Cartel de la didactique ou du protocole Daniel Colson Sept 2019
Cartel de la didactique ou du protocole
Daniel Colson Sept 2019
Très tôt ce matin, je me suis mis en mode avion et j’ai pris mes pilules anti-agoraphobes ; C’est toujours une épreuve pénible et coûteuse que d’avoir à parler en public, même devant un public averti. Le texte que Maria a bien voulu traduire, et c’est une performance, était en fait destiné aux membres du cartel pour leur faire part de mes intentions, puisque j’avais été désigné par eux pour introduire notre temps de parole aujourd’hui. Je l’ai jugé trop compact, j’en garderai que quelques éléments.
D’abord je continue à interroger ici ce qu’est un cartel, cette invention de Lacan ? Que peut-on en dire à partir de ce qui s’y passe actuellement ? La question d’y mettre un terme vient de se poser, sa mise en acte reste en suspens ; elle réveille tas d’autres situations où cette fin est en jeu, tout particulièrement la fin de la cure ; elle questionne le lien qu’on entretient avec l’analyse, le désir d’analyste et le poids des « quelques autres » sur lui. Quant au déplacement des liens transférentiels au cours du temps, il n’est pas facile d’en parler!
Un point important est celui de la composition du cartel, Ici une femme et quatre hommes. La différence des sexes en s’invitant dans le cartel questionne nécessairement les positions subjectives de chacun. Comment en parler sans que ne se déchainent les passions, d’autant plus que l’air du temps y est propice, nous le savons bien. A propos de cet air du temps je me demande d’une façon générale comment il influence l’écoute et l’attention flottante de l’analyste, selon le sexe auquel il se range. Il y a actuellement dans les enjeux dits de société la question de la PMA pour « infertilité sociale » par exemple. Mon infantilisme, je répète mon infantilisme, ne m’a pas permis de comprendre immédiatement de quoi il s’agissait, tellement le rapport sexuel reste l’énigme et le non(m) dit de l’affaire, j’insiste sur le Nom (N.O.M.) dit de l’affaire.
A propos du féminisme actuel, Je dis actuel car il se présente semble-t-il différemment aujourd’hui qu’à l’époque de Freud et peut- être même de Lacan, à propos de ce féminisme donc deux choses ont retenu mon attention, mais d’autres ont pu faire les mêmes observations que moi.
– Sur l’aspect grammatical déjà. Dans le fameux « bonjour à toutes et à tous », il est clair que le tous perd sa valeur universelle. Que veut nous dire cette insistance actuelle à vouloir gommer la valeur générale de certains mots ? Est-ce l’homme universel du philosophe des lumières qui est visé ? Un être transcendant au-delà de la différence des sexes, Dieu ? Cet universel, je ne sais pas maintenant ce que le grammairien en fait lui, comment il le nomme, je n’ai pas eu le temps d’ouvrir une grammaire, mais c’est sa valeur « pacifiante » (pacificatrice) entre hommes et femmes qui me frappe. Je laisse la question ouverte. Je remarque aussi autour de moi que cette désignation englobante qui ne spécifie pas le sexe est loin de toujours déplaire.
Quant au genre, j’entends en cure ses nombreuses bizarreries qui renvoient finalement à la constitution psychosexuelle de chacun. Dans l’exercice quotidien d’une langue, le genre relève d’une combinatoire logique assez complexe à saisir. Il y aurait là toute une étude à développer sur ce sujet, réfléchir encore sur le Ying et yang qui proposent l’union des composantes opposées et complémentaires de la dualité.
– La voix, c’est peut-être le point auquel je suis le plus sensible d’un point de vue clinique, la voix , pas seulement au niveau de ses inflexions – ça l’art du comédien sait en régler la bonne distance, mais la voix dont on perd facilement de vue qu’elle porte en elle-même, de façon infraliminaire en quelque sorte, cette différence des sexes, ne serait- ce que par sa fréquence ; le cri des cours de récréation sait mettre en jeu cette différence des sexes dans l’excitation collective.
Toujours sur l’air du temps je finis par me demander si les concepts freudiens, lacaniens sur la sexualité ne sont pas tout simplement devenus poussiéreux : bisexualité, activité-passivité, pénis-neïd, différence anatomique des sexes et ce qu’elle engage dans la construction psychosexuelle, quanteurs de la sexuation, la pas- toute etc.etc. Du coup d’où pouvons-nous tirer quelque certitude dans notre pratique ? Ces concepts gardent ils encore un peu de leur efficience ? Si les nombreuses questions d’actualité en définitive nous embarrassent, c’est peut-être en raison de l’écart qu’il y a entre ce qui en vient dans la cure et cette soi-disant vérité sociale ; ce « changement sociétal », d’ailleurs est peut-être plus imposé dans le but de rester dans la modernité des temps que véritablement proposé à la discussion démocratique.
J’ai gardé en mémoire ce passage de Lacan qui parlera à tout le monde, je pense. C’est ((501) dans l’instance de la lettre dans l’inconscient. Il relate le discours de deux enfants, frère et sœur, face à face dans le compartiment d’un train qui vient de s’arrêter en quai devant les WC : hommes-dames. « On est à dames » dit l’un »- « imbécile ! dit l’autre, tu ne vois pas qu’on est à hommes ». Suit ce poétique commentaire de Lacan : « …des lors pour ces deux enfants deux patries vers quoi leurs âmes chacune tireront d’une aile divergente et sur lesquelles il leur sera d’autant plus difficile de pactiser qu’étant en vérité la même, aucun ne saurait céder sur la précellence de l’une sans attenter à la gloire de l’autre ».
Pour finir j’en reviens à la question de la didactique. Je propose que la didactique puisse se définir comme le travail analytique à faire pour être et rester freudien à AF.
Daniel Colson septembre 2019

