait contradiction à AF entre le cartel du protocole institutionnel qui établit une liste, et le fait qu’il n’y ait qu’« une seule catégorie de membres », et aussi le fait que la passe ne donne pas lieu à nomination.
Un moyen de lever la contradiction serait de nommer tous les membres ! Boutade.
Il s’agit pour être nommé qu’il y ait une pratique clinique et une pratique théorique. Donc qu’il en soit attesté dans les différents lieux de travail qu’offre AF : séminaires, groupes de lecture, dispositifs sur la pratique, journées, congrès …
Ainsi un membre qui ne se serait jamais produit d’une manière ou d’une autre ne pourrait être nommé, ni un membre qui n’a pas de pratique clinique ?
Comment du désir d’analyste peut-il s’entendre dans l’un ou l’autre lieu de travail de l’association, où se manifesterait aussi un sujet divisé ?
Je peux dire ainsi que cette personne par une intervention dans un lieu de travail m’a fait un certain effet, et que s’est opéré pour moi un déplacement par une parole entendue ou lue, ou encore que ce qu’elle apporte d’une manière ou d’une autre relève de l’éthique analytique telle que la promeut l’association.
Cependant établir une liste, inscrire un nom s’avère presque une tâche impossible, et une fois accomplie, liste étant faite, insatisfaisante. Il s’agit donc de se confronter à cet impossible et à cette insatisfaction.
Mes deux expériences antérieures de cartel du protocole l’attestent : en 2003, pas de liste, en 2008, liste de noms des derniers entrants. Subsistent encore aujourd’hui un questionnement, un doute même sur le bien-fondé de ce processus.
Donc en ce qui me concerne, à propos de ce cartel du protocole l’essentiel est dans le travail de réflexion qui peut s’y produire, plus qu’à la production en fin d’une liste de noms. Le cartel permet à des membres d’AF d’avoir l’occasion d’échanges qui autrement n’auraient pas eu lieu.
Quelques remarques
Pour celui qui va se trouver sur la liste, qu‘en est-il, puisqu’il ne s’agit pas d’être nommé à un titre quelconque ? Il me semble que cela devrait le renvoyer à son désir d’analyste, et à sa responsabilité d’analyste, donc à ce qui est le plus difficile.
Peut-être aussi à ce qu’il en est de l’inscription du nom propre. Même si ce n’est pas la personne elle-même qui s’inscrit. Cela évoque cette question du nom propre.
Quand on fait une démarche pour s’inscrire à une association comme Analyse freudienne, on effectue un certain acte qui modifie, à mon sens, le rapport à la psychanalyse, qui coûte, à tous les sens du mot, et qui engage. Peut s’y mêler une part de narcissisme de voir son nom sur la liste des membres.
L’inscription du nom sur une liste par d’autres n’implique-t-elle pas une certaine dépossession du nom ? La personne impliquée ne maîtrise rien, ne contrôle rien de ce processus.
Marie-Claude Baïetto
Septembre 2014

